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Full text of "Revue de l'art chrétien"

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tfttétien,  publiée 


eoue  la  Direction  D'un 


comité  i)'arti0te6  et û'aict)éûloguc0 


MiikUisMkUifMii^ 


S^^    jpïïbellc  gfcie.  —  %oim  ni. 


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% brcggcr  toutes  \t$  communications  tel atWits  à  ta  ^E^ircC' 
tion  au  J>ccrctaire  fac  la  ïScbuc,  rue  fiogale  26,  %\lit. 

S'ocim  M  gt^ausugtm,  apegclfe,  SDc  25rôutocrlt  01". 


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rHrt  rftréticn 


4>  jjnrniGsnnt  toiiG  les  trois  iiiaiG. 
aS™'^  année.  —  4""  %!tm. 
[Came  III  (xxxve  hc  la  caïicction). 

^   1"=  livraison.  —  Jantjicr  1883. 

Eiiiiiiiniir^i'''*'''*'"nn>J'iif iirni^fiauXftii'rriTriinijLairT:]  '■'■«''UTLAjÇCPt'ui^rriTTi^^ 
1 1 1 1  n  1 1»!  [.'^  tru  m  inir'.'^  rT^tTimir-  ittin7  ryT?  '  ■  '  iitimiiir-ii  iiiimyy^tr-'i  iit||^iTir"i  rTTVTTirTTrr  ' 


[ÎJ.jiim.'  [Îj  JiriTTTTT  rsi 


Iï!e  JSj)mboltgme  ti)rétten  au  ICI'  mtlt,  ti^aprèg 

les  poèmes  îie  ©rudence,   (Bccmicr  article.)  ^:3)®^:^$®<^5gx^ 


E  symbolisme  est  la  re- 
présentation d'une  idée 
au  moyen  d'une  image 
interposée  entre  elle  et 
l'esprit.  Le  symbole  est 
autre  chose  que  la  com- 
paraison. Celle-ci  a  pour 
butd'exprimeruneidéeen  plaçant  près  d'elle 
un  objet  qui,  par  ses  similitudes  ou  même 
par  ses  différences,  aide  à  la  comprendre. 
Dans  le  symbole,  au  contraire,  l'image  ne 
se  sépare  pas  de  l'idée  et  fait  corps  avec 
elle..  «  Jésus-Christ  ressemble  à  un  bon 
pasteur,  et  les  chrétiens  ressemblent  à  ses 
brebis,  »  —  voilà  des  comparaisons. 
«Jésus-Christ  est  le  bon  pasteur,  nous 
sommes  ses  brebis,  »  —  voici  des  symboles. 
La  comparaison  suppose  deux  opérations 
de  l'esprit,  le  symbole  les  ramène  à  une 
seule.  Dans  le  symbole,  l'idée  et  l'image  se 
confondent,  s'appliquent  l'une  sur  l'autre,  à 


la  manière  de  ces  draperies  qui  moulent  de 
leurs  plis  souples  et  de  leur  fin  tissu  les 
belles  formes  des  statues  grecques.  L'image 
transparente  couvre  et  révèle  à  la  fois 
l'idée,  elle  en  dessine  les  contours,  elle  en 
tempère  l'éclat  ;  elle  lui  donne  plus  de  relief 
en  la  voilant. 

Le  symbolisme  est  naturel  à  l'homme  : 
il  supplée  aux  ressources  trop  restreintes 
du  langage,  et  substitue  au  mot  sec,  à 
l'expression  abstraite  et  parlois  inintelli- 
gible une  forme  concrète,  familière  et  vi- 
vante. La  comparaison  est  le  plus  souvent 
le  résultat  d'un  art  savant,  d'une  réflexion 
profonde,  le  symbolisme  naît  naturellement 
sur  les  lèvres  de  l'enfant,  de  l'homme  du 
peuple,  du  sauvage.  Il  faut  être  déjà  familier 
avec  le  travail  de  la  pensée  pour  comparer 
entre  elles  deux  idées  :  l'image  se  développe 
spontanément  dans  les  cerveaux  naïts  et 
l'idée  n'en  sort,  pour  ainsi  dire,   que  vêtue. 


iRctiiic    De    ract    cbrcticn. 


Le  symbolisme  n'est  pas  seulement  le 
langage  naturel  des  individus  et  des  peuples 
enfants  :  il  peut  devenir  aussi  l'un  des  mo- 
des les  plus  élevés  d'exprimer  la  pensée  et 
servir  à  rendre  les  idées  les  plus  profondes 
ou  les  plus  sublimes.  De  là  son  rôle  con- 
sidérable dans  la  littérature  et  l'art  reli- 
gieux. Il  est  le  langage  naturel  de  l'art, 
quand  celui-ci  veut  traduire  autre  chose  que 
des  faits  concrets,  et  devenir  le  truchement 
d'idées  abstraites.  De  même  dans  la  litté- 
rature, quand  elle  doitexprimer  par  des  mots 
les  mystèresdivinsdevant  lesquels  l'espritse 
prosterne  et  viennent  expirer  toutes  les 
ressources  du  langage  humain,  les  dogmes 
ineffables  qui  laissent  les  plus  grands  génies 
muets  ou  balbutiants.  Comme  ces  mystères 
et  ces  dogmes  ne  sont  point  l'apanage 
réservé  d'un  petit  nombre  de  philosophes, 
mais  le  patrimoine  du  genre  humain,  il  de- 
vient nécessaire  de  les  traduire  par  des 
images  assez  simples  pour  frapper  l'esprit 
des  petits  et  des  ignorants,  tout  en  demeu- 
rant assez  nobles  pour  ne  point  défigurer 
ou  dénaturer  d'aussi  hautes  idées.  Même 
s'ils  avaient  été  destinés  à  ne  point  sortir 
d'un  étroit  cénacle  de  disciples  privilégiés, 
les  dogmes  chrétiens  eussent  dû,  en  raison 
de  leur  sublimité,  se  revêtir  souvent  de 
symboles.  Platon  n'enveloppe-t-il  pas  d'i- 
mages les  plus  hautes  parties  de  sa  philo- 
sophie, bien  qu'elle  ne  soit  pas  destinée  au 
vulgaire  ?  A  plus  forte  raison,  révélés  non 
seulement  aux  théologiens  et  aux  docteurs, 
mais  à  la  femme,  à  l'esclave,  à  l'ouvrier,  à 
l'enfant,  les  mystères  encore  plus  élevés  du 
christianisme  doivent-ils  tempérer  par  le 
symbole  l'éclat  de  leurs  rayons,  rendre  sen- 
sibles par  l'image  les  abstractions  nécessai- 
res de  leurs  définitions,  rapprocher  ainsi 
des  plus  humbles  esprits  une  religion  telle- 
ment profonde  qu'un  saint  Augustin,  un 
saint  Thiinias  ou  un  Bossuet  consumera  sa 


vie  entière  à  l'étudier,  tellement  simple 
cependant  en  son  essence  qu'un  enfant 
pourra  l'embrasser  d'un  coup  d'œil,  si  on  la 
lui  présente  dans  un  langage  et  sous  une 
forme  appropriés  à  son  intelligence. 

Telle  est  une  des  raisons  du  rôle  considé- 
rable joué  par  le  symbolisme  dans  l'art  et 
dans  la  littérature  du  christianisme  :  la 
profondeur  des  mystères  chrétiens  et  la 
nécessité  de  les  rendre  accessibles  à  tous. 
Il  en  est  une  autre,  qui  tient  aux  origines 
historiques  de  notre   religion. 

Dans  la  conception  chrétienne  de  l'his- 
toire, le  Christ  divise  en  deux  les  annales 
du  monde,  comme  une  montagne  centrale 
dont  le  double  versant  regarderait  le  passé 
et  l'avenir.  D'un  côté  tout  monte  vers  son 
sommet,  de  l'autre  tout  en  descend.  Les 
livres  sacrés  où  les  chrétiens  lisent  l'histoire 
de  leurs  croyances  se  composent  de  deux 
parties  ou,  selon  le  terme  reçu,  deux 
Testaments  :  le  premier  contient  les  événe- 
ments qui  ont  préparé  ou  annoncé  la  venue 
du«  Désiré  des  Nations»,  le  second  raconte 
sa  vie,  sa  mort,  son  œuvre.  Beaucoup  de 
faits  rapportés  dans  l'Ancien  Testament 
peuvent  être,  bien  que  réels,  considérés 
comme  la  prophétie  de  ceux  du  Nouveau. 
«  Ces  choses  ont  eu  lieu  en  figure  de  nous,  » 
dit  saint  Paul  racontant  plusieurs  événe- 
ments de  l'histoire  du  peuple  choisi  pour 
conserver  la  notion  du  monothéisme  et 
préparer  une  famille  au  Messie  futur.  De 
là,  dans  les  temps  chrétiens,  une  tendance 
des  meilleurs  esprits  à  se  reporter  en 
arrière,  vers  l'Ancien  Testament,  pour  y 
trouver  des  images  applicables  aux  dogmes 
cvangéliques  et  y  contempler  le  Dieu  fait 
honune  dans  le  miroir  des  prophéties.  La 
Bible  fournit  ainsi  aux  docteurs, aux  lettrés, 
aux  artistes  des  premiers  siècles  de  notre 
ère  les  éléments  d'un  immense  symbo- 
lisme. 


ïLc  %|)mt)olismc  chrétien  au  i\i'  siècle,  D'après  les  poèmes  De  PruD 


«  Le  Seigneur  nous  est  apparu  deux 
«  fois,  —  dit  le  grand  poète  du  IV^  siècle, 
«  Prudence,  —  en  premier  lieu  dans  les 
«  livres,  puis  réellement  ;  la  foi  le  vit  d'a- 
«  bord,  ensuite  il  se  montra  dans  la 
«  vérité  de  sa  chair  et  de  son  sang  (').  » 
Les  âmes  religieuses  et  poétiques  se  plai- 
saient à  refaire  en  sens  inverse  le  chemin 
parcouru,  se  servant,  pour  peindre  Jésus- 
Christ,  des  images  dont  la  Bible  s'était 
servie  pour  l'annoncer,  et,  selon  un  autre 
mot  de  notre  poète,  «  recherchant  dans  les 
«  vieux  récits  et  dans  les  faits  antiques  les 
«  types  des  derniers  événements  (').  » 

Je  n'essaierai  point  de  tracer  ici,  même 
à  grands  traits,  l'histoire  de  l'antique  sym- 
bolisme chrétien,  tel  qu'il  se  développe 
dans  les  écrits  des  Pères  de  l'Eglise  et 
s'épanouit  sous  la  main  des  peintres,  des 
sculpteurs,  des  mosaïstes  qui  ont  décoré  les 
catacombes  et  les  basiliques.  Je  me  propose 
de  l'étudier  seulement  dans  les  poèmes  de 
Prudence.  Le  poète  de  Théodose  et  d'IIo- 
norius  n'a  pas  enrichi  de  créations  nouvelles 
le  symbolisme  chrétien.  Le  cycle  symbo- 
lique déjà  formé  au  IV^  siècle  ne  se  re- 
trouve même  pas  tout  entier  dans  son 
œuvre.  Des  faits  de  l'Ancien  ou  du  Nouveau 
Testament  dans  lesquels  la  littérature 
sacrée  et  l'art  religieux  de  son  temps 
voyaient  des  symboles,  sont  racontés  par 
lui  comme  de  simples  épisodes  historiques, 
dont  il  se  borne  à  dégager  quelquefois  une 
leçon  morale,  sans  mettre  en  relief  leur 
valeur  idéale  ou  typique  (').  Mais  si  Pru- 

1.  Nos  qui  Dominum  libris  et  corpore  jam  bis 
\"i(limiis  ante  fide,  mox  carne  et  sanj;uine  coram. 

Prudence,  .Ipot/u-ûsis,  217,  218. 

2.  Ergo  ex  futuris  prisca  jam  cepit  fabula, 
Factoque  primo  res  notata  est  ultima. 

\à.,Hamattigcnia,  Praefatio,  25,  26. 

3.  \'oir  Prudence,  Cathemerinon,  ix,  31,  40,  46,  64,  69  ; 
X,  69  ;  Apotheosis,  147;  Psychomachia,  Prxfatio,  1-8, 
162;  Dictochaeon,  11,  32,  134,  177;  Péri  Stephaiton,  x, 
945- 


cnce. 


dence  n'a  pas  donné  place  dans  ses  vers  à 
tout  le  symbolisme  en  vigueur  au  IV^  siè- 
cle, il  a  toujours  marché  d'accord  avec  les 
écrivains  et  surtout  les  artistes  de  ce  temps, 
en  ce  sens  qu'il  ne  lui  arrive  jamais  de 
reprendre  et  de  rajeunir  un  symbole  tombé 
en  désuétude  et  abandonné  par  eux.  Ainsi 
parmi  les  images  assez  nombreuses  sous 
lesquelles  il  se  plait  à  représenter  la  per- 
sonne du  Christ,  n'apparait  jamais  le 
signe  arcane  du  Poisson,  l'iXQYC,  si  célèbre 
aux  premiers  siècles,  encore  employé  quel- 
quefois par  les  Pères  de  l'Eglise  postérieurs 
à  Prudence,  mais  abandonné  par  les  artistes 
dès  la  fin  du  règne  de  Constantin  ('). 
Même  quand  il  raconte  le  miracle  de  la 
multiplication  des  pains  et  des  poissons, 
Prudence  désigne  les  pains  comme  symbole 
eucharistique  et  ne  donne  aucune  valeur 
emblématique  au.x  poissons.  Les  vers  de 
notre  poète  portent  donc  bien  leur  date,  et, 
en  matière  de  symbolisme,  ne  manifestent 
de  sa  part  ni  recherche  d'archaïsme  ni 
tentative  d'innovation  :  dans  leur  clair  mi- 
roir se  reflètent  seulement  les  peintures,  les 
sculptures,  les  mosaïques  des  dernières 
catacombes  ou  des  premières  basiliques. 
C'est  un  fleuve  qui  roule  majestueusement, 
emportant  dans  ses  ondes  l'image  des  mo- 
numents que  l'art  du  IV^  siècle  élève  de 
tous  côtés  à  la  gloire  du  Christ.  Les  sym- 
boles particuliers  à  l'époque  des  persécu- 
tions n'y  paraissent  pas,  si  l'âge  de  la  paix 
ne  les  a  conservés  et  rajeunis.  Prudence  est 
l'homme  de  son  temps:  il  ne  faut  demander 
à  ses  œuvres  que  la  pensée,  l'art,  le  sym- 
bolisme du  siècle  de  Théodose,  —  et  on 
ne  les  y  trouvera  même  pas  tout  entiers. 

Jésus-Christ,  —  les  sacrements,  —  la 
croix,  —  les  apôtres,  —  les  martyrs,  — 
l'âme,  —  le  corps  :  —  tels  sont  les  princi- 

I.  De  Rossi,  De christianis  titulis  IX0YN  exltihcniihus, 
p.  4-15.  (Paris,   1855;  extrait  <\\\  Spicil.  SoUsm.x.  III.) 


Eeuue  De  ract  cijrcticn. 


paux  sujets  dont  Prudence  a  parlé  dans  le 
langage  voilé  du  symbole. 

I. 

DIEU,  dit  Prudence,  ne  peut  être  vu  en 
lui-même:  il  se  manifeste  par  sonVerbe. 
Toutes  les  apparitions  de  la  Divinité  ont 
montré  au  monde  le  Verbe  divin.  «  Oui- 
«  conque  raconte  avoir  vu  Dieu,  a  vu  le 
«  Fils  :  c'est  le  Fils  qui,  splendeur  du  Père, 
«  se  révèle  sous  des  formes  que  puisse 
«  percevoir  l'œil  de  l'homme  (').  »  D'accord 
en  ceci  avec  beaucoup  d'anciens  Pères  de 
l'Église  ('),  Prudence  attribue  au  Verbe 
divin  les  théophanies  et  même  quelques- 
unes  des  plus  solennelles  apparitions  angé- 
liques  racontées  dans  l'Ancien  Testament. 
Ainsi,  quand  Moïse  au  désert  vit  Dieu 
dans  le  buisson  ardent,  c'est  le  Verbe  qui 
se  manifeste  devant  ses  yeux  sous  cette 
forme. 

Prudence  a  deux  fois  décrit  cette  grande 
scène  biblique.  «  Une  flamme  semblait 
«  brûler  les  broussailles  :  Dieu  voltigeait 
«  parmi  les  épines  aiguës,  un  feu  qui  ne 
«  consume  pas  s'agitait  au  milieu  de  leur 
«  piquante  chevelure,  afin  de  montrer  que 
«  Dieu  devait  descendre  un  jour  dans  la 
«  chair  épineuse  de  l'homme,  couverte  des 
«  épaisses  broussailles  du  crime,  et  devenue 
«  douloureuse  sous  l'aiguillon  du  péché  {^).  » 
L'apparition  qui  frappa  d'un  saint  respect 
les  yeux    de    Moïse  est   donc    celle  de  la 

1.  Quisquis  hominum  vidisse  Deum  memoratur,  ab  ipso 
Infusum  vidit  natum:  nam  Filius  hoc  est 

Çuod  de  Pâtre  micans  se  prajstitit  inspiciendum 
Per  species,  quas  possit  homo  comprendere  visu. 

Apothcosis,  22-25. 

2.  Petau,   Dogm.  Theol.,    De  Trinitatc,  viii,   2.   cf.  De 
Rossi,  Bull,  diarcheol.  crisL,  1883,  p.  93. 

3    ......  Sentum  visa  est  excita  cremare 

Flamma  rubum  :  Deus  in  spinis  volutabat  acutis, 
Vulnificasque  comas  innoxius  ignis  agebat, 
Ksset  ut  exemplo  Deus  inlapsurus  in  artus 
Spinifcros,  sudibus  quos  texunt  ciimina  densis 
Et  peccata  malis  hirsuta  doloribus  implent. 

A-polheosis,  55-60. 


deuxième  personne  de  la  Sainte  Trinité, 
<i  la  lumière  image  de  Dieu,  le  Verbe  Dieu, 
«  Dieu  sous  la  figure  du  feu  (').  » 

«  Moïse,  dit  ailleurs  Prudence,  a  vu  dans 
«  le  buisson  ardent  Dieu  tout  en  flammes, 
«  entouré  d'une  éclatante  lumière.  Heureu.x 
<(  qui  mérita  de  contempler  dans  le  buisson 
«  sacré  le  maître  du  ciel,  et  reçut  l'ordre  de 
«  dénouer  sa  chaussure  de  peur  de  souiller 
«  le  lieu  saint  (°)  !  »  Moïse  se  déchaussant 
pour  s'approcher  du  buisson  ardent  est 
quelquefois  représenté  dans  les  monuments 
des  premiers  siècles  (').  Plusieurs  Pères  de 
l'Eglise  ont  vu  dans  ce  trait  de  la  vie  du 
législateur  hébreu  une  image  des  renonce- 
ments du  Baptême,  du  courage  avec  lequel 
le  catéchumène  doit  se  dépouiller  de  ses 
péchés  et  de  ses  vices  avant  d'approcher  du 
sacrement  de  la  Régénération  (f).  Cette 
interprétation  symbolique  s'explique  aisé- 
ment, si  l'on  reconnaît  avec  Prudence  dans 
le  buisson  ardent  une  image  du  Verbe,  de 
Celui  qui  a  institué  le  sacrement  auquel  les 
anciens  donnaient  le  nom  d'illumination, 
'^')\-\,'ju.y.  y). 

1.  Ergo  nihil  visum  est,  nisi  qiiod  sub  came  videndum, 
Lumen  imago  Deo,  verbum   Deus  et  Deus   ignis, 
Qui  sentum  nostri  peccamen  corporis  implet. 

//'/,/.,  /I-73. 

2.  Moyses  ncmpe  Deum  spinifcro  in  rubo 
Vidit  conspicuo  lumine  fiammeum. 
Félix  qui  meruit  sentibus  in  sacris 
Cœlestis  solii  viserc  principem, 
Jussus  nexa  pedum  vincula  solvere 

Ne  sanctum  involucris  poUueret  locuni. 

Cal/icmeriuoil,  \,  31-36. 

3.  IIi^  siècle,  catacombe  de  Domitille  (Garrucci,  Sloyia 
delParte  crist.,  pi.  XXD  ;  —  III^  siècle,  catacombe 
de  Calliste  (Ibid.,  pl.XVIII;DeRossi,  ^fl;«(î  Sotlcrratiea, 
t.  II,  pi.  B  ;  t.  III,  pi.  IX)  ;  —  IV'  siècle,  catacombe  de 
Sainte  .'\gnes  (GaiTucci,  pi.  LX)  ;  catacombe  de  Cyriaque 
(De  Rossi  Bull,  dl  archcol.  crist.,  1876,  pi.  VIII)  ;  deux 
sarcophages  du  musée  de  Latran. 

4.  Martigny,  Dict.  des  antiq.  chrét.  2°  édition,  art. 
Moïse,  p.  473. 

5.  S.  Justin,  Apolog.  II  ;  .S.  Grégoire  de  Nazianze,  .SV;- 
mo  il!  siinctii  lumina;  S.  Cyrille  de  Jérusalem,  Pro- 
catcchesis,  i  ;  S.  Jean  Chrj-sostome,  ///  /  Tliess.  hoiiiilid 
IX,  I. 


Le  sî?mt)olismc  chrétien  au  it)^  siècle,  D'après  Ic0  poèmes  ne  PruDence. 


C'est  encore   le   Verbe   divin    qu'il    faut 
voir  dans  la  colonne  de  feu  pendant  la  nuit, 
de   nuée  pendant   le  jour,  qui  marchait  en 
tête  des  Israélites  dans  le  désert,  et,  selon 
l'Exode,    était    «   Dieu    lui-même  guidant 
«  son  peuple  (').  »  Prudence  en  parle  après 
avoir  décrit  le  buisson  ardent.  «  Ce  feu,  dit- 
il,  un  noble  peuple,  protégé  par  les  méri- 
tes de  ses  ancêtres,  mais  impuissant,  accou- 
tumé à  vivre   sous   des    maîtres   barbares, 
va,   libre    désormais,    le    suivre     dans     les 
déserts  :  partout  où  ils  portent  leurs  pas  et 
leur  camp,  pendant  la  nuit  azurée,  un  rayon 
plus  brillant  que  le  soleil  les  précède  de  son 
éclat  et   les  conduit  {").  »  L'art  contempo- 
rain de  Prudence  s'est  plusieurs  fois  inspiré 
de  ce  sujet.  Des  sarcophages   chrétiens  du 
IV<=   ou   V^  siècle   montrent,  devançant  les 
Israélites  en  marche, une  colonne  lumineuse, 
reconnaissable  aux  flammes  qui  couronnent 
son  chapiteau  {^).  La  colonne  a  été  prise 
par  l'art  chrétien  comme  symbole  de  Jésus- 
Christ  (•');  dans  le  petit  poème   attribué   à 
saint  Damase,  où  sont  rassemblés  en  sept 
vers  les   titres  donnés  par  les   anciens  au 
Verbe  fait  chair,  figure  celui  de  Columna  {^). 
C'est  encore  le  Verbe,  dit  Prudence,  que 
vit  Moïse  sur  le  mont  Sinaï,  quand  il  monta 
y   recevoir    les  tables  de   la   loi.    «    Celui 
«  qui  devait  apporter  aux   hommes  la  loi 
«  divine  reçut  l'ordre  de  s'approcher,  il  s'en- 
<{  tretint  avec  le  Seigneur  comme  avec  un 

1.  Exode,  xni,  21. 

2.  Hune  ignem  populus  sanguinis  inclyti 
Majorum  meritis  tutus  et  inipotens, 
Suetus  sub  dominis  vivere  barbaris, 
Jam  liber  seqiiiturlonga  par  avia  : 

Qui  gressum  moverant,castraque  ca-iul;e 
Noctis  per  médium  concita  moverant, 
Plebem  pervigilem  fulgure  prasvio 
Ducebal  radiis  sole  micantior. 

Ctitlumoinon,  V,  37-44. 

3.  Edmond  Le  lîlant,  Insct.   chrci.   de  la   Gaule,  t.  I, 
p.  167,  note;  Martigny,  Dict.,  art.  Colonne,  p.  190. 

4.  Ou  de  l'Église;  voir  Martigny,  1.  c. 

5.  S    Damase,   Cariii.   \'I;*dans   Aligne,  Patrol.   lai., 
t.  XIII,  col.  378. 


1.  Prudence,  Apot/ieosis,  32-48. 

2.  Genèse,  .\xxii,  24-30. 

3.  Hoc  colluctantis  tractarunt  bracchia  Jacob. 

Apot/i.,  31. 

4.  Callitiiniiiioii,  73-80. 

5  Ha'c  nos  docent  imagines 

Hominem  tenebris  obsitum, 
Si  forte  non  cédai  Dco, 
Vires  rebellis  pcrdcre. 

Jbùl.,  S5-S8. 


«  ami,  mêla  ses  paroles  aux  discours  sacrés, 
«  et  sentit  que  sous  une  apparence  humaine 
«  il  voyait  le  Christ  :  mais,  voulant  plus 
«  encore,  il  tendit  son  esprit  jusqu'à  des 
«  vœux  interdits  à  l'homme,  demandant  ce 
«  que  ne  peuvent  les  mortels,  voir  le  Christ 
«  dans  toute  sa  grandeur,  dépouillé  des 
«  voiles  corporels.  Après  de  longs  entre- 
«  tiens  avec  son  Maître  :  «  Je  demande,  dit- 
•■<  il  enfin,  qu'il  me  soit  permis,  ô  Dieu,  de 
«  vous   connaître  tout  à  fait;  »  le  Seigneur 

O 

«  répondit:  «Je  permettrai  aux  justes  de  me 
«  voir  par  derrière,  non  de  me  voir  tel  que 
«  je  suis.  »  Comment  exprimer  plus  claire- 
«  ment  que  le  Verbe  ne  peut  être  vu  .s'il  ne 
«  prend  une  forme  étrangère?  qu'il  peut, 
«  quand  il  le  veut,  se  montrer  aux  yeux  | 
«  terrestres  avec  notre  figure,  tandis  que  le 
«  Père  demeure  invisible?  et  que  souvent 
«  il  a  revêtu  l'apparence  des  anges  ou  des 
«  hommes,  afin  de  se  faire  voir  sous  une 
«  image  (')  ?  » 

C'est  ainsi  que,  selon  Prudence,  l'ange 
qui,  dit  un  mystérieux  récit  de  la  Genèse  (=), 
lutta  toute  une  nuit  avec  Jacob,  n'était  autre 
que  le  Verbe  divin  :  «  Il  fut  pressé  par  les 
«  bras  du  lutteur  Jacob  (s).  »  Aussi,  après 
avoir  plus  longuement  raconté  ailleurs  cette 
lutte  d'où  Jacob  sortit  affaibli  et  blessé  {'), 
le  poète  ajoute-t-il  :  «Ces  images  nous  font 
«  voir  que  l'homme  rebelle,  plongé  dans  les 
«  ténèbres,  perdra  ses  forces  s'il  refuse  de 
«  céder  à  Dieu  (=).  » 

Avant  d'éprouver  Jacob,  le  Verbe  divin 
était  déjà  apparu  à  Abraham  sous  la  figure 


îRcDiic  De   l'3rt   cïji'Cticn. 


d'une  v(  trinité  d'anges  (').  »  —  «  Abraham, 
«  père  d'une  race  généreuse,  hôte  mortel  du 
«  Christ  qui  daignait  dès  lors  visiter  la 
«  terre,  le  vit  rayonner  dans  une  triple  figu- 
«  re  (').  »  Cette  théophanie  a  été  rarement 
représentée  dans  l'ancien  art  chrétien  :  elle 
se  rencontre  pour  la  première  fois  dans  les 
peintures  exécutées  par  l'ordre  de  saint  /\m- 
broise,  au  milieu  du  I V*^  siècle,  dans  une  ba- 
silique de  Milan  (^),se  retrouve  un  siècle  plus 
tard  dans  les  mosaïques  de  la  nef  de  Sainte- 
Marie-Majeure  (■•),  puis,  cent  ans  après, 
dans  celles  de  Saint-Vital  de  Ravenne  [^). 
Au  contraire,  l'art  chrétien  a  souvent 
reproduit  une  apparition  non  moins  mysté- 
rieuse racontée  au  livre  de  Daniel.  Quand 
trois  jeunes  hébreux,  après  avoir  refusé 
d'adorer  une  idole  élevée  par  Nabuchodo- 
nosor,  eurent  été  plongés  dans  une  four- 
naise ardente,  «  un  ange  du  Seigneur  des- 
«  cendit  avec  eux  dans  les  flammes,  les 
«  écarta,  fit  souffler  dans  la  fournaise  com- 
«  me  un  vent  de  rosée,  et  le  feu  ne  les  tou- 
«  cha  point  {°).  »  Nabuchodonosor  étant 
venu  voir  ses  victimes,  les  trouva  chantant 
dans  la  fournaise;  mais,  au  lieu  de  trois, 
quatre  personnes  s'y  tenaient  debout.  «  Je 
vois,  s'écria-t-il,  quatre  hommes  marchant 
libres  au  milieu  des  flammes,  et  le  quatrième 
ressemble  au  Fils  de  Dieu  (').  »  Je  n'ai 
point  à  rechercher  ici  quelle  signification  ce 
mot  pouvait  présenter  à  l'esprit  du  roi  de 
Babylone  :  l'art  chrétien  l'entendit  dans  son 

1.  Mox  et  triformis  angelorum  trinitas 
Senis  revisit  hospitis  mapalia. 

Prudence,  Psychomachia,  praîfatio,  45,  46. 

2.  Hoc  vidit  princeps  generosi  seminis  Abram, 
Jam  tune  dignati  terras  invisere  Christi 
Hospes  homo,  in  tripliceni  nunien  radiasse  figuram. 

Apolheosis,  28-30. 

3.  Dislicha  in  picturas  sacras  in  basilica  .linhrosiana, 
dans  Biraghi,  Inni  sinceri  di  S.  Ambroi;io,  Rome,  1862. 

4.  Barbet  de  Jouy,  Les  mosaïques  chrétiennes  de  Rome, 
p.  12. 

5.  Ciampini,  Vêlera  inonumenla,  t.  I,  pi.  xx. 

6.  D.\NiEi,,  m,  49,  50. 

7.  Ibid.,  92. 


sens  littéral,  et,  sur  plusieurs  monuments 
où  un  personnage  est  représenté  à  côté  des 
trois  hébreu.x  —  vêtus  ordinairement,  com- 
me le  dit  Prudence,  d'habits  orientaux  aux 
larges  plis  et  coiffés  de  tiares  assyriennes('), 
—  ce  n'est  pas  un  ange,  mais  Jésus-Christ 
qui  apparaît.  Le  personnage  qui  accompa- 
gne les  trois  martyrs,  dans  les  deux  seules 
peintures  où  l'artiste  l'ait  introduit,  n'a  aucun 
attribut  qui  le  désigne  particulièrement  pour 
un  ange  (^)  :  dans  un  bas  relief  du  IV^  siècle, 
il  porte  même  un  volume  à  la  main,  attribut 
souvent  donné  au  Christ  ,  jamais  aux 
anges;  un  fond  de  coupe  le  montre  touchant 
les  flammes  avec  la  verge  du  commande- 
ment, du  geste  habituel  du  Christ  multi- 
pliant les  pains  ou  guérissant  le  paralytique, 
sujet  représenté  sur  le  même  verre;  un 
ivoire  du  V^  siècle  le  représente  étendant 
la  croix  au  dessus  de  la  fournaise  ;  enfin,  dans 
une  peinture  de  catacombe,  le  Sauveur  des 
jeunes  hébreux  n'a  pas  la  forme  humaine, 
mais  celle  de  la  colombe,  qui,  nous  le  verrons, 
était  un  symbole  du  Christ  [').  «  La  four- 
«  naise  haletante,  fait  dire  Prudence  à  Na- 
«  buchodonosor,a  reçu  trois  hommes  seule- 
«  ment;  or,  bravant  les  vapeurs  et  les  feux, 
«  en  voici  un  quatrième:  c'est  leFilsdeDieu, 
«  je  le  confesse,  et,  vaincu,  je  l'adore  ("•)  ;  » 
et,  plus  loin  :  «  Le  Fils,  ce  n'est  pas  dou- 
«  teux,  est  l'auteur  de  ce  miracle;  celui  que 
«  je  vois  est  Dieu  même,  le  Fils  unique  de 
«   Dieu  (5).  » 

1.  Barbaricos...  sinus Assyrias...  tiaras...  Apotheo- 

sis,  143,  145- 

2.  Catacombe  de  .Saint-Hermis  l'Garrucci,  pi.  I.XXXII, 
i); —  catacombe  de  Callixte  (Ue  Rossi,  A'ûina  So/ler- 
ranea,  t.  MI.  pi.  XV). 

3.  Martigny,  Dict.des ant.chr,'t.,7i\\..  He'breux,  p.  339,340. 

4.  Nempe,  ait,  o  procercs,  tria  vasta  incendia  anhelis 
Accepere  vires  fornacibus,  additus  unus 

Ecce  vapori  feros  rLdens  intersccat  ignés. 
Filius  ille  Dei  est,  fateorque  et  victus  adoro. 

Apotheosis,  133-135. 

5.  Filius,  haud  dubium  est,  agit  ha:c  miracula  rerum, 
(2uem  video,  Deus  ipse,  Dei  certissima  proies. 

Ibid.  138,  139.     _J 


Le  ^pmboUsme  chrétien  au  i\}'  siècle,  D'après  les  poèmes  De  pruDcnce.     7 


II. 

LE  Buisson  ardent,  la  Colonne  lumi- 
neuse, les  Anges  qui  visitèrent 
Abraham,  Jacob  et  les  trois  martyrs 
Hébreux,  ne  sont  pas  les  seules  figures  de 
l'Ancien  Testament  dans  lesquelles  Pru- 
dence reconnaisse  le  Christ.  Il  considère 
encore  Moïse  et  David  comme  des  types 
du  Sauveur. 

Prudencevoit  dans  l'épisode  de  Moïse  en- 
fant,sauvé  des  eaux  quand  tous  les  Juifs  de 
son  âge  y  périssaient,  une  image  de  l'enfant 
Jésus  échappant  à  la  fureur  d'Hérode  et  au 
massacre  des  innocents.  «  A  quoi  a  servi  ce 
«  forfait  ?  en  quoi  ce  crime  a-t-il  été  utile  à 
«  Hérode.''  Seul  au  milieu  de  tant  de  funé- 
«  railles  le  Christ  est  sauvé...  Ainsi  avait 
«  échappé  jadis  aux  absurdes  édits  du  Pha- 
«  raon  celui  qui  était  la  figure  du  Christ, 
«  Moïse,  le  libérateur  de  son  peuple  (').  »  Le 
poète  continue  le  parallèle  entre  le  chef  in- 
spiré de  la  Loi  ancienne  et  le  chef  divin  de  la 
Loi  nouvelle  :  il  montre  Moïse  faisant  passer 
le  peuple  à  travers  les  eaux  de  la  mer  Rouge, 
comme  Jésus-Christ  le  fera  passer  à  travers 
celles  du  Baptême,  et  priant  les  bras  étendus 
en  forme  de  croix,  pendant  le  combat  d' Israël 
contre  Amalec  (-)  ;  il  conclut  ainsi  :  «  N'est- 
«  il  pas  permis  de  reconnaître  le  Christ 
«  dans  les  actes  de  ce  grand  homme  (^)  ?  » 
Plusieurs  de  ces  épisodes  de  l'Ancien  et  du 
Nouveau  Testament  ont  été  reproduits  par 

I.  Quid  proficit  tantum  nefas, 

(juid  crimcn  Herodem  juvat.' 
Unus  tôt  inter  funera 
Impune  Christus  tollitur. 


Sic  stulta  Pharaonis  mali 
Edicta  qiiondam  fugerat, 
Chrisii  figuram  prœferens, 
Moyses,  receptor  civium. 

CiitheiHi-riiion,  xn,  133-136,  141-144. 

2.  Cathenierinon,  XU,  165-172. 

3.  Licet  ne  Christu.m  noscere 
Tanii  per  exemplum  viri? 

Ibid.,  157,  157. 


l'art  chrétien;  ainsi,  le    massacre  des  Inno- 
cents   se   voit  sur   un   sarcophage  ('),    et  le 
passage   de  la  mer  Rouge  a  été  assez  sou- 
vent représenté  par  les  sculpteurs  des  pre- 
miers  siècles  {^);    mais   je    les   trouve  tous 
groupés,  comme  dans  les  vers  de  Prudence, 
sur  les   tableaux   en  mosaïque  exécutés  à 
Sainte-Marie-Majeure,    peu  d'années  après 
la  mort  du  poète.    La  zone  inférieure   du 
grand  arc  est  occupée  par  une  vaste  compo- 
sition  représentant,  avec  une  certaine  ani- 
mation,   le  massacre  des  Innocents;  parmi 
les   mosaïques    se   déroulant  autour  de  la 
nef,   on    reconnaît,   entre  autres    traits    de 
l'Ancien  Testament,  Moïse  sauvé  des  eaux, 
le  passage  de  la  mer  Rouge,   Moïse   priant 
sur  la  montagne  les   bras  étendus  pendant 
le     combat     entre     les    Hébreux     et     les 
Amalécites,   Josué    traversant   le   Jourdain 
et    introduisant    le    peuple     d'Israël    dans 
la    terre    promise,     —    Josué,    hic    Jésus 
verior,   image    du    Sauveur,    d'après    Pru- 
dence (5). 

David,  vainqueur  de  Goliath,  est  aux 
yeux  des  Pères  de  l'Église  un  symbole  du 
Christ  vainqueur  du  démon  (^).  Il  est  re- 
présenté quelquefois,  sa  fronde  à  la  main, 
dans  les  peintures,  les  bas  reliefs,  les  mo- 
saïques et  les  ivoires  (^).  Mais  nulle  part 
dans  l'art  primitif  n'apparaît  la  figure  de 
David  assis  sur  son  trône,  symbole  naturel 
de  la  royauté  du  Christ.  Cependant,  si 
comme   nous  le  croyons,   les  quatrains  du 


1.  Martigny,  Diction.^  art.  Innocents,  p.  353. 

2.  Edm.  Le  V>\-AX).\.,Sarcoph.  chrél.ant.  delà  ville  d'Arles, 
p\.XXXl  ;  Carrucci, Sloriadell' arlecfis/.,  p\.  CCCIX,  4; 
RoUer,    Ca/acomfies  de  Rome,  pi.  L\'I,  i  ;  LXIX,  i. 

3.  Cathemeruion,  XU,  173-184. 

4.  Voir  les  textes  patrologiqiics  dans  Kraus,  Real Encykl. 
der  christ.  Allcrt.,  art.  David,  p.  345. 

5.  Kraus,  1.  c;  Martigny,  art.  David,  p.  240;  Edmond 
Le  Blant,  Sarcoph.  chiét.  ant.  delà  ville  d'Arles,  pi.  XX  ; 
Les  Ras  Reliefs  des  sarcophui^es  ehrélietis  et  des  liturgies 

fuHihûires,  dans   la    Re^>.  arc/u'ol.,  t.    X.X.W'III,  (1879), 
p.  240 


8 


iacDue   De   r^rt    cbrcticn. 


Dittochaeon  ont  été  composés  par  Prudence 
pour  servir  de  légendes  aux  peintures  ou 
aux  mosaïques  d'une  basilique  inconnue,  ce 
sujet  aurait  été  représenté  une  fois  au 
moins  dans  les  monuments  reliçrieux  de  la 
fin  du  IV=  siècle.  Un  de  ces  petits  poèmes 
est  intitulé  Rcgmim  David  ;  en  voici  la 
traduction  :  «  Voyez  étinceler  les  royaux 
«  insignes  du  bon  David,  le  sceptre, 
«  l'huile,  la  corne,  le  diadème,  la  pourpre, 
«  l'autel.  Tout  cela  convient  au  Christ,  la 
«  chlamyde  et  la  couronne,  le  sceptre  de  la 
«  puissance,  la  corne  de  la  croix,  l'autel, 
«  le  rameau  d'olivier  (').  »  Jésus-Christ 
est,  en  effet,  le  Roi  par  excellence,  et  le  titre 
de  Roi  figure  dans  l'énumération  des 
noms  donnés  au  Sauveur  par  les  premiers 
chrétiens  (^). 

III. 

TELS  sont  les  principaux  symboles 
du  Christ,  empruntés  par  Prudence 
à  l'Ancien  Testament  ;  voyons  quels  em- 
blèmes du  Sauveur  le  poète  demande  au 
Nouveau. 

«  Je  suis  la  lumière  du  monde,  »  a  dit 
Jésus-Christ  if).  Les  premiers  siècles  chré- 
tiens ont   adoré  le  Sauveur   sous   ce   titre, 

1.  Regia  mitifici  fulgentinsignia  David  ; 
Sceptrum,  rt/t?«;«,  cornu,  diadema  et  ptirpura  et  ara, 
Oinnia  conveniunt  Chris ro,  chlamys  atque  coroiia, 
Virga  potestatis,  cornu  crucis,  altar,  olivuin. 

Dit/ocliacon,  XX. 
La  corne  pleine  d'huile  servant  au  sacre  des  rois,  ^ 
laquelle  fait  ici  allusion  Prudence  (olciim,  cornu),  c'tait 
encore  à  la  fin  du  IV''  siècle  conservée  à  Jérusalem. 
Une  relation  d'un  voyage  aux  saints  lieux  en  367, 
récemment  découverte  par  M.  Gamurrini  dans  la  biblio- 
thèque d'Arezzo,  dit  que  pendant  l'adoration  de  la  croix 
sur  le  Golgotha,  le  vendredi  r.aint,  le  diacre  tenait  la  corne 
du  sacre  (Studi  e  Docuinenti  di  Storia  e  Diritio,  1884, 
p.  102).  Cette  corne  avait  probablement  été  apportée  à  K  orne 
par  Titus  avec  les  objets  provenant  du  temple  de  Jérusa- 
lem, et  rendue  .\  l'église  du  Martyrium  par  Constantin. 
Elle  se  voyait  encore  au  temps  du  voyage  vulgairement 
attribué  h  Antonin  de  Plaisance,  peu  avant  la  destruction 
des  églises  de  Jérusalem  par  Cosrhoès. 

2.  S.  Uamase,  Carin.  vi. 

3.  S.  Jean,  vin,  12  ;  Cf.  ix,  5  ;  xn,  35,  46. 


auquel  les  esprits  avaient  été  déjà  préparés 
par  les  symboles  du  Buisson  ardent,  de  la 
Colonne  de  feu.  Il  n'est  pas  seulement  la 
lumière  de  ceux  qui  vivent  sur  la  terre,  il  est 
aussi  le  soleil  qui  éclaire  et  réjouit  les  âmes 
de  ceux  qui  l'ont  quittée.  «  Puisse  ma  mère 
«  goûter  un  bon  repos,  je  t'en  conjure,  ô 
«  Lumière  des  morts,  »  s'écrie  l'auteur  de  la 
célèbre  épitaphe  d'Autun  (').  Au  début  du 
petit  poème  Damasien  que  j'ai  déjà  cité,  le 
titre  de  «  Lumière  »  est  donné  à  Jésus- 
Christ  ('').  Prudence  s'adresse  au  Sauveur 
en  ces  termes  : 

«  Bon  maître,  créateur  de  l'étincelante 
«  lumière,  tu  nous  apprends  à  chercher 
«  le  soir  une  étincelle  en  heurtant  les 
«  pierres  oia  reposent  les  semences  du 
(i  feu;  afin  que  l'homme  sache  que  l'espoir 
«  de  la  lumière  est  pour  lui  caché  dans 
«  le  corps  solide  du  Christ,  qui  voulut 
«  être  appelé  la  pierre  inébranlable,  et 
«  qui  donne  naissance  à  tous  nos  petits 
«  feux  (3).  » 

Prudence  mélange  ici  deux  symboles. 
«  Jésus-Christ  est  la  pierre,  )y  peira  mitcin 
erat  Christîis,  a  dit  saint  Paul  {■*)  et  répète 
après  lui  saint  Damase  (=)  ;  mais  au  lieu 
que  de  cette  pierre  le  poète  fasse  couler 
sous  la  versfe  de  Moïse  l'eau  symbole  de  la 
vie  divine,  sujet  si    souvent   représenté  par 


1.  ET  EYAOI  MHTHP  CE  AITAZOVIVI,  <l>i2cT0 
f-).\j\ONTÛN.  Corp.  inscr.  grac.,ïV, gSgo;  Edm.Le  lîlant, 
liitcr.  chrét.  de  la  Gaule,  t.   I,  n°  4. 

2.  Migne,  Patrol.  Int.,  t.  XIII,  col.  39S. 

3.  Inventor  rutili,  dux  bone,  luminis 


Incussu  silicis  lumina  nos  tamen 
Monstras  saxigeno  semine  qu.'erere: 
Ne  nesciat  homo  speni  sibi  luminis 
In  CrlKlSTl  solido  corpore  conditam. 
Oui  dici  stabilem  se  voluit  petram, 
Nostris  igniculis  unde  genus  venit. 

Ciithcinerinon,  V,  1,7-12. 

4.  I  Cor.  X,  4. 

5.  Virga,  columna,  manus, /<•/;<»,  Filius  Emmanuelque. 
S.  Damase,  Carm.W. 


le  %pmôoïisme  chrétien  au  i\i'  0iècle,  li'après  les  poèmes  ne  Iprun 


tnce. 


le  premier  art  chrétien  (')  et  chanté  par 
Prudence  lui-même  ('),  ici  c'est  l'étincelle  de 
la  grâce,  c'est  la  lumière  même  du  Christ 
qu'il  en  suscite.  Par  cette  hardie  coiupéné- 
tration  de  deux  symboles,  il  semble  que 
Prudence  ait  eu  la  pensée  de  mettre  le 
dogme  chrétien  en  regard  des  superstitions 
mithriaques,  si  puissantes  encore  à  l'époque 
où  il  écrit  (3),  et,  aux  images  du  dieu 
persan,  que  ses  statues  représentent  quel- 
quefois jaillissant  de  la  pierre  mère, 
petra  genitrix,  comme  l'étincelle  jaillit 
du  silex  (■•),  ait  opposé  le  symbole  victo- 
rieux du  Christ,  la  pierre  inébranlable  sur 
laquelle  est  fondée  l'Eglise  et  d'où  émane 
la  vraie  lumière. 

Jésus-Christ  n'a  pas  seulement  dit  de 
lui-même  :  «  Je  suis  la  lumière  ;  »  il  a  ajouté  : 
«  Je  suis  le  Bon  Pasteur  (^).  »  L'antiquité 
chrétienne  aimait  à  se  le  représenter  sous 
cette  naïve  et  touchante  figure.  Dans  les 
peintures  des  catacombes,  sur  les  sarco- 
phages, sur  les  lampes,  dans  les  rares  sta- 
tues des  premiers  siècles  (°),  le  Bon  Pasteur 
apparaît  doux,  mélancolique,  presque  tou- 
jours jeune  et  gracieux  ;  sur  ses  épaules  il 
rapporte  la  brebis  errante,  quelquefois 
même  le  bouc  impur,  et  souvent  les  brebis 

1.  Vingt-deux  fois  dans  les  peintures  des  catacombes 
romaines,  du  II'-'  au  V'^  siècle  ;  vingt  et  une  fois  sur  les 
sarcophages  du  musi^e  de  Latran  ;  très  fréquemment  sur 
les  verres  à  figures  dorées. 

2.  Cathemerinon,  V,  89-92  ;  Psycliomachia,  371-373. 

3.  Beugnot,  Histoire  de  la  destruction  du  pagmiisme  en 
Occident,  t.  I,  p.  155-161,  272-273,  334,  336,  373-375- 

4.  S.  Justin,  Apo/.,  I,  66  ;  Dialoi;.  cuni  Tryph.,  70.  Cf. 
la  statuette  de  la  caverne  mithriaque  découverte  sous  la 
basilique  de  St-Clémcnt  de  Rome.  Elle  a  été  reproduite 
par  M.  Roller,  dans  la  RcTue  arc/u'ol.,  t.  X.XIV(  1872),  p.  71. 

5.  S.  Jean,  x,  1-17. 

6.  Cinq  statues  du  Bon  Pasteur  à  Rome,  une  à  Constan- 
tinople,  une  à  Séville,  une  au  musée  de  Patissia  ;  Bii/l. 
di  archcol.  crist.,  1869,  p.  47  ;  1870,  p.  150  ;  Kev.  arc/u'ol., 
t.  .X.X.XII  (1876),  p.  297.  Eusèbe  parle  yDe  vita  Constan- 
tini,  m,  49J  d'une  statue  du  Bon  Pasteur  en  bronze  doré, 
érigée  à  Constantinople.  Quant  aux  représentations  du 
Bon  Pasteur  dans  les  peintures,  les  bas  reliefs,  etc.,  je 
n'essaie  pas  de  les  énumérer  :  elles  sont  innombrables. 


fidèles  se  pressent  autour  de  lui,  car  «  il  les 
connaît  et  elles  le  connaissent  (').  »  La 
poésie  ne  pouvait  oublier  cette  belle  image. 
Prudence  a  chanté  en  vers  charmants  le 
Bon  Pasteur  allant,  à  travers  l'épaisse  forêt, 
rechercher  la  brebis  fugitive,  dont  la  toison 
s'est  accrochée  aux  ronces  du  chemin  :  il  la 
rapporte  à  la  bergerie  ensoleillée,  aux 
vertes  prairies,  aux  bois  de  palmiers  et  de 
lauriers  (^).  Sur  une  lampe  chrétienne  trou- 
vée dans  les  ruines  d'Ostie,  la  bersferie 
dont  parle  Prudence  est  représentée  par 
une  petite  hutte,  dans  laquelle  entre  une 
des  brebis,  tandis  que  le  Pasteur  en  porte 
une  autre  sur  ses  épaules,  et  qu'une  troi- 
sième s'approche  de  lui  (^).  Les  poètes 
chrétiens  du  V^  et  du  Vie  siècle  ont,  après 
Prudence,  célébré  Jésus-Christ  sous  la 
même  figure.  «  Que  le  sentier  de  la  vie,  dit 
Sedulius,  me  conduise  dans  l'enceinte  où, 
sous  la  conduite  du  blanc  agneau,  fils  de  la 
brebis  vierge,  le  candide  troupeau  entre 
tout  entier  {*).  »  Fortunat  montre  le  Pas- 
teur rappelant  ses  brebis  de  peur  des  loups, 

1.  S.  Jean,  X,   15. 

2.  Ille  ovem  morbo  résident  gregique 
Perditam  sano  maie  dissipantem 
Vellus  adfixis  vepribus  per  hirtœ 

Uevia  sylvie, 

Impiger  pastor  revocat  lupisque 
Gestat  exclusis  liumeros  gravatus, 
Inde  purgatam  revehens  aprico 
Reddit  ovili  : 

Reddit  et  pratis  viridique  campo. 
Vibrât  impexis  ubi  nulla  lappis 
Spina,  necgermen  sudibus  perarniat 
Carduus  horrena  : 

Sedfrequenspalmis  nemus  et  retiexa 
Vernat  herbarum  coma,  tum  perennis 
Gurgitem  vivis  vitreum  fluentis 
Laurus  obumbrat. 

Cathemerinon,  vui,  33-4S. 

3.  Bull,  di  archcol.  crist.,  1870,  pi.  I. 

4 Sémite  vit;e 

Ad  caulas  me  ruris  agat,  qua  servat  am(unum 
Pastor  ovile  bonus,  qua  vellere  pni.'vius  albo 
Virginis  agnus  ovis,  grexque   omnis  candidus  intrat. 
Sedulius,  Carmen  pasc/iale,  I,  Invocatio 


lO 


IRcu uc    Qc    rart    cbrcticn. 


et  celles-ci  qui,  «  reconnaissant  sa  voix,  ac- 
courent pleines  d'amour  auprès  de  lui  (').  » 

IV. 

PRUDENCE  nous  fait  connaître  trois 
autres  symboles  du  Christ  :  l'agneau, 
la  colombe,  le  coq. 

Célébrant  dans  une  des  plus  belles 
hymnes  du  Cathemci-inon  la  réconcilia- 
tion universelle  qui  devait  suivre  la  nais- 
sance du  Christ,  et  se  souvenant  à  la  fois 
d'Isaïe  et  de  Virgile,  le  poète  chrétien 
s'écrie  : 

«  L'agneau,  ô  miracle  !  commande  aux 
«  lions,  et,  tombée  du  ciel,  la  colombe  pour- 
«  suit  à  travers  les  nuages  et  les  vents  les 
<3;  aigles  féroces.  Vous  êtes  pour  moi,  ô 
«  Christ,  la  puissante  colombe  à  laquelle 
«  cède  l'oiseau  gorgé  de  sang,  l'agneau 
«  d'une  blancheur  de  neige  qui  défend  du 
«  loup  la  bergerie  et  soumet  le  tigre  à  son 

«  joug  (0-  » 

Je  n'ai  pas  besoin  de  rappeler  ici  les  nom- 
breux textes  de  l'Ancien  et  du  Nouveau 
Testament  désignant  le  Sauveur  du  monde 
par  le  symbole  de  l'agneau,  et  célébrant 
ainsi  dans  une  même  image  son  sacrifice  et 
sa  douceur  (^).  Depuis  les  plus  anciennes 
peintures  des  catacombes  jusqu'aux  mosaï- 
ques du  moyen  âge,  l'agneau  apparaît  dans 
tous  les  monuments  de  l'art   religieux,  tan- 

1.  Fortunat,  0pp.,  I,  U,  13. 

2.  Agnus  enim  vice  mirifica 
Ecce  leonibus  imperitat, 
Exagitansque  truces  aquilas 
Per  vaga  nubila  perque  notos 
Sidère  lapsa  columba  fugat. 

Tu  mihi,  Christe,  columba  potens, 
Sanguine  pnsta  cui  cedit  avis, 
Tu  niveus  per  ovile  tuum 
Agnus  hiare  lupum  prohibes 
Sub  juga  tigridis  ora  premens. 

Cathemerinon,  III,  1 6 1 - 1 70. 

3.  Gen.,    IV,  4;  EXOD.,    xu,  3  ;  XXIX,   36  ;  Jcrémie, 
ni,  7  ;  S.  Jean,  l,  29  ;  IPctri,  l,  19  ;  Apocal.,  XII,  8. 


tôt  soutenant  la  houlette  pastorale  et  le  vase 
de  lait,  symbole  de  l'eucharistie,  tantôt  de- 
bout sur  un  tertre  d'où  s'échappent  quatre 
fleuves,  symboles  des  quatre  évangélistes, 
tantôt  portant  le  nimbe  et  la  croix,  tantôt 
couché  sur  cette  croix,  une  fois  même,  dans 
un  bas  relief  du  IV^  siècle,  frappant  le  ro- 
cher avec  la  verge  de  Moïse,  recevant  de 
Dieu  les  tables  de  la  Loi,  ressuscitant  Lazare 
et  multipliant  les  pains  (').  De  même  que 
l'agneau,  la  colombe  est  un  des  symboles 
les  plus  fréquemment  employés  par  l'art 
chrétien,  et  depuis  les  peintures  de  la  crypte 
de  Lucine,  datant  de  la  fin  du  I^i^  siècle  ou 
du  commencement  du  II ^  jusqu'aux  mo- 
saïques de  la  basilique  de  Saint-Clément, 
qui  appartiennent  au  XI 11^  siècle,  on  la 
retrouve  sur  toute  espèce  de  monuments. 
Mais  elle  y  représente  le  plus  souvent  soit 
le  Saint-Esprit,  soit  l'âme  chrétienne  ;  rare- 
ment elle  est  prise,  conune  dans  les  vers 
de  Prudence,  pour  un  symbole  du  Christ. 
Cependant  Martigny  cite  d'après  Cavedoni 
l'image,  moulée  sur  une  lampe,  d'une 
colombe  dont  la  tête  est  surmontée 
d'une  croix  et  qui  porte  dans  son  bec  un 
rameau  d'olivier:  «  Il  n'est  pas  douteux, 
écrit  le  savant  archéologue,  que,  se  pré- 
sentant avec  ce  double  attribut  de  la  croix 
et  de  l'olivier,  cette  colombe  ne  soit  ici 
le  symbole  de  Jksus-Ciikist,  de  qui 
saint  Paul  a  dit  (Co/oss.,  i,  20)  qu'il 
pacifie  par  le  sang  de  sa  croix  la  terre  et 
les  cieux  (").  » 

Prudence  a  encore  comparé  Notre-Sei- 
gneur  au  coq  matinal.  Son  cri  arrache  les 
hommes  au  sommeil  ;  il  a  réveillé  la  cons- 
cience endormie  de  saint  Pierre  :  c'est 
l'image  du  Souverain  Juge,  devant  lequel 
tous  comparaîtront  au  sortir  du  sommeil  de 
la  mort.  €  L'oiseau  messager  du  jour  chante 


1.  Martigny,  Die/.,  art.  Agneau,  p.  26-29. 

2.  Martigny,  art.  Colombe,  p.  187. 


iLc  %)pmtJOli.smc  cbrctien  au  iw  siècle.  D'après  les  poèmes  Oe  PruDence.    1 1 


«  la  lumière  prochaine  ;  déjà  le  Christ  qui 
«  réveille  les  âmes  nous  rappelle  à  la  vie... 
«  Cette  voix  que  font  entendre  les  oiseaux, 
«  debout  sur  le  toit  de  la  maison,  un  peu 
«  avant  le  lever  du  soleil,  est  une  figure  de 
«  notre  Juge  (').  »  Le  coq  est  souvent 
oravé  sur  les  marbres  chrétiens,  soit  à  côté 
de  Pierre,  soit  seul  (-).  «  Le  chant  du  coq, 
«  dit  encore  Prudence,  est  le  signe  de 
«  l'espérance  promise,  par  laquelle,  délivrés 
«  du  sommeil,  nous  attendons  la  venue 
«  de  Dieu  {'^).  »  Résurrection,  envisagée 
comme  un  sujet  de  crainte,  car  nous 
serons  jugés,  —  d'espoir,  car  notre  Juge 
est  en  même  temps  notre  Sauveur,  — 
tel  est  le  sens  de  ce  symbole.  Mais  la 
résurrection  se  fera  par  la  puissance  du 
Christ;  c'est  lui,  «  premier  né  d'entre  les 
morts,  »  qui  nous  tirera  du  tombeau,  et 
voilà  pourquoi  le  coq,  emblème  de  la  résur- 
rection, est  en  même  temps  l'emblème  de 
celui  qui  nous  ressuscitera.  Sur  une  gemme 
publiée  par  Perret,  au-dessus  du  coq  posé 
sur  un  rameau  est  gravé  le  monogramme 
du  Christ  (■•). 

Un  dernier  symbole  du  Christ  est 
donné  par  Prudence.  «  Je  suis  A  et  Û,  le 
«  premier  et  le  dernier,  le  commencement 

I.  Aies  diei  nuntius 

Lucem  propinquam  prajcinit  : 
Nos  excitator  mentium 
Jam  Christus  ad  vitam  vocat. 


Vo\  ista  qua  strepunt  aves, 
Stantes  sub  ipso  culmine, 
Paulo  antequam  lux  emicet, 
Nostri  figura  est  Judicis. 

Cathejuerinon,  I,  1-4,  13-16. 

2.  Aringhi,  Roma  siib/erranca,  t.  I,  pp.  297,  319,  613  ; 
t.  II,  p.  399;  Martigny,  Die/.,  art.  Coq,  p.  205  ;  art.  Renie- 
ment de  S.  Pierre,  p.  696  ;  RoUer,  Catacombes  de  Rome, 
pi.  VIII,  LXXXI,  2,  3;  LXXXII,  1,2;    LXXXVII,  4. 

3.  Hoc  esse  signum  prœscii 
Norunt  repromissit  spei, 
Qua  nos  soporis  liberi 
Speramus  adventum  Uei. 

Calheinerinon  I,  45-48. 

4.  Perret,  Catacombes  de  Rome,  t.  IV,  pi.  XVI,  29. 


«  et  la  fin,  »  dit  Jésus  à  saint  Jean  dans  la 
vision  finale  de  l'Apocalypse  (').  Les  Pères 
de  l'Église  ont  commenté  ce  mystérieux 
symbole  du  Verbe  fait  homme  (").  L'art 
chrétien  l'a  reproduit  sur  toute  espèce  de 
monuments,  pierres  tombales,  peintures, 
mosaïques,  monnaies  {^).  Prudence  à  son 
tour  l'a  chanté  dans  cette  belle  prière  au 
Christ  qu'il  \n'(\X.\A(t  Hynnims  omiiis  /ions  : 
«  Né  du  cœur  du  Père,  avant  le  commen- 
«  cernent  du  monde,  appelé  A  et  O,  il  est  la 
«  source  et  le  terme  de  tout  ce  qui  est,  fut 
«  et  sera  (*).  »  Prudence  a  peut-être  pris  un 
plaisir  particulier  à  célébrer  dans  ses  vers 
ce  symbole  sacré.  En  efiet,  bien  qu'on  en 
puisse  trouver  des  exemples  antérieurs  au 
I  Ve  siècle,  il  semble  avoir  été  choisi  comme 
un  signe  de  ralliement  pour  les  orthodoxes 
dans  les  pays  infestés  par  l'hérésie  arienne. 
Prudence  était  Espagnol,  et  l'Espagne  est 
un  des  pays  où  l'arianisme  s'est  maintenu  le 
plus  longtemps.  Kraus  fait  remarquer  que 
sur  288  inscriptions  chrétiennes  d'Espao-ne 
recueillies  par  Hubner,  43  sont  accom- 
pagnées de  l'A  et  de  l'û,  tandis  qu'en  Angle- 
terre, pays  qui  ne  connut  pas  l'arianisme, 
sur  229  inscriptions  5  seulement  présentent 
ce  symbole  (=).  Prudence,  ardent  champion 

1.  Apoc,  XXII,  13.  Cf.  XXI,  6. 

2.  Voir  les  te.xtes  dans  Kraus,  Real  Encyckl.  de> 
Christl.  Alterth.,  art.  Au,  p.  60,  61. 

3.  Martigny,  Dict.,  art,  Aii,  p-  50,  51;  Smith,  Dictio- 
nary  of  Christian  antiguities,  p.  i  ;  Kraus,  Real  En- 
cyckl., p.  60-62. 

4.  Corde  natus  ex  Parentis,  ante  mundi  exordium, 
Alplia  et  <2  cognoniinatus,  ipse  fons  et   clausula 
Omnium  quas  sunt,  fuerunt,  quaeque  post  futura  sunt. 

Cathemerinon,  ix,  10-12. 
5.  Kraus,  p.  6r.  —  Je  dois  dire  cependant  que  M.  Edm. 
Le  Blant  refuse  de  voir  dans  la  présence  de  l'A  et 
de  \W  sur  les  marbres  d'Espagne  un  signe  d'orthodoxie  : 
il  rappelle  que  les  monnaies  de  Constance,  l'un  des  fauteurs 
de  l'arianisme,  portent  ce  symbole.  Journal  des  savants, 
juin  1S73,  p.  360.  —  Contra  :  Ramurez,  dans  Burchard, 
Epis/.  a<l  Ciampin.  ;  Flores,  Espagna  Sajp-ada,  t.  XI 11, 
p.  169  ;  Millin,  Voyage  dans  le  midi  de  la  France,  t.  111, 
p.    167. 


12 


IRctJue   De   part  cïjtctien. 


de  la  divinité  du  Christ,  à  la  défense  de 
laquelle  il  a  consacré  tout  son  poème  de 
XApotheosis,  dut  inscrire  avec  enthousiasme 
dans  ses  vers  ces  lettres  sacrées,  que  beau- 
coup de  ses  compatriotes  ordonnaient  de 


graver  sur  leurs  tombes  en  témoignage  de 
la  pureté  de  leur  foi. 

Paul  Allard.     • 
(A  suivre.) 


j  «4»  •4'  •^^  •!?  «vt?  •$»  fi"  «1^  ij»  ''^■'  «4»  "î"  »>^'>  "J"  ^^  fi"  "^J^"  ^''  ^'i  '^^''  "^^  "J"  «v^^  »>|.''  "!:'  rj."  "I*  «i"  •$»  »$'>  •$»  'i"  '«1'*  "î"  »$'  «i"  «i"  5 


î^^liZîlîTîliiEiZi^ 


,jr.,jiTiJ«-: 


:^^!itirit^::^::iii; 


tiiiilîZ^ 


Hnciens  iboires  sculptés,  s^ïs^i 


îit  ;  ^  :■  it.' :^^t;î^j;^_î^  ^^  :,;^i^^ 


fTTi  -fTr  '♦Tr'  '♦tT'  'tTr  'TTr  -rrr  'tTt'  -TTr  'fT*'  '♦T*'  'TTT'  '•T*'  '♦IT'  '*ÎT'  ''Ï*'  'TEt'  ■'T^  'TTr  ''T^'iTr  '•T*'  'TT^  'Wr  'TT' 

Jlc  triptyque  f)p?antin  De  la  collection 
BarfaauiUe,  à  Hrras. 


I. 

A  spécialité  de  monuments,  ob- 
jectif de  ce  travail,  est,  selon 
toute  probabilité,  une  invention 
byzantine.  Les  plus  anciens 
exemplaires  d'icônes  triples  à 
volets  mobiles,  triptyques, ou  mieux  (a'^'7'f//^j'- 
l'ides  (qui  a  l'aspect  des  portes  saintes 
=  it'/coç,  Sûpa,  ûdo;,)  sculptées  en  ivoire, appar- 
tiennent à  l'art  grec  médiéval.  Les  Latins, 
qui  connurent  d'abord  les  diptyques,  puis 
les  tableaux  à  compartiments  juxtaposés, 
adoptèrent  assez  tard  une  innovation  due  au 
génie  oriental.  On  rencontre  fréquemment 
des  portions  de  triptyques  byzantins,  soit 
isolées,  soit  employées  à  la  reliure  des 
manuscrits  ;  d'habiles  truqueurs  —  il  y  en 
a  toujours  eu,  et  il  y  en  aura  jusqu'à  la 
consommation  des  siècles  —  ont  même 
reconstruit  des  agiothyrides  au  moyen  de 
débris  hétérogènes  ;  mais  il  est  rare  de 
trouver  un  échantillon  intact,  tel  qu'il  sortit 
de  l'atelier  :  ces  pièces-là,  on  les  cite. 

J'avais  eu  depuis  longtemps  l'heureuse 
chance  de  pouvoir  étudier  à  mon  aise  le 
splendide  et  très  authentique  morceau  dont 
la  reproduction  phototypée  est  ci-jointe. 
Acquis,  vers  les  premières  années  du  siècle 
courant,  par  un  amateur  éclairé  d'Arras, 
M.  de  Beugny  de  Pommeras,  notre  ivoire, 
à  la  mort  de  celui-ci,  passa  dans  le  cabinet 
de  M.  Harbaville  ('),  l'un   de  ses  gendres  : 

1.  M.  Harbaville,  décédé  en  1866,  fut  l'un  des  membres 
les  plus  érudits  de  l'Académie  d'Arras  et  le  président  à 
vie  de  la  Commission  des  monuments  du  Pas-de-Calais. 


les  héritiers  de  M.  Harbaville  possèdent 
aujourd'hui  l'objet,  et,  insensibles  aux  offres 
les  plus  brillantes,  ils  ne  se  montrent  nulle- 
ment disposés  à  l'aliéner. 

Peu  de  connaisseurs,  disons-le  en  passant, 
ont  joui  du  privilège  dont  on  m'a  si  géné- 
reusement gratifié.  Hormis  Didron  aîné  et 
M.  Victor  Gay,  aucun  savant  étranger  à  la 
ville  d'Arras  n'a,  que  je  sache,  obtenu  l'accès 
d'un  trésor  caché  sous  le  boisseau, et  n'a  été 
mis  à  même  d'en  apprécier  la  haute  valeur  ; 
en  conséquence, la  présente  notice,  texte  et 
planches, peut-elle,sans  trop  d'amour-propre, 
réclamer  de  justes  droits  à  la  nouveauté. 

Dès  1867,  un  habile  praticien  d'Arras, 
M.  Charles  Desavary,  avait  photographié 
le  triptyque  à  mon  intention.  Les  clichés 
ayant  souffert  d'un  accident,  la  famille  Har- 
baville a  bien  voulu  m'autoriser  à  recom- 
mencer l'opération,  avec  les  procédés  actuels 
qui  donnent  une  image  plus  nette  et  facilitent 
la  besogne  mécanique  du  phototypeur  ('). 
Confiés  au  talent  éprouve  de  M.  E.  Aubry, 
de  Bruxelles,  les  nouveaux  clichés  ont 
produit  un  résultat,  sinon  parfait,  du  moins 
très  satisfaisant. 

Parmi  les  ouvrages  qu'il  a  publiés,  citons  en  première 
ligne  le  Mémorial  historique  et  archéologique.  Aujourd'hui, 
malgré  les  progrès  de  la  science  et  la  continuelle  décou- 
verte de  monuments  nouveaux,  aucun  auteur  ne  saurait 
aborder  l'Artois  sans  recourir  au  modeste  savant,  dont 
l'œuvre,  imprimée  en  1S42,  étonne  par  le  nombre  de  re- 
cherches qu'elle  a  nécessitées.  Ces  recherches,  alors  assez 
difficiles,  exigèrent  beaucoup  de  temps  et  de  patience. 

I.  Je  dois  des  remerciments  particuliers  à  MM.  Henri 
et  Rémi  Trannin,  petits-fils  de  M.  Harbaville  ;  tous  deux 
m'ont  prêté  un  concours  des  plus  efficaces.  Le  second  a 
mis  à  ma  disposition  son  expérience  de  photographe  ; 
l'aîné,  docteur  ès-scienccs  et  mon  collègue  à  l'Académie 
d'Arras,  m'a  fait  remarquer  certains  menus  détails  très 
importants  au  fond,  et  qui,  sans  lui,  m'auraient  peut-être 
échappé. 


1SS5.  —  1"^  Livraison. 


14 


iRetiuc   De    rart   cbrcticn. 


Dans  quelles  circonstances  un  précieux 
monument  byzantin  prit-il  la  route  del'ouest; 
comment  vint-il  échouer  obscurément  en 
Artois  ?  A  de  telles  questions  on  ne  saurait 
guère  répondre  que  par  des  hypothèses  ; 
il  eût  été  préférable  de  s'en  abstenir,  mais 
je  suis  obligé  d'émettre  ici  les  miennes,  car 
elles  aideraient  au  besoin  à  la  solution  d'un 
intéressant  problème. 

Trois  causes  motiveraient  le  transfert  de 
notre  ivoire  en  Occident  :  le  commerce  ;  le 
pillage  de  Constantinople,  en  1204,  par  les 
Croisés  ;  l'émigration  grecque,  à  la  suite  de 
la  conquête  turque,  en  1453. 

De  ces  causes,  il  faudra  d'abord  éliminer 
la  dernière  qui  ne  me  semble  pas  même 
discutable.  Les  émigrés  du  XV*^  siècle 
abordèrent  tous  en  Italie,  et  les  menus 
objets  emportés  dans  leur  fuite,  manuscrits, 
bijoux,  œuvres  d'art,  ne  sont  guère  sortis 
de  ce  pays  que  pour  enrichir  des  collections 
princières.  Alors  une  pièce  aussi  remar- 
quable que  le  triptyque  Harbaville  n'aurait 
pu  échapper  aux  investigations  de  Gori,  le 
plus  ardent  dénicheur  d'ivoires  sculptés  qui 
fût  jamais.  Le  savant  florentin  a  bien  su 
trouver,  chez  un  particulier  de  Todi,  une 
réplique,  très  postérieure  en  date  et  très 
inférieure  en  style,  de  la  merveille  qu'Arras 
abrite  aujourd'hui  (');  il  s'est  passionné  pour 
une  copie,  et  il  n'aurait  pas  découvert  le 
type  original  au  cas  où  cette  pièce  eût 
reposé  dans  les  régions  comprises  entre  les 
Alpes  et  la  Mer  Ionienne  ?  Une  telle  né- 
gligence serait  trop  invraisemblable  pour 
que  l'on  crût  à  sa  possibilité. 

La  provenance  commerciale  est  au  con- 
traire parfaitement  admissible.  Depuis  le 
VI 11"=  siècle  jusqu'à  la  catastrophe  inaugu- 
ratrice  du  XI II'^,  Constantinople,  trait 
d'union  qui  reliait  l'Europe  à  l'Asie,  alimenta 

I.  Voy.  Thésaurus  vet.  diptych.,  t.  III,  pi.  xxiv  et  xxv. 
Aujourd'hui  au  Musée  chrétien  du  Vatican. 


l'Occident  de  toutes  les  superfluités  du  luxe. 
Dans  les  magasins  du  Bosphore,  à  côté  des 
importations  hindoues,  persanes,  égyptien- 
nes, s'entassaient  les  produits  des  fabriques 
de  la  ville  impériale  ;  la  vogue  de  ces  der- 
niers était  si  grande,  qu'alors  l'article  By- 
zance  jouait  le  rôle  actuel  de  l'article  Paris. 
Les  tissus  historiés  ou  brodés,  l'orfèvrerie, 
la  joaillerie,  la  glyptique,  les  émaux,  les 
ivoires,  étaient  les  spécialités  attractives  de 
l'industrie  byzantine.  A  l'instar  de  Dieppe, 
Constantinople  avait  ses  ateliers  de  tailleurs 
d'images  en  ivoire  (èXî^ayrojpyô;),  où  des 
élèves  plus  ou  moins  habiles  reproduisaient 
à  nombreux  exemplaires,  soit  une  copie 
exacte,  soit  une  variante  des  compositions 
du  maître.  L'ofticine  de  l'ivoirier  byzantin 
étalait  aux  yeux  du  client  des  diptyques, 
des  agiothyrides,  des  cassettes,  et  aussi  des 
panneaux  isolés  à  sujets  religieux,  que  l'on 
faisait  monter  à  sa  fantaisie,  et  que  l'on 
appliqua  souvent  à  la  couverture  des  manus- 
crits. Nous  savons  qu'Halitgaire,  évêque 
de  Cambrai,  ambassadeur,  en  828,  de  Louis 
le  Débonnaire  auprès  de  Michel  le  Bègue, 
rapporta  de  sa  mission  des  panneaux  en 
ivoire  destinés  à  servir  de  reliure  ('). 

Les  épisodes  du  sac  de  1 204  doivent 
également  se  prendre  en  sérieuse  considé- 
ration. Au  milieu  de  féroces  sauvages,  dont 
l'ineptie  et  la  brutalité  dépassaient  de  fort 
loin  tout  ce  que  nos  guerres  modernes  — 
en  Chine  et  ailleurs  —  offrent  de  plus 
odieux,  émergèrent  çà  et  là  des  hommes 
intelligents,  qui  parvinrent  à  soustraire  aux 
rapaces  conquérants  beaucoup  de  reliques 
importantes  et  divers  objets  de  haute  valeur 
artistique.    L'histoire  a  enregistré  les  noms 

I.  Le  Glay,  Caincraciiin  christ.,  p.  14.  Unde  ipse  multa 
et  preciosa  sanctorum  pignora,  sancti  videlicet  protomar- 
tyris  Stcpliani,  CosiTi;c,  Anthimi  Niconiediensis  episcopi 
et  Theodori  martyris,  qu;»;  in  ecclesia  B.  Mariiu  continen- 
tur  adhuc  asportavit,  necnon  et  tabulas  eburneas,  quibus 
libri  cooperti  ibidem  esse  spectantur.  Baldéric,  Chron. 
Camer.  et  Atreb.  1.  I,  c.  40. 


anciens   iijoircs   sculptes. 


15 


de  quelques  sauveteurs  et  dressé  la  liste 
d'une  certaine  quantité  d'épaves  (')  ;  plu- 
sieurs existent  encore  qui  ont  été  signalées, 
mais  il  en  reste  assurément  d'autres  non 
déterminées  jusqu'à  présent  :  pourquoi  le 
triptyque  Harbaville  ne  serait-il  pas  rangé 
parmi  ces  dernières  ? 

En  définitive,  la  sonmie  intégrale  des 
objets  de  piété  byzantins,  que  les  acquisi- 
tions pacifiques  ou  les  violences  belliqueuses 
amenèrent  dans  nos  régions  occidentales, 
échut  aux  églises  et  aux  établissements 
monastiques;  on  ne  saurait  ailleurs  en  suivre 
la  piste. 

Ce  fait  essentiel  admis,  le  sort  ultérieur 
de  notre  ivoire  devient  facile  à  établir. 
Lorsque,  à  la  fin  du  XVII I^  siècle,  la 
France  et  la  Belgique  virent  décréter  la 
confiscation  des  propriétés  ecclésiastiques, 
maintes  œuvres  d'art,  de  faibles  dimensions,, 
ou  que  leur  matière  ne  condamnait  pas  trop 
directement  au  creuset,  furent  adjugées  à 
vil  prix,  sinon  emportées  comme  souvenirs 
par  leurs  légitimes  propriétaires,  chanoines 
ou  religieux  expulsés.  Les  adjudicataires 
étaient  pour  la  plupart  des  spéculateurs; 
quant  aux  membres  du  clergé,  le  butin,  que 
la  nécessité  ne  les  obligea  pas  d'aliéner  eux- 
mêmes,  se  vendit  généralement  ensuite 
après  leur  décès  (''). 

J'ai  intentionnellement  groupé  une  série 
de  détails,  oiseux  en   apparence,   utiles  en 

1.  Voy.  Ernst  aus'm  Weerth,  Das  Sieges/c;  le  comte 
Riant,  Exiiviœ  Const.;  l'abbd  Lalore,  Le  trésor  de  Clair- 
vaux  j  Origines  de  Vorfevr.  cloisonnée,  t.  I,  p.  342;  Ex- 
posa, rétrosp.  en  iSSo,  p.  88  ;  etc.  etc. 

2.  Les  exemples  sont  trop  nombreux  pour  que  je  m'ar- 
rête à  en  signaler.  La  grande  majorité  des  objets  d'art 
médiéval,  que  possèdent  les  collections  publiques  ou  pri- 
vées, n'a  pas  d'autre  origine  que  les  diverses  formes  de 
spoliation  révolutionnaire.  —  Conjointement  avec  les  bro- 
canteurs et  les  religieux,  quelques  personnes  pieuses  con- 
coururent au  sauvetage;  quand  le  culte  catholique  fut  ofli- 
ciellcment  rétabli,  elles  remirent  leurs  picces,  soustraites 
ou  acquises,  soit  aux  curés,  soit  à  l'évêque  diocésain.  Ces 
restitutions  ne  touchent  aucunement  à  notre  triptyque. 


réalité  parce  qu'ils  amènent  une  conclusion. 
N'importe  la  position  sociale  de  la  personne 
qui  céda  le  triptyque  à  M.  de  Pommeras,  il 
me  semble  hors  de  doute  que  ce  morceau, 
avant  de  tomber  au.x  mains  du  dernier 
vendeur,  séjourna  longuement  dans  un 
trésor  d'église.  Or,  il  serait  contraire  à  tous 
les  usages  du  temps  jadis  qu'un  pareil  chef- 
d'œuvre  eût  été  omis  sur  les  anciens  inven- 
taires, documents  d'intérêt  capital,  dont  une 
partie  est  publiée,  mais  dont  beaucoup 
attendent  encore  leur  mise  en  lumière  :  le 
cas  actuel  renvoie  au.x  textes  inédits. 

Suivant  une  probabilité  bien  voisine  de 
la  certitude,  notre  monument  n'a  jamais  vu 
l'Italie.  A  l'aube  du  XIX^  siècle,  les  bro- 
canteurs parisiens  avaient  trop  à  faire  chez 
eux  pour  exploiter  la  province.  L'Angleterre 
et  l'Allemagne  sont  essentiellement  conser- 
vatrices.  Où  donc  trouver  ailleurs  qu'en 
Belgique  et  dans  la  France  septentrionale, 
si  riches  et  si  effrontément  dépouillées, 
l'asile,  peut-être  obscur  ('),  qui  abrita  le 
triptyque  jusqu'à  la  Révolution  ?  La  localité 
où  M.  de  Pommeras  rencontra  son  ivoire, 
localité  sans  doute  peu  éloignée  d'Arras,  à 
supposer  qu'elle  ne  fût  pas  Arras  même, 
plaiderait  déjà  en  faveur  d'une  réponse 
affirmative. 

D'après  mon  sentiment  personnel,  émis 
avec  toutes  les  réserves  qu'exige  une  simple 
hypothèse,  le  cercle  des  recherches  pro- 
posées à  la  science  s'étendrait,  dans  sa  plus 
large  expansion,  de  l'Authie  à  la  Meuse. 
Je  crois  néanmoins  qu'on  pourrait  le  res- 
treindre davantage  et  ne  pas  pousser  l'ex- 
ploration au  delà  de  la  Flandre  française, 
du  Hainaut,  de  l'Artois  et  du  Ponthieu. 
Maintenant    qu'une  fidèle  image  de  l'objet 

I.  Il  est  parfaitement  certain  que  cet  asile  a  échappé 
aux  investigations  des  Jésuites,  des  Bénédictins  et  aussi 
de  Gori,  qui  pourtant  s'était  mis  en  relations  avec  toute 
l'Europe  savante. 


i6 


iRctiuc  oc   rart   cbrcticn 


est  soumise  aux  érudits,  il  sera  facile  à 
reconnaître  derrière  la  plus  laconique  men- 
tion ('). 

II. 

DU  terrain  conjectural,  si  attrayant  à 
cultiver  mais  si  fréquemment  stérile, 
passons  au  domaine  positif;  il  est  vaste, 
curieux  et  assez  intelligible  pour  que  nous 
y  obtenions  quelques  succès. 

Rectangle  formé  de  trois  panneaux  dis- 
tincts, historiés  au  droit  et  au  revers,  notre 
triptyque  ouvert  offre  un  développement  de 
of"282.  Le  panneau  central,  accru  de  deux 
plinthes  rapportées,  mesure  o'"242  de  haut 
sur  0^142  de  large.  Dimensions  des  volets  : 
H.  o'"2i7  ;  L.  o™07o.  Au  Hanc  externe  du 
volet  gauche  est  ménagé  un  étroit  batte- 
ment destiné  à  recouvrir  la  solution  de  con- 
tinuité lorsqu'on  ferme  le  meuble.  Ce  batte- 
ment est  alors  maintenu  par  un  taquet 
(biguet,  tourniquet)  d'argent  ciselé,  pro- 
tomes de  lion  et  de  chien  adossés,  fixé  à  la 
plinthe  inférieure.  Quatre  charnières,  aussi 
d  argent,  encastrées, sans  rivets  appréciables, 
dans  la  tranche  des  panneaux,  réunissent 
les  éléments  du  système  et  permettent  de 
les  replier  à  volonté.  Deux  petits  pitons  du 
même  métal,  à  têtes  polyédriques  que  tra- 
verse un  cordon  de  suspension,  sont  fichés 
aux  extrémités  de  la  plinthe  supérieure.  La 
contemporanéité  du  travail  de  sculpture  et 
des  accessoires  métalliques  étant  certaine, 
il  en  résulte  que  l'objet  fut,  dès  son  origine, 
accroché  contre  une  muraille  et  qu'il  n'eut 
jamais  d'autre  destination. 

Un  bandeau  horizontal  divise  en  deux 
registres  la  face  du  panneau  central.  En 
haut  apparaît  le  Christ  assis,    barbu,  che- 

I.  Dans  sapins  simple  expression, l'article  del'inven- 
taire  pourrait  être  formulé  ainsi:  «  Un  petit  tableau  d'ivoire 
avec  les  images  du  Sauveur  et  des  saints  et  des  inscrip- 
tions grecques.  —  Tabula  eburiicaparTa  eu  m  imaginibiis 
Salvatoris  et  sanetoruin  et  littcris  grœcis.  » 


velure  retombant  sur  les  épaules;  sa  tête  est 
ceinte  d'un  nimbe  crucifère  orlé  de  perles; 
il  a  pour  vêtements  une  longue  robe  et  le 
palliiDit  :  des  solece  à  courroies  chaussent 
ses  pieds.  De  la  main  droite  le  Sauveur 
bénit  à  la  manière  grecque;  la  gauche  sou- 
tient un  codex  richement  relié  et  muni  de 
fermoirs.  La  figure  repose  sur  une  cathedra 
magnifique:  dossier  arrondi; montants  droits, 
cylindriques,  annelés,  ornés  de  rais  de 
cœur  disposés  en  étages,  avec  des  bouquets 
pour  amortissement;  coussin  brodé;  élégant 
scabellîiiu  (ûttotto'Iiov)  décoré  d'une  arcature  à 
colonnettes  géminées.  Au-dessus  des  épau- 
les, les  sigles  IC  XC;  à  là  hauteur  de  la  tête, 
deux  bustes  d'anges,  tenant  des  disques, 
émergent  de  médaillons  circulaires,  encadrés 
d'un  bourrelet  chargé  d'étoiles  gravées. 

Deux  personnages  debout,  légèrement 
inclinés,  mains  ouvertes  et  tendues  dans 
l'attitude  de  la  prière,  accostent  le  Christ. 
A  droite,saint  Jean- Baptiste,  0  A  1(1)  O  11P(5) 
APOMOC;  vestis  talai'is  ;  amictus  à  limbe 
rayé,  couvrant  le  dos  ;  soleœ.  A  gauche,  la 
Sainte  Vierge,  MP  0V.  Elle  porte  la  .y/^/rt;  une 
sorte  de  châle  frangé  voile  sa  tête,  enve- 
loppe sa  poitrine  et  ses  bras  pour  descendre 
ensuite  presque  jusqu'à  terre  (');  aux  pieds, 
des  calceoli.  Les  seabella  consistent  en  ta- 
blettes carrées,  tranche  garnie  d'un  filet  de 
perles. 

L'attribution  de  la  gauche  à  la  Vierge 
est  si  fréquente  sur  les  monuments  byzan- 
tins, quand  la  Mère  de  Dieu  y  figure  à  côté 
du  Christ,  en  face  du  Précurseur,  que  le 
moine  Denys,  rédacteur,  au  XV'=  siècle,  du 
Guide  de  la  peinture,  crut  devoir  prescrire 
comme   règle  absolue  cette  disposition  ico- 

I.  Il  y  a  là  une  réminiscence  de  l'antique.  A  Rome,  les 
deux  sexes  avaient  l'habitude  de  se  draper  ainsi,  particu- 
lièrement dans  les  cdrémonies  religieuses  ou  funèbres,  et 
lorsqu'ils  étaient  en  deuil.  \'oy.  Ricli.  Dict  des  untiq., 
p.  604  et  697,  fig.  :  Duru)-,  liist.  des  Romains,  nouv.  dd., 
t.  VI,  p.  106,  statue  de  Julia  Donina,  musée  du  Louvre. 


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anciens   iuoircs   sculptes. 


17 


nographique.  «Au  centre,  le  Pantocrator 
au  milieu  des  anges;  du  côté  de  l'orient  (à 
gauche),  la  Sainte  Vierge  les  mains  éten- 
dues: vis-à-vis  d'elle,  du  côté  de  l'ouest  (à 
droite),  le  Précurseur  (').  »  Mais  les  règles 
subissent  toujours  des  infractions;  de  nom- 
breux exemples,  antérieurs  à  Denys  ou 
même  ses  contemporains,  prouvent  qu'une 
grande  latitude  était  laissée  aux  artistes 
sur  le  chapitre  des  préséances  célestes. 
Les  œuvres  byzantines,  dont  suit  une  liste 
dressée  au  courant  de  la  plume,  montrent 
la  Vierge  à  droite  et  le  Précurseur  à  gauche: 
Mosaïque  du  porche,  à  l'église  de  Grotta 
Ferrata  ;  Evangéliaire  grec  de  l'abbaye  de 
Fiorenzuola  ;  hiérothèque  de  Cortone  :  pan- 
neau d'ivoire  au  musée  chrétien  du  V^atican; 
autre  panneau  d'ivoire, collection  de  M.  Du- 
rillon, à  Lyon;  ivoire  très  ancien  publié  par 
Paciaudi;  sculpture  en  marbre,  à  Saint-Marc 
de  Venise  ;  dalmatique  impériale.au  trésor  de 
Saint-Pierre  du  Vatican  ;  tableau  du  XII !« 
siècle,  jadis  à  l'abbaye  de  Sainte-Gene- 
viève de  Paris  ;  peinture  athonienne,  XIV^ 
ou  XVe  siècle,  musée  chrétien,  à  Rome  ; 
triptyque  et  tableau  russes  d'époques  assez 
récentes  (^).  En  voilà  plus  qu'il  ne  faut 
pour  s'assurer  que  la  règle  formulée  par  le 
Gîiide  de  la  pemture  n'était  pas  de  rigueur 
avant  la  rédaction  de  ce  livre,  et  que,  depuis 
lors,  on  s'est  au  besoin  permis  de  l'en- 
freindre. 

Le   registre  inférieur  comporte  cinq  per- 
sonnages debout;  tous  sont  barbus,  nimbés, 

1.  Didron,  Manuel  d'iconographie  chrét.,  p.  424. 

2.  Gaaelle  archéoL,  18S3,  pi.  Lvni,  p.  350;  Gori,  ouv. 
cit<^,t.  III,  pi.  XII,  n"  2,  XVIII  et  XI  ;  J.  B.  Giraud,  L'expos. 
r^lrosp.  de  Lyon  en  iSyy,  pi.  lll-iv,  fig.  4  ;  Paciaudi,  De 
ci/l/u  S.  Joannis  Bapt.  antiqnit.  christ.,  p.  181  et  l  ; 
Annales arclu'ol.,  1. 1,  pi.  à  la  p.  152;  Bayet,  L'art  byzant., 
fifî.  72,  p.  218;  Bock,  Kieinod.  des  heil.  rihn.  Reiches, 
pi.  XVIII  et  p.  107  ;  Acta  SS.  Mail,  t.  I,  pi.  à  la  p.  LXI; 
D'Agincourt,  Hist.  de  Fart,  t.  V,  pi.  XCI  ;  Ch.  Lenormant, 
Très,  de  mimism.  etdeglypt..  Bas-reliefs  et  ornem.  2''  part, 
pi.  III,  fig.  4;  Rez'.  atchéol.  1857;  Cahier,  Caractéris- 
tiques des  saints,  t.  I,  p.  33,  pi. 


chaussés  de  soleœ,  uniformément  vêtus,  à 
l'antique  mode  grecque,  de  la  robe  talaire 
(/l'rw  TToà'/io/;;)  et  du  pallium  {y.-jxzo/.r)  drapé 
d'une  manière  différente  pour  chaque  figure. 

Au  milieu,  saint  Pierre,  O  A  nGTPOC; 
chevelure  fournie,  barbe  taillée  en  rond.  A 
la  droite  du  Prince  des  Apôtres,  qui  est  im- 
médiatement placé  sous  le  Christ,  saint 
Jean  l'Évangéliste,  O  A  lûU  0  f-)GOAoruC, 
front  dégarni,  barbe  épaisse  et  pointue.  Puis 
vient  saint  Jacques  le  Majeur,  0  A  L\KÛDs 
frère  du  précédent,  front  couvert,  longue 
barbe.  A  gauche  de  saint  Pierre  apparaît 
saint  Paul,  O  A  IIAVAUC,  chauve,  longue 
barbe  bifide.  Enfin  saint  André,  O  A 
AAAPGAC,  chevelure  et  barbe  élégamment 
bouclées  (').  Saint  Pierre,  saint  Jacques 
et  saint  André  tiennent  le  volumen  ;  un 
riche  codex  est  l'attribut  de  saint  Jean  et 
de  saint  Paul,  fondateurs  de  la  théologie 
chrétienne.  Un  chapelet  (astragale)  court 
sur  la  tranche  des  scabella  ;  saint  Pierre 
a  un  marche-pied  spécial,  les  autres  n'en 
ont  qu'un  pour  deux. 

Un  cordon  de  trèfles,  alternativement 
disposés  en  sens  inverse,  prolonge  le  ban- 
deau médian;  un  motif  analogue,  mais  en 
feuilles  de  vigne,  terminé  et  interrompu  par 
trois  médaillons  circulaires,  décore  les  plin- 
thes extrêmes.  En  bas,  ces  médaillons  en- 
cadrent une  rose  quadrilobée;  en  haut,  des 
bustes  barbus  dont  les  noms  sont  inscrits 
sur  la  tranche  :  Jérémie,  iGpGmIn  Elie  O  A 
HAIAC,    Isaïe,  ICAIAC.  Saint  Élie    (')    cor- 

1.  Les  prescriptions  du  Guide  de  la  peinture  ne  sont 
pas  exactement  conformes  à  l'iconographie  du  triptyque: 
«  Saint  Pierre,  vieillard,  barbe  arrondie  :  saint  Jean,  vieil- 
lard chauve,  grande  barbe  peu  épaisse  ;  saint  Jacques, 
jeune,  barbe  naissante  ;  saint  Paul,  chauve,  barbe  jonci- 
forme  ;  saint  André,  vieillard,  cheveux  frisés,  barbe  bifide.» 
Manuel,  etc.,  p.  299  et  300.  Tous  nos  personnages  offrent 
les  caractères  de  l'âge  mûr;  aucun  n'a  le  type  véritable- 
ment sénile,  encore  moins  celui  de  la  jeunesse. 

2.  L'Eglise  grecque  place  au  20  juillet  la  fête  de  saint 
Élie  ;  on  devait  ce  jour-1^  s'abstenir  d'œuvres  serviles. 
Saint  Grégoire  de  Nazianze  mentionne  une  église  dédiée 


i8 


îReuiic    De    lart    chrétien. 


respond  au  Christ;  Jérémie,  au  Précurseur; 
Isaïe,  à  la  Vierge. 

Les  faces  des  volets  sont  partagées  en 
trois  registres  d'inégales  hauteurs;  celui  du 
milieu  n'est  en  réalité  qu'un  bandeau. 

Volet  droit,  registre  supérieur.  Deux 
saints  guerriers  debout,  nimbés, longue  barbe, 
cuirasse  imbriquée  (^-?>io^!«o'-'),  jaquette  mili- 
taire (campestre,  iT£,oii;«aa),chlamyde  rehaus- 
sée d'un  lattis  clavus  orlé  de  perles(ï"a°^'<'î')('), 
bottes  molles  {zaïicha,  z'^x-ffiy).  Ces  per- 
sonnages tiennent  la  hasta  d'une  main  ; 
de  l'autre,  ils  saisissent  le  fourreau  d'une 
spatJia,  av:y.%,  dont  la  curieuse  garde  est 
recourbée  en  demi-cercle,  les  terminaisons 
abaissées;  un  écusson  fleuronné  descend 
entre  les  quillons.  La  figure  la  plus  voisine 
du  Précurseur  représente  saint  Théodore  le 
Général,  0  A  0EOA(JDP'  O  CTPATHAAT  (y;)  C, 
martyrisé  sous  Licinius.  Ses  restes  furent 
transportés  à  Euchaïs,  ville  du  Pont  où  il 
était  né,  aussi  le  nomme-t-on  encore  Eti- 
chaïti.  Les  Grecs  l'honorent  le  8  février  et 
le  8  juin;  les   Latins,    le   7  février  {^).    Le 

au  prophète  de  Thesbé  ;  une  autre  fut  construite  par  Ba- 
sile I^"'.  Les  Latins  honorent  saint  Elie  à  la  même  date 
que  les  Orientaux.  Baronius,  Sacr.  martyrol.  Rom.,  p.  439, 
in-4'',  Cologne,  1610;  Menai,  grœc,  t.  III,  p.  175,  in-fol., 
Urbin,  1737. 

1.  Grand  carré  d'étoffe,  cousu  sur  le  manteau  des  per- 
sonnages de  rang  élevé,  à  la  hauteur  de  la  poitrine.  Son 
usage  paraît  fort  ancien  :  WÙy.nyliV  tpopo-Jvrcov;i^XaaJ- 
(îa;  i/vj-ct.;,  zy.ôlix  poù^jxix.  (Chron.  Alexandr.,  Niima.) 
Au  IV'=  siècle,  le  missorinm  d'Almendralejo  nous  montre 
Théodose,  Honorius  et  Arcadius  avec  un  racÀiov  qui  leur 
couvre  les  genoux  comme  le  grémial  des  évoques.  (Nou- 
veaux inél.  d'archéoL,  t.  I,  pi.  VU.)  Les  anciens  diptyques 
offrent  de  fréquents  exemples  du  talus  clavus,  mais  il  faut 
recourir  aux  mosaïques  et  aux  mkiiatures  pour  se  rendre 
un  compte  exact  de  cet  ornement.  A  Ravenne,  chez  Jus- 
tinien,  il  est  brodé  en  métal,  et  appliqué  sur  une  chlamyde 
pourpre  ;  dans  le  costume  de  la  suite  impériale,  au  con- 
traire, il  se  détache  en  pourpre  unie  sur  un  fond  blanc. 
Voy.  encore  Willemin,  Monuin.  ftanq.  inéd.,  pi.  XL, 
Nicéphore  Botaniate  ;  Labarte,  Hisl.  des  arls  ind.,  Album, 

pi.  LXXXII. 

2.  Afarlyr.,  cit.,  p.  1  i6..1/f?ïo/.,cit.,t.ll,p.i72,t.H  l,p.i27; 
Gori,  loc.  cit.,  p.  222;Panciroli,  I  lesorinascosti  nell  aima 
citta  di  Roma,  p.  906,  (in-8°,  Rome,  1600)  dit  que  l'église 

e  Saint-Onuphre  possède  une  relique  du  Stratélatès,dont 


second  guerrier,  homonyme  du  précédent, 
est  saint  Théodore  Tyron,0  A  GEOAÛQps  0 
THPs.  Soldat  de  la  légion  Tyronienne  à 
l'époque  où  Maximien,  Galère  et  Maximin 
Daza  persécutaient  les  chrétiens,  Théodore, 
ayant  incendié  un  temple  d'idoles  à  Amasée, 
fut  jeté  dans  une  fournaise  ardente  par 
ordre  du  préfet  Kringas.  Selon  la  légende, 
notre  saint  avait  auparavant  débarrassé  le 
territoire  d' Euchaïs  d'un  énorme  dragon. 
Ce  martyr  est  en  grande  vénération  chez 
les  Grecs,  qui  célèbrent  son  anniversaire  le 
1 7  février;  à  l'aube  du  V^  siècle,  le  patri- 
cien Sphoracios  lui  dédia  une  église  à  Cons- 
tantinople  :  Justinien  et  Maurice  la  restau- 
rèrent successivement.  Les  Latins  fêtent 
.saint  Théodore  Tyron  le  9  novembre;  il 
a,  à  Rome,  une  église  diaconale;  on  garde 
de  ses  reliques  à  Saint-Onuphre.  Le  corps 
serait  en  Asie,  soit  à  Amasée,  soit  à  Eu- 
chaïs, ville  dont  Jean  Zimiscès  changea  le 
nom  en  Théodoropolis,  après  y  avoir  érigé 
une  vaste  basilique  sous  le  vocable  du  bien- 
heureux, à  l'intercession  duquel  ce  prince 
devait  une  éclatante  victoire.  Suivant  Con- 
stantin Porphyrogénète,  la  cité  asiatique  de 
Dalisand  possédait  le  bouclier  de  saint 
Théodore  (-). 

le  corps  était  à  Héraclée  du  Pont.  Le  monastère  de  Saint- 
Denys,  au  Mont  Athos  garderait  la  tête  de  saint  Théo- 
dore, d'après  le  médecin  Jean  Comnène.  (Descript.  du 
Monl  Athos,  ap.  Montfaucon,  Palaogr.  Crœca,  p.  481.) 

I.  Martyr.,  p.  764;  Menai,  t.  II,  p.  196;  Panciroli,  ouv. 
cit.,  p.  792  et  go6;  Procope,  De  œdificiis,  I,  4;  Codin,  Ex- 
cerpta  de  aiittq.  C.  P.,  p.  82,  éd.  de  15onn;  Constantin 
Porphyr.,  De  tlieiiiat.,  1.  I. —  L'image  de  Théodore  Tyron 
figurait  avec  celles  des  S.S.  Démétrius  et  Procope  sur 
l'une  des  six  bannières  (sXâao'jy'.a)  portées  par  paires 
autour  de  l'empereur  dans  les  grandes  cérémonies  (Codin, 
De  flffic.  palatii  C.  P.,  c.  vi)  ;  Ughelli  (Italia  sacra,  t.  1 1, 
p.  1025)  relate,  d'après  une  autorité  contemporaine,  que 
le  chef  de  saint  Théodore  fut  apporté  à  Gacte  en  12 10. — 
Un  grand  émail  byzantin  sur  cuivre,  passé  du  cabinet 
Pourtalès  dans  la  collection  liasilcwsky,  représente  saint 
Théodore  combattant  le  dragon.  Cet  émail  a  été  figuré 
par  Labarte  ( Rech.  sur  la  peint,  en  ('mail  et  Hisl .  des 
arts  indust.),  mais  la  planche  en  couleurs  du  Catal.  de  la 
coll.  B'jsileii'sky  est  infiniment  supérieure.  —  Un  poids 


anciens  itjoires  sculptés. 


19 


La  zone  médiane,  limitée  par  des  chan- 
freins doubles,  offre  deux  entrelacs  circu- 
laires inscrivant  des  bustes  nimbés.  D'abord 
saint  Thomas  apôtre,  O  A  (:)(D.VI»,  imberbe  et 
tenant  un  voiinnen;  ensuite  saint  Mercure, 
0  A  MEPKî5Ps,  légèrement  barbu,  armé  de  la 
haste  et  vêtu  de  la  chlamyde  laticlave. 
Officier  dans  l'armée  romaine.  Mercure,  au 
temps  de  Dèce  et  de  Valérien,  eut  la  tête 
tranchée  pour  la  Foi,  à  Césarée  de  Cappa- 
doce;  Grecs  et  Latins  célèbrent  sa  fête  le  25 
novembre  ('). 

Registre  inférieur.  Deux  saints  debout, 
nimbés,  chevelure  épaisse,  barbe  pointue. 
Leur  costume  identique  se  compose  d'une 
robe  à  larges  manches  et  allant  à  mi-jam- 
bes; d'une  ample  chlamyde  laticlave,  agra- 
fée sur  l'épaule  droite  par  une  fibule  ronde; 
de  chaussures  closes.  La  main  gauche  est 
cachée  sous  le  manteau  ;  ils  tiennent  dans 
l'autre  une  croix  pommetée  à  longue  hampe, 
appuyée  contre  la  poitrine.  Le  premier, 
saint  Aréthas,  O  A  APgHs,  était  un  noble 
éthiopien,  massacré  par  les  Arabes  Home 
rites  sous  le  règne  de  Justin  I^''  (=).  Le 
second,  saint  Eustrate,0  A  gVClPAT%  fut 
brûlé  en  Arménie  pendant  la  persécution 

byzantin,  de  forme  carrée,  cuivre  incruste  d'argent 
(a'Àt'rpa,  i  livre),  au  British  Miisciim,  représente  deux 
saints  imberbes,  en  costume  militaire  ;  d'un  geste  iden- 
tique, ils  dirigent  la  pointe  de  leur  lance  vers  un  monstre, 
hybride  de  lîanthère  et  de  dragon.  (Revtte  numism.  nouv. 
série,  t.  VI 11,  pi.  Il,  fig.  4).  Sabatier  attribue  le  monument 
au  VI'' siècle  ;  peut-être  serait-il  moins  ancien?  Malgré 
l'absence  de  barbe,  je  crois  y  reconnaître  l'association  des 
deux  Théodore,  Stratélatès  et  Tyron.  En  effet,  une  pein- 
ture grecciue  du  Xlll'-  siècle,  au  Musée  Chrétien  du 
Vatican,  montre  les  mêmes  saints,  parfaitement  désignés, 
mais  à  cheval  et  se  tenant  embrassés.(D'Agincourt,  Hisi. 
de  l'art,  PEINTURE,  pi.  xc,  fig  i).  Les  types  du  GuiJe  de 
lapeinture  diffèrent  un  peu  des  nôtres:  «  Stratélatès,  jeune, 
cheveux  frisés,  barbe  jonciforme  ;  Théron,  barbe,  cheveux 
descendant    sur   les  oreilles  »  :    Manuel,  p.  321  et  322. 

1.  Martyr.,  p.  800  et  Soi  ;  Menol.,  t.  I,  p.  212.  «Saint 
Thomas,  jeune,  barbe  naissante  ;  Saint  Mercure,  id.  » 
Manuel,  p.  300  et  322. 

2.  Saint  Aréthas  est  fêté  le  24  octobre  en  Orient  et  en 
Occident.  Martyr.,  p.  729.  Meiiol.,  t.  I,  p.  139. 


de  Dioclétien  et  de  Maximien;  son  corps 
repose  à  Saint- Apollinaire  de  Rome;  Orien- 
taux et  Occidentaux  placent  sa  mémoire 
au  13  décembre  ('). 

Volei  gauche,  registre  supérieur.  Deux 
guerriers  vêtus  et  armés  absolument  comme 
leurs  symétriques  du  volet  droit.  Saint 
Georges,  0  A  J'H(DPn^  est  imberbe  ;  une 
courte  barbe  orne  le  menton  de  saint 
Eustathe,  0  A  evCTAGR  Saint  Georges,  né 
en  Cappadoce,  011  il  reçut  la  palme  du 
martyre  en  284,  avait  le  titre  de  contes  ; 
Grecs  et  Latins  lui  ont  de  longue  date 
voué  un  culte  tout  spécial,  dont  la  manifes- 
tation tombe  le  23  avril.  Le  corps  du 
glorieux  athlète  de  Jé.su.s-Christ  fut  trans- 
porté à  Constantinople  ;  saint  Germain  de 
Paris,  revenant  de  Jérusalem,  traversa  la 
capitale  de  l'empire  d'Orient  et  obtint  de 
Justinien  un  bras  qui  échut  ensuite  à 
l'église  de  Saint-Vincent.  A  Rome,  le 
sanctuaire  diaconal  de  Saint-Georses  in 
vclabro  possède  le  chef  de  son  patron, 
retrouvé  au  Ville  siècle  par  le  pape 
Zacharie  (-),  et  diverses  reliques  :  d'autres 
églises  de  Rome  en  conservent  éo-ale- 
ment  (').  Grégoire  de  Tours  mentionne 
les  miracles  opérés  en  Limousin  et  dans  le 
Maine  par  des  reliques  de  saint  Georges  (-•). 
Les  actes  de  saint  Annon,  archevêque  de 
Cologne    (1056- 1073),    signalent    un    bras 

1.  Martyr.,  p.  837  ;  Menol.,  t.  Il,  p.  26.  Panciroli,  ouv. 
cit.,  p.  846.  «  Saint  Eustratius,  vieillard,  barbe  en  pointe.» 
Manuel,  p.  325. 

2.  In  venerabili  itaque  patriarchio  sacratissimum  beat! 
Georgii  martyris  isdem  sanctissimus  papa  in  capsa  recon- 
ditum  reperit  caput,  in  quo  et  pictatium  invenit  pariter 
litteris   exaratum   Grœcis,  ipsum    esse  significantes.  Oui 

sanctissimus  papa in  venerabili  diaconia  ejus  nomi- 

nis,  sita  in  hac  Romana  civitate,  regione  secunda,  ad  Vé- 
lum Aureum,  illud  dcduci  fecit;  ubi  immensa  miracula  et 
bénéficia  omnipotens  Dcus  ad  laudem  nominis  sui  per 
eumdem  sacratissimum  martyrem  operari  ilignatur.  Liber 
pont  if.,  224. 

3.  Panciroli,  ouv.  cit.,  p.  874. 

4.  MiracuL,  1    I,  c.  loi. 


20 


lacune  De  l'art    cljtcticn, 


apporté  dans  cette  ville  (').  Dresser  la  liste 
des  édifices  religieux  placés  sous  le  vocable 
du  guerrier  cappadocien  serait  abusif,  car 
leur  nombre  est  immense  ;  bornons-nous  à 
l'église  construite  à  Mayence  par  l'archevê- 
que Sidoine  II  (vers  546),  monument  qui 
excita  la  verve  poétique  de  Fortunat. 

Mariyris  egrcgiis pollens  Diicat  aula  Georgi, 

Cujus  in  hune  imitidum  spargitur  altus  honor; 
Carcere,  cœde,siti,  vinclis,fame,frigore,flammis. 

Confessas  Chris  tu  m  iluxit  ad  astra  caput. 
Qui  virtute potens  Oric7itis  axe  sepulius, 

Ecce  sub  occiduo  cardine  prœbct  opcni. 
Ergo  mémento preces  et  redderc  votaviator, 

Obtinet  hic  mentis  guod petit  aima  fides. 
Condidit  Antistes  Sidonius  ista  decenter, 

Proficiant  animœ  quœ  nova  templa  suœ  (•). 

Des  Etats,  des  princes,  d'insignes  ordres 
équestres,  ont  adopté  saint  Georges  pour 
protecteur.  Le  type  légendaire,  où  il  figure 
en  chevalier  combattant  le  dragon  devant 
une  jeune  fille  suppliante,  n'est  pas  byzan- 
tin: Jacques  de  Voragine  l'aurait  inventé 
sans  preuves  historiques.  Le  compilateur 
de  la  Légende  dorée  a-t-il  voulu  symboliser 
une  idée  générale,  la  victoire  des  martyrs 
sur  le  démon  ?  A-t-il  confondu  saint  Geor- 
ges avec  saint  Théodore  Tyron.'*  Les  deux 
opinions  restent  en  présence  (3). 

1.  Bock,  Les  trésors  sacrés  de  Colog?!e,  ne  signale  aucune 
relique  de  saint  Georges  à  l'église  qui  portait  son  nom  avant 
de  devenir  Saint-Jacques.  Les  dépouilles  de  cette  église 
ayant  enrichi  d'autres  paroisses  de  Cologne,  il  se  pourrait 
que  l'un  des  deu.x/>Vrtj  anonymes  deSaint-Cunibert  (p.66ct 
pl.xiv,  53)eût,  auXIII'-'sièc!e,abritél'ossement  en  question. 

2.  Lib.  II,  Poemat.,  XI. 

3.  Martyr.,  p.  274  à  277;  MenoL,  t.  III,  p.  68  ;  Du 
Cange,  Constant,  christ.,  1.  IV,  p.  162  et  124  :  Hugues  de 
Campdavesne,  comte  de  Saint- Pol,  fut  inhumé  dans  le  mo- 
nastère de  Saint-Georges  fondé  par  Monomaque;  plus  tard 
on  transporta  le  corps  à  l'abbaye  de  Cercamps,  en  Artois. 
Procope,  De  ^Edif.,  II,  4.  —  Dès  une  époque  reculée,  le 
combat  du  guerrier  contre  le  serpent  symbolisa  la  victoire 
du  christianisme;  Eusèbe,  Constantini  vita,  III,  3,  men- 
tionne une  effigie  de  son  héros  perçant  le  dragon  à  coups 
de  lance  et  le  jetant  à  la  mer.  Nicéphore  Grégoras  {Hist., 
V'III,  5),  postérieur  d'un  siècle  environ  à  Jacques  de 
Voragine,  signale  une  effigie  équestre  de  saint  Georges 
peinte  jadis,  "à/ai,  par  un  excellent  artiste  nommé  Paul  ; 
mais  rien  du  reptile  ni  de  la  jeune  vierge  éplorée.  —  Le 
type  de  saint  Georges  est  fixé  par  le  Guide  tel  que  nous 
l'avons  ici  :  «Jeune  imberbe.  »  Manuel,  p.  321. 


La  popularité  de  saint  Eustathe  est 
beaucoup  moindre.  Martyrisé  à  Ancyre 
(Galatie),  ses  restes  y  furent  déposés;  il 
avait  un  sanctuaire  à  Constantinople.  Fêtes 
grecque  et  latine  le  28  juillet  ('). 

Zone  médiane.  Bustes  imberbes  et  nim- 
bés, épaules  couvertes  du  pallmin.  L'apô- 
tre saint  Philippe,  0  A  'WAIIUIOC.  tient  un 
volumen  ;  saint  Pantélémon,  ou  Pantaléon, 
0  A  nAI\T  g  A  (eyjfXMv),  a  pour  attributs  une 
lancette  et  une  trousse  de  chirurgien  ;  peut 
être  un  scalpel,  ou  bien  une  spatule  avec 
un  coffret  à  médicaments  (-).  Saint  Panté- 
lémon, à!\\.\& Ménologe,  né  à  Nicomédie  d'un 
père  païen  et  d'une  mère  chrétienne,  em- 
brassa la  profession  de  médecin.  Son  maître 
en  l'art  de  guérir  fut  le  savant  Euphrosinos; 
le  prêtre  Hermolaos  lui  enseigna  la  doctrine 
du  Christ  et  l'admit  au  baptême.  Dénoncé 
à  l'empereur  Maximien,  Pantélémon  eut  la 
tête  tranchée  après  avoir  subi  la  torture  ('). 

Le  médecin  de  Nicomédie  compte  au 
nombre  des  saints  que  l'Église  orientale 
appelle  anargyres,  sans  doute  parce  que  le 
mépris  des  richesse  les  portait  à  se  mettre 
au  service  de  l'humanité  avec  un  désinté- 
ressement absolu  (^). 

1.  Martyr.,  p.  507;  Menai.,  t.  III,  p.  184;  Constant. 
christ.,  I.  IV,  p.  123. 

2.  Le  cas  est  douteux  ici,  vu  l'exiguité  de  l'image.  Sur 
un  diptyque  d'argent,  au  Baptistère  de  Florence,  la  spatule 
est  bien  caractérisée  ;  le  saint  tient  une  boite  cubique 
ouverte,  dont  l'intérieur  offie  six  compartiments  ronds 
(Gori,  ouv.  cité,  t.  III,  Suppl.,  pl.  IV;  X'' ou  X^' siècle).  Une 
peinture  assez  récente  du  couvent  de  Rûssicon(Mont  Athos) 
me  montre  un  scalpel  —  Didron  dit  une  spatule  —  et  un 
coffret  à  médicaments.  Ann.archéol.,  t.  \',  pl.  à  la  p.   148. 

3.  T.  III,  p.  183. 

4.  Didron,  Manuel,  p.  330.  —  L'initiateur  de  Pantélé. 
mon  aux  dogmes  chrétiens,  saint  Hermolaos,  figure  aussi 
parmi  les  .'\nargyres  (Jean  Comnène,  loc.  cit.,  p.  481). 
Les  Allemands,  qui  nomment  ces  personnages  Nothhelfer 
(auxiliatorcs,  libérateurs, sauveurs),  en  admettent  14, grou- 
pés deux  h  deux  sur  les  gravures  de  Joseph  et  Jean  Klauber, 
d'Augsbourg  :  SS.  Georges  et  Eustache,  SS.  \'it  et  Chris- 
tophe, SS.  (jilles  et  Cyriaque,  SS.  Érasme  et  Biaise,  SS. 
Pantélémon  et  Acace,  S.  Denys  (de  Paris)  et  sainte 
Marguerite,  sainte  Catherine  et  sainte  Barbe.  Leurs  fêtes 
spéciales  sont  indiquées  dans  plusieurs  bréviaires  et 
missels  du  XVI"  s\hQ\^.Q3!i\\^x,Caractérisliques des  Saints, 
t.  i,  p.  102. 


anciens  itioircs  sculptés 


21 


Bien  que  le  nom  contracté  de  Pantélémon 
ait  reçu  en  Occident  des  applications  singu- 
lièrement profanes,  notre  saint,  dont  Grecs 
et  Latins  célèbrent  l'anniversaire  !e  27  juil- 
let, n'en  jouit  pas  moins  d'une  grande 
réputation.  Son  corps  reposa  dans  l'ora- 
toire de  la  Concorde  (Ouôvcua)  à  Constanti- 
nople.  Vers  les  premières  années  du 
IX"  siècle,  Lyon  vit  arriver  d'Afrique  quel- 
ques ossements  du  martyr  ;  l'archevêque 
Agobard  chanta  cet  événement  dans  une 
pièce  de  vers  adressée  à  Charlemagne  ('). 

Rome  possède  de  nombreuses  reliques 
de  saint  Pantélémon.  A  Constantinople, 
Justinien  lui  avait  érigé  deux  sanctuaires  ; 
on  en  trouve  également  deux  dans  la  Ville 
éternelle.  Une  abbaye  de  Bénédictins  à 
Cologne,  un  monastère  d'Augustines  à 
Toulouse,  une  église  de  Troyes,  portent  ou 
ont  porté  le  vocable  de  Saint-Pantaléon  (-). 
L'iconographie  byzantine  s'est  fréquemment 
complue  à  reproduire  l'image  de  ce  bien- 
heureux (3). 

Les  personnages  en  pied  du  registre 
inférieur,  saint  Démétrius,0  A  AHMHTPIOC,  et 
saint  Procope,  0  A  IIPOKOIIIOC,  sont  imber- 
bes, nimbés,  et  ils  portent  le  même  costume 
que  leurs    correspondants   du   volet   droit, 

1.  Sperati  quoque  martyris  beati, 
Necnon  Pantaleonis  ossa  raptim 
ToUunt  ciincta  simul. 

Bibl.  vet.  Patrum,  t.  XIV,  p.  328  et  329. 

2.  Martyr.,  p.  505  ;  Procope,  De  /Edif.,  I,  9,  V,  9  ; 
Du  Cange,  Constant,  christ.,  1.  IV,  p.  157;  Panciroli,  ouv. 
cité,  p.  644,  646,  893;  Gallia  christ.  —  Il  y  a,  au  Mont 
Athos,  plusieurs  reliques  de  saint  Pantélémon;  le  couvent 
de  Docheiaréion  garde  sa  tête.  Jean  Comnène,  loc.  cit., 
p.  481  et  491. 

3.  Le  sceau  du  protonotaire  Constantin  (X'=  siècle) 
donne  pour  attribut  à  saint  Pantélémon  un  objet  carré, 
vraisemblablement  les  tablettes  sur  lesquelles  il  inscrivait 
ses  ordonnances.  G.  Schlumberger,  Sceaux  de  plomb  iné- 
dits des  fonctio}i.  provinc,  ap.  Rev.  archéol .,  ]vivci  1883, 
pi.  X,  fig.  2.  —  Les  prescriptions  du  Guide  concordent 
avec  nos  types,  du  moins  en  ce  qui  regarde  saint  Pantélé- 
mon :  «  jeime,  imberbe,  cheveux  frisés.  »  Pour  saint 
Philijjpe,  bien  qu'il  doive  être  représenté  jeune,  Denys  lui 
attribue  une  barbe  naissante  dont  l'ivoire  n'oftrc  aucune 
trace.  Manuel,  p.  330  et  300. 


seulement  la  robe  est  talaire  et  les  chlamydes 
offrent  des  variantes  de  drapé;  saint  Démé- 
trius  lève  sa  main  gauche  découverte  :  iden- 
tité complète  entre  les  croix  et  la  façon  de 
les  tenir. 

Deux  Démétrius  martyrs  sont  invoqués 
chez  les  Grecs;  le  premier,  décapité  à  Dabu- 
dène,  figure  au  Ménologe  à  la  date  du  1 5  no- 
vembre ;  il  y  est  représenté  barbu  (').  Le 
second,  proconsul  à  Thessalonique,  fut  mis 
à  mort  sous  Maximien.  La  miniature  du 
Ménologe,  au  26  octobre,  montrant  cet  autre 
Démétrius  imberbe  et  vêtu  absolument 
comme  l'effigie  du  triptyque,  aucun  doute 
n'est  permis  ;  nous  avons  ici  le  magistrat  de 
Thessalonique  (=).  Son  corps  y  reposait  ; 
une  église  qui  lui  était  dédiée  à  Constanti- 
nople fut  restaurée  par  Basile  I^""  ;  un  mo- 
nastère de  la  môme  ville  portait  aussi  le 
vocable  de  saint  Démétrius.  Les  Latins 
honorent  ce  martyr  le  8  octobre,  mais  il  ne 
semble  pas  que  ses  reliques  aient  pénétré  en 
Occident  {^). 

Saint  Procope,  fêté  le  8  juillet  chez  les 
Grecs  et  les  Latins,  est  encore  une  victime 
des  persécutions  qui  ensanglantèrent  la  fin 
du  1 1 1"  siècle;  le  Ménologe  le  qualifie  de  Aoj^ 
(dux)  et  lui  attribue  des  succès  militaires. 
Une  croix  d'or  commandée  à  un  orfèvre  de 
Scythopolis,  puis  arborée  ostensiblement, 
causa  la  perte  de  saint  Procope  ;  il  fut  dé- 
capité à  Césarée.  Deux  anciennes  églises  de 
Constantinople  lui  étaient  consacrées,  mais 
son  culte,  très  en  faveur  parmi  les  Grecs, 
n'occupe  en  Occident  qu'un  rang  tout  à  f  lit 
secondaire  (■•). 

Comme  disposition,  le  revers  des  volets 

1.  T.  I,  p.  190. 

2.  Ibid.,  p.  143. 

3.  Martyr.,  p.  687;  Cedrenus,  p.  588  ;  Constant,  christ., 
1.  IV,  p.  122. 

4.  Martyr.,  p.  459.  McnoL,  t.  III,  p.  158.  Le  Guide 
attribue  des  moustaches  à  saint  Démétrius  ;  saint  Procope 
y  est  désigné  comme  imberbe  :  tous  deux  sont  qualifiés 
de  militaires.  Manuel,  p.  321. 


1885.  —  1  '^  Livraison 


22 


iRctiuc    De    r3rt    cbtéticn. 


ne  diffère  en  rien  de  la  face  :  deux  grands 
registres  et  une  zone  intermédiaire. 

Volet  droit,  registre  supérieur.  Deux 
figures  debout,  nimbées  et  barbues.  Leur 
costume  est  épiscopal  :  robe  talaire,  pcenula 
((paivsÀ/;;);  étole  (^tm-^v.yfX^vj)  chargée  de 
croix;  sandales.  Ces  personnages  bénis- 
sent de  la  main  droite  à  la  manière  grecque  ; 
la  main  gauche  tient  un  codex.  Dans  le  plus 
voisin  du  panneau  central, on  reconnaît  saint 
Basile  le  Grand,  0  A  BACIAG  lOC,  métropoli- 
tain de  Cappadoce  ;  il  a  une  chevelure  épaisse 
et  les  apparences  de  l'âge  mûr.  L'autre,  vieil- 
lard au  front  chauve,  est  saint  Grégoire  de 
Nazianze,  l'illustre  écrivain,  0  A  TPHrOPIOC 
0  ©EOAOrOC.  Basile  et  Grégoire  occupent  un 
rang  élevé  entre  les  Pères  de  l'Église  grec- 
que. Le  premier  fut  inhumé  à  Césarée  ;  sa 
tête  et  plusieurs  reliques  notables  sont  à 
Rome,  où  une  église  lui  est  consacrée.  Fête 
au  i"  janvier  chez  les  Grecs  et  les  Latins  ('). 
Le  corps  du  second  est  à  Saint-Pierre  du 
Vatican  :  dans  Rome  encore,  un  bras,  quel- 
ques ossements,  un  morceau  de  tunique  (-). 

Bandeau  intermédiaire.  Bustes  nimbés, 
même  costume,  mêmes  attributs,  même  atti- 
tude que  les  figures  précédentes:  saint  Pho- 
cas,  0  A  «|)ÛDtAC;  saint  Biaise,  0  A  BAACIOC. 
Saint  Phocas,  évêque  de  Sinope,  fut  déca- 
pité sous  Trajan,  après  quoi  on  livra  son 
corps  aux  flammes  ;  une  église  de  Constan- 
tinople  lui  était  dédiée.  Les  Grecs  célèbrent 
trois  commémorations  du  martyr  :  les  6  et 
23  juillet,  le  22  septembre  ;  les  Latins,  une 
seule,  le  14  juillet  (^).  Saint  Biaise,  évêque 

1.  Martyr.,  p.  lo.  McnoL,  t.  II,  p.  75.  Panciroli,  ouv. 
cité,  p.  238  et  848. 

2.  Martyr.,  p.  319.  MenoL,  t.  II,  p.  136.  Panciroli,  ouv. 
citd,  p.  878.  La  fête  de  saint  Grégoire  tombe  le  25  janvier 
cBez  les  Orecs  ;  le  9  mai,  chez  les  Latins.  —  Manuel, 
p.  316  :  «Saint  Basile, jurande  barbe, %ieux  ;  saint  Grégoire 
de  Nazianze,  vieillard  chauve,  large  barbe.  )> 

3.  Menot.,  t.  I,  p.  60;  t.  III,  p.  156  et  177.  Const. 
christ.,  1.  IV,  p.  133.  Martyr.,  p.  475.  Grégoire  de 
Tours  {Mirac.,    1.   I,    c.  99)    mentionne  un  saint  Focas 


de  Sébaste,  mourut  pour  le  Christ  au 
temps  de  Licinius;  il  n'eut  qu'une  église 
à  Constantinople,  mais  Rome  lui  en  consacra 
huit,  dont  San-Biagio  deir Anello,  pourvue 
par  Sixte  Quint  d'un  titre  cardinalice.  Le 
corps  de  saint  Biaise  serait  en  Arménie,  mais 
la  capitale  du  monde  chrétien  possède 
un  grand  nombre  de  ses  reliques.  Fête 
grecque,  le  1 1  février  ;  fête  latine,  le  3  ('). 
Registre  inférieur.  Personnages  debout, 
barbus,  nimbés,  différemment  vêtus.  Saint 
Nicolas,  OAINIKOAs,  porte  le  costume  épis- 
copal décrit  plus  haut  ;  il  tient  un  codex  à 
deux  mains  ;  son  front  est  dégarni.  L'un  des 
.saints  populaires  du  monde  chrétien,  Ni- 
colas, évêque  de  Myre  (Lycie),  est  devenu 
le  patron  des  jeunes  garçons,  et,  conjointe- 
ment avec  saint  André,  le  protecteur  attitré 
de  l'Empire  russe.  Trois  sanctuaires  de 
Constantinople  furent  dédiés  à  saint  Nicolas; 
deux  remontaient  à  Justinien  et  à  Basile  I^r; 
à  Rome,  sept  églises,  dont  une  diaconale, 
San  Nicolo  in  Carcere,  témoignent  de  l'im- 
mense dévotion  dont  il  est  l'objet.  Le  corps 
du  vénérable  confesseur  a  été  transporté  à 
Bari  (Pouille)  en  1087  ;  une  insigne  Collé- 
giale le  garde  précieusement,  et  il  y  attire  la 
foule  des  pèlerins.  La  Ville  éternelle  pos- 
sède plusieurs  reliques  majeures  et  mineures 
de  saint  Nicolas  ;  sa  fête  tombe  le  6  dé- 
cembre chez  les  Grecs  et  les   Latins  ;   en 

martyr,  dont  le  corps  reposait  en  Syrie.  —  Le  triptyque 
donne  une  longue  barbe  pointue  à  saint  Phocas,  dont  le 
Guide  ne  parle  pas. 

I.  Menol.,  t.  II,  p.  179  ;  Martyr.,  p.  107;  Const.  christ. 
1.  IV,  p.  120.  Panciroli,  ouv.  cité,  p.  245  à  250,  849.  — 
Le  culte  de  saint  Biaise  s'étendit  au  Nord,  où  deux 
abbayes  portaient  son  nom  ;  l'une,  in  Silva  Nigra 
(Constance),  l'autre,  à  Northeim  (Maycnce).  Le  trésor 
de  la  cathédrale  de  Namur  possède  une  très  belle 
statuette  de  saint  Biaise,  en  argent  ;  il  est  revêtu  du 
costume  épiscopal,  et  il  a  pour  attribut  un  rasicllus  ou 
liarpago,  instrument  de  son  supplice.  — Sur  le  triptyque, 
saint  Biaise  est  d'un  âge  mur,  chevelure  épaisse,  barbe 
arrondie  ;  je  trouve  dans  le  Guide  :  «  Saint  Biaise 
de  .Sébaste,  vieillard,  barbe  en  pointe,  cheveux  frisés.  » 
Matiuel,  p.  319. 


anciens   iijoircs   sculptés. 


23 


outre,  ces  derniers  célèbrent  le  9  mai  l'anni- 
versaire  de    la    translation    à    Bari.  Notre 
sculpture   est  une   reproduction  serrée    du 
type  suivi  au  X^-XI""  siècle  par  les  illustra- 
teurs  du    Ménologe,    manuscrit    auquel    je 
renvoie  si  fréquemment,  et  dont  l'exécution 
date  du  règne  de  Basile  1 1.  Le  saint  Nicolas 
byzantin,  figuré  sur  la  couverture  en   ivoire 
du  Missel  de  saint  Burchard,  à  la  biblio- 
thèque   de    l'université     de     Wurtzbourg 
(Bavière),  donne  une  note  différente,    mais 
on  y  remarque  aussi  la  barbe    ronde    et   le 
front  chauve,    également  indiqués    par   le 
Guide  de  la  peinhire  ;  une  grande    plaque 
d'émail  champlevé,  fond  bleu,   annexée  au 
ciboriuin  de  la   collégiale  de    Bari,   montre 
saint  Nicolas  couronnant  le  roi  Roger.  Les 
personnages  sont  byzantins  d'attitude  et  de 
costume,    néanmoins    l'œuvre    dénonce  la 
main   d'un  artiste   septentrional,    peut-être 
limousin,  sans  doute  plutôt  allemand,  qui 
travailla,  au  XI IL  siècle,   dans  le   sud  de 
l'Italie  :  à  Bari,  quoique  le  menton  soit  im- 
berbe, la  calvitie  du  crâne  s'accentue  vigou- 
reusement. L'émailleur  limousin  qui,  vers  la 
fin  du  XI I^  siècle,  exécuta  la  châsse  de  saint 
Etienne  de  Muret  pour  l'abbaye  de  Grand- 
mont,  a  représenté  saint  Nicolas  dans  des 
conditions   analogues   à  celles  de    Wurtz- 
bourg :  main    droite    libre,   codex  dans    la 
gauche,  antique  costume  épiscopal  modifié 
selon  les  usages  latins.  La  tête  barbue  est 
garnie  de  cheveux  épais  recouvrant  le  front  ; 
au  sommet  du  crâne,  une  large  tonsure  ('). 

Saint  Sévérien,  0  A  CGVHPIANOC.  Robe 
talaire  à  largesmanches, serrée  à  la  taille  par 
une  ceinture  ;  chlamyde  rejetée  en  arrière  ; 

I.  Martyr.,  p.  321  et  821.  Menai.,  t.  II,  p.  12.  Cottst. 
christ.,  1.  IV,  p.  130.  Panciroli,  ouv.  cité,  p.  629  et  sq.  89, 
Rev.  de  Part  chrét..  Juillet  1S83,  p.  284.  Le  Moyen  Age  et 
la  Renaissance,  Diptyques,  etc.,  pi.  i.  Becker  et  Hcfner, 
Kunst-werke  des  Miltclalters,  pi.  I.  Schulz,  Detikmaeler 
der  Kunst  des  Mittelalters  in  tinter  Italien,  Atlas,  pi.  v. 
Les  arts  sontptiiaires,  t.  I,  pi.  LXIX.  Manuel,  p.  316. 


croix  dans  la  main  droite  ;  chevelure  abon- 
dante ;   longue  barbe  bifide.   Le  Ménologe 
enregistre  trois  Severianus;  le  Martyrologe 
roniaiJi,  cinq.  Ici  nous  avons  très  vraisem- 
blablement un  compagnon  de  saint  Agatho- 
nicos,  décapité  à  Sélymbrie,  sous  Maximien. 
En  effet,  sur  la  réplique,  citée  plus  haut,  de 
l'ivoire  Harbaville  au  Vatican,  un  saint  Seve- 
rianus,  absolument   vêtu  comme  le  nôtre, 
correspond  à  saint  Agathonicos.  Mémoire 
au  22  août  chez  les  Grecs  et  les  Latins  ('). 
Volet  gauc/ie,   registre   supérieur.    Deux 
saints  nimbés,  barbus  ;   costume  épiscopal  ; 
codex.  Saint  Jean  Chrysostome,  O  A  ICQ  O  XP, 
bénit.Sa  notoriété  est  trop  considérable  pour 
qu'il  soit  besoin  d'esquisser  les  principaux 
traits  d'une  biographie  répandue  ;  mais  cette 
tête  au  front  large  et  dégarni,  cette  physio- 
nomie d'une  grave  maturité  sous  un  accent 
d'ineffable  douceur,  cette   barbe  taillée   en 
rond,  pourraient  bien  nous  offrir,   sinon   le 
portrait  authentique  du   célèbre  patriarche 
de  Constantinople,  du  moins  son  image  ap- 
proximative avant  que  des  générations  de 
copistes  ne  l'eussent  entièrement  dénaturée. 
Une  grande  peinture  du  manuscrit  79,  fonds 
Coislin,    de     la  Bibliothèque    nationale,    à 
Paris,  donne  à  saint  Jean  Chrysostome  un 
aspect  tout  à  fait  ascétique  ;  les  cheveux  et 
la  barbe  sont  bien  à  peu  près  tels  que  sur  le 
triptyque,    mais    l'air    de  jeunesse,    le  nez 
busqué,    la  face   amaigrie  de  la   miniature, 
s'écartent  beaucoup  du   type  plus   mûr  et 
plus  substantiel  de  l'ivoire.  Le  manuscrit  de 
Paris  date  de  la  seconde  moitié  duXIf^siècle; 
avançons  encore.  L'effigie  de  la  réplique  du 
Vatican  est  chevelue,  la  barbe   s'y  aiguise 
légèrement  en  pointe,  et,  si  les  planches  de 
Gori   ne  m'inspiraient    pas  une    confiance 
très  limitée,  je  soupçonnerais  que  le  carac- 

I.  Menol.,  t.  III,  p.  211.  Martyr.,  If.  576.  Gori,  Thés, 
vet.  diptych.,  t.  111,  pi.  xxv.  —  Le  Guide  ne  mentionne 
que  saint  Agathonicos  dont  le  signalement  ditlcre  beau- 
coup de  celui  de  notre  Severianus.  Manuel,  p.  324. 


24 


ïRciJUC   Dc   rsrt   cï)rcticn. 


tère  général  du  personnage  incline  médio- 
crement vers  la  mansuétude.  Enfin  le  saint 
Jean  Chrysostome  du  Guide  est  ainsi  défini: 
«  jeune,  peu  de  barbe  »  (').  Désaccord 
complet. 

Saint  Clément,  évêque  d'Ancyre,  O  A 
KAHMEIC  Al'KVPAC,  fut  décapité  dans  sa 
ville  épiscopale,  sous  le  règne  de  Maximien, 
après  avoir  été  successivement  traîné  à 
Rome,  Nicomédie,  Amisus  et  Tarse;  d'où 
le  surnom  de  TroX-JaGXo;  qu'on  lui  attribue. 
Fête  le  23  janvier  chez  les  Grecs  comme 
chez  les  Latins  (^). 

Zone  intermédiaire.  Bustes  nimbés  de 
deux  saints  anai'gyres  par  excellence :Cosme, 
0  A  ROCMs;  Damien,  0  A  AAMIAANs  (sic). 
Drapés  dans  un  palliinn,  ils  ont  les  mêmes 
caractéristiques  que  saint  Pantélémon  ;  leur 
physionomie  accuse  l'âge  mûr,  leur  che- 
velure est  crépue,  leur  barbe  est  courte 
et  arrondie.  A  trois  reprises  différentes 
(17  octobre,  i"  novembre,  i"  juillet),  le 
Ménologe  enregistre  une  o-jvuyîa  de  Cosme  et 
Damien,  asiatiques  de  naissance,  ayant  à 
peu  près  la  même  filiation,  et  toujours  prati- 
quant l'art  de  guérir  :  la  date  de  leur  martyre 
est  placée  à  la  fin  du  111*=  siècle.  Les  Latins 
réduisent  cette  triple  association  à  une 
seule,  dont  l'anniversaire  tombe  le  27  sep- 
tembre. La  grande  coupole  en  mosaïque  de 
Saint-Georges,  à  Thessalonique  (V''  ou 
VI''  siècle),  comporte  entre  autres  les  figures 
pédestres  des  saints  Cosme  et  Damien 
qualifiés    de     médecins,    KOCMOV   lATPOV, 

1.  Gori,  loc.  cit.,  pi.  XXV.  Manuel,^,  ■^là.  Une  peinture 
grecque  du  XI 11'=  siccle,  jadis  à  l'abbaye  de  Sainte- 
Génevicve  de  Paris,  donne  à  saint  Jean  Chrysostome  les 
mêmes  traits,  mais  non  le  même  costume  que  le  triptyque 
Harbavillc  :  un  rjx/.y.o;,  en  stauracin  au  lieu  de  la  pénule. 
Acta  SS.,  Sept.,  t.  IV,  p.  693;  Mai,  t.  I,  p.  LXI.  Cons^. 
christ.  1.  IV,  p.  120,  fig.  9. —  Au  Mont  Athos,  les  reliques 
suivantes  du  saint  :  Grande  Laure  et  Saint- Denys,  une 
main  dans  chaque;  Vatopédi,  la  tête.  Jean  Comnène,  loc. 
cit.,  pp.  456,  478,  464. 

2.  Mcnol.,  t    II,  p.  133.  ytartyr.,  p.  73. 


AAMIANOV  lATPOV.  Cosme  a  la  barbe  et  les 
cheveux  blancs  ;  Damien  est  jeune  et  im- 
berbe. Le  Gidde  admet  naturellement  les 
trois  couples  du  Ménologe  et  il  les  distingue 
ainsi  :  «  Cosme  et  Damien  de  Rome,jeunes, 
barbe  en  pointe;  —  d'Asie  Mineure,  jeunes 
et  imberbes  ;  —  Arabes,  peu  de  barbe,  tête 
voilée.  »  Selon  toute  vraisemblance,  notre 
sculpteur  a  visé  les  personnages  qualifiés 
de  Romains  par  l'écrivain  du  XV"  siècle. 
Malgré  l'obscurité  qui  semble  couvrir 
l'origine  des  deux  associés,  leur  culte  re- 
monte très  haut  et  parait  établi  sur  des  tra- 
ditions solides.  Ils  eurent  deux  sanctuaires 
à  Constantinople,  le  plus  ancien  élevé  par 
Théodose  1 1  ;  à  Rome,  outre  le  vieux  titre 
diaconal  du  Campa  Vaccino,  les  saints 
Cosme  et  Damien  ont  encore  imposé  leur 
nom  à  deux  églises.  Les  corps  et  de  nom- 
breuses reliques  à.ç.?,Ajiargyrcs  sont  vénérés 
dans  la  cité  pontificale  ;  \ç.ux?,  sacra  pignora 
avaient  même  pénétré  à  Tours  dès  le 
VP  siècle.  (■) 

Registre  inférieur.  D'abord  un  pontife 
nimbé,  vieillard  chauve  à  barbe  courte  et 
arrondie.  Saint  Grégoire  le  Thaumaturge, 
O  A  rPerOPI  0  ©AVMATs,  évêque  de  Néocé- 
sarée  (Pont),  célèbre  par  ses  éclatants  mi- 
racles, vécut  au  milieu  du  1 1 V  siècle  ;  il 
échappa  aux  bourreaux  et,  tant  chez  les 
Orientaux  que  chez  les  Occidentaux,  on 
l'honore  le  17  novembre  en  qualité  de  con- 

I.  MettoL,  t.  I,  p.  124  et  157  ;  III,  147.  Martyr.,  p.664. 
Texier,  L'architecture  byzantine,  pi.  xxxni.  Manuel, 
p.  330.  Procope,  De  .^£dif.,  I,  6.  Constant,  christ.,  IV, 
p.  121  et  122.  Panciroli,  ouv.  cité,  p.  278  à  292  et  855. 
Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc.,  X,  i  et  19  ;  Mirac,  \, 
98.  —  Une  bague  byzantine  en  or,  de  l'ancienne  collection 
B.  Fillon,  porte  sur  son  chaton  à  facettes  la  légende  : 
ArU)(0  ROCMA  kAl  AAMIIANg  130llfc)(o)I, 
entourant  un  monogramme  où  M.  G.  Schlumberger  a 
déchiffré  TPV'l'CDNOC.Le  savant  byzantiniste  croit  pou- 
voir attribuer  au  VI"  siècle  ce  monument  de  la  piété  de 
Tryphon  envers  les  saintsAnargyres.  Btilkt.  de  la  Soc.dcs 
Aniit].  de  France,  1SS2,  p.  135,  fig.  Catal.  delà  coll.  Fillon, 
p.  34,  n"  39. 


O 
> 


anciens  itioitcs  sculptés 


25 


fesseur:  ses  restes  furent  inhumés  à  Néocé- 
sarée.  Lors  du  tremblement  de  terre  qui 
ravagea  cette  ville  en  503,  l'église  {•■/m;),  où 
se  trouvait  la  châsse  (Sr/.y,)  du  bienheureux, 
échappa  au  désastre  ('). 

En  dernière  ligne  vient  saint  Jacques  le 
Persan,  0  A  IAKÛDBOC  O  nePCHC.  Symé- 
trique à  saint  Sévérien,  il  a  le  même  costume 
et  la  même  attitude  que  ce  dernier:  comme 
lui,  il  tient  une  croix  serrée  contre  la  poitrine, 
et  samaingauche  s'ouvre  la  paumeendehors. 
he/ac/es  du  personnage  est  étranger,  il  n'a 
rien  de  commun  avecles  types  gréco-romains 
figurés  sur  le  reste  du  triptyque.  Que  l'on 
examine  cette  physionomie  mélancolique,  ce 
regard  terne,  ces  cheveux  bouclés,  enca- 
drant le  visage  et  partagés  sur  un  front  bas, 
ces  longues  moustaches,  cette  barbe  claire 
et  bifide  .  tout  caractérise  la  race  slave.  Le 
saint  Jacques  de  Perse,  O  A  IAKOBAi 
nEP:i;n,copiéparDominiquePapety  sur  une 
fresque  peu  ancienne  du  couvent  à' Ag/im 
Lavra  (Mont  Athos),  est  également  em- 
preint du  cachet  slave  qu'accentuent  encore 
certains  détails  du  costume,  tels  que  la  coif- 
fure et  les  bottes  molles.  Le  laconisme 
ordinaire  du  Guide  se  borne  aux  termes 
vagues  «  jeune,  barbe  bifide  »,  mais  les  mo- 
nunlents  viennent  affirmer  que,  n'importe 
l'habillement,  les  artistes  byzantins  em- 
pruntèrent toujours  à  un  modèle  slave  les 
traits  du  grand  seigneur  perse,  qui,  après 
avoir  apostasie,  retourna  au  christianisme 
et  fut  coupé  en  morceaux  par  ordre  d'Iez- 
degherd  I",  au  commencement  du  V^*"  siècle. 
Fête  le  27  novembre  dans  les  deux  rites  ("). 

1.  Martyr.,  p.  7S0.  MenoL,  t.  I,  p.  194.  Cedrenus,  t.  I, 
p.  358.  —  Signalement  du  Guide  :  «  Vieillard,  cheveux 
frisés,  barbe  courte.  »  Manuel,  p.  318. 

2.  Les  arts  sompt.,  t.  I,  pi.  Lvni  ;  t.  II,  p.  76  :  cette 
copie  est  au  Louvre.  N  icépliore  Calliste,  Hist.  eccles.,  XIV, 
20.  Meno/.,  t.  I,  p.  215.  Martyr.,  p.  803.  Manne/,  p.  322. 
—  La  reproduction  du  Ménologe  me  semble  trop  fantai- 
siste pour  que  j'invoque  son  témoignage  au  sujet  du  type 
de  saint  Jacques  le  Persan. 


Au  centre  du  revers  du  panneau  central, 
surgit  une  croix  à  longue  hampe,  légère- 
ment pattée,  perlée  aux  angles  saillants  et 
rehaussée  tant  aux  extrémités  qu'au  cœur,de 
cinq  fleurs  polypétales  qui  diffèrent  essen- 
tiellement de  la  rose  vulgaire.  La  renoncule 
double  .s'y  montre  d'autant  plus  reconnais- 
sable  qu'un  ornement  du  même  genre  est 
signalé,  dans  une  église  de  Rome,  sous  le 
pontificat  de  Léon  IV  (847-855)  (').  Deux 
cyprès  accostent  l'Instrument  du  Salut  ;  la 
pointe  recourbée  de  leurs  cimes  s'incline 
vers  la  renoncule  médiane.  Un  cep  de  vigne 
chargé  de  raisins  enveloppe  l'arbre  de 
droite  ;  un  lierre,  caractérisé  par  son  feuil- 
lage et  ses  baies,  grimpe  autour  de  celui  de 
rauche.  Au  bas,  on  distinç^ue  des  arbustes 
où  nichent  des  oiseaux,  des  plantes,  des 
fruits,  des  fleurs,  une  touffe  de  roseaux  ;  un 
lion  repose  dans  le  creux  d'un  tronc  ;  un 
autre  lion  guette  un  lièvre  tapi  sous  les  buis- 
sons. L'inscription  en  saillie,  IC  XC  MK.A, 
flanque  la  tête  de  lacroi.x;  au-dessus,  un 
quinconce  de  cinq  lignes  d'asters  à  six  pé- 
tales amygdaliformes  (oie/les). 

L'idée  fondamentale  du  tableau  s'expli- 
querait au  besoin  par  l'inscription  seule  :  le 
triomphe  de  la  croix  ;  mais  la  manière  dont 
cette  idée  est  ici  rendue,  le  galbe  du  motif 
principal  et  les  accessoires  qui  l'accompa- 
gnent, exigent  un  commentaire  développé. 

Nos  asters  sont  de  véritables  étoiles,  non 
des  fleurettes.  L'art  païen  de  la  décadence 
couronne  l'image  du  soleil  de  rayons  amyg- 
daliformes, et,  au  IV"  siècle,  les  verriers 
chrétiens  cerclent  la  tête   du  Christ  d'un 

I.  Et  in  pergula quje    est  ante  altare  suspendit 

lilium  de  argento  habens  mala  de  crystallo,  et  ranuncu- 
lum.  Liber pontif.  n"  527.  La  virgule,  rétablie  après  cry- 
stallo, n'existe  pas  dans  l'édition  M  igné,  mais,  le  lis  étant 
mentionné  seul  au  n"  5  28,  il  me  semble  qu'on  doit  con- 
clure à  la  mention  de  deux  fleurs  distinctes.  J'ignore  sur 
ce  point  le  sentiment  de  mon  très  crudit  confrère,  M. 
l'abbé  Duchesne,  et  je  me  permets  de  lui  signaler  la  diffi- 
culté. 


26 


Eeuuc   ne   l'3rt    cïjrcticn. 


pareil  insigne  encore  mieux  accusé  (').   Le 
type  de  notre  croix  remonte  pour  le  moins 
au    IV""  siècle;  elle  est  empreinte  sur  les 
monnaies  impériales  depuis  Arcadius  jus- 
qu'à Justinien  II  (^).  On  la  rencontre,  au  V*^ 
siècle  sur  l'autel  du   tombeau  de  Galla 
Placidia,    à   Ravenne;  au  VI",   sur  les 
mosaïques  byzantines  de  la  même  ville 
et  sur  la  croix  de  Justin,  au  trésor  du 
Vatican  (')  :   \ eruolpium  de  la  collec- 
tion Dzyalinska,  à  Paris,  le  reliquaire    ç. 
dé  la  Vraie    Croix,   à   Tournai,    sont     | 
établis    sur  un    modèle    analogue    (*).    [^ 
Toutefois  l'un  des  anciens  exemples  du 
genre,    que    les    proportions   relatives 
de  sa  membrure  assimilent  davantage 
à  notre    objectif,    est   fourni   par  une 
patène  d'argent  de  la  collection  Gré- 
goire Stroganov,  en  Russie.  La  croix, 
accostée  de  deux  anges  debout  dans 
l'attitude  de  l'adoration,  repose  sur  un 
disque   semé   d'étoiles;  au  bas,  quatre 
fleuves  coulant  à  travers  une  prairie 

1.  Duruy,  Hist.  des  Romains,  nouv.  éd.,  t.  VII,  p.  49, 
52,  53.  lîg.  Garrucci,  Pitture  veteri,  pi.  MDCCXIII.  Gaz. 
archéoL,  1877,  p.  83,  pi.  vill. 

2.  Voy.  Sabatier,  Monnaies hyzant.,X.  I,pl.  iv,  10  ;  pi.  v 
àviii,  XXVI  et  xxix,  pass.  ;  t.  II,  pi.  xxxv  et  xxxvui. 

3.  Rohault  de  Fleury,  La  Messe,  Autels,  pi.  xxxi. 
Ciampini,  Vetera  vionimenta,  t.  I,  pi.  LXV.  Bock,  Kleino- 
dien,  pi.  XX,  fig.  27.  Annales  archéol.,  t.  XXV  et  XXVI,  pi. 

4.  Voy.  Les  Expositions  rctrosp.  en  18S0,  p.  17g  et  sq., 
pi.  VIII,  fig.  2.  Quant  au  reliquaire  de  Tournai,  un  clichd, 
enraciné  chez  les  Belges  et  un  peu  aussi  en  France,  lui 
attribue  une  origine  mérovingienne.  A  deu.x  reprises,  j'ai 
fait  le  voyage  de  Tournai  pour  étudier  la  pièce,  on  l'a 
dessinée  et  photographiée  à  mon  intention,aussi  me  crois- 
je  le  droit  de  rectifier  des  appréciations  passablement 
hasardeuses.  L'objet,  boîte  en  épaisses  lames  d'or,  a  la 
forme  d'une  croix  pattée,  haute  de  o'"i4,  large  de  o'"ii5, 
non  compris  le  chapelet  de  grosses  perles  qui  prolonge 
l'intégralité  du  contour  ;  des  perles  plus  grosses  encore, 
surgissent  à  tous  les  angles  saillants  ou  rentrants.  La  tête 
mesure  o"'047  ;  les  bras,  o'"o4i  ;  la  tige,  o"'o67.  Les  deux 
faces  sont  pavées  de  pierres  précieuses  multicolores,  car- 
rées ou  arrondies.  A  lacroisée,d'uncpart  un  disque  d'émail 
cloisonné,  addition  postérieure  ;  de  l'autre,  une  relique  que 
garantit  un  cristal.  Le  couvercle,  emboîté  à  frottement, 
est  maintenu  par  deux  goupilles  horizontales.  A  l'intérieur 
de  la  caisse,  une  cloison  étanche  suit  les  parois  h  la  dis- 
tance de  o'"oo7  ;  en  outre,  à  chaque  extrémité  des  bras, 
d'autres  cloisons  déterminent  une  croisette.  Il  serait  pos- 
sible que  cette  caisse,  en  dehors  de  morceaux  du  Bois 


indiquent  que  la  scène  se  passe  dans  le  Para- 
dis Terrestre.  Notre  illustre  maître,  M. G.  B. 
de'  Rossi,  attribue  la  patène  Stroganov  à 
l'orfèvrerie  byzantine  du  \TI''  siècle  :  per- 
sonne ne  le  démentira  (').   Deux  camées. 


Gr~P 


G 


i? 


1  2 

I.  Croix  de  l'autel  du  tombeau  de  Galla  Placidia  (d'après  Roliault  de  Fleury). 
z.  Croix  de  la  patène  Stroganov  (d'après  de  'Rossi). 


Sacré  motivés  par  les  croisettes,  ait  renfermé  une  seconde 
croix  métallique  à  l'instar  de  \cncolpiiim  Dzyalinska, 
mais  je  n'oserais  le  garantir.  Assez  récemment,  une  douille 
a  été  introduite  dans  la  tige  ;  un  anneau  de  suspension 
muni  de  chaînettes  a  couronné  la  tête  :  donc,  en  dernier 
lieu,  l'objet  se  fichait  sur  un  pied  quand  on  ne  le  portait 
pas  au  cou.  Néanmoins  je  ne  serais  pas  éloigné  de  penser 
que  la  douille  moderne  en  a  remplacé  une  plus  ancienne, 
qui  s'emmanchait  dans  une  courte  hampe.  Quoi  qu'on  ait 
dit,  le  reliquaire  de  Tournai  ne  saurait  être  autre  chose 
qu'un  antique  spécimen  des  croix  de  bénédiction  toujours 
usitées  chez  les  Orientaux.  Sans  manche,  nous  en  trouvons 
un  original  dans  la  croix  dejustin  ;  une  copie,  sur  les  mo- 
saïques de  Saint- Vital,  à  Ravenne  (fig.  de  l'évêque  Maxi- 
mianus).Avec  manche,  nous  aurions  les  croix  de  bénédic- 
tion du  triptyque  de  la  Minerve  (Gori,  ouv.  cité,  t.  III, 
pi.  xxvi),  prototypes  des  insignes  en  bois  sculpté  garni 
de  métal,  qui  proviennent  du  Mont  Athos  (Gori,  ouv.  cité 
t.  III,  suppl.,  pi.  IV  ;  Bayet,  L'art  byzantin,  p.  273,  fig.  8g; 
Mitthcilungen  der  /•.  k.  central-Comin.,  t.  VI,  p.  149,  fig.  2). 
Rien  ici  de  mérovingien  ;  forme  générale,  décor  de  perles 
et  de  pierreries,  sertissure,  tout  est  byzantin  sur  le  reli- 
quaire de  Tournai.Aux  monuments  déjà  cités  en  faveur  de 
ma  thèse  j'ajouterai  les  hiérothèques  de  Constantin,  au 
\'atican,  et  de  Limbourg-sur-Ia-Lahn  (Bock,  Kleinodien, 
pi.  XX,  fig.  28  ;  aus'  m  Weerth,  Dos  Sie^eskretiz).  A  mon 
avis,  le  reliquaire  de  Tournai  doit  être  une  épave,  restée 
inconnue,  du  sac  de  Constantinople  en  1204. 

I.  Btillet.  ifarchéot.  chrét.,  1871,  p.   162,  pi.  IX,  fig.   i; 
Orig.  de  Porfcvr.  cloisonnée,  t.  II,  p.  364,  fig. 


anciens   itioircs   isculptég. 


27 


aussi  byzantins,  reproduisent  le  même  sujet; 
seulement,  le  disque  n'est  pas  placé  sous  la 
croix,  il  la  surmonte  et  il  encadre  un  buste  du 
Christ.  L'une  de  ces  pierres  est  au  Cabinet 
des  médailles  de  Paris  (')  ;  l'autre  a  été  dé- 
couverte par  M.  G.  Filimonov  sur  un  calice 
de  la  cathédrale,  dite  de  l'Assomption,  à 
Moscou  :  on  y  lit  distinctement  :  CKÇnH 
APONTIOV  (protection  de  Léonce)  {'). 

Evidemment  l'auteur  du  triptyque  a 
exécuté  une  variante  du  thème  ci-dessus. 
En  haut,  le  firmament  semé  d'étoiles  ;  en 
bas,  des  animaux,  des  végétaux,  des  plantes 
aquatiques  qui  sous-entendent  la  présence 
des  fleuves  sacrés  :  un  tel  ensemble  carac- 
térise assez  convenablement  l'Éden  pour 
qu'il  n'y  ait  pas  à  s'y  méprendre.  Mais 
pourquoi  deux  cyprès  inclinés  remplacent- 
ils  sur  l'ivoire  les  anges  de  la  patène  et  des 
camées  ?  Que  signifie  une  pareille  substi- 
tution ?  Quel  symbolisme  l'inspira  ? 

Le  cyprès  et  le  cèdre  furent  toujours  en 
vénération  chez  les  Orientaux  ;  le  premier 
ombrage  encore  aujourd'hui  leurs  cimetières. 
La  Bible  offre  plusieurs  comparaisons  tirées 
du  cyprès  et  du  cèdre  (^).  Les  anciens 
Perses  ont  sculpté  le  cyprès  associé  au 
àaofna  sacré  sur  la  rampe  du  grand  escalier 
de  Persépolis  ;  ils  plantaient  un  de  ces  coni- 
fères pyramidaux  au  centre  des  paradis 
ou  jardins  des  résidences  royales  (■').  Au 
point  de  vue  chrétien,  la  Préface  delà  Pas- 
sion   du    missel     romain  s'exprime    ainsi  : 

1 .  Chabouillet,  Catalogue,  n"  261 .  Ce  camée  est  ané- 
pigraphe. 

2.  Moniteur  de  la  Soc.  de  Part  antique  russe,  1874, 
p.  60.  Bull,  darch.  chrét.,  1875,  pi.  X,  fig.  2  ;    1876,  p.  76. 

3.  Cant.   catitic,  V,  15.  Ecclesiastic,  XXIV,  17  ;  L,  11. 

4.  Flandin  et  Costa,  Voy.  en  Perse,  pi.  .\cvni.  — 
Les  paradis  orientaux  sont  mentionnés  clans  plusieurs 
ouvrages  de  Xénophon,  dans  le  livre  d'Esther,  I,  5,  et  par 
Ndliifmie,  II,  8.  Relativement  au  cyprès,  voy.  Al.  de 
Humbold,  Cosmos,  trad.  franc.,  t.  II,  p.  113;  Lajard, 
Méin.  de  VAcad.  des  Inscr.,  nouv.  sdrie,  t.  XX,  part.  2, 
p.  129  et  sq.  ;  Tuch,  Comment,  uehcr  die  Genesis,  2'  édit., 
p.  53  et  sq. 


Detis  qui  salutem  humani  generis  in  ligno 
crucis  constitîiisti,  tit  nnde  mors  oriebatur, 
inde  vita  resurgeret,  et  qtci  in  ligno  vincebat 
in  ligno  qtwqtie  vincerettir.  Cette  allusion  à 
la  faute  de  nos  premiers  parents,  commise 
au  sujet  d'un  arbre,  effacée  par  un  autre 
arbre,  se  trouve  déjà  dans  le  Sacramentaire 
de  saint  Grégoire  le  Grand  :  Qui per  pas- 
siotiem  criicis  fnundttm  redeviit,  et  antiquœ 
arboris  aniarissimum gtistu^n  crticis  medica- 
viine  indulcavit,  viorteinqzie  quœ  per  lignum 
vetitmn  venerat,  per  ligni  trophcsum  devi- 
cit  (').  Saint  Jean  Chrysostome  avait  dit 
auparavant  :  «  Le  premier  bois  a  introduit  la 
mort,  car  la  mort  est  venue  après  la  faute, 
mais  le  second  nous  a  donné  l'immortalité  ; 
l'un  nous  chasse  du  paradis,  l'autre  nous 
ramène  au  ciel  (').  »  La  même  antithèse 
reparaît  encore  ailleurs  dans  les  écrits  des 
Pères  grecs  ou  latins  (-'). 

L'opinion,  généralement  acceptée  par  les 
exégètes  modernes,  distingue  deux  arbres 
plantés  au  milieu  du  ParadisTerrestre. Cette 
distinction,  que  saint  Jean  Chrysostome  et 
saint  Augustin  avaient  admise  (^),  est  as- 
surément conforme  au  texte  sacré:  Lignum 
etiavi  vita  in  viedio  paradisi.  lignuiiique 
scicntiœ  boni  et  mali  {^).   Dans  son    tableau 


1.  Préface  de  l'Invention  de  la  Sainte  Croix,  Opéra 
t.  III,  p.  86,  in  fol.,  Paris,  1705. 

2.  ^yjS-j')  zi  lùlo-j  OzyxToy  EKiL'7-r,yxyî  •  jUîrà  yxp 
T7]iJ  TZxpy.cxfTLV  6  Ox'jxzoi  ïminf^-vj ,  xû.x  to-jto  r/jy 
àSavâffiav  ïyjxplcoiTo  •  ïy.tlvo  -xpxèû'joii  ïikoxlXz. 
roGro  si;  ouox^j'j-jz,  r,:j.xç,  xvr,yxyi.  Homil.  XVI,  in  capit. 
III  Genesis  ;  Opéra,  t.  IV,  p.  132,  in-fol.,  Paris,  1721. 

3.  -Saint  Cyrille  de  Jérusalem,  Catechesis  XII,  p.  198, 
in  fol.,  Paris,  1720;  saint  Jean  Chrys.  Homil.  de  cœmet.  et 
cruce,  t.  II,  p.  400,  éd.  cit.;  saint  Grégoire  le  Grand, 
Expos,  super  cant.  cantic,  c.  vu  et  viii,  t.  III,  p.  452  et  458, 
éd.  cit.;  saint  Augustin,  Tract.  I,  in  Johanneni  Evang.,  c.  i. 

4.  Kai  zh  îùloy  r/;;  '^or,i  ïv  lAn'.i  zvj  uxpx^îi'jvj, 
y.x\zol;J'kov  zo-j  îidlvxi  yyr.-xjzbv  xx/.o-j  /.xi  -.o-jr,(,o-j. 
Homil.  XI II,  in  capit.  II  (îenes.  C'est  le  texte  même  des 
Septante.  Lignum  autem  vit;ie  plantatum  in  medio  para- 
disi... signiticat...  Ligno  autem  scientiae  boni  et  mali... 
significatur.  De  Genesi,  contra  Manich.  !.  II,  c.  9. 

5.  Gènes.,  II,  9. 


28 


IRcuue   De   l'art   chrétien. 


de  la  croix  triomphante  au  centre  de  l'Éden, 
notre  sculpteur  a-t-il  exactement  suivi  la 
Genèse  telle  que  les  Pères,  dont  j'invoque 
le  témoignage,  l'ont  comprise  ?  Au  cas  affir- 
matif,  le  cyprès  de  droite,  entouré  de  la 
vigne  féconde  ('),  serait  le  lignum  vitœ ; 
celui  de  gauche,  avec  ses  baies  impropres  à 
la  nourriture  de  l'homme,  le  ligmim  scientiœ 
bojii  et  malt.  Use  pourrait  néanmoins  que 
l'artiste,  fidèle  à  la  symétrie,  eût  dédoublé 
le  second  arbre  et  placé  le  bien  à  droite,  le 
mal  à  gauche  (^). 

L'exemple  qu'offre  l'ivoire  Harbaville 
n'est  pas  unique;  d'autres,  à  Constantinople, 
ont  traité  le  même  sujet,  et  chacun  l'a  rendu 
à  sa  manière.  Au  revers  de  la  célèbre 
hiérothèque  de  Limbourg-sur-la-Lahn,  œu- 
vre capitale  du  X*"  siècle,  exécutée  par 
l'ordre  de  Constantin  Porphyrogénète,  l'or- 
fèvre a  ciselé  une  croix  pommetée,  perlée 
aux  angles  saillants,  et  reposant  sur  un  gra- 
din de  quatre  marches  en  retrait.  Deux 
étoiles  identiques  à  celles  de  notre  monu- 
ment flanquent  la  tête;  deux  longues  feuilles 
d'acanthe,  élégamment  recourbées,  s'é- 
chappent en  accolades  de  la  marche  supé- 
rieure; au  dos  d'une  autre  hiérothèque  by- 
zantine en  métal  (XI^  siècle,  église  de 
Jaucourt,  Aube),  une  croix  analogue  à  celle 
de  la  patène  de  Stroganov  est  comprise 
entre  deux  touffes  d'acanthe,  et  les  sigles 
IC  XC  accostent  la  tête  (-'):  l'intention  des 

1.  Ego  quasi  vitis  fructificavi  suavitatem  honoris,  et 
flores  mei  fructus  honoris  et  honestatis.  Kcclesiastic, 
XXIV,  23.  Uxor  tua  sicut  vitis  abundans  in  latcribus  do- 
mus  tuœ.  Ps.  CXXVII,  3. 

2.  D'autres  explications  pourraient  être  fournies.  Le 
bon  larron  et  le  mauvais  (saint  Cyrille,  loc.  cit.)  ;  Eve, 
puisque  la  Sainte  Vierge  forme  sur  le  triptyque  la  contre- 
partie du  cyprès  vitifère  (saint  Jean  Chrys.,  Hom.  de  cœin., 
loc.  cit.)  :  mais  alors,  l'arbre  entoure  de  lierre  symbolise- 
rait Adam,  dont  je  ne  saisis  pas  les  rapports  avec  saint 
Jean- Baptiste.  A  cette  note,  bien  entendu,  je  n'attache 
aucune  importance  ;  elle  ne  vient  ici  que  poui  mémoire. 

3.  Gaussen,  PorlefcuilU  an/u'ol.  de  la  Champa_^ne, 
ORFÈVRERIE,  pi.  III.  E.  aus'  m  Weerth,  Das  Siegeskreu:, 
pi.  III. 


arbres  paradisiaques  perce  ici  sous  un  motif 
emprunté  à  la  flore  hellénique.  En  fait  de 
types  végétaux,  les  Byzantins  poussèrent 
très  loin  la  fantaisie;  leurs  monnaies  et  leurs 
sceaux,  tant  au  X"  siècle  qu'au  XI*",  varient 
le  thème  de  l'hiérothèque  de  Limbourg,  tout 


Revers  de  1  hiérothèque  de  Limbourg-sur-la-Lahn. 
(D  après  aus'm  Weerth.) 

en  demeurant  fidèles  à  une  donnée  primor- 
diale (').  Sur  une  mosaïque  de  Sainte- 
Sophie,    à    Thessalonique  (VP'   siècle),    la 

I.  Sur  une  monnaie  de  Justinien  II  (685-711),  la 
croix  à  trois  degrés  est  accostée  de  deux  branches  de 
laurier  issant  d'un  porte-bouquet.  .A.u  X"  siècle,  des  pal- 
mettes  ou  des  feuilles  en  crochets  remplacent  le  laurier 
auprès  de  semblables  croix  ;  au  XI%  les  volutes  se  fleu- 
ronnent;  au  XIII%  sous  les  empereurs  latins,  les  degrés 
sont  omis,  mais  l'accolade  végétale  persiste,plus  ou  moins 
grossièrement  rendue  :  l'idée  symbolique  était  sans  doute 
alors  oubliée.  11  est  toutefois  certain  que,  dans  l'iconogra- 
phie de  la  période  romaine,  les  plantes  à  volutes  fleuron- 
nées  représentaient  de  véritables  arbres.  Voy.  Sabatier, 
Monn.  byzanl.,  t.  II,  pi.  xxxvu,  12,  LVlll,  15  à  17  ; 
G.  Schlumbergcr,  Sc-eaiix  c'/t  -plomb  des  chefs  iiianglavites 
à  Bycance  ,  ap.  Antt.  de  la  Soc.  franc,  de  nnmism.,  1882, 
pi.  II,  I  ;  Sceau.v  de  ploiidi  inéd.  des  fouet,  pro-'.,  ap.  Rev. 
arcliéol.,  juin  1883,  pi.  xi,  26  ;  Méiii.  de  la  Soc.  des  Ant. 
de  France.,  t.  XLIV,  Le  Christ.,  la  Vierge  et  les  Saints, 
etc.,  tirage  à  part,  p.  8,  fig.  ;  Clarac,  Musée  de  sculpt.,  t.  II, 
pi.  cxxvill,  n°  172,  sarcophagî  du  Louvre,  n"  421.  La 
croix  pattée,  fichée  sur  un  disque  et  coinprise  entre  deux 
branches  de  feuillages,  caractérise  encore  le  revers  des 
monnaies  du  négous  Armah  (644-658)  roi  d'Ethiopie. 
Revue  nnmism.,  nouv.  série,  t.  xiii,  pi.  ii,  7,  et  ni,  8. 


anciens  itioircs   sculptes 


29 


Vierge  est  accostée  de  hautes  plantes,  imi- 
tations altérées  du  haoma  perse;  des  oliviers 
ou  des  cyprès  (?)  surgissent  entre  les  anges 
et  les  Apôtres  qui  se  développent  autour  de 
la  coupole,  à  la  suite  de  Marie.  Le  sujet  du 
tableau  est  l'Ascension  ;  les  personnages  de 
l'étage  inférieur  sont  donc  absolument  ter- 
restres, et  les  haoma  de  la  nouvelle  Eve  font 
allusion  à  l'Eden,  opposé  au  paradis  céleste 
dont  le  Christ  vient  de  rouvrir  l'entrée  à 
l'humanité  déchue  ('). 

Au  XI'^  siècle,  la  croix  figurée  sur  les 
triptyques  et  les  tablettes  d'ivoire  conserve 
la  silhouette  des  époques  antérieures;  le 
pommetage  persiste,  mais  l'accessoire  édé- 
nique  et  les  étoiles  disparaissent.  Tantôt  le 
champ  reste  complètement  vide  (''),  tantôt 
il  offre  une  simple  rosace  en  bas  et,  aux  côtés, 
l'acclamation  significative  ICTX^C  NHCA.  (^). 

Je  ne  puis  passer  sous  silence  une  autre 
variante  de  notre  sujet,  peinte  au  X'- 
Xl'sièclesur  le  y//6'/Wi9^<?de  Basile  II. Saint 
Timon,  l'un  des  sept  diacres  delà  primitive 
Église,  est  représenté  debout  sous  une  triple 
arcature  ;  chaque  baie  latérale  encadre  un 
cierge  allumé,  accosté  de  deux  cyprès  incli- 
nant vers  lui  leurs  cimes  aiguës  [*).  Il  n'y 
a  pas  d'erreur  possible  :  le  cierge,  remplaçant 
la  croix,  symbolise  comme  elle  le  Christ 
qui  est  la  véritable  lumière.  Le  cierge  rap- 
pelle les  fonctions  du  diacre  chargé  d'an- 
noncer l'Évangile,  où  le  Sauveur  est  qualifié 

1.  Texier,  L'arch.  bys.,  pi.  XL. 

2.  Gori,  ouv.cité.  t.  III,  pi.  ,\xvii,  triptyque  de  la  Mi- 
nerve ;  pi.  XXI,  panneau  de  Lucques. 

3.  Triptyque  du  Cabinet  des  mddailles  à  Paris  (Cha- 
bouillet,  Cillai.,  n°  3269).  La  face  a  été  publiée  par  Ch. 
Lenormant,  Didron  et  M.  Bayet  ;  le  revers  est  inédit  : 
j'en  dois  un  dessin  très  exact  au  talent  de  M.  de  Latour, 
Altaclié  au  Département  des  médailles.  Je  saisis  cette  oc- 
casion pour  remercier  mon  vieil  ami  A.  Chabouillct, 
M.  de  Latour  et  M.  Omont,  Attaché  ;\  la  section  des 
manuscrits,  .^  la  Hibliotlicque  nationale,  de  l'obligeance 
toute  particulière  qu'ils  ont  mise  ^  me  communiquer  les 
trésors  confiés  à  leur  garde. 

4.  T.  11,  p.  69. 


de  lumière  (')  ;  le  cierge  rend  palpable  la 
comparaison  de  saint  Augustin  :  Cj'îix 
Christi  est  inagjiiini  candelabriim.  Qui  vult 
hicei'e  non  erubescat  ligneo  candcUibro  (''). 
Tout  cela  est  si  rigoureusement  juste,  que 
le  Christ  lui-même 
trône, entre  deux  cyprès 
inclinés,  sur  un  émail 
byzantin  de  la  couronne 
royale  de  Hongrie  (^\ 
Ce  dernier  exemple 
n'est  pas  isolé.  Deux 
assez  médiocres  pan- 
neaux byzantins  en 
ivoire,  à  St-Ambroise 
de  Milan  (Xle  —  XII^ 
siècle), offrent  une  série 
de  tableaux  évangélis- 
tiques,  parmi  lesquels 
on  distingue  le  Christ 
debout  entre  deux  cy- 
près, la  cime  abaissée 
vers  sa  personne  divine. 

fiamDeau    allume  entre    deux     \  *     j       j        o 

cyprèsinciinés.cDaprèsieMé- Aux  pieds  du  Sauveur, 
noioge  de  Basile  II.)       -^  drolte  et  à  gauchc,  un 

homme  et  une  femme  (les  donateurs?) 
prosternés;  légende  :  TO  XgPGTG  (pour 
■/yXrji  ou  iyatpî-io-aô;,  la  salutation).  D'après 
mon  érudit  correspondant  de  Rome,  M.  le 
commandeur  Ch.  Descemet,  un  émail  li- 
mousin du  XlVe  siècle,  au  Musée  chrétien 
du  Vatican,  représente  le  Crucifix  accosté 
de  deux  hauts  arbres  tortillés.  Une  autre 
modification  du  thème  ci-dessus  se  voit  au 
trésor  de  la  cathédrale  de  Ravenne.  Le 
médaillon  central  de  la  croix  d'argent,  dite 
de  saint  Agnellus   (Vie  siècle),   figure,    au 

1.  Lumen  ad  revelationem  gentium.  S.  Luc.  II,  32. 
Lux  vcra  qu;v;  illuminât  omnem  hominem.  S.  Jean,  I,  8. 

2.  Scrmo  CCLX.XI.X,  m,  in   natali  Joh.  Bapt. 

3.  Bock,  KUin.Miicit,  pi.  X\I.  Ûrig.  de  Porfivr.  dois., 
t.  I,  p.  328,  pi.;  Essenwein,  KuUurhist.  BildcratUis,  pi. 
XXXIV,  fig.  6;  Mittluil.  t.  II,  p.  202,  tig.;  Labarte,  Hist. 
des  arts  imiustr.,  t.  II,  p.  92,  l''-'  éd.,  etc.,  etc. 


Flambeau    allumé  entre    deux 


1885.  —  1^*^  Livraison 


30 


îactjuc   De   rart    chrétien. 


revers ,  la  \"ierge  en  Orante ,  debout, 
flanquée  de  deux  cyprès  (').  Je  pense 
que  les  arbres  paradisiaques  ont  bien  été 
visés  sur  le  monument  de  Ravenne,  mais 
comme  j'ai  lu  ailleurs  que  l'if,  le  cyprès 
et  tous  les  conifères  à  verdure  persis- 
tante, symbolisaient  la  vie  future,  mon 
opinion  est  émise  à  un  état  purement 
hypothétique. 

Le  triptyque,  au  revers  de  son  panneau 
central,    nous    a    montré,    sous  une   forme 
symbolique,  le  triomphe  du  Christ  sur  la 
terre.  Le  Sauveur  glorifié  dans  le  ciel  et  son 
cortège  de  bienheureux,  tous  en  personne 
naturelle,  occupent  les  autres  parties  du  mo- 
nument :  Précurseur,    Mère,  Apôtres,  mar- 
tyrs,   docteurs,    confesseurs,    s'y   groupent 
autour  de  la  majesté  du  Divin  Maître.    Ce 
thème,  varié  suivant  les  exigences  du  cadre, 
apparaît  sur  les  mosaïques  de  Thessalonique 
et   de  Ravenne,  mais  il  est  bien   antérieur 
au  Vl"  siècle,  car  on  le  rencontre,  à  la  fin  du 
IV^  sur  un  grand  tableau  d'ivoire   en  cinq 
pièces,  jadis  à  l'abbaye  de  Saint-Michel  de 
Murano,  aujourd'hui  au  musée  de  Ravenne. 
Au  sommet,  plane  la  croix  encadrée  d'une 
couronne  que  soutiennent  deux  anges,  sui- 
vis par  les  archanges   Gabriel  et    Michel, 
l'un  à  droite,  l'autre  à  gauche.  Le  panneau 
latéral,  correspondant  à    Gabriel,   offre    la 
Guérison  de  l'avensfle  et  la  Délivrance  du 
possédé  ;    l'autre  panneau   symétrique,    la 
Résurrection  de  Lazare    et    le  Paralytique 
emportant  son  lit.    Au  bas,   Jonas   sous   le 
figuier,  puis  jeté  à   la    mer.  Au  centre,  le 
Christ  imberbe,  sans  nimbe,  assis  sur  un 
trône,   accosté  de   saint    Paul  et    de    saint 
Pierre    barbus  ;    derrière  le  Christ,   deux 
assesseurs  imberbes  :   le    dais   à    colonnes, 

I.  Gori,  ouv.  cité,  t.  III,  pi.  xxxil,  4=  compartiment 
du  2"  punudau.  C'\a.mp\n'i,  Vt'/era  monù/i.,  t.  II,  pi.  Xiv,  1.  B. 
Cette  gravure  est  très  mauvaise  ;  j'aime  mieux  renvoyer  le 
lecteur  aux  photographies  de  Ricci,  qui  sont  bonnes  et 
d'un  prix  relativement  minime. 


qui  abrite  la  composition,  est  flanqué  de 
croix  pattées  à  longue  tige.  Au-dessus,  la 
scène  des  Trois  jeunes  hommes  dans  la  four- 
naise, secourus  par  un  ange  ('). 

En  comparant    l'ivoire  de    Ravenne  au 
triptyque  d'Arras,  on  reconnaît  immédiate- 
ment que  l'ordonnance  générale  du  second 
a  été  inspirée  par  une  œuvre  analogue    au 
premier.  Ce  premier  lui-même  ramène  droit 
à  d'anciens  diptyques,  où  un  magistrat,  soit 
consul,  soit   fonctionnaire,    se   présente  ac- 
costé de  personnages  allégoriques,  ou  réels. 
Parmi  les  monuments  de  la  dernière  caté- 
gorie, un,  entre  autres,  rappelle  si   bien  le 
panneau  central  de  notre   agiothyride  que 
leur  affinité  n'est  guère  discutable.  Le  dip- 
tyque en    question  appartient  à  la    biblio- 
thèque  royale    de   Berlin,    et     il    remonte 
assurément  à  l'aube  du  IV""  siècle.  Sur  cha- 
cun des  feuillets,  divisés  en  deux  registres, 
on  voit  un    vicarms   tirbis   Ronia,    Rufius 
Probianus,  assis,  flanqué   de  deux   notarii 
debout  ;  le  registre  inférieur  comporte  deux 
avocats,  également  debout  et  plaidant  avec 
chaleur.   Les    sièges,   à  dossier  arrondi    et 
double  gradin,  sont  exactement  pareils.  Les 
personnages  correspondants  diffèrent  d'atti- 
tudes; ils  ont,  les  avocats  en  particulier,  un 
mouvement  qui  eût  été  peu  compatible  avec 
le  style  religieux  du  triptyque  :   mais  il  en 
est   autrement     du    magistrat.    Probianus, 
drapé  dans  sa  toge,   va  prononcer  une  sen- 
tence; sa  main  droite  levée  semble  bénir  à  la 
manière   latine  ;  sa   main   gauche    tient   un 
volnnien  appuyé  sur  le  genou.  Serrez  davan- 
tage les  plis  des  vêtements,   modifiez  légè- 
rement la  position  de  la  main  gauche,  ajoutez 
un  nimbe  et  une  barbe,  vous  aurez  une  figure 
encore  plus  proche  parente  du  Christ  d'Ar- 
ras que  celui  de  Murano.  L'assimilation  ne 
va  pas  au  delà  du  premier  feuillet;  le  second 

I.  Gori,  loc.  cit.,  pi.  wiU;\We%i\\ood,  Catal.  o/the  fictile 
ivorics  in  tlic  Soutli  Keiisim^ton  Muscuiii,  p.  50  et  360. 


anciens  itjoires  sculptés. 


31 


montre  Probianus  déroulant  un  volumen  où 
on  lit  des  félicitations  à  son  adresse.  Quant 
aux  avocats,  le  triptyque  leur  substitue  les 
plus   hauts   dignitaires   de    la   cour  céleste 


Premier  feuillet  du  diptyque  de  Rufius  Probianus. 
(D'après  W.  Meyer.) 

eux-mêmes,secrétaires  infaillibles  et  avocats 
sans  partie  adverse  ('). 

Jusqu'à  ce  qu'on  fasse  quelque  découverte 
contradictoire,  Il  me  semblera  démontré 
que  les  Byzantins  empruntèrent  à  Rome, 
et  non  à  leur  propre  fonds,  la  conception 

I.  W.  Meyer,  Zwei  antike  Elfcnbeintafehi  der  lUhlio- 
t/tek  in  Miinchen,  pi.  il  (les  deux  feuillets).  IVestwooii, 
ouv.  citd,  p.  13,  n"  39-40  :  une  petite  gravure  reproduit  le 
second  feuillet. 


originelle  de  l'agiothyride  Harbaville  et  de 
ses  répliques  ('). 

L'hiérothèque  de  Limbourg-sur-la-Lahn 
offre  le  thème  de  notre  ivoire,  modifié  selon 
les  exigences  du  cadre  et  de  la  destination 
du  meuble.  Au  couvercle,  un  échiqueté  de 
neuf  cases  :  case  centrale,  le  Christ  trô- 
nant ;  cases  latérales,  à  droite  le  Précurseur 
et  l'ange  Gabriel,  à  gauche  la  Vierge  et  saint 
Michel.  Les  noms  des  personnages  étant 
inscrits  à  côté  d'eux,  nous  connaissons 
maintenant  la  qualité  et  la  position  respec- 
tive des  bustes  anépigraphes  d'esprits  cé- 
lestes qui  flanquent  la  tête  du  Christ  sur  le 
triptyque  Harbaville.  Cases  supérieure  et 
inférieure,  douze  figures  appariées:  en  haut, 
saint  Jacques  et  saint  Jean  l'Evangéliste, 
saint  Paul  et  saint  Pierre,  saint  André  et 
saint  Marc  ;  en  bas,  saint  Matthieu,  saint 
Philippe  et  saint  Simon  (=).  A  l'intérieur, 
d'insignes  morceaux  du  Bois  Sacré,  disposés 
en  croix  cantonnée  des  neuf  chœurs  d'an- 
ges (').  Tout  ce  décor  est  émaillé  :  le  re- 
vers, complètement  métallique,  a  été  décrit 
plus  haut.  Supprimez  l'encadrement  de  la 
relique,  il  restera  la  variante  du  panneau 
majeur,  face  et  revers,  de  l'ivoire  Harba- 
ville. 

L'agiothyride  de  la  bibliothèque  du 
couvent  de  la  Minerve,  à  Rome,  déjà  men- 
tionnée incidemment,    constitue   une  autre 

1.  Deux  peintures  des  Catacombes  offrent  une  cer- 
taine analogie  avec  le  diptyque  de  Probianus.  D'abord, 
dans  un  arcosolium^  le  Christ  assis  et  enseignant  le 
codex  en  main  ;  il  est  flanqué  de  deux  apôtres  debout,  et 
de  capsœ  pleines  de  volumina.  Un  autre  arcosolium  montre 
un  magistrat,  vohtmen  déployé  en  main,  et  dans  l'action 
de  prononcer  une  sentence.  Ce  personnage  a  pour  siège 
une  espèce  de  sella  posée  sur  un  sugi^estiim.  De  chaque 
côté,  un  notarius,  ''oliiinen  déroulé;  en  avant  un  jeune 
homme,  les  bras  étendus,  probablement  un  chrétien  con- 
damné à  mort.  Bosio,  Ronia  soltcrranea,  p.  565  ;  Cahier, 
Caract.  des  Saints,  p.  782  ;  .\ringhi,  Roiiia  subterr.  noviss. 
t.  II,  p.  213,  fig.  2,  p.  329,tîg.  2. 

2.  Das  Siegeskreus,  pl.  I.  Ann.  archéol.,  t.  XV'II,  pi.  à 
la  p.  337;  Bayet,  ouv.  cité,  p.  215,  fig.  71. 

3.  Das  Siegeskrein,  pl.  il. 


32 


Clctjue  te    rsrt    chrétien 


variante  de  notre  objectif.  Mêmes  volets, 
sauf  de  notables  changements  introduits 
dans  le  costume  des  figures,  et  la  substitu- 
tion de  légendes  grecques  aux  bustes  des 
zones  intermédiaires.  Le  registre  inférieurdu 
tableau  central  reproduit  les  cinq  Apôtres, 
tels  que  nous  les  voyons  à  Arras  ;  le  supé- 
rieur montre  le  Christ  debout  entre  le  Pré- 
curseur et  la  Vierge  :  aucune  trace  d'ansfes. 
Sur  le  bandeau  de  séparation,  on  lit  une 
inscription  métrique  où  un  personnage 
nommé  Constantin  demande  au  Christ 
et  aux  bienheureux  d'être  délivré  de  toutes 
maladies.  Si  le  donateur  de  cet  ex-voto  est 
un  empereur,  on  aurait  le  choix  entre  Cons- 
tantin X,  le  célèbre  Porphyrogénète  {913- 
959),  Constantin  XI  (976-1028),  Constantin 
Monomaque(  1042-1055),  Constantin  Ducas 
(1059-1067).  Malgré  la  défectuosité  des 
planches  de  Gori,  on  sent  que  l'ivoire  de  la 
Minerve  ne  donne  pas  la  note  caractéris- 
tique du  grand  style  encore  dominant  au 
X"  siècle.  L'ex-voto  pourrait  s'attribuer  à 
Monomaque,  dont  il  existe  une  couronne 
émaillée  au  musée  de  Budapest,  bien  que 
les  proportions  des  figures  ne  s'accordent 
guère  sur  les  deux  monuments.  Néanmoins, 
qu'il  émane  d'un  souverain  ou  d'un  simple 
citoyen,  je  crois  que  le  triptyque  de  la 
Minerve  date  du  milieu  du  XI""  siècle  ;  les 
paragaudce  et  les  calliculœ  des  tuniques,  le 
costume  civil,  hormis  l'épée,  des  saints  de 
la  classe  militaire,  me  dictent  une  appré- 
ciation dont  je  n'oserais  toutefois  garantir 
l'exactitude  ('). 

I.  Thés.  vet.  dipt.,  t.  III,  p.  233  et  sq.,  pi.  xxvi  et 
XXVII  ;  Mamachi,  Orig.  et  antiq.  christ.,  t.  V,  part,  i, 
1.  IV,  c.  2,  §  5;  Westwood,  ouv.  cité,  p.  351  à  353  :  une 
note  rectifie  la  lecture  fautive  des  inscriptions  données 
dans  l'ouvrage  de  Gori.  Toutefois,  ce  dernier  auteur,  que 
M.  Westwood  oublie  de  citer,  a  publié  un  monument 
complet  dont  le  tableau  central,  face  et  revers,  est  exacte- 
ment décrit  par  le  savant  anglais  sous  le  n°  i  des  ivoires 
de  la  Minerve.  Le  n°  2  reprend  les  volets  comme  feuillets 
d'un  diptyque  {sic),  «  apparemment  du  même  artiste  que 


III. 

Revenons,  pour  ne  plus  l'abandonner, 
à  l'ivoire  Harbaville.  Son  battement  est 
orné  d'une  guirlande  de  feuillages  imbriqués, 
issant,  aux  extrémités  comme  au  centre,  de 
bouquets  d'acanthe  :  ce  motif  relève  de  l'art 
classique.  Les  nimbes  sont  bordés  d'un  filet 
de  perles  que  cercle  un  trait  au  vermillon 
(sac}'u>ii  incmtstiun);  la  même  couleur  rem- 
plit le  creux  des  légendes  gravées.  Des 
traces  notables  de  dorure  permettent  d'avan- 
cer que  tous  les  reliefs,  hormis  les  carna- 
tions, ont  été  recouverts  d'une  couche 
métallique  disparue  sous  les  effortscombinés 
de  la  potasse  et  du  chiffon  (').  Une  fente  à 
l'angle  supérieur  droit  du  panneau  central, 
la  perte  des  baguettes  rapportées  sur  la 
face  des  volets,  d'insignifiantes  éraflures, 
sont,  avec  l'enlèvement  de  la  dorure,  les 
seules  avaries  que  l'objet  ait  eu  à  subir. 

L'affinité  des  bandeaux  avec  la  bordure 
de  l'hiérothèque  de  Limbourg  est  palpable. 
Deux  importants  détails  nous  arrêteront  en- 
core :  le  trône  du  Christ  et  la  garde  des 
épées. 

Un  trône  à  dossier  évasé  en  forme  de 
lyre  semble  débuter  au  V^  siècle  ;  on  l'a 
figuré  alors  sur  les  mosaïques  de  Sainte- 
Agathe  Majeure,  à  Ravenne.  Nous  retrou- 
vons ce  genre  de  cathedra  sur  une  mo.saïque 
de  Sainte-Sophie  de  Constantinople,  attri- 
buée à  Basile  I";  sur  les  monnaies  du  même 
empereur  et  de  ses  successeurs,  jusqu'à  Jean 
Zimiscès  (969  à  976)  :  alors  un  nouveau 
siège  à  dossier  rectangulaire  surgit  à  côté 

le  n''  précédent.  »  Ces  volets,  je  les  reconnais  parfaitement 
sur  les  planches  de  Gori  ;  le  triptyque,  je  l'ai  récemment 
appris,  aurait  été  démembré  depuis  le  siècle  dernier. 

I.  Cette  destruction  de  la  dorure  serait  un  nouvel  ar- 
gument h  produire  en  faveur  de  la  circonscription  où  j'ai 
voulu  cantonner  le  triptyque  depuis  son  arrivée  d'Orient. 
En  Artois  et  en  Flandre,  on  récurait  les  œuvres  d'art, 
tableaux  et  autres,  absolument  comme  des  casseroles. 


ancicn0  itioircs   sculptés. 


33 


du  dossier  à  montants  courbes,  qui  s'éclipse 
après  Nicéphore  Botaniate  (').  Le  type  du 
trône,  à  dossier  arrondi  par  le  haut  et  à 
montants  rigides,  doit  être  plus  ancien  ;  on 
l'a  déjà  vu,  au  IV'^  siècle,  sur  le  diptyque  de 
Probianus  ;  le  siège  épiscopal  de  Maxi- 
mianus,  à  Ravenne,  en  fournit  un  exemple 
au  VI''  (^).  Quant  au  trône  de  modèle 
analogue,  mais  à  colonnes  cylindriques  ou 
carrées,  sommées  d'un  appendice,  il  se 
montre  à  Byzance  vers  la  fin  du  IX^  siè- 
cle (5)  ;  je  le  rencontre,  au  milieu  du 
X^,  presque  absolument  pareil  à  celui  du 
triptyque  Harbaville,  sur  le  couvercle  de 
l'hiérothèque  de  Limbourg.  Au  X'^-XP,  la 
mode  en  semble  abandonnée  ;  on  ne  le  voit 
plus  ensuite  qu'en  répliques  modifiées  au 
goût  du  jour  (■•).  L'ivoire  des  XL  Martyrs, 
au  musée  de  Berlin  (=),  l'émail  de  la  cou- 
ronne de  Hongrie,  n'attribuent  au  Christ 
qu'un  simple  tabouret,  sella. 

La  garde  des  épées  mérite  toute  notre 
attention.  Le  I.iy-'^  g'^'^c  et  le  gladms  romain 
manquent  de  garde  saillante  ;  un  simple 
arrêt  transversal  limite  le  bas  de  la  poignée. 
Ce  type  persiste  au  V"  siècle  (*)  ;  à  partir 
du  X'-XP,  il  devient  très  rare  chez  les 
Byzantins  qui,  alors  et  aux  temps  posté- 
rieurs, n'usent  plus  que  des  gardes  recti- 
lignes,  unies  ou   pommetées,  déjà  connues 

1.  Voy.  Ciampini,  Vct.  monùn.  t.  I,  pi.  XLVI  ;  Labarte, 
Hisi.  des  arts  induslr.,  Album,  pi.  CXVIII  ;  Sabatiei-,  Mann, 
byz.,  t.  II,  pi.  XLIV  et  sq.;  Willemin  ,  Mon.  fraiii;.  iiu'd., 
pi.  XL;  Bayet,  ouv.  cit.,  p.  169,  fig.  53. 

2.  Agnelli,  Li/>.  pontif.,  t.  11,  App.  pi.  à  la  p.  138;  H. 
\i!eKs,k'ostiîmhiiide,  Mitlclalter,  p.  152,  fig.  73;  A.  Essen- 
wein,  KuUurhist.  Bi/d.,  pi.  xii,  fig.  10;  Du  Sommerard, 
Les  arls  au  Moyen-âge. 

3.  Willemin,  ouv.  cité,pl.  xu  et  xiv. 

4.  Voy.  d'Agincourt,  ouv.  cit.,  PEINTURE,  pi.  LXXXV, 
I,  et  cvi,  12;  Triptyque  du  Vatican,  ap.  Gori,  loc.  cit. 

5.  Gori,  Thés.  vet.  dipt.,  t.  III,  Supp!.,  pi.  xi.  ;  W'est- 
wood,  ouv.  cité,  p.  74,  n"  166. 

6.  Diptyque  d'.\oste,  AVî'.  archéoL,  nouv.  série,  t.  V, 
p.  161,  pi.;  Dipt.  de  Monza,  ap.  Gori,  t.  II,  pi.  vu  ;  Anii. 
archéoL,  t.  X.XI,  p.  225,  pi.;  Labarte,  ouw  cité,  .-Mbum, 
pi.  n. 


longtemps  auparavant  (').  La  garde  à  an- 
tennes recourbées  en  croissant  dont  les 
pointes,  amorties  par  des  sphérules,  s'abais- 
sent et  adhèrent  presque  au  fourreau  ; 
l'écusson  qui  surgit  au  milieu  et  maintient 
strictement  la  lame  dans  sagaîne:  tout  cela 
est  essentiellement  oriental.  Pour  trouver 
un  modèle  semblable  aux  poignées  du  trip- 
tyque Harbaville,  j'ai  dû  recourir  à  l'Inde 
plus  ou  moins  moderne  (")  ;  mais,  n'im- 
porte son  lieu  d'origine,  la  garde  en  question 
exista  chez  les  Arabes,  où  des  armes  du 
XV''  siècle  nous  la  révèlent  sous  quelques 
altérations  nécessitées  par  la  richesse  du 
décor  ('). 


1  2  3 

Poignées  d'épées. 
I,  Triptyque  Harbaville;  z,  Inde;  3,  Boabdil. 

Les  remarques  ci-dessus  induisent  à  pen- 
ser que  la  garde  lunaire  à  quillons  abaissés 
ne  fut  à  Byzance  qu'un  caprice  de  mode,  et 
que  cette  mode,  importée  de  l'Orient  vers  le 
X"  siècle,   n'eut  qu'une  très   courte   durée; 

1.  Menai.,  pass.  ;  Labarte,  ouv.  cité.  Album,  pi.  LXXXV 
et  LXXXVI  ;  Gori,  t.  III,  pi.  xxiv;  Les  ar/s.  sompt.,  t.  I, 
pi.  LVII  à  LX.  Je  néglige  l'épée  de  Childéric,  jusqu'ici 
fautivement  restituée  ;  les  éléments  de  cette  arme  seront 
remis  à  leur  place  véritable  dans  un  prochain  fascicule  du 
Glossaire  A^  M.  Gay. 

2.  Voy.  Wilbraham  Egerton.  An  illustrated  handbpok 
of  indian  arms,  pi.  III,  fig.  7  ;  Coll.  de  Tzarkoé  Sélo. 
Antiq.  de  la  Russie. 

3.  L'épée,  dite  de  Boabdil,  h  V Artneria  real  de  Madrid, 
Mag.  pittor.,  t.  -X.Wl  1 1,  p.  376,  fig.;  l'épée  donnée  par  le 
duc  de  Luynes  au  Cabinet  des  médailles  de  Paris.  Cette 
dernière  est  inédite,  mais,  pour  aider  mes  souvenirs,  M. 
Ch.  Cournault  a  bien  voulu  m'otTrir  un  calque  de  son  ex- 
cellent dessin. 


34 


iRcDue   De   rart   cbtétien. 


essayons  de  fixer  l'époque  de  son  introduc- 
tion épisodique. 

L'empire  grec,  toujours  en  rapports  quel- 
conques avec  les  Perses,  dut  suivre  la  môme 
ligne  de  conduite  à  l'égard  des  Arabes  leurs 
successeurs.  Les  chances  de  la  guerre  ont 
certainement  amené  des  armes  arabes  à 
Constantinople,  mais,  si  léger  que  soit  un 
peuple,  le  prix  du  sang  versé  ne  s'infiltre 
guère  dans  ses  usages,  surtout  quand  ce 
prix  ne  résulte  pas  d'une  suite  ininterrom- 
pue de  victoires.  La  paix,  mère  de  l'industrie 
et  de  la  prospérité,  favorise  au  contraire 
une  réciprocité  d'échanges  entre  voisins, 
aussi  demanderai-je  le  mot  de  l'énigme  aux 
événements  pacifiques  qui  mirent  en  contact 
la  Grèce  et  l'Islam  aux  alentours  du  X" 
siècle. 

Théophile  (829-842),  au  milieu  de  grands 
revers  et  de  moindres  succès,  envoyait  à 
Bagdad  son  précepteur,  Jean  le  Syncelle  : 
dans  ce  voyage,  Jean  récolta  sur  l'art  mu- 
sulman des  idées  qu'il  tâcha  d'inculquer  à 
ses  compatriotes  (').  Constantin  X,  en  936, 
conclut  aussi,  à  Bagdad,  la  paix  avec  le  calife 
abasside  Kaher-Billah  ;  en  946,  le  même 
empereur  recevait,  à  Constantinople,  une 
ambassade  arabe,  à  qui  l'on  fit  le  plus 
brillant  accueil,  et  qui  dut  laisser  une  trace 
profonde  dans  les  esprits.  Les  minutieux 
détails  qu'enregistre  l'historiographe  de 
la  réception,  les  termes  caressants,  flloi 
ly.rjy.y.iyoi,  qu'il  affecte  d'employer,  la  pompe 
du  cortège,  le  luxe  étalé  dans  les  apparte- 
ments impériaux,  les  jeu.x  du  cirque  célébrés 
en  l'honneur  des  étrangers,  prouvent  l'im- 
portance capitale  attachée  par  la  cour  de 
Byzance  à  la  visite  de  ces  fils  de  Mahomet. 
La  princesse  russe,  Olga,  qui  vint  ensuite, 
ne  fut  pas  aussi  magnifiquement  traitée  (''). 

1.  Vie  de  Théophile,  c.  9. 

2.  Sabatier,  Monn.  byz.,  t.  II,  p.  121  ;  Constantin  Por- 
phyr.,  De  cœrem.  auiœ  byz.,  I.  H,  c.  xv,  p.  329  et  sq.,  éd. 
Reiske. 


Les  oisifs  et  les  industriels  de  la  Corne 
d'Or  n'avaient  guère  l'habitude  des  nobles 
arabes,  dont  la  tenue  et  les  armes  excitèrent 
assurément  leur  curiosité;  l'art,  mis  en  éveil, 
s'empara  de  ces  dernières  dans  un  but  sans 
doute  plus  spéculatif  que  pratique,  autre- 
ment il  serait  resté  davantage  qu'un  échan- 
tillon isolé.  Quoi  qu'il  en  soit,  je  pense  que 
notre  poignée  à  garde  exotique  est  un 
souvenir  éphémère  de  l'ambassade  de  946. 
Les  vêtements  fournissent  moins  d'induc- 
tions certaines  ;  ne  les  négligeons  pas  ce- 
pendant. Du  Christ  et  des  Apôtres,  il  n'y  a 
rien  à  dire;  ils  sont  empreints  de  la  tradition 
classique  admise  de  tout  temps.  Le  Précur- 
seur est  un  moine  oriental  ;  la  Vierge  a 
\ indumetttum  tanagrien  :  l'art  byzantin  les 
fiofure  ainsi  dès  son  origine,  et  il  ne  les  figfu- 
rera  jamais  autrement.  La  chlamyde  lati- 
clave,  ample  et  majestueuse,  se  montre  dès 
le  VI"  siècle  à  Saint-Vital  de  Ravenne;  au 
commencement  du  X*",  elle  est  telle  que  nous 
la  voyons  sur  le  triptyque;  vers  la  fin  de  la 
même  période,  elle  étriqué  déjà  ses  plis  ('). 
L'équipement  de  nos  guerriers  diffère  peu 
des  types  du  X'  et  du  XP  siècle, mais,  autant 
les  premiers  se  distinguent  par  leur  élégante 
désinvolture,  autant  les  seconds  sont  lourds 
ou  mal  bâtis  (-).  La  coupe  des  pontijïcalia 
est  bien  établie  à  Saint-Vital;  Maximianus 
y  offre,  sous  un  aspect  très  large,  la  forme 
qu'une  miniature  de  la  dernière  moitié  du 
IX'  siècle  (Bibliothèque  nationale  de  Paris) 
attribue  au  cidtus  episcopalis  des  saints  doc- 

1.  Labarte,  ouv.  cité,  Album,  pi.  Lxxxii  et  Lxxxill.  — 
La  chlamyde  courte,  drapée  sur  les  épaules,  appartenait 
au  costume  militaire;  la  longue,  au  costuine  civil.  Deux 
figurines  de  Tanagra  (collection  G.  Bellon,  à  Rouen), 
montrent,  au  IV*"  siècle  avant  notre  ère,  des  exemples  de 
chlamyde  longue,  mais  sans  tablion.  D'abord  un  jeune 
guerrier  debout,  cuirassé,  la  tlwlia  pendant  sur  le  dos;  sa 
chlamyde  blanche  descend  presque  jusqu'à  la  cheville.  En 
second  lieu,  un  éphèbe  assis,  coiffé  de  la  tholiu;  sa  chla- 
myde rouge,  très  ample,  l'enveloppe  de  la  tête  aux  pieds. 

2.  Labarte,  ibid.,  pi.  LXXXV  et  LXXXVI  ;  Menol.,  t.  II, 
p.  172. 


anciens   itioircs  sculptés. 


35 


leurs  grecs.  L'auteur  du  triptyque  interprète 
cette  forme  avec  moins  de  raideur,  notamment 
dans  Xépitrachélion;  la  peinture  le  fait  tom- 
ber droit,  la  plastique  le  retrousse  sur  le 
bras  en  le  confondant  avec  les  plis  de  la 
chasuble.  Du  reste,  le  Métiologe  fourmille 
de  fantaisies  en  matière  d'épitrachélion, 
aussi  je  soupçonne  les  artistes  postérieurs 
à  Basile  I'-'''  d'avoir  négligé  l'étude  d'un  in- 
signe épiscopal,  simple  accessoire  à  leur 
point  de  vue  ('). 

La  normale  classique  de  la  longueur  du 
corps  humain  varie  entre  7  et  8  têtes;  le 
VIII'' siècle  monte  jusqu'à  g;  le  IX'  donne 
7  et  8;  au  X"  on  trouve  6)^  et  7:  ensuite 
l'effilement  tend  à  s'accentuer  de  plus  en 
plus.  La  moyenne  du  triptyque, étant  de  6  i^, 
s'accorde  parfaitement  avec  les  proportions 
du  X"  siècle. 

Le  système  paléographique  de  notre 
monument  conclut  encore  au  X"  siècle. 
Mélanofe  d'horizontal  et  de  vertical,  la 
disposition  des  légendes  est  conforme  aux 
usages  épigraphiques  de  cette  période. 
L'UJ  très  ouvert  apparaît  déjà,  au  1 1"  siècle, 
sur  les  monnaies  impériales  d'Égype.  Ce 
même  caractère  et  le  U  que  l'on  rencontre 
dès  la  fin  du  III""  siècle  sur  les  inscriptions 
de  Salone  ("),  le  ^  à  base  prolongée, 
l'ancienne  abréviation  terminale  en  S, 
appartiennent  aussi  à  l'alphabet  de  l'hiéro- 
thèque  de  Limbourg.  Les  mêmes  types  se 
montrent  certainement  aux  temps  ultérieurs, 
mais  alors  les  formes  sont  en  général  plus 
maniérées,  l'orthographe  est  moins  correcte. 
En  outre,  XoDu'ga,  sous  les  deux  aspects 
ii  et  LU  mélangés,  ne  se  trouve  que  sur  les 
bulles  de  plomb  byzantines  des  \'I1''  et 
VI II"  siècles,  et  sur  les  disques  d'or  de 
même    nationalité,    découverts    à    Koniah 

1.  Bayet,  ouv.    cité,    p.    157,  fig.   46.   Les  arts  sompi., 
pi.  XXIX  ;    MenoL,  t.  I,  p.  8  à  116,  pass.;  t.  II,  pass. 

2.  Feurirdent,  Niimis.  de  P Egypte  anc.  ;  Domin.  rom. 
Miti/ieiL,  1878,  p.  LXXXI,  n"  21";  LXXXIl. 


(Iconium  de  Lycaonie)  (").  Les  lettres 
conjointes  M  et  E  de  Mépouoioç  exhalent 
aussi  un  parfum  d'antiquité. 

Tous  les  saints  figurés  sur  le  triptyque 
sont  reconnus  par  l'Église  latine  ;  plusieurs  y 
sont  en  haute  vénération  ;  on  peut  donc  le 
regarder  comme  entièrertient  orthodoxe  au 
point  de  vue  catholique.  Bien  que  l'argu- 
ment ne  soit  guère  décisif,  il  faut  pourtant 
tenir  compte  d'un  fait.  De  la  fin  du  IX^ 
siècle  au  milieu  du  XI^^,  l'union  religieuse  de 
Rome  et  de  Constantinople  ne  subit  que  des 
atteintes  momentanées  ;  la  rupture  défini- 
tive ne  se  consomma  qu'en  1053.  Photius, 
provocateur  du  schisme  en  862,  est  déposé 
en  867.  Rétabli  en  880,  il  perd  à  jamais  sa 
dignité  en  886;  bien  mieux,  en  932,  Théo- 
phylacte,  nommé  patriarche,  se  voit  confirmé 
par  le  Saint-Siège,  et  il  reçoit  des  légats  du 
pape  la  consécration  épiscopale  (-);  le  milieu 
du  X"  siècle  était  donc  une  époque  favorable 
à  la  production  d'images  catholiques. 

IV. 

Nous  avons  étudié  l'iconographie  et  le 
symbolisme  de  l'agiothyride  Harba- 
ville,  nous  avons  minutieusement  passé  en 
revue  ses  moindres  accessoires,  et  les  ca- 
ractéristiques du  X"^  siècle  ont  souvent 
répondu  à  nos  interrogations.  Le  style  et 
l'exécution  de  l'œuvre,  examinés  à  leur  tour, 
nous  conduiront-ils  à  la  même  époque  ? 

Dominante  au  VI  IL'  siècle,  encore  sou 
tenue  au  IX"=  par  quelques  empereurs,  la 
secte  des  iconoclastes  entrava  le  développe- 
ment des  arts  figuratifs  sans  parvenir  à  les 
supprimer.  Le  zèle  fanatique  des  briseurs 
d'images  ne  proscrivit  pas  d'une  manière 
absolue  la  représentation  humaine,   il   atta- 

1.  Sorlin-Dorigny,  Plaques  byzant.  trouvées  à  Koniah, 
ap.  Bull,  lie  la  Soc.  des  Aiiliq.  de  Fratuc,  1883,  p.  126,  pi. 

2.  Sabatier,  .l/o««.  byz.,  t.  II,  p.  105,  106,  m,  121. 
\'oy.  aussi  De  cœrem.  aulœ  by::.,  1.  II,  c.  38,  p.  167,  édit. 
Reiske. 


36 


la  cuuc  De   r  3r  t   chrétien. 


qua  surtout  les  effigies  peintes  ou  sculptées 
du  Christ  et  des  saints  qui  lui  semblaient 
fournir  quelque  prétexte  à  un  culte  idolâtri- 
que.  Nombre  d'artistes,  étrangers  au  do- 
maine religieux,  furent  donc  alors  tolérés 
par  le  pouvoir,  que  d'autres,  en  général  des 
moines,  osèrent  braver  ouvertement;  aussi 
connaissons-nous  des  œuvres  figurées  con- 
temporaines de  la  persécution.  Bien  qu'il  se 
fût  montré  novateur  à  son  début,  l'art  byzan- 
tin, issu  de  la  décadence  romaine,  n'en 
répudia  pas  immédiatement  toutes  les  tra- 
ditions; chez  lui,  sous  un  dessin  plus  correct, 
persistèrent  longtemps  les  formes  lourdes 
et  bouffies  du  V*"  siècle  gréco-latin.  Le  célè- 
bre ange  d'ivoire  du  British  Mitscînn,  sous 
les  hautes  qualités  qui  le  distinguent,  reste 
néanmoins  un  peu  massif  (').  Cet  ange  date 
environ  du  VI"  siècle;  au  commencement 
du  X%  on  retrouve  encore  les  mêmes  dé- 
fauts sur  les  figures  symboliques  de  la  Sa- 
gesse, CO<I>IA,  et  de  la  Prophétie,  nPO'I)HTIA, 
qu'une  miniature  associe  au  roi  David.  Des 
draperies  largement  traitées  n'y  compen- 
sent pas  assez  la  négligence  des  raccourcis 
et  la  vulgarité  des  têtes;  celles-ci  ramènent 
aux  commères  banales,  allégorisant  Rome 
et  Byzance  sur  les  diptyques  consulaires  [^). 
Mais  déjà  la  fin  du  IX^  siècle  avait  donné 
une  note  sensiblement  différente,  qu'il  est 
aisé  d'expliquer.  La  violence,  physique  ou 
intellectuelle,  aboutit  toujours  à  une  réac- 
tion ;  l'art  endormi  par  les  iconoclastes  se 
réveilla  sous  Basile  I^""  avec  des  aspirations 
nouvelles.  Au  lieu  de  renouer  le  fil  d'une 
tradition  usée,  l'école  macédonienne  s'éprit 
amoureusement  du  véritable  antique  dont 
les  chefs-d'œuvre  peuplèrentConstantinople 
jusqu'à  la  catastrophe  de  1204.  Deux  pages 

1.  Labarte,  Hist.  des  arts  iiid.,  Album,  pi.  IV;  An7i. 
archcoL,  t.  XVIII,  p.  t,},,  pi.;  Bayet,  ouv.  cité,  p.  90,  fig.  31; 
Westvvood,  ouv.  cité,  p.  63. 

2.  Labarte,  loc.  cit.,  pi.  Lxxxil  ;  Gori,  ouv.  cit.,  t.  I  et 
II,  pass. 


du  manuscrit  510  G,  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale de  Paris,  exécuté  entre  S67  et  886, 
témoignent  de  ce  retour  vers  un  passé  glo- 
rieux. Noblesse  des  physionomies,  attitudes 
variées,  mouvements  naturels,  tout  est  ad- 
mirable sur  des  peintures  auxquelles  on  n'a 
guère  à  reprocher  que  le  maniéré  et  la  sé- 
cheresse des  plis  ('). 

Peu  d'années  s'écoulent  entre  la  mort  de 
Basile  et  l'avènement  de  son  petit-fils,  Con- 
stantin X.  Sous  le  long  règne  du  Porphyro- 
génète,  zélé  protecteur  des  arts  et  artiste 
lui-même,  la  peinture  et  la  sculpture  opèrent 
une  légère  évolution  qui  les  rapproche  en- 
core davantage  de  l'antique.  Le  dessin  de- 
vient plus  correct,  les  draperies  sont  plus 
sobres  et  plus  savantes,  mais  les  figures 
perdent  en  énergie  ce  qu'elles  gagnent  en 
élégance.  La  finesse,  la  douceur,  la  sérénité, 
l'harmonie,  caractérisent  les  œuvres  écloses 
au  milieu  du  X"  siècle  ;  au  XL,  la  dureté,  la 
sécheresse  du  IX*"  reparaissent  en  s'accen- 
tuant  plus  fort  ;  l'effilement  s'achemine  peu  à 
peu  vers  une  émaciation  complète  ;  les 
scènes  atroces  des  Alénologes  sont  désormais 
en    faveur    ('').    Dans    les    arts    décoratifs, 


1.  Le  Moyen  Age  et  la  Renaiss.,  Miniat.,  pi.  vn  ; 
Labarte,  loc.  cit.,  pi.  LXXXI  ;  Bayet,  ouv.  cité,  p.  161, 
fig.  48.  A  la  p.  159  (fig.  47)  de  son  excellent  petit  volume, 
M.  Bayet  reproduit  une  autre  miniature  extraite  d'un 
Psautier  contemporain  du  manuscrit  510  G.  Je  n'ai  point 
invoqué  une  page,  argument  victorieux  en  faveur  de  mon 
assertion.parce  qu'elle  ne  me  semble  pas  œuvre  originale, 
mais  bien  copie  servile  d'une  fresque  antique.  Dans  cette 
idylle  on  reconnaît  un  Tityre  virgilien  chantant  ses  amours. 
Autour  de  lui,  troupeau,  chien,  maîtresse,  rival  ;  rien  n'y 
manque,  pas  même  \sfugit  ad salices  et  se  cupit  ante  videri. 
Ici  le  lot  du  pasticheur  se  borne  à  un  changement  de 
noms  :  Tityre  s'appelle  David  ;  Amaryllis,  la  Mélodie  ; 
Ménalque  personnifie  la  montagne  de  Bethléem  ;  Gala- 
thée  seule  est  exemptée  du  baptême. 

2.  En  signalant  comme  une  dépravation  de  goût  les 
sanglantes  atrocités  dont  les  Ménologes  fourmillent,  je  ne 
prétends  pas  dire  que  les  Byzantins  du  -XI"  siccle  aient  été 
les  créateurs  du  genre  :  loin  de  là.  Dans  sa  remarquable 
étude,  intitulée  Rome  au  IV"  siicle  d'après  les pohiies  de 
Prudence  (Re7'ue  des  quest.  histor.,  t.  XXXV'I,  p.  40,  41, 
54)  55).  ^^-  Paul  Allard,  armé  de  textes  et  de  monuments, 
cite  plusieurs  exemples  de  scènes  de  martyre  figurées,  tant 
chez  les  Grecs  que  chez  les  Latins,  dès  le  IV'  siècle  et 


anciens  idoires  sculptes 


3/ 


l'effet  se  produit  en  raison  directe  de  la 
simplicité  d'exécution  ;  or,  aux  époques  de 
décadence,  c'est  le  contraire  qui  arrive,  le 
détail  absorbe  l'ensemble. 

Que  l'on  compare  maintenant  à  notre 
triptyque,  et  l'hiérothèque  à  date  certaine  de 
Limbourg,  et  les  admirables  Évangélistes, 
peints  en  964,  cinq  ans  après  la  mort  de 
Constantin  X,  sur  le  manuscrit  70  G  de  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris  ('),  on  res- 
tera convaincu  que  tous  ces  monuments  sont 
du  même  temps  et  qu'une  même  école  lésa 

peut-être  même  auparavant.  J'ai  sous  les  yeux  trois  de  ces 
exemples  dus  à  l'art  occidental  :  le  supplice  bien  connu  de 
saint  Laurent  ;  un  chrétien  jeté  dans  un  puits  et  secouru 
par  un  ange  ;  la  flagellation  de  saint  Achillée  (voy.  de' 
Rossi,  Bull.  cTarchcol.  chrét.,  1869,  pi.  m,  8;  1S72,  II,  i  ; 
1875,  IV).  Tout  y  est  empreint  de  la  simplicité  et  de  la 
gravité  romaines;  ni  exagération  d'attitudes,  ni  raffine- 
ments cruels.  Mettons  en  regard  les  sujets  analogues  du 
Aléiiolûge  de  Basile  II  :  saint  Oreste  couché  sur  un  gril 
(t.  Il,  p.  26),  diverses  fustigations  (t.  I,  p.  2g,  38,  83,  etc.), 
saint  Chrysante  et  sainte  Daria,  plongés  vivants  dans  une 
fosse  remplie  d'ordures,  oîi  des  bourreaux  les  enfoncent  à 
coups  de  pilon  (t.  1,  p.  122);  l'on  appréciera  la  différence. 
Encore  je  me  borne  aux  comparaisons  ;  il  faudrait  aller 
jusqu'en  Chine  pour  trouver  le  dépècement  de  saint  Jacques 
le  Perse  (t.  I,  p.  215),  et  le  réalisme  féroce  de  Ribera  se 
serait  effarouché  devant  la  crudité  de  certains  tableaux 
que  le  lecteur  cherchera  lui-même  s'il  en  éprouve  le  besoin. 
Mon  docte  ami  Paul  AUard  produit  en  original,  accom- 
pagné d'une  élégante  traduction,  de  fort  beaux  vers  où 
Prudence  décrit,  d'après  des  peintures  qu'il  aurait  person- 
nellement examinées,  les  supplices  du  maître  d'école  saint 
Cassien,  torturé  à  coups  de  style  par  ses  jeunes  élèves  et 
de  saint  Hippolyte  que  des  chevaux  sauvages  entraînent 
au  milieu  des  rochers  et  des  broussailles  {Péristépli.,  IX, 
9  à  16;  XI,  123  à  152).  Une  lecture  attentive,  jointe  à 
quelque  teinture  des  procédés  de  l'art  chrétien  occidental, 
suffit  pour  faire  comprendre  que  Prudence  a  singulièrement 
assombri  les  choses.  L'écrivain  espagnol  ne  rappelle  pas 
mathématiquement  ce  qui  était  tracé  sur  la  muraille  des 
églises  ;  son  imagination  poétique  lui  a  dicté  les  circonstan- 
ces des  deux  martyres,  telles  qu'elles  durent  se  passer  en 
réalité.  Hors  les  Byzantins,  aucun  peintre  n'accepterait  les 
programmes  textuels  du  récit  de  Théramène  et  de  la  mort 
de  Jézabel,  si  admirablement  formulés  par  Racine  ;  je 
n'hésite  pas  à  ranger  ici  Prudence  dans  la  même  catégorie 
que  notre  grand  tragique.  En  figurant  un  supplice  pareil  à. 
celui  de  saint  Hippolyte,  l'illustrateur  du  Ménologe  (t.  I, 
page  179)  a  reculé  devant  la  multiplicité  des  atroces 
détails  qu'affectionne  Prudence  :  il  s'est  montré  relative- 
ment simple,  mais  il  a  inventé  un  raffinement  échappé  au 
Latin.  La  longe  du  cheval  est  arrêtée  par  d'énormes  che- 
villes qui  traversent  les  pieds  du  patient  :  ailleurs  on  se 
serait  contenté  du  nœud  coulant. 

I.   Labarte,   loc.   cit.,  pi.  lxxxiv.   Les  arts  soiiipl.,  t.  I, 
pi.  XXXVI  à  xxxix. 


enfantés.  A  l'art  macédonien  revient  encore 
assurément  un  délicieux  camée  en  aiguë 
marine  de  la  collection  Victor  Gay;  le 
Christ  debout  qui  y  figure  est  le  cousin  ger 
main  du  saint  Pierre  de  l'ivoire  Harbaville: 
un  antique  modèle  grec  inspira  les  deux  ("). 


Camée  byzantin  de  la  collection  V.  Gay. 
(Extrait  du  Glossaire  archéologique). 

Le  cachet  de  l'école  macédonienne  lui  est 
essentiellement  propre  ;  quand  elle  disparaît 
entièrement  vers  le  milieu  du  XI"  siècle, 
ses  ivoiriers  laissent  leur  héritage  à  des 
praticiens  encore  assez  habiles,  mais  pauvres 
d'invention,  guindés,  émaciés,  raides,  ma 
niérés  ou  vulgaires.  Après  1 204,  il  n'y  a 
plus  absolument  que  la  routine  du  pasti 
cheur  maladroit.  Didron  avança  que,  du 
XI 11^  siècle  à  nos  jours,  l'art  byzantin  est 
resté  stationnaire;  cinquante  ans  plus  tôt, 
d'Agincourt  entrevoyait,  au  XIV^,  une 
lueur  de  renaissance.  Didron  ne  se  trompait 
pas  ;  les  variantes,  ou  même  les  copies  ser 
viles,  de  chefs-d'œuvre  perdus  induisirent 
d'Agincourt  en  erreur. 

Une  dernière  question  se  présente  à  élu- 
cider; notre  monument  est-il  un  original  ou 
une  simple  réplique  ?  Ici,  rapportons-nous 
à  l'exécution  spéciale  du  sujet,  aux  procédés 
mécaniques  employés  pour  le  faire  jaillir  de 
la  matière  brute. 

Nous  avons  montré  le  thème  primitif  où 
l'artiste  a  puisé  l'ordonnance  générale  de  sa 
conception  ;  nous  savons  où  il  a  trouvé  l'at 


I.  Gloss.  arcliéol.  du  moyen  âge,  p.  258,  fig.  A.  Le 
camée  de  M.  Gay  me  paraît  bien  supérieur  à  celui  du  Ca- 
binet de  France,  qui  représente  aussi  le  Christ  dans  la 
même  attitude  :  leurs  styles  sont  très  diflférents.  Voy, 
Chabouillet,  Calai.,  n"  258  ;  Duruy,  Hisl.  des  Romains, 
nouv.  édit.,  t.  \TI,  p.  92,  fig. 


Livraison. 


38 


Eeuue   De    l'art  chrétien. 


titude  de  son  Christ;  ses  Apôtres  debout 
dérivent  aussi  d'un  modèle  antique.  Des 
statues  analogues  au  SopJiocle  du  musée  de 
Latran,  à  \ Aristide  de  la  galerie  Farnèse, 
à  un  marbre  de  la  bibliothèque  de  Saint- 
Marc,  à  Venise,  ont  évidemment  inspiré  le 
saint  Pierre  et  ses  quatre  assesseurs  (')  ;  la 
ronde-bosse  a  été  traduite  en  bas-relief.  La 
ressemblance  avec  \e. Sophocle, et  surtoutavec 
le  marbre  gréco-romain  de  Venise,  est  frap- 
pante; ramenez  le  bras  gauche  en  avant, 
mettez  les  talons  sur  la  même  ligne,  vous 
aurez  à  peu  près  nos  images  de  saint  Pierre 
et  de  saint  André.  Quant  aux  types  d'âge 
plus  récent,  le  sculpteur  ne  les  a  certaine- 
ment pas  inventés,  mais  il  a  dû  y  mettre 
davantage  du  sien.  J'insisterai  peu  sur  l'ap- 
plication des  rais  de  cœur  et  des  bagues 
perlées  —  motif  emprunté  à  l'ancien  chapi- 
teau ionique  — ■  aux  montants  du  trône  ; 
encore  moins  sur  la  transformation,  médio- 
crement heureuse,  de  la  palmette  grecque 
en  feuilles  de  vigne  et  en  trèfles.  Le  lot  per- 
sonnel de  l'artiste  ne  réside  ni  dans  ces  dé- 
tails, ni  tout  à  fait  dans  la  correction  du  des- 
sin ou  la  sobre  élégance  des  draperies;  l'ex- 
pression variée  des  têtes  qui,  sous  une  petite 
échelle,  parviennent  à  égaler  la  nature,  enfin 
le  coup  de  ciseau,  révèlent  plus  manifeste- 
ment un  talent  hors  ligne,  une  individualité 
primesautière. 

Chaque  atelier  byzantin  à'cborai'ii  était 
dirigé  par  un  maître;  celui-ci,  après  avoir 
exécuté  sa  maquette  (pj'otoplasma)  en  cire 
plastique,  la  livrait  à  des  élèves  ou  à  de 
simples  ouvriers.  Les  uns  interprétaient  le 
modèle  à  leur  guise,  les  autres  le  copiaient 
servilement  et  pour  ainsi  dire  mécanique- 
ment: l'inexpérience,  la  maladresse,  le  dé- 
faut de  compréhension,  trahissent  les  ou- 
vrages de  seconde  et  de  troisième  main.  Le 

I.  Duruy,    Hist.    des  Romains,  t.   IV,  p.   559,  fig.,  éd. 
citée;  Rich,  Dict.  des  antiq.,  p.  452  et  650,  fig. 


travail  du  triptyque  Harbaville  est  au  con- 
traire irréprochable;  ni  faiblesse  ni  tâtonne- 
ment: le  maître  s'y  accuse  partout.  L'unique 
outil  des  tailleurs  d'ivoire  consiste  en  un 
ciseau  triangulaire,  à  pointe  aiguë  et  à 
lames  tranchantes;  il  y  en  a  de  plusieurs 
dimensions.  Deux  des  lames  sont  rectilignes, 
la  troisième  est  courbe.  La  pointe  esquisse 
les  contours  et  refouille  les  détails  ;  les  lames 
droites  creusent;  la  lame  courbe  racle  les 
copeaux  et,  par  une  série  de  grattages, 
détermine  les  divers  plans  du  relief.  Les 
apprentis  ou  les  copistes  abusent  en  général 
de  la  pointe  et  de  la  lame  rectiligne  ;  pourvu 
que  le  pli  soit  nettement  tracé,  ils  ne  se 
préoccupent  guère  du  reste,  et  la  savante 
dégradation  des  méplats  leur  semble  in- 
connue.Ces  méplats  sont  ici  rendus  avec  une 
incomparable  souplesse;  la  transition  des 
plans  est  habilement  ménagée  ;  les  arêtes 
n'affectent  pas  une  vivacité  brutale  ;  le  mo- 
delé des  têtes  est  ferme,  vigoureux,  sans 
e.xagération  musculaire;  une  incomparable 
suavité  caractérise  la  Vierge,  on  croirait  voir 
une  terre  cuite  de  Tanagra  idéalisée;  aucune 
des  répliques  qu'on  en  a  faites  n'approche 
de  ce  sentiment  exquis.  Les  barbes  et  les 
chevelures  sont  remarquablement  soignées. 

Si  les  costumes  militaires  offrent  des  dé- 
tails trop  minutieux  ou  trop  sèchement  trai- 
tés, la  faute  incombe,  non  à  l'artiste,  mais  à 
l'époque  où  il  vécut.  Tant  de  qualités  d'ail- 
leurs compensent  une  légère  erreur  de  goût  ! 

Oui  donc,  le  triptyque  Harbaville  est 
vraiment  une  œuvre  originale  ;  la  main  y  est 
inséparable  de  la  pensée.  Le  maître,  auteur 
de  la  maquette,  n'a  pas  voulu  laisser  à  un 
praticien  vulgaire  le  soin  de  la  reproduire 
sur  l'ivoire;  il  a  immortalisé  lui-même  son 
esquisse  fugitive  en  la  confiant  aune  matière 
assez  résistante  pour  braver  les  outrages  du 
temps.  Objet  de  piété  destiné  au  foyer  do- 
mestique, notre  agiothyride,  à  mon  avis,  ne 


anciens  iijoires  sculptés. 


39 


rentrait  pas  dans  la  classe  des  articles  cou- 
rants; commandée  par  quelque  riche  patri- 
cien pour  meubler  son  oratoire  ou  son  cubi- 
culiini  {y.oizm),  elle  y  demeura  suspendue 
jusqu'à  ce  que  la  violence  l'en  arrachât.  A 
une  perfection  artistique  ignorée  de  l'in- 
dustrie routinière,  s'ajoute  le  luxe  de  la 
dorure,  souvenir  de  l'ancienne  Grèce,  luxe 
indifférent  à  nos  yeux,  mais  qui,  au  moyen 
âee,  aug-mentait  singulièrement  la  valeur 
vénale  des  sculptures.  Il  est  fâcheux  qu'à 
l'exemple  de  l'hiérothèque  de  Limbourg, 
du  triptyque  de  la  Minerve,  des  deux  volets, 
l'un  passé  de  Florence  au  musée  de  Vienne, 
l'autre  jadis  dans  la  collection  Verdura, 
à  Padoue  ('),  une  dédicace  ne  nous  ait  pas 
transmis  le  nom  du  possesseur  primitif. 
Quant  à  notre  magister  eborarius,  il  était 
moine  sans  doute;  un  aussi  profond  savoir 
en  symbolisme  pouvait  difficilement  incom- 
ber à  des  laïques. 

V. 

DÈS  l'exorde  de  ma  notice,  le  triptyque 
Harbaville  est  résolument  proclamé 
chef-d'œuvre;  la  suite  tend  à  justifier  cette 
opinion  et  à  l'inculquer  au  lecteur.  Depuis 
que  j'ai  abordé  l'étude  des  ivoires  byzantins, 
beaucoup  ont  passé  devant  moi,  soit  en  ori- 
ginal, soit  en  photographie  —  la  gravure  est 
impuissante  à  rendre  la  technique  —  et  nul 
d'entre  eux  n'a  pu  faire  baisser  le  niveau 
d'un  enthousiasme  toujours  croissant  pour 
mon  objectif  Je  ne  veux  certes  pas  l'exalter 
aux  dépens  de  morceaux  très  remarquables, 
très  appréciés  des  savants  et  des  artistes  ; 
mais,  si  ces  morceaux  offrent  séparément  une 

I.  Goii,  ouv.  cité,  t.  III,  pi.  xxvui  et  xxix  ;  West- 
wood,  ouv.  cité,  p.  78,  n°  178.  Le  volet  de  Vienne  repré- 
sente saint  Pierre  et  saint  André  ;  relui  de  Padoue,  saint 
Paul  et  saint  Jean  :  on  ne  sait  pas  où  il  est  actuellement. 
Les  dessins  grandeur  naturelle  de  Gori,  tout  insuffisants 
qu'ils  soient,  donnent  bien  la  note  du  yA"  siècle,  style  de 
l'ivoire  de  Romain  IV^  et  Eudocia  ;  l'empereur,  (îîo-Trdr/]^ 
}^<>yjirci.vT'vjoz,,  mentionné  sur  l'inscription  doit  être 
Constantin  XIII  (1059-1067). 


ou  plusieurs  des  qualités  distinctives  de 
notre  triptyque,  lui  seul,  que  je  sache,  les 
réunit  toutes  en  bloc.  Ordonnance  magis- 
trale du  sujet,  profonde  intelligence  du  sym- 
bolisme, correction  du  dessin,  sage  modé- 
ration du  relief  ('),  supériorité  de  main, 
élégance  et  attitude  naturelle  des  personna- 
ges, rendu  moelleux  des  draperies,  exquise 
délicatesse  des  têtes  et  des  extrémités,  enfin 
conservation  intégrale  ;  où  trouver  ailleurs 
un  pareil  ensemble  ?  Ch.  de  Lixas. 

.^^^.^  ;^ppenîiice.  -— -^. 

ITcs  arbres  paraDisiaqucs  en  Hitcmarme. 

LA  mise  en  pages  de  mon  travail  était 
déjà  faite,  lorsque  j'ai  reçu  le  second 
volume  de  l'ouvrage  du  D''  Heinrich  Otte 
( Handbuch  der  KircJilichen  Kunst-archdo- 
logie  des  deutschen  Mittelalter,  5^  éd.,  i  SS4). 
On  y  trouve,  p.  575,  une  fort  curieuse 
variante  du  sujet  sculpté  au  revers  de 
notre  ivoire.  Sur  les  lambris  de  bois  peint, 
laqicearia  depicta,  qui  décorent  l'église  de 
Saint-Michel,  à  Hildesheim,  un  habile 
artiste  du  XIIc-XIII^  siècle  a  figuré  la 
généalogie  de  Notre-Seigneur  dans  une 
série  de  1 1 1  caissons  grands  et  petits.  Le 
fragment  placé  sous  mes  yeux  montre, 
disposés  en  double  bordure  :  des  bustes  de 
patriarches  antédiluviens  reliés  entre  eux 
par  des  rinceaux  ;  les  quatre  fleuves  édéni- 
ques  ;  les  évangélistes  saint  Marc  et  saint 
Luc  ;  les  symboles  de  ces  écrivains  sacrés. 
La  composition  centrale  offre  nos  premiers 
parents  aux  côtés  de  XArbi'e  de  la  science  du 

I.  Cette  modération  est  encore  un  emprunt  fait  à  la 
technique  des  anciens  grecs,  qui  donnaient  à  leurs  bas- 
reliefs  une  très  faible  saillie  :  le  bas-relief  romain,  au 
contraire,  vise  presque  toujours  à  la  ronde-bosse.  Notre 
sculpteur  ayant  pu,  avec  facilité,  obtenir  des  plaques  plus 
épaisses  de  quelques  millimètres  —  nous  en  avons  des 
exemples  —  il  faut  bien  croire  .^  un  parti  pris. 


40 


îReiJut   De    rart   chrétien. 


bien  et  du  mal.  Il  est  chargé  de  nombreux 
fruits  ;  Adam  en  tient  un,  Kve,  deux  ; 
d'autres  parsèment  le  champ  du  tableau  : 
nulle  trace  de  serpent  tentateur.  A  droite, 
un  cep  de  vigne  à  haute  tige,  dont  les 
sarments  encadrent  le  buste  du  Christ 
bénissant  ;  à  gauche,  un  végétal  de  même 
espèce,  abritant,  sous  ses  larges  feuilles, 
cinq  têtes  humaines,  jeunes  et  souriantes. 
Doit-on  admettre  ici  l'Auteur  de  tout  bien 
mis  en  opposition  avec  les  esprits  du  mal  .'' 
Je  ne  le  crois  pas.  La  Genèse  mentionne  un 
seul  serpent,  non  plusieurs,  et  rien,  sur 
notre  peinture,  n'accuse  l'intention  d'un 
reptile  polycéphale.  J'y  reconnaîtrais  plutôt 
un  dédoublement  symétrique  de  \ Arbre  de 
la  vie.  D'une  part,  Jésus-Christ  venant 
rendre  au  monde  l'existence  spirituelle  que 
le  péché  d'Adam  lui  avait  ravie  ;  de  l'autre, 
la  rénovation  de  l'homme  exprimée  par  les 
figures  symboliques  d'âmes  naissant  à  la 
lumière  sous  l'ombre  protectrice  de  la  vigne, 
emblème  consacré  du  Sauveur. 

Je  livre  mon  interprétation  pour  ce  qu'elle 
vaut,  et  son  rejet  ne  me  formaliserait  guère; 
néanmoins  on  ne  saurait  méconnaître  les 
liens  étroits  qui  rattachent  le  tableau 
d'Hildesheim  aux  représentations  spéciales 
d'arbres  paradisiaques  dont  j'ai  groupé  plus 
haut  un  certain  nombre  d'exemples.  (Voy. 
J.  Michel  Kratz,  Ktirze  histor.Andeuhtngen, 
iiber  die  St  Michaeliskirche  îind  deren 
Deckengem'àlde  in  Hildesheiin,  1856  ;  A. 
Woltmann  et  K.  W'ormann,  Geschichte  der 
Malerei,  t.  I,  p.  304,  fig.  90,  1879  ;  les  écrits 
de  Forster,  Kugler,  A.  Reichensperger,  etc.) 

ïl'antiquité  Du  (â\\\\sz  De  la  Bcinture. 

EN  citant  le  Guide  de  laPeinture,  manus- 
crit trouvé  au  Mont  Athos  par  Didron, 
j'ai   adopté  la   date   attribuée  jusqu'ici  à  la 


composition  de  ce  livre  :  le  XV^  siècle.  Un 
mémoire  très  érudit  de  M.  l'abbé  J.  Schulz 
(Die  ôyzanfinisclien  Zellen-eniails  der 
Sammhmg  Sivcnigorodskoi,  1884)  assigne 
au  traité  du  moine  Denys  un  âge  bien  plus 
reculé.  En  effet,  je  lis  à  la  p.  44  du  volume 
indiqué:  «  Le  G^«?'rtfe a,  depuis  le  XI^  siècle, 
notoirement  (ist  notorisch)  servi  de  règle 
aux  Grecs  et  aussi  aux  Russes  ;  il  n'y  a 
pas  fort  longtemps  qu'on  a  découvert  en 
Russie  une  copie  de  cet  ouvrage,  exécutée 
au  XI Ile  siècle  et  intitulée  Podlinnick 
(original).  On  y  voit,  de  la  main  du  trans 
cripteur,  une  série  de  gloses  que  le  manus 
crit  du  Mont  Athos  ne  renferme  pas,  mais 
le  reste  est  textuellement  reproduit  sur  les 
deux  exemplaires.  » 

Les  relations  de  l'auteur  avec  les  savants 
russes  le  mettant  à  même  d'être  bien 
informé,  je  m'incline  devant  sa  parole  ;  lui 
faisant  néanmoins  observer  qu'il  est  un 
peu  téméraire  de  conclure  d'une  copie  du 
XI 11^  siècle  à  la  rédaction  primitive  de 
l'original  au  XI'^.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'anti 
quité,  récemment  attribuée  au  Guide,  ne 
détruirait  aucune  de  mes  assertions,  con 
cernant  l'âge  du  triptyque  Harbaville  et 
les  écarts  de  l'iconographie  byzantine  que 
j'ai  signalés.  Ces  écarts  remonteraient  plus 
loin,  voilà  tout  ;  les  thèmes  hiératiques, 
proposés  de  meilleure  heure  aux  artistes 
grecs  ou  russes,  auraient  dès  lors,  quant 
aux  détails,  été  rendus  avec  une  certaine 
liberté  d'allures  qui  ne  disparut  jamais 
entièrement.  J'ai  rapporté  ici  le  fait  avancé 
par  M.  Schulz,  simplement  pour  instruire 
mes  lecteurs  d'une  circonstance  que  j'igno- 
rais hier,  et  qui,  sans  ce  nieinorandutn, 
échapperait  vraisemblablement  à  beaucoup 
d'autres. 

C.  L. 


fkj!^:^L^^.  ■^.  '^  '^  ^  ^  ^^&j0^  ^  ^  ^  ^  ^  '^.  ^^kÉk'^  '^  ^  ^  ^ 
7.^y.\y<\•/^^y.^c/\•/^y\•/^c/\•Ay\•/AcAyxy^V■^^^.•/^•/\•/^•/\•Ay.\^•/^•y^^  ^ 


ectuDes  ti'arcï)éologîe  et  îi'l)i6toirc  sur  XHWtmvCnvXty^ 


^lîignon.  Deuxième    article.  {W.  livraison  d'octobre  1884,  p.  439.) 


^^^^Z^S^S^^^S^S^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^S 


iwwwwwwwmww^^^m^m^wwwwmwmwwmwm' 


iL'cglisc  et  le  monastère  De  ^ainte^a^acie 

De  JFOUrS.  (Suite  et  fin).  .^.-...-^.-..,-w.x.^-.v^ 

II. 

'ŒUVREdeMabilia  lui  survécut 
et  .se  développa  rapidement.  La 
seconde  prieure  s'appelait  Esqui- 
va (').C'està  ces  premières  années 
du  monastère  qu'il  faut  faire  remonter  la 
construction  de  l'enceinte  où  l'on  utilisa 
quelques  pans  de  murailles  romaines  en 
grand  appareil,  encore  debout,  la  répara- 
tion des  voûtes  de  l'église,  l'adjonction 
de  la  chapelle  du  côté  de  l'évangile  et 
l'ouverture  d'une  grande  fenêtre  sur  la 
façade  occidentale.  Esquiva  eut  la  joie  de 
voir  le  pape  Innocent  IV  prendre  le  prieuré 
de  Fours  sous  sa  protection  par  une  bulle 
donnée  à  Lyon  le  VII  des  Ides  de  septem- 
bre 1245.  Alzacia  remplaça  Esquiva  dans 
le  gouvernement  du  monastère  qui  fut  élevé 
par  Urbain  IV  au  rang  d'Abbaye.  Aussi 
Alzacia  porte  le  titre  d'abbesse  dans  le 
Nécrologe  de  St-André  :  «  KaL  Hlarfis, 
depos.  Doniinœ  Alasaciœ  abbatiss<e  de  Fiir- 
7iis  (').  »  Bertrand  Raymbaud,  abbé  de 
St-André, confirma  en  1 303, l'élection  de  Ber- 
trande  Robert,  comme  abbesse  de  Fours(3). 

1.  Gallia  chris/iana,  t.  I. 

2.  Gallia  christiana,  t.  I.  MM.  Bibl.  Nat.  latins, 
N"  12762.  Le  marquis  de  Cambis  et  avec  lui  M.  Blanc 
se  trompent  en  disant  «  que  la  première  abbesse  connue 
se  nommait  Faure»et  qu'Urbain  IV  érigea  le  prieure  en 
abljaye  en  1266.  A  cette  date  Urbain  IV  était  mort.  On 
a  bien  voulu  chercher  à  la  Bibliothèque  du  Vatican  les 
bulles  d'Innocent  IV  et  d'Urbain  IV.  Mais  on  ne  les 
a  pas  trouvées.  Il  n'est  pas  fait  non  plus  mention  de 
celle  d'Innocent  IV  dans  la  partie  des  Rt-^is/irs  de  ce 
pape,  publiée  par  M.  Élie  Berger. 

3.  Gallia  christiana,  t.   I. 


Le  Nécrologe  de  .St-André  fait  mention 
de  sa  mort  au  mois  de  janvier.  <i  VIII I.  Kal. 
febr.  dcposit.  Dominœ  Bertrandœ  abbatissœ 
de  Fiiniis  {').  »  Douce  de  Vedène  lui  suc- 
céda. Nous  trouvons  son  élection  confirmée 
en  13 10  par  Bertrand  Raymbaud  (").  Elle 
appartenait  à  une  famille  noble  et  c'est 
sans  doute  d'un  membre  de  cette  famille 
qu'il  s'agit  dans  ce  passage  du  Nécrologe  : 
«  IV  Kal.  februarii  obiit  Guillclimts  de 
Vedena  Miles  (^).  »  Le  même  Nécrologe 
mentionne  au  VI  Kal.  Januarii,  la  mort 
d'une  abbesse  de  Fours  appelée  Severa: 
«  VI  Kal.  /.  De  p.  Dominez  Severœ  abbatissœ 
de  Furnis  (•*).  »  Nous  ne  savons  à  quelle 
époque  elle  a  vécu.  Jeanne  était  abbesse  de 
Fours  en  1322  ;  nous  la  retrouvons  encore 
en  1344.  La  présence  de  la  papauté  à  Avi- 
gnon où  elle  s'était  définitivement  fixée 
avec  Jean  XXII,  jetait  un  grand  éclat  sur 
toute  la  contrée.  La  vie  religieuse  s'y 
épanouit  avec  une  force  nouvelle.  Mais 
cet  accroissement  de  prospérité  amena  des 
difficultés,  des  tracas  et  des  périls  que  le 
premier  âge  du  monastère  de  Fours  n'avait 
pas  connus.  Heureusement  Jeanne  était  une 
femme  énergique  et  quelques  documents 
nous  la  font  entrevoir  parant  à  tout  avec 
une  sollicitude  infatigable.  Dès  1323,  elle 
réclame  contre  les  usurpations  des  gens 
de  Ptjjaut,  communauté  dont  le  territoire 
touchait  à  celui   de  l'abbaye  (^).  L'abbesse 

1.  MM.  Bibl.  Nat.  latins,  N"  12762.  ' 

2.  Gallia  christiana,  t.   I. 

3.  MM.  Bibl.  Nat.  latins,  N°  12762. 

4.  Ibid. 

5.  Anno  ab  incarnationc   Doniini   millosimo  trecenle- 
simo  vigesimo  tertio  et  die  decimo  tertio  mensis  maii, 


1885. 


i'*-"  Livraison. 


IRctiuc  De    l'3rt    cîncticn 


les  accusait  d'être  entrés  sans  façon  «  inci- 
vilité}' »  dans  le  bois  de  son  monastère, 
situé  au  couchant  du  chemin  allant  de  Fours 
à  Avignon,  et  de  s'y  être  approvisionnés 
largement,  sans  égard  aux  bornes  et  termes 
fort  apparents  qui  séparaient  les  biens  de  la 
communauté  de  Pujaut  de  ceux  de  l'ab- 
baye. La  communauté  niait  avoir  pris  du 
bois  dans  la  partie  appartenant  au  couvent, 
et    soutenait    que    ses    biens    s'étendaient 

illustrissimo  Domino  Carolo  Dei  gratia  Francorum  et  Na- 
vanas  rege  régnante.  Cum  quoestio,  lis,  controversia  et 
rancuna  multiplex  diu  est  agitata  et  exorta  fuisset  et  ti- 
meretur  in  posterum  tam  in  judicio  quam  extra  judicium 
multo  fortius  exoriri  et  ctiam  agitari  inter  Venerabilem 
Dominam  Dominam  Johannam  Dei  gratia  abbatissam 
monasterii  Sanctre; Maria;  de  Furnis,  Avenionensis  diœce- 
sis  et  e|us  conventum  ex  una  parte,  et  imiversitatem  homi- 
num  et  personarum  dePodio-Alto  seu  procuratoris  dicta; 
universitatis  ex  altéra  parte,  super  eo  et  pro  eo  quod  dicta 
domina  abbatissa  et  ejus  conventus,  seu  earum  procurator 
nomine  ipsarum  asseruerat  et  asserebat  prœdictam  univer- 
sitatem  et  homines  dictce  universitatis  inciviliter  venisse 
et  intrasse  deffensium  seu  nemus  monasterii  pra;dicti 
juxta  iter  seu  rialum  par  quod  itur  de  Avenione  versus 
dictum  monasterium  a  parte  occidentis  et  ibidem  magnas 
quantitates  lignorum  coUegisse,  emisisse  et  secum  ad- 
portasse  quamquam  devesum  et  nemus  prîedictum  cum 
patuis  dictae  universitatis  de  Podio-Alto  terminis  lapideis 
et  bolis  magnis  et  apparentibus  plantatis  acthenus  ad  di- 
visionem  dicti  nemoris  sui  et  patui  pnïdicit,  ut  dicebat, 
esset  terminatum  et  divisum  ;  dicta  universitate  seu  procu- 
ratore  ipsius  negante  proposita  et  asserta  ex  adverse,  nec 
non  dictam  universitatem  seu  personas  ipsius  universitatis 
aliqua  ligivi  collegisse  in  deffenso  seu  nemore  dicti  mo- 
nasterii sed  duntaxat  in  patuis  et  habedimentis  dictte  uni- 
versitatis de  Podio-Alto,  cum  patuis  dicta;  universitatis  se 
extendant,  ul  decebat,  usque  ad  rialum  quo  protenditur  de 
Avenione  versus  dictum  monasterium  prout  de  predictis 
constare  dicebat  per  publicum  instrumentinii  et  licet  ali- 
qui  lapides  crecti  fuerint  in  dicto  patuo  de  Podio-Alto,  illi 
non  fucrunt  plantati  seu  erecti  de  conscientia  seu  voluntate 
diclK  universitatis  seu  alterius  qui  potestatem  haberetur  a 
dicta  universitate  terminandi  dictum  patuum  cum  nemore 
seu  deffenso  monasterii  predicti,ot  si  reperiretur  quod  non 
cred't  quod  dicti  lapides  erecti  fuerint  et  plantati  pntsen- 
tibus  aiiquibus  hominibusseu  personis  de  Podio-Alto,  non 
fuerunt  erecti  seu  plantati  in  dicto  patuo  ad  divisionem 
patui  dicti  loci  et  devesii  seu  monasterii  pnedicti,  sed 
dunitaxat  quod  dictum  monasterium  seu  animalia  ipsius 
ultra  dictos  lapides  versus  dictum  patuum  se  non  possunt 
extendere  neque  debcnl,  licet  ipsa  universitas  usque  ad 
dictum  rialum  jus  habeat  et  habereconsueveritab  antique 
et  tanto  temporc,  quod  de  contrario  memoria  hominum 
non  habetur,  animalia  sua  immitendi  et  immissa  tenendi 
causa  depascendi,  lignayrandi,  ligna  colligendi  et  alia  ha- 
bedinienta  faciendi  sicut  in  alia  parte  territorii  et  patui  de 


jusqu'au  chemin  d'Avignon.  Mais  les  termes 
plantés  ?  objectait  l'abbesse.  Les  termes, 
répondait  la  communauté,  ont  été  plantés 
sans  autorisation,  et  ensuite  ils  n'ont  été 
plantés  que  pour  indiquer  que  les  bestiaux 
du  monastère  ne  pouvaient  paître  au- 
delà,  et  non  pour  marquer  une  division  de 
propriété.  De  tout  temps  la  communauté 
avait  eu  la  jouissance  de  la  partie  du  bois 
que   l'abbesse   et  les    religieuses    lui   con- 

Podio-Alto,  palam  et  publiée  sine  impedimento  quocum- 
que  usque  ad  presens  quod  dictum  monasterium  et  con- 
ventus ejusdem  de  novo  in  juribus  praîdictis  minus  juste 
impeditet  perturbât,  quare  petebat  silentium  imponi  pro- 
curatori  dicti  monasterii  de  Furnis  et  conventus  ejusdem  ; 
tandem  partes  prœdictx,  post  multas  altercationes  etliti- 
gia  habites  et  habita  inter  eos,  volontés,  ut  dicebant,  sum- 
ptus  judiciariosevitare  considerantesque  quod  dubius  est 
eventus  litis,  attendentes,  ut  dicebant,  quod  per  transa- 
ctiones  et  amiabilcs  compositiones  a  lite  diceditur  et  inter 
partes  pax  et  concordia  refformatur  de  dicta  quaestione  et 
de  pendentibus  ex  ea,  videlicet  Guillemus  Botini,  Domi- 
cellus,  et  Pontius  Chaberti  de  Podio-Alto  procuratores  et 
nomine  procuratoris  universitatis  hominum  et  personaruin 
vilUe  de  Podio-Alto,  prout  de  dicta  procuratione  constat 
per  quodam  publicum  instrunientum  scriptum  et  signalum 
ut  in  eo  legitur  manu  magistri  Johannis  de  Roverio  notai  ii 
factum  subannis  Domini  millesimo  trecentesimo  vigcsimo 
secundo  et  vigesimo  quarto  mensis  februarii  quod  incipit 
in  secunda  linea  siimo  et  linit  in  cadem  arboribns  ex  una 
parte,  et  Petrus  Riperti  de  Montiliis  procurator  et  nomi- 
ne procuratorio  venerabilis  domins-  domina;  Johannœ  Dei 
gratia  abbatissœ  monasterii  Beatas  Mariœ  de  Furnis  pra;- 
dicti  et  conventus  ejusdem  monasterii  prout  de  dicta  pro- 
curatione constat  per  quodam  publicum  instrunientum 
scriptumetsignatumutcoUegitur  manu  magistri  Raynnindi 
Gervasii  notarii  quod  incipit  in  secunda  \\x\c.-».  abbatissa  çX. 
finit  in  eadem  dicti,  lîx  altéra,  promittentes  sibi  ad  invicem 
et  vicissim  partes  ips;e  prcL'dictœ  omnia  et  infra  scriptaad 
requisitionem  alterius  ipsarum facere,laudari  et  confirmari, 
videlicet  dictus  Petrus  Riperti  dominse  abbatiss;c  et  con- 
ventus ejusdem  et  dicti  Guillemus  et  Pontius  universitati 
et  personis  ipsius  de  Podio-Alto  gratis  et  spontanca  vo- 
luntate et  in  nullo,ut  dicebant,  errantes,  nominibus  quibus 
supra  et  successorum  suorum  compromiserunt  et  compro- 
missum  fecerunt  in  sapientes  et  discrètes  magistrum  Rcy- 
mundum  Pontii  notarium  de  Rupemaura  et  magistrum 
Johannem  Bartholemoi  notarium  de  Sancto  Laurentio  de 
Arboribus,  tanquam  in  arbitres  arbitratores  et  amiabiles 
com|)ositorcs  seu  pacis  reformatores  quos  partes  ipsas 
communi  consensu  et  concordia  ad  dictam  quiustionem  et 
dependentia  ex  ea  terminancam  elegerunt.  Dantes  et 
concedentes  partes  ipsœ  nominibus  quibus  supra,pra;diclis 
arbitriis  arbitratoribus  et  amiabilibus  compesitoribus, 
plenam  et  libcram  potestatem  et  auctoritatem  dictam 
qu>estioneni  ex  dependentia  ex  eadem  audicndi,  exanii- 
nandi,  deffiniendi  et  etiam  terminandi,  hinc  ad  quindenam 


Ctuoes  D'avcficologic  et  D'bistoirc  sur  5iillcncuuc4c?=auignon. 


43 


testaient  injustement.  Jeanne  continua  ses 
revendications.  Après  force  altercations  et 
litiges,  les  gens  de  Pujaut  et  les  religieuses 
de  Fours,  voulant,  disaient-ils,  éviter  les 
frais  d'un  jugement,  considérant  d'ailleurs 
que  l'issue  du  procès  éiait  douteuse,  et 
qu'il  n'y  avait  pas  de  meilleur  moyen  pour 
ramener  entre  les  parties  la  paix  et  la  con- 
corde que  les  transactions  amiables,  réso- 
lurent de  nommer  des  arbitres.    On  choisit 

instantis  festi  Pentecostes  venturi  proxime,  hoc  acto  et 
expresse  convento  inter  partes,  quod  dicti  arbitrii  earum 
voluntate  et  potestate  dictum  compromissuin  prorrogare 
possint  prout  eis  videbitur...  Actum  apud  Rupismauram 
in  curia  dicti  loci.  Testes  présentes  fuerunt  Betrandus 
Motœ,  Guillemus  Gavini,  Armandus  de  Yacono,  Bertran- 
dus  Imberti,  Alplionsus  Castelli  de  Rupismaura  et  plures 
alii  et  ego  Reymundus  Hugonis  Domiiii  régis  Franciaî  N. 
publicus  qui  pricdictis  omnibus  presens  fui  et  praedicta 
omnia  scripsi  in  protocoUo  meo  reddegi  de  voluntate  et 
consensupartium  pra-dictorumet  permagistrumjoliannem 
de  Roveria  ejusdem  domini  régis  notarium  substitutum 
meum  idoneum  et  juratum  grossari  feci  et  facta  coUatione 
diligenti  cum  nota  et  substituto  prœdictis  omnibus  sub- 
scripsi  manu  propria  et  signo  meo  consueto  signavi. 

Anno  ab  incarnatione  Domini  millesimo  trecentesimo 
vigesimn  tertio  et  die  vigesimo  Mail,  illustrissimo  Domino 
Carolo  Dei  gratia  Francorum  et  Navarœ  rege  régnante 
noverint  univers!  prcesentes  pariter  ei  futuri  quod  discreti 
viri  magister  Reymundus  Pontii  de  Rupemaura  et  ma- 
gister  Johannes  Bartholomei  de  Sancto  Laurentio  de 
arboribus  notarii  arbitri  arbitratores  et  amicabiles 
compositores  per  partes  infra  scriptas  et  prout  eodem 
fatebant  electi  et  asserebant  constare  per  notam  sum- 
ptam  manu  magistri  Reymundi  Hugonis  notarii  publici 
de  Rupemaura  super  qua'stione  scu  controversia  ver- 
tente  inter  religiosam  dominam  dominam  Joliannamab- 
batissam  Beatœ  Maria;  de  Furnis  Avcnionensis  diœcesis 
et  ejus  conventum  ex  una  parte  et  liomines  seu  universi- 
tatem  loci  de  Podio-Alto  ex  altéra,  prajsentibus  ibidem 
Petro  Riperti  procuratore  et  nominc  procuratoris  dominas 
abbatissiE  et  conventus  praîdictorum,  faciente  fidem  de 
mandatoper  quodam  publicum  instrumentum  scriptuni  et 
signatum  manu  magistri  Reymundi  Gervasii  notarii  pu- 
blici ut  in  eo  legitur  cujus  ténor  talis  est:  —  Anno  Do- 
mini millesimo  trecentesimo  vigesimo  tertio  et  duodecimo 
die  mensis  aprilis,  Domino  Carolo,  Dei  gratia  Francorum 
et  Navarre  rege  régnante,  noverint  universi  quod  religiosa 
Domina  Johanna  Dei  gratia  abbatissa  .Monasterii  Beatœ 
MariiL-  de  Furnis  Avenionensis  diœcesis  existens  in  dicto 
monasterio  in  ecclesia  cum  suo  conventu  specialiter  ad 
infra  inscripta  vocato  et  congregato  more  solito,  de  con- 
sensu  dicti  conventus  quarum  nomina  monialiuni  inferius 
sunt  inserla,  ipsa  domina  abbatissa  una  cum  dicto  con- 
ventu et  conventus  cum  ipsa  simul  et  concorditer  sponte 
fecerunt,  creaverunt  et  constituerunt  suos  ccrtos  viros 
légitimes  et  indubitatos  procuratores  yconomos,  scilicct 


et  on  délégua  d'abord,  des  deux  côtés,  quel- 
ques hommes  à  qui  on  confia  le  mandat 
d'élire  ces  arbitres.  Les  délégués  de  Pujaut 
furent  nommés  le  24  février  1322.  Sur 
l'ordre  de  maître  Raymond  H ugon,  notaire 
et  clavaire  de  Roquemaure  et  sur  la  réquisi- 
tion du  bayle  Salvator  Blaqueri,  les  habi- 
tants furent  convoqués  aux  sons  de  la 
trompette  sur  la  place  publique.  Ils  choisi- 
rent   pour    délégués     Raymond    Ortolan, 

DominumGuillemum  de  Rupemaura  militem  de  Bellicardo, 
Magistrum  Reymundum  Pontii  notarium  de  Rupemaura, 
fratrem  Guillemum  Vmberti  donatum  dicti  monasterii, 
absentes  tanquam  présentes,  et  Petrum  Riperti  de  Montiliis 
presentem  et  onus  praisentis  procurationis  gratis  in  se  re- 
cipicntem  et  quemlibet  ipsarum  in  solidum,  ita  quod  non 
sit  melior  conditiooccupantis  seu  occupantium,  sed  quod 
per  unum  ex  dictis  procuratoribus  suis  incoactum  fuerit 
per  alium  seu  alios  possit  et  debeat  explici  mediari  finiri 
vel  etiam  terminari,  générales  ad  omnes  causas  lites  et 
controversias  motas  et  movendas  contra  dictum  monaste- 
riuni  et  personnas  et  bona  ejusdem  movit  seu  movere  in- 
tendit contra  personnas  quascumque  ecclesiasticas  vel 
seculares  seu  universitatem  quamcumque  in  omni  curia 
ecclesiastica  vel  seculari  vel  judice  quocumque  ordinario 
vel  extraordinario,  etc..  Nomina  vero  monialium  dicti 
monasterii  conventum  facientium  sunt  hase  ;  Domina 
Guillema  Mascarona  priorissa  dicti  monasterii,  Domina 
Alezaycia  de  Novis,  DominaConstantia  Albarona,  Domina 
Belinde  Gaufride,  Domina  Sibynda  de  Meyna,  Domina 
Beatrix  de  Sorgia,  Domina  Belinde  de  Ponte,  Domina 
Ermessendis  Mascarona,  Domina  Cecilia  Pontiœ,  Domina 
Alezaycia  Garina,  Domina  Alezaycia  Audemare,  Domina 
Constantia  Gisberta,  Domina  Garcendis  de  Merindol, 
Domina  Saura  Roberta,  Domina  Stephana  Audemara  et 
Domina  Reynumda  Alphanta,  de  quibus  dicta  Domina 
abbatissaet  dictus  conventus  voluerunt  et  petierunt  dictis 
procuratoribus  et  eorum  cuilibet  si  necesse  fuerit  unum 
vel  plura  tieri  instrumenta.  .-Vcta  fuerunt  anno  et  die  qui- 
bus supra  in  ecclesia  Beat;e  ^lariœ  de  Furnis,  testibus 
presentibus  et  vocatis  Dominis  Stephano  Pineti  et  Rey- 
mundi Grilhoni  priesbyteris,  fratre  Johanne  de  Carumbo 
donato  dicti  monasterii  et  me  Reymundo  Gervasii  publiée 
dicti  Domini  régis  notario  qui  iis  omnibus  praisens  fui  et 
ad  requisitionem  dictie  dominœ  abbatissre  et  conventus  et 
ipsarum  mandato  et  consensu  hoc  presens  instrumentum 
inscripsi  et  in  forum  publicum  reddegi  et  signo  meo  se- 
quenti  signavi,  et  Reymundo  Ûrtolani  et  Bertrando  Roca 
de  Podio-.Alto  procuratoribus  hominum  de  Padio  Alto 
et  universitaiis  ejusdem  facientibus  tidem  de  man- 
dato per  quodam  publicum  instrumentum  cujus  té- 
nor talis  est  :  —  Anno  ab  incarnatione  Domini  millesi- 
mo trecentesimo  vigesimo  secundo  et  die  vigesima  quarta 
mensis  februarii,  Domino  Carolo  Dei  gratia  FranciiC  et 
Navar;e  illustrissimo  rege  régnante,  noverint  universi 
présentes  et  futuri  quod  liomines  infra  scripti  de  Podio- 
Alto,   scilicct   Guillemus   Cîarini,    Petrus   de    Arboribus, 


44 


iRcuuc    De   rart    cïjrcticn. 


Guillaume  de  Toro,  damoiseau,  Pons  Cha- 
bert,  Pons  Roque,  Bertrand  Roque  et 
Guillaume  Botin.On  leur  détailla  le  mandat 
qu'on  leur  confiait  pour  arriver  à  terminer 
le  différend  survenu  ;  on  les  fit  jurer,  et 
Jean  de  Roverié,  de  Sarnachs,  du  diocèse 
de  Nîmes,  notaire  public  du  seigneur  roi 
de  France,  dressa  une  procuration  en  bonne 
et  due  forme  qui  leur  fut  remise,  en  pré- 
sence des  témoins  Pierre  de  Dyons,  prieur 

Guillemus  Botini  domicelli,  Guillemus  Bessoni,  bajulus 
Domini  Rostagni  de  Podio  Alto,  Guillelmus  Ores,  Berin- 
garius  Arteri,  Johannes  Baysserii,  Reymundus  Chaberti, 
Petrus  Marcelli,  Bei  trandus  Romaria%  Reymundus  Barjac, 
Reymundus  Gavigas,  Guillelmus  Filhortre,  Reymundus 
Amblardi,  Reymundus  Romana,  Vitalis  Borini,  Durantus 
Audoardi,  Guillelmus  Meynardi,  Guillelmus  Tibcrii  de 
infra  villam,  Guillelmus  Mosselhan,  Guillelmus  Abrilas, 
Johannes  Tiberii,Petms  de  Deo.Bertrandus  Sancti  Vere- 
demii,  Guillelmus  Tiberii  de  extra  villam,  Petrus  Cabasse, 
Pontius  Renidius,  Reymundus  Tiberii,  Poncius  Ricardi, 
Bertrandus  Chaberti,  Guillelmus  Castellana,  Stephanus 
de  Parvis,  Guillelmus  Guizo,  Pontius  Tiberii  de  infra 
villam,  Reymundus  de  Dec,  Reymundus  Albaretti,  Pon- 
tius Raybondi,  Reymundus  P.enedicti,  Durantiusde  Par- 
vis, Guillelmus  sancti  Veredemii,  Pontius  Gilii,  Vitalis 
Rostagni,  Guillelmus  Mansa  junior,  Guillelmus  Alegre, 
Reymundus  Salvaterrse,  Guillelmus  Mansa  senior,  Guil- 
lelmus Belforii,  Reymundus  Ausilhassii,  Johannes  Verini, 
Petrus  Hugonis,  Pontius  Guillaberti,  Jacobus  Alegre, 
Petrus  Barjacii,  Reymundus  Sancti  Veredemii,  Reymun- 
dus Loncrit,  Pontius  Barjacii,  Johannes  Garini,  Stephanus 
Jacobi,  Petrus  Salvaterra;,  Petrus  Davini,  Pontius  dé- 
mentis, Jacobus  Salvaterrœ,  Imbertus  Tiberii,  Reymun- 
dus Nadal,  Reymundus  Corcona,  Durantius  Alegre,  Pon- 
tius Rostagni,  Guillelmus  Dalmassii,  Bertrandus  Baudilii, 
Pontius  Chaberti,  Bertrandus  Cabassa,  Petrus  Gilii,  Guil- 
lelmus Aimeras,  Guillelmus  Jacobi,  Petrus  Bremundi, 
Pontius  Baudilii,  Guillelmus  Davini,  Guillelmus  Barjac, 
Pontius  Tiberii,  Bertrandus  Chaberti,  Guillelmus  Sancti 
Martini,  Pontius  Reymundi,  Guillelmus  Varini,  Reymun- 
dus Rocel)',  Petrus  Barjacii,  Pontius  Rostagni  junior, 
Rostagnus  Malacary,  Petrus  Sancti  Veredimii, Reymundus 
Robert",  ad  voccm  tub;c  in  platea  dicti  loci  more  solito 
congregati  de  mandato  discret!  viri  magistri  Hugonis  no- 
tarii  clavarii  Rupismaura;,  regcntis  jurisdiciionem  Podii 
Alti,  ad  requisitionem  Salvatoris  Blagucrii  bajuli  dicti 
loci,  nec  non  Bertrand!  Roque  et  plurium  aliarum  perso- 
narum  dicta;  universitatis  ad  infra  scripta  facienda  pro 
urgenti  necessitate  et  utilitate  dictœ  universitatis  pr;cno- 
minati  vencrunt  et  coniposuerunt  coram  dicto  clavario 
et  ipso  i)resente  volente  et  consenticntc  authoritatem  et 
consensum  suum  ad  infra  scripta  pr;cstante  ubi  erant  plus 
quam  du;u  partes  hominum  dicti  loci,  prout  pnudicti  asse- 
rebant  universitatem  loci  prœdicti  facientcs  omnes  simul 
supra  scripti  homines  dicta;  universitatis  congregati  et 
convocati  ut  supra  nec  non  et  singuli  eoruni  per  se  in  so- 


du  lieu,  Pierre  Brice  de  Sauveterre,  Ray- 
mond Rascassius  d'Uzès,  Bertrand  Barbe 
d'Istre,  Nicolas  Robaud  de  Tavels,  Guil- 
laume Crosa  de  Saint-Sauveur,  Jean  Ro- 
delli  de  Saint-Geniès. 

Le  12  avril  les  religieuses  de  Fours, 
convoquées  au  son  de  la  cloche,  se  réu- 
nirent en  chapitre  dans  leur  église  pour 
choisir  leurs  délégués.  Il  y  avait  là  Dame 
Guillema  Mascarona,  prieure,    Dame   Ale- 

lidum  ex  pro  toto  universitatem  Podii  Alti  représen- 
tantes seu  majorem  partem  ipsius  pro  se  ipsis  et 
nomine  dictœ  universitatis  et  communis  ejusdem  gratis 
et  scienter  et  ipsorum  nemine  discrepante  prout  melius 
et  sanius  de  jure  et  de  facto  dici,  intelligi,  seu  excogitari 
potest,  fecerunt,  convenerunt,  constituerunt  et  ordinave- 
runt  unanimiter  et  concorditer,  suos  et  dictœ  universitatis 
certos  indubitatos  et  spéciales  procuratores  syndicos  nun- 
tios  et  actores  videliscet  discrètes  viros  Reymundum  Or- 
tolan!, Guillelmum  de  Turre  domicellos,  absentes  tanquam 
présentes  Pontium  Chaberti,  Pontium  Roca,  Bertrandum 
Roca  et  Guillelmum  Botini  prccsentes  et  quamlibct  eorum 
in  solidum  et  pro  toto,  ita  quod  non  sit  melior  conditio  prius 
negotium  occupantis  sed  quod  unus  eorum  incieperit  per 
alium  seu  alios  valeat  et  possit  ad  finem  perdue!  in  causa 
seu  causis  qua;st!onis  seu  quiestionibus  quam  seu  quas 
dominfe  abbatissœ  monasteri!  Beatœ  Mariic  de  Furnis  seu 
ejus  conventus  movit  movet  seu  movere  intendit  de  mon- 
tanea  seu  patuo  dicti  loci  contra  dictam  universitatem  seu 
aliquem  de  dicta  universitate  et  quam  seu  quas  dicta  uni- 
versitas  movit,  movet  seu  movere  intendit  contra  dictum 
monasterium  pro  patuis  seu  montaneis  prasdictis,  dantes, 
concedentes  omnes  universaliter  et  singulariter  singuli 
constitucntes  dictis  procuratoribus  suis  nuntiis,  actoribus 
et  syndicis  et  ipsorum  cuilibet  plenam  et  liberam  potesta- 
tem  et  authoritatem  et  licentiam  componendi,  agendi, 
defîTendendi,  pro  ipsis  et  ipsorum  cujuslibet  ipsorum  no- 
mine in  omni  loco  et  curia  et  coram  quocumque  judice 
ecclesiastico  et  scculari,  ordinario  vel  extraordinario,  etc. 
Acta  fuerunt  in  platea  dicti  loci  de  Podio  Alto  testes  prie- 
sentes  fuerunt  dominus  Petrus  de  Dyons  prior  dicti  loci, 
Petrus  Bricii  de  Salvaterra,  Reymundus  Rascassii  de 
Utecia,  Bertrandus  Barbe  de  Istre,  Nicolaus  Robaudi  de 
Tavellis,  Guillelmus  Crosa  de  Sancto  Salvatore,  Johannes 
Rodelhi  de  Sancto  Genesio  et  ego  Johannes  de  Roveria 
de  Sainachiis  diœcesis  Nemonsensis  publicus  dicti  domini 
nostri  régis  Francise  notarius  qui  priedictis  omnibus  et 
singulis  prasscns  fui  et  hoc  instrumentuni  ad  requisitionem 
supra  nominatorum  manu  mea  scripsi  et  signo  meo  con- 
sucto  signavi  volentibus  et  patentibus  cognitionem  suam 
ficri  nominibus  quibus  supra  dicti  in  quam  arbitri  arbitra- 
tores  et  amicabilcs  compositores  volentilnis  et  requirenti- 
bus  partibus  supra  dictis  et  scntentiam  postulantibus  pr.; 
bono  pacis  et  coiicordi;i;  et  suinptibus  partis  cujuslibet  evi- 
tandis  ad  eorum  sententiam  dictam  seu  dictiC  qu;estionis 
et  controversiaî  declarationem  processcrunt  in  moduin 
qui    sequitur   infra  scriptum.    Ad   hœc   nos  Reymundus 


OBtuDes  D'arcbcologic  et  n'himitt  sur  2îiUeneutîe=Ie5=9tiignon. 


45 


zaycia  de  Noves,  Dame  Constance  Alba- 
rona,  Dame  Belinde  Gaufride,  Dame  Si- 
bynda  de  Meines,  Dame  Béatrix  de  Sor- 
gues,  Dame  Belindede  Ponte,  Dame  Ermes- 
sende  Mascarona,  Dame  Cécile  Ponti, 
Dame  Alezaycia  Garina,  Dame  Alezaycia 
Audemora,  Dame  Constance  Gisberta, 
Dame  Garcende  de  Merindol,  Dame  Saura 
Roberta,  Dame  Stephana  Audemora  et 
Dame  Raymonde  Alephante.  Elles  choisi- 
rent pour  leurs  délé^més,  Guillaume  de  Ro- 
quemaure,  chevalier  de  Beaucaire,  maître 
Raymond  Pons,  notaire  de  Roquemaure, 
Frère  Guillaume  Hubert,  donatde  l'abbaye 

Pontii  et  Johannes  Bartholomei  arbitri  arbitratores  seu 
amicabiles  compositores  supra  infra  scripti  electi  per  testes 
praadictos  et  etiam  infra  scriptos,  auditis  quœstionibus  et 
controversiis  pr;edictis,  testibusque  examinatis  et  auditis 
ab  utraque  parte  productis,  loco  quœstionis  prsdictae  nos- 
tris  et  dictorum  testium  occulis  subjecto  ;  dicimus  in  et 
sub  pœna  et  sacramento  in  dicto  compromisse  contentis 
cognoscimus,  pronuntiamus  et  declaramus  quod  in  loco 
quicstionis  prêedictée  in  cadariera  juxta  nemus  Guillelmus 
Cavallerii  juxta  pedem  rocassii  quod  est  subtus  furnum 
calcis,  juxta  rialum  quo  itur  de  sancto  Andréa  ad  monaste- 
rium  prœdictum  Beatie  Maria;  de  Furnis,  ponatur  et  poni 
seu  plantari  débet  unus  terminus  qui  terminet  recta  linea 
a  dicto  rialo  versus  occidentem  usque  id  bolas  seu  ter- 
mines veteres,  ita  quod  illud  quod  est  a  parte  venti  se- 
quendo  dictum  rialum  versus  vcntum  subtus  dictum  rocas- 
sium  et  terminum  plantalum  ibidem,  sit  et  esse  debeat  et 
pertinere  perpétue  ad  hemines  et  universitatem  loci  de 
Podio  Alto,  et  a  dicto  recassie  et  termine  pesite  ibidem 
usque  ad  bolas  seu  termines  veteres  et  a  dicto  loco  seu 
termine  plantando  ibidem,  sequendo  dictas  bêlas  seu  ter- 
mines veteres,  ascendendo  versus  circium  usque  ad  exi- 
tum  et  intreitum  dict;u  vallis  vecata;  Fu/  de  vase  a  parte 
orientis,  sit  et  esse  debeat  et  pertinere  perpétue  ad  dictam 
dominam  abbatissam  et  ejus  conventum  ;  ita  quod  si 
dictae  dominre  abbatissœ  vel  ejus  conventus  habeat  ali- 
quod  jus  usus  vel  preprietatis  in  parte  dictis  hominibus  de 
Pedie  Alto  et  universitati  ejusdem  adjudicata  et  e  contra 
quod  illud  jus  actienem  et  rationem  una  pars  alteri  et  e 
contra  cedat,  finidt,  remittat  penitus  et  desemparet,  ita 
quod  neutri  partium  aliquodjus  competat  contra  altcram 
in  agendo,  sed  ex  nunc  in  antea  sit  inter  ees  perpetuus 
pax  et  finis.  Item  dicimus,  pronuntiamus  declaramus  et 
pra-'cipimus  in  pœna  et  sacramento  in  dicto  compromisso 
contentis  dictis  procuratoribus  et  eorum  cuilibet  ibidem 
pnesentibus  quod  prsdicta  omnia  et  singula  incontincnti 
nomine  sue  proprio  et  procurateriis  nominibus  ratificent, 
emologent  et  confirment,  item  dicimus,  pronunciamus  et 
precipimus  in  pœna  et  sacramento  pnBdictis  et  declara- 
mus quod  dicti  procuratores  tam  dominœ  abbatissx  et 
conventus  pra;dictorum  quam  etiam  hominum  et  univer- 


de  Fours,  comme  présents  quoique  absents, 
et  Pierre  Ripert  de  Monteils,  présent  et 
acceptant  de  se  charger  de  la  procuration  des 
religieuses  qui  fut  dressée  dans  l'église 
même  par  le  notaire  Reymond  Gervais, 
en  présence  des  témoins  Etienne  Pinet  et 
Raymond  Grillions,  prêtres,  Frère  Jean  de 
Carumbo,  donat  de  l'abbaye.  La  procura- 
tion contenait  une  longue  énumération  de 
tous  les  pouvoirs  donnés  aux  délégués. 
Pierre  Ripert  jura  de  remplir  fidèlement 
son  mandat  sur  l'âm.e  de  l'abbesse  et  des 
religieuses  de  tout  le  couvent. 

Munis  de  leurs  pouvoirs  les  délégués   de 

sitatis  de  Pedio  Alto  prasdicta  omnia  et  singula  emolegari 
confirmari  et  ratificari  faciant  per  dominam  abbatissam  et 
ejus  conventum  et  universitatem  de  Podio  Alto,  si  et 
quandocumque  per  nos  fuerunt  requisiti  quœ  omnia  et 
singula  supra  dicta  Petrus  Riperti  praîdictus  precurator  et 
procuratorie  nomine  Deminœ  abbatiss;e  et  ejus  conventus 
nec  non  Keymundus  Ortolani  et  Bertrandus  Roca  nomi- 
nibus eorum  propriis  et  nomine  procuratorio  hominum  et 
universitatis  de  Podio  Alto,  ut  de  eorum  voluntate  facta 
laudaverunt,  approbaverunt  pariter  et  ratificaverunt  pr;c- 
dicta  omnia  et  singula  ratificari,  approbari  et  confirmari 
facere  peripsos  constituentes  promiserunt  ad  voluntatem 
dictorum  dominerum  arbitrorum  arbitraterum  et  amicabi- 
lium  compesitorum  et  requestam.  De  quibus  omnibus 
quœlibet  pars  petiit  sibi  fieri  publicum  instrumentum. 
Acta  fuerunt  hiec  in  loco  ipsius  quœstionis  testibus  pr.c- 
sentibus  Domino  Guillelme  de  Rupemaura  milite  de  Belli- 
cadro,  Johanneejus  filio.  Domino  Petro  de  Dyons  priera 
Sancti  V'eredimii,  Petro  de  Montrauri,  Guillelme  Bempar, 
Guillelme  Imberti  alias  candelarii  de  Rupemaura,  Petro 
Chienze  ferarie,  Saturnini  de  Salvaterra  et  me  Johanne  de 
Roveria  de  Sarnachiis  diœcesis  Nemensensis  publiée  dicti 
demini  nostri  régis  Francorum  notarioqui  pr;cdictis  omni- 
bus et  singulis  praîsens  fui  et  ea  ad  requisitionem  partium 
in  duabus  peciis  pargamenis  conglutinatis  cum  in  une 
commode  interesse  non  possent  quorum  prima  incipit  in 
ultima  Wnccih-gi/ima  et  fuit  in  eodem  cum  principie  prinue 
lineœ  secunda^  pecias  rati/icaïuii,  scripsi  manu  mea  pro- 
pria et  ad  majorem  omnium  et  singulorum  preniissarum 
firmitatem  et  robur  signe  meo  propri-  et  censueto  sequenti 
signavi. 

(Collationné  sur  son  original  escrit  ainsi  qu'il  y  est 
énonce  sur  deux  peaux  de  parchemin  collées  ensemble 
déposé  dans  les  archives  de  la  vénérable  Chartreuse  de 
cette  ville  de  \'iIleneuve-lez-.Avignon,  sous  la  cote  <ie 
Furnis  /,  à  nous  exhibé  et  dessuite  retiré  par  V"'"  et  re- 
ligieuse personne  Dem  Raphaël  Paris,  coadjuteur  de 
ladite  Chartreuse,  par  moi,  Pierre-Joseph-François  Gui- 
raud,  notaire  royal  de  ladite  ville  soussigné,  le  29  avril 
1780. — Signé:  Guiraud,  notaire. 
(Archives  municipales  de  Ville/u-uvc-les-Avignon,FF.y.) 


46 


iReioue   ne   rstt   cfjtétien. 


Pujaut  et  de  l'abbaye  de  Fours  se  réunirent 
le  23  mai  à  Roquemaure  in  ciiria. 

Étaient  présents,  comme  témoins,  Ber- 
trand Mora,  Guillaume  Garin,  Arnaud  de 
Yacono,  Bertrand  Imbert,  Alphant  Castelli 
de  Roquemaure  et  plusieurs  autres.  Les 
délégués  nommèrent  pour  arbitres  sages  et 
discrètes  personnes  maîtres  Reymond  Pons, 
notaire  de  Roquemaure  et  Jean  Bartho- 
lomée,  notaire  de  St-Laurent-des-Arbres, 
auxquels  les  parties  adverses  remirent  tout 
pouvoir  pour  juger  irrévocablement  leur 
différend.  Le  jugement  devait  être  rendu 
avant  la  fête  de  la  Pentecôte,  qui  était 
proche,  et  les  parties  s'engagèrent  à  s'y 
soumettre  entièrement  sous  peine  de  25 
livres  tournois  d'amende.  Elles  le  jurèrent 
sur  les  Saints  Évangiles  qu'elles  touchèrent 
de  leurs  mains.  Les  deux  notaires  Rey- 
mond Ugon  et  Jean  de  Rovérié  prirent  acte 
du  tout. 

Quatre  jours  après  leur  nomination,  les 
deux  arbitres  Raymond  Pons  et  Jean 
Bartholomée,  accompagnés  des  délégués 
Guillaume  Botin,  damoiseau,  et  Pons  Cha- 
bert,  pour  Pujaut,  et  de  Ripert  de  Monteils 
pour  l'abbaye,  se  transportèrent  à  Fours. 
Après  avoir  entendu  la  lecture  de  la  procu- 
ration en  vertu  de  laquelle  les  délégués  les 
avaient  nommés,  ils  écoutèrent  les  plaintes 
des  deux  parties,  les  témoins  qu'elles  pro- 
duisirent, visitèrent  les  lieux  objets  de  la 
contestation  et  prononcèrent  leur  jugement 
qui  délimita  d'une  manière  précise  ce  qui 
appartenait  à  la  communauté  de  Pujaut  et 
ce  qui  appartenait  à  l'abbaye  de  Fours.  Les 
notaires  instrumentèrent  en  présence  du 
seigneur  Guillaume  de  Roquemaure  che- 
valier de  Beaucaire,  de  Jean  son  fils,  du 
seigneur  Pierre  de  Dyons,  prieur  de  St-Vé- 
rédime,  de  Pierre  de  Montaux,de  Guillaume 
Bompar,  de  Guillaume  Imbert  chandelier 
de  Roquemaure,  de  Pierre  Chicnze,  forge- 


ron, de  Saturnin  de  Sauveterre,  et  dudit 
Jean  de  Rovérié. 

Quelques  années  après,  nous  trouvons 
l'abbesse  de  Fours  en  rapports  avec  le 
chapitre  de  Sainte-Marie  de  Villeneuve- 
lez-Avignon,  récemment  fondé  par  le  car- 
dinal Arnaud  de  Via.  Le  13  avril  1344,  les 
chanoines  réunis  dans  leur  chœur,  en  pré- 
sence de  Bernard  de  Sancto-Flora,  prêtre 
bénéficier  de  ladite  collégiale,  de  Pierre 
de  Rivis,  prêtre  du  diocèse  de  Clermont,  de 
Frère  Remond  Rocheta,  donat  du  monas- 
tère de  Fours,  donnèrent  procuration  au 
chanoine  Jean  de  Besaco  pour  traiter  avec 
l'abbesse  de  Fours.  Jean  de  Besaco  lui 
abandonna  une  maison  située  à  Pujaut 
franche  de  tous  droits,  moyennant  unecen- 
sive  consistant  en  une  éminée  de  bon  et 
beau  blé,  selon  la  mesure  de  Pujaut,  à  rece- 
voir chaque  année  en  septembre, pour  la  fête 
de  Saint-Michel.  Cette  éminée  devait  être 
apportée  à  Pujaut  par  Remond  Almarici 
autrement  dit  Delsplas,  qui  la  devait  aux 
religieuses  pour  une  pièce  de  vigne  qu'elles 
avaient  dans  le  tenement  de  Sauveterre,  au 
quartier  appelé  Al  Bosc  de  Bosa.  La  cen- 
sive  exigée  par  le  chapitre  consistait  encore 
en  une  éminée  et  demie  de  bon  et  bel  orge, 
selon  la  mesure  du  fort  Saint-André,  que 
servaient  chaque  année  les  héritiers  de  Ber- 
trand Goy  du  dit  Saint-André  pour  une 
viene  située  dans  le  tenement  de  Saint- 
André  au  quartier  appelé  Acabirès. 

La  vénérable  abbesse  n'avait  point  traité 
sans  avoir  consulté  son  chapitre,  et  la  charte 
où  cette  censive  est  consignée  nous  fait 
connaître  les  noms  des  Religieuses  compo- 
sant alors  le  monastère  de  P"ours.  C'étaient 
Dame  Malavicina  Malavicina;,  Saura  Gui- 
berta,  Seceilia  Pontia,  Stephana  Audemora, 
pitancière,  Dulcia  Vidalia,  Emengana  de 
Roquemaure,  Rixende  Corpa,  Bertrande 
de  Merindol,  Berengaria   Peira,  Katherina 


(JBmnts  D'arcbéologie  et  D'ôistoire  sur  93incncutie4e?=3r)ignon.  47 


Garneria,  Bermona  Grega,  infirmière,  Ber- 
trande  Daudela,  Bertrande  Plasseria, 
Jeanne  Gilberta,  Argentina,  jardinière, 
Saura  de  Montolivet,  Alassia  Augera,  Dra- 
gonta  de  Laudun,  Pauleta  Peyriera  et  Ala- 
seia  de  Merindolio.  Toutes  ces  religieuses 
avaient  autorisé  leur  abbesse  à  conclure 
l'échange  proposé,  par  acte  passé  en  leur 
église  même  par  Arnald  Stephani,  clerc  du 
diocèse  de  Mirepoix,  notaire  public,  en  pré- 
sence des  témoins  :  Pierre  Maura  prêtre  du 
diocèse  d'Agde,  Stéphane  Eustachii  de 
Suse,  diocèse  de  Die,  Jean  Fromenti  de 
Saint-Victor-de-Gravière,  diocèse  d'Uzès, 
Matthieu  Jossandi  de  Velorge  diocèse  de 
Cavaillon,  et  frère  Guillaume  Imbert,  donat 
dudit  monastère. 

La  même  année,  le  26  avril,  noble  Jean 
Durand,  Doyen,  Ugo  Ro,  sacristain,  Jean  de 
Besaco,  Pierre  de  Viridario,  Bernard  Sabate- 
rii  et  Jacques  Merterii,  chanoines  de  Sainte- 
Marie  de  Villeneuve,  réunis  en  chapitre, 
approuvent  la  convention  du  14  avril  ('). 

Cependant  la  situation  isolée  du  mo- 
nastère de  Fours  l'exposait  à  de  continuel- 
les déprédations.  Jeanne  réclama  et  obtint 
la  protection  royale.  Philippe  de  Valois  lui 
donna  des  lettres  de  sauvegarde  qui  furent 
adressées  par  le  Sénéchal  de  Nîmes  au 
Viguierde  Villeneuve  pour  les  faire  exécu- 
ter. L'abbesse  se  transporta  en  personne  à 
l'audience  du  Viguier  et  le  requit  de  se 
rendre  à  son  monastère,  d'y  faire  planter  des 
pannonceaux  royaux,  de  veiller  à  l'exécution 
de  ladite  sauvegarde,  et  de  prononcer  des 
amendes  contre  les  délinquants.  Le  2  août 
1344,  le  Viguier  se  rendit  à  F"ours  avec  deux 
huissiers.  Il  fit  planter  des  pannonceaux 
aux  armes  du  roi  autour  des  propriétés  du 
monastère  et  sur  la  porte  d'entrée  où  la 
plaque  de  fer  existait  encore  en  1 780  (''). 

I.  Archives  du  Gard,  G.  1241. 

T..  Archives   de    Villeneuve- lez- Avignon,  FF.  17,  nié- 


Ces  déprédations  de  vulgaires  malfaiteurs 
n'étaient  que  le  prélude  de  périls  plus 
graves,  qui  allaient  menacer  l'existence  mê- 
me du  monastère  de  Fours.  —  Dès  1357,  la 
Provence  avait  été  ravagéepar  la  compagnie 
d'aventuriers  ou  routiers  conduits  par 
Arnaud  Cervole  dit  l'archiprêtre.  Inno- 
cent VI  traita  avec  ce  terrible  chef  et  l'é- 
loigna  de  nos  contrées.  Mais  en  1360,  une 
autre  bande  de  routiers  commandée  par 
Guiot  du  Pin,  Lamit  et  le  Petit  Méchin, 
et  qu'on  appela  les  Tard- Vernis  envahit  la 
rive  droite  du  Rhône.  «  Batilier,  Guiot  du 
Pin,  Lamit  et  le  Petit  Méchin  chevauchè- 
rent, eux  et  leurs  routes,  sur  une  nuit,  bien 
quinze  lieues,  et  vinrent  sur  le  point  du 
jour,  à  la  ville  de  Pont  St-Esprit  et  la 
prirent,  et  tous  ceux  et  toutes  celles  qui 
dedans  étaient  ;  dont  ce  fut  pitié,  car  y 
occirent  maints  prud'hommes  et  violèrent 
maintes  damoiselles,  et  y  conquirent  si 
grand  avoir  que  sans  nombre,  et  grandes 
pourveances  pour  vivre  un  an  tout  en- 
tier('). »  De  Pont  St-Esprit,  les  Tard-Venus 
faisaient  des  excursions  jusqu'aux  portes 
d'Avignon.  Le  Pape  les  menaça  des  foudres 
de  l'Église;  ils  s'en  moquèrent,  et  il  dut 
faire  publier  contre  eux  une  croisade  dont 
la  direction  fut  confiée  au  cardinal  Pierre 
Bertrand.  Sur  la  rive  gauche  du  Rhône  les 
croisés  se  réunirent  àCarpentras,  sur  la  rive 
droite  à  Bagnols  :  intimidés  par  ces  pré- 
paratifs, les  routiers  firent  des  propositions 
d'accommodement.  Le  souverain  pontife 
leur  donna  60000  florins  et  ils  consentirent 
à  suivre  en  Italie  le  marquis  de  Montferrat 
«  moult  gentil  chevalier  et  bon  guerroyeur, 
qui  avoit  grand  temps  tenu  guerre  contre 
les  seigneurs  de  Milan  et  encore  faisoit  (').  » 
Aux  ravages  des  routiers  s'ajoutèrent  en 

moire  pour  les  consuls  et  commun.iutc  de  \'illeneuve-lez- 
Avignon  contre  les  consuls  de   Rotiucniaure,    les  consuls 
de  Pujout,  et  le  syndic  des  Chartreux  de  Villeneuve,  p.  16. 
1.  Froissart,  L.  I,  part.  II,  c.  147, 


48 


ïRetiue  De  l'att  chrétien. 


ces  années  malheureuses  les  ravages  de  la 
peste  :  elle  décima  Avignon  et  les  environs. 
Nul  doute  qu'il  faut  attribuer  à  ces  circon- 
stances le  déclin  du  monastère  de  Fours.  Les 
religieuses  réduites  à  un  petit  nombre,  ne 
trouvant  plus  de  sûreté  dans  cette  abbaye  so- 
litaire, au  milieu  d'une  campagne  dépeuplée, 
songèrent  à  se  transférer  dans  Avignon 
même.  Un  heureux  événement  les  aida  à 
réaliser  leur  projet.  Urbain  V  venait  de 
remplacer  Innocent  VI  sur  la  chaire  pon- 
tificale (1362).  Or  ce  pape  avait  deux  sœurs 
religieuses  de  l'ordre  de  Saint-Benoît,  l'une 
au  monastère  de  Saint- Laurent  et  l'autre  au 
monastère  de  Fours.  Il  avait  aussi  un  frère, 
Anglic  de  Grimoard,  chanoine  régulier  de 
Saint-Ruf  de  Valence,  prieur  de  Digne,  qu'il 
nomma  évêque  d'Avignon  dont  le  siège 
vaquait  depuis  longtemps.  Il  le  créa  cardi- 
nal en  1366.  Un  historien  d'Urbain  V  fait 
ce  bel  éloge  du  digne  frère  de  ce  saint  pon- 
tife :  <iFuit  devotissimus  et  maximus  pattpe- 
rum  et  clericorîtiii  relevator  (').  »  Anglic  de 
Grimoard  construisit  ou  répara,  orna  et  dota 
un  grand  nombre  d'églises  et  de  monastères 
dans  les  diocèses  d'Avignon,  de  Nîmes, 
d'Uzès,  de  Mende  et  de  Montpellier.  Nous 
avons  trouvé  (-)  un  portrait  de  ce  pieux  et 
charitable  Cardinal  dans  une  miniature  du 
temps  dont  nous  comptons  donner  la  repro- 

1.  Baluze,  Vita  paparum  avejiionensium,  quarta  vit  a 
Urbatti  V,  attctore  Aymerico  de  Peyraco  abbate  Mayssia- 
censi,  t.  I,  p.  417. 

2.  Archives  de  Vauchise.  G.  Fonds  de  l'évêché  d'Avi- 
gnon, G.  10.    Terrariiini  Avinionense,    1362,   fol"  12. 

On  lit  à  gauche  de  la  miniature  : 

«  Suscipe  dona  pia  librorum 

Virgo  Maria, 
Presulis  Anglici famulari 

Quein  volinsti 
Onis basilicae  tune  {?)  Avini 

Virginis  Aime 
Ipse  salutem  serves. 
Tiitamque  perennem.^ 
Onis  est  la  dernière  syllabe  <S!  Avinionis.  Cette  bizarrerie 
se   retrouve   identiquement    la   même  dans  l'inscription 
contemporaine  de  celle-ci  gravée  autrefois  sur  la  tour  de 
Barbantane  et  reproduite  dans  les  comptes  relatifs  à  cet 
édifice.  G.  Fonds  de  rÈvéché  d' Avignon. 


duction  dans  son  riche  coloris  et  au  milieu 
d'un  joli  encadrement.  Il  est  représenté  à  ge- 
noux offrant  le  terrier  de  l'église  d'Avignon 
à  la  sainte  Vierge  patronne  de  sa  cathé- 
drale. 

Ce  fut  Anglic  de  Grimoard  qui  opéra  en 
1363  la  translation  des  religieuses  de  Fours 
dans  Avignon.  Nous  connaissons  le  motif 
particulier  de  l'intérêt  qu'il  leur  portait.  Il 
leur  fit  bâtir  une  église  et  un  couvent  auquel 
on  conserva  le  nom  de  l'abbaye  abandonnée. 
Le  Pape  approuva  cette  translation  par  une 
bulle  donnée  le  XVI  des  Kal.  d'avril  la 
5™e  année  de  son  pontificat  (').  Le  nouveau 
monastère,  contigu  à  celui  de  Ste-Catherine 
des  Dames  de  Cîteaux  ('),  était  situé  dans 
la  Carreria  Massarum  (aujourd'hui  rue  du 
Collège  d'Annecy),  presque  en  face  de  la 
maison  qu'habitait  Agnès  de  Beaufort, 
veuve  de  Pierre  Obreri, architecte  du  Palais 
des  papes  (^).  L'emplacement  avait  été  vendu 
au  Cardinal  par  le  chevalier  Jean  d'Au- 
ron  ('').  L'église  fut  dédiée  à  Ste  Lucie  {^), 
car  l'évêque  d'Avignon  y  avait  placé, 
avec  plusieurs  autres  précieuses  reliques, 
un  bras  de  cette  illustre  Vierge  martyre  (^). 
Il  ne  reste   plus  de  ces   constructions  que 


1.  Dom  Chantelou,  Historia  Monasterii  Sancti  An- 
dréa, ad  an.  1239. 

2.  MM.  de  la  Bibl.  d'Avignon,  Cambis-Vellcran,  .Iniia. 
les  d'Avignon  ,  t.  II. 

3.  Testament  d'Agnes  de  Bea/(/ort,Arch\ves  de  Vaucluse 
G.  fonds  de  Saint-l5idier,  n"  46.  Cette  pièce  a  été  retrou- 
vée et  reproduite  par  M.  Duhamel  dans  une  très  intéres- 
sante étude  sur  V/iabitation,  la  famille  et  la  sépulture  de 
Pierre  Obreri  architecte  du  Palais  des  papes  d' Avignon, 
publiée  dans  les  Mémoires  de  t  Académie  de  Vaucluse, 
année  1884,  première  livraison  (Avignon,   Seguin,  frères). 

4.  Archives  de  \^aucluse,  Terrier  de  l'évêché,  an.  1362, 
N"  7. 

5.  Archives  de  Vaucluse,  D.  308. 

6.  «...  inAvinione  asolo  ;Bdificavit('.'\nglicus  Grimoardi) 
monasterium  cum  ofificinis  et  habitationibus  necessariis 
pro  monialibus  de  Furnis  ordinis  sancti  Benedicti,  qua; 
prias  erant  ab  extra  collocatas  in  loco  campestri  etaperto; 
deditque  eis  multa  bona  et  reliquias  aliquorum  sanctorum, 
et  specialiter  brachium  sanct^e  Luci;e  munitum  et  in  cas- 
satum  in  argento.  »  (Prima  vita  Urbani  V.  Baluze,  Vitct 
paparum  aven.  t.  I,  p.  366.) 


CtiiDcs  D'arcbcologie  et  Q'bistoirc  sur  amcncutic=lC5=atiignon.  49 


l'éfiflise  transformée  en  ma<jasin  avec  ses 
murs,  ses  fenêtres,  ses  contreforts  portant  les 
signes  d'appareil  du  XIV*^  siècle  (la  façade 
a  été  refaite  à  la  Renaissance),  la  porte 
d'entrée  du  couvent  et  quelques  portions  du 
cloître  comprises  maintenant  dans  plusieurs 
maisons  attenantes.  Une  chapelle  de  l'église 
porte  encore  à  la  clé  des  nervures  de  sa  voûte 
les  armoiries  des  Grimoards  :  de  zueules  ati 
chef  d'or  emmenché  de  quatre  pointes. 

Le  cardinal  Anglic  ne  cessa  de  protéger 
le  nouveau  monastère  qu'il  avait  fondé. 
Son  testament  nous  offre  un  suprême 
témoignasse  de  sa  sollicitude.  En  même 
temps  qu'il  donne  à  sa  sœur  Delphine  deGri- 
moard,  religieuse  bénédictine  au  monastère 
de  St- Laurent  une  pension  viagère  de  1 5  flo- 
rins d'or,  il  lègue  dix  florins  d'or  de  pension 
à  une  autre  sœur  Isabelle  de  Sinzelles  reli- 
gieuse à  Sainte-Marie  de  Fours.  Il  lègue  en 
outre  â  ce  monastère  la  moitié  des  livres  de 
sa  grande  chapelle  où  il  a  l'habitude  d'enten- 
dre les  messes  chantées  ;  l'autre  moitié  était 
attribuée  aux  religieuses  deSte-Croix  d'Apt. 
Ses  exécuteurs  testamentaires,  Guillaume 
Vilate  abbé  de  St-André,  Audibert  de  Sade, 
prévôt  de  Toulouse  et  Pierre  Olivier  son 
camérier,  étaient  chargés  de  faire  ce  partage. 
Eniîn  il  lui  lègue  trois  cents  florins  d'or  afin 
d'acheter  des  vignes  pour  fournir  aux  reli- 
gieuses leur  provision  de  vin,  sans  qu'on 
puisse,  sous  aucun  prétexte,  appliquer  cette 
somme  à  une  autre  destination  ('). 

I.  «  Supia  qua  domo  (une  maison  que  le  cardinal  venait 
d'acheter  à  Raymond  Malisanguinis  damoiseau  de  Pa- 
ternes du  diocèse  de  Carpintras,  située  à  .'Avignon  dans 
sa  livrée,  confrontant  à  la  maison  de  Jean  Cavalier,  au 
monastère  de  St-Laurent,  à  la  tour  dudit  monastère 
et  à  deux  rues)  lego  dilecta;  mihi  in  X"  sorori  Dalpliinaî 
Grimoardi  dicti  monasterii  Sancti  Laurentii  avinionensis 
moniali  quindecim  tlorenos  auri  currentes  de  viginti  qua- 
tuor solidis  monetic  avinionensis  pensionales  et  pro  annua 
pensione  eidem  Dalphina  singulis  annis  solvendos  quam- 
diu  fuerit  in  humanis.  Item  lego  super  eadem  domo 
Dilectœ  mihi  in  Christo  sorori  Isabelli  de  Sinzellis  moniali 
beata;  Maria;  de  Furnis  avinionensis  ejusdem  ordinis 
decem  florenos  auri  valoris  supradicti,  videlicet  de  viginti 
quatuor  solidis,  pensionales  et  pro  annua  pensione  eidem 


Le  cardinal  Guillaume  de  Chanac  té- 
moigna aussi  par  un  legs  testamentaire  de 
son  intérêt  pour  le  nouveau  monastère  de 
Fours  auquel  il  légua  quatre  florins  d'or  ('). 
Si  la  protection  du  frère  du  pape  et  de 
quelques  autres  princes  de  l'Eglise,  valut  au 
monastère  de  Fours,  transporté  à  Avignon, 
quelque  prospérité,  elle  ne  fut  pas  de  lon- 
gue durée.  Le  nombre  des  religieuses  fut 
toujours  en  diminuant,  et  aussi  le  revenu 
du  monastère.  En  1423,  il  n'en  restait 
plus  que  quatre,  et  lorsqu'elles  avaient 
payé  les  charges  qui  grevaient  leur  bien, 
elles  n'avaient  pour  vivre  chaque  année, que 
vingt-quatre  livres  petits  tournois.  Ces 
quatre  dernières  religieuses  étaient  Juaneta 
de  Sobyreto,  prieure,  Aiguesia  de  Scutella, 
Clementia  de  Sancto-Romano  et  Aluvisia 
Urtice  (-).  C'est  avec  un  respect  attendri 
que  nous  recueillons  ces  noms.  Celles  qui 
les  portaient  avaient  voulu  s'ensevelir  dans 
l'ombre  sainteducloitre  :  leur  malheurd'avoir 
été  les  témoins  de  la  ruine  totale  de  leur 
maison  les  a  fait  passer  à  la  postérité.  Cette 
maison  désolée  fut  du  moins  le  berceau 
d'une  institution  dont  l'histoire   forme  une 

Isabelli  singulis  annis  solvendos  quamdiu  fuerit  in  hu- 
manis. Obligans  et  expresse  hypothecans  ac  obligatam  et 
hypothecatam  esse  volens  eisdem  sororibus  Dalphina;  et 
Isabelli  perpetuo  dictam  domuni  et  loquerium  ejusdem 
pro  dicta  pensione  eis  et  cuilibet  earum  solvenda  annis 
singulis...  —  Item  lego  monasterio  B.  Mari;i;  de  Furnis 
avinionensis  et  Sanctœ  Crucis  de  Apta  supradicto  libres 
quos  habeo  deputatos  ad  usum  et  servitium  capelke  nieœ 
magnie,  in  qua  solitus  sum  Missas  audire  cum  nota,  et 
volo,  jubeo  atcjue  mando  libros  hujusmodi  ipsis  duobus 
monasteriis  a;qualiter  dividi  perdictosdominosGuillelmum 
abbatem  monasterii  S.  .Andre;e,  .-Xudibertum  de  Sado, 
Pra;positum  Tolosanum  et  Petrum  Olivarii  camerarium 
meum  superius  nominatos.  Item  lego  dicto  monasterio 
B.  M.  oe  Furnis  trecentos  tlorenos  auri  currentes  semel 
tantum  solvendos  pro  emendis  vincis  ipsi  monasterio  ex 
quibus  suam  habeat  vini  provisionem,et  volo,  jubeo  atque 
mando  quod  hujusmodi  pecunia,  quacumque  necessitate 
seu  occasione  contingente,  nullis  aliis  usibus  applicetur.  '» 
(Testamentum  R.  in  Christo  Patris  et  Domini  D.  Anglici 
episcopi  Albanensis  cardinalis,  anno  13S8,  ex  archivis 
S.  AndrecC  prope  Avenionem.  Baluze,  Vila  Paparum 
Aveniensium,  t.  II,  p.  102 1  et  sq.) 

1.  Baluze,  Vitce  Paparum  etc,  t.  II,  p.  956. 

2.  Archives  de  V'aucluse,  D.  30S. 


50 


iRcuuc    De   l'art    cîjcéticn. 


belle  et  intéressante  page  clés  annales 
d'Avignon.  Le  cardinal  fean  de  Brogny, 
évêque  d'Ostie,  avait  eu  la  pensée  de  fon- 
der un  collège  où  vingt  enfants  de  la  Savoie, 
sa  patrie,  seraient  reçus  gratuitement  :  ces 
écoliers  devaient  suivre  les  cours  de  l'univer- 
sité avignonaise  ;  il  avait  déjà  préparé  cette 
fondation,  mais  la  mort  le  surprit  avant 
qu'il  l'eût  menée  abonne  fin.  Il  chargea  ses 
exécuteurs  testamentaires  d'achever  ce  qu'il 
avait  commencé.  H  ugon,  évêque  de  Vaison, 
Gérald,  évêque  de  Coserans,  François,  évê- 
que élu  de  Mende,  Anthoine  Virronis, 
docteur  es  lois,  Alain  Brientii,  archidiacre 
de  Bologne,  Chrétien  Fabri,  prévôt  de 
Riez,  Jean  de  Nemoribus,  archidiacre  de 
Gap,- Thomas  de  Burgundia,  sacristain  de 
Glandève,  jetèrent  les  yeux  sur  les  bâtiments 
qui  constituaient  le  monastère  de  Fours. 
Ils  demandèrent  au  souverain  Pontife, 
Martin  V,  d'affecter  cet  immeuble  à  la 
fondation  projetée  du  cardinal  de  Brognac. 
Le  pape  se  rendit  à  leur  désir.  Il  chargea 
Jean  Dupuy,  prévôt  de  Carpentras  et  tré- 
sorier général  de  l'Église  romaine  dans  le 
Comtat,  de  supprimer  la  dignité  abbatiale 
dans  le  monastère  de  Fours  et  de  trans- 
porter dans  un  autre  monastère  de  béné- 
dictines les  quatre  dernières  religieuses 
avecleursbiens  et  leurs  droits;  il  le  charg-eait 
en  même  temps  d'unir  au  collège  du  car- 
dinal, afin  d'en  assurer  l'existence,  le  prieuré 
bénédictin  de  Bolène  qui  dépendait  de 
l'abbaye  de  l'île  Barbe  de  Lyon.  Le  motif 
qui  détermina  Martin  V  à  accepter  la  pro- 
position (jui  lui  avait  été  faite,  mérite  d'être 
connu  ;  il  est  exposé  dans  ce  beau  début  de 
la  bulle  adressée  à  Jean  Uujjuy  où  le  Pape 
dit  qu'il  met  un  soin  particulier  à  ce  que  les 
fidèles  puissent  chercher  la  perle  de  la 
science  :  C'est  une  gloire  de  la  posséder  ; 
elle  chasse  la  nuit  de  l'ignorance,  elle  fait 
resplendir  au  loin  le  nom  de  Dieu  et  la  foi 


catholique,  elle  accroît  le  culte  de  la  justice 
publique  et  privée,  elle  enseigne  le  gouver- 
nement si  utile  de  la  raison,  et  elle  augmente 
heureusement  tout  ce  que  les  hommes 
espèrent  de  bien.  Le  Saint-Siège  ne  sau- 
rait donc  trop  favoriser  les  fondations 
qui  assurent  la  diffusion  de  la  science  ('). 

Jean  Dupuy  accomplit  le  mandat  Pon- 
tifical ;  il  ordonna  aux  relisfieuses  de  F'ours 
de  se  transporter  dans  l'abbaye  bénédictine 
deSaint-Véran  aux  portes  d'Avignon, affecta 
leur  monastère  au  collège  qui  porta  le  nom 
de  Saint- Nicolas  d'Annecy,  et  auquel  il  an- 
nexa le  même  jour  le  prieuré  de  Bolène. 
Le  24  JLiillet  [428,1e  prévôt  adressait  l'acte 
d'exécution  de  la  bulle  de  Martin  V,  aux 
évêques  d'Avignon  et  de  Saint-Paul-trois 
Châteaux,  ainsi  qu'aux  abbés  de  St-André 
de  Villeneuve  et  de  l'île  Barbe  de  Lyon  (-). 

1.  Martinus  episcopus  servus  servorum  Dei,  Dilecto 
filio  Johanni  de  Putheo  pnçposito  ecclesise  Carpentora- 
ctensis  in  comitatu  Venayssini,thesaurario  nostro,  salutem 
et  apostolicam  benedictionem.  In  apostolica:  sedis  spé- 
cule superni  dispositione  Rectoris,  licet  immei'ito  consti- 
tutus,  ad  universas  fidelium  regiones  nostnu  vigilantia; 
créditas,  eorumque  profecta  et  commoda  tanquam  univer- 
salis  giegis  dominici  pastor,  commiss.c  nobis  specula- 
tionis  aciem  extendentes,  fidelibus  ipsis  ad  querendum 
litterarum  studia  et  scientiit  maigaiitam  cujus,  dum  in- 
venitur,  gloriosa  est  possessio,  per  qiiam  ])elluntur  igno- 
rantiae  nubila  et  divini  nominis  fideique  catholicaî  cultus 
protenditur,  justitia  colitiir  tam  publies  quam  privata, 
ratio  geritur  utiliter,  omnisque  spes  humanae  conditionis 
féliciter  adaugetur,  pastoralem  curam  studiosius  impen- 
dimus  et  ne  de  hujus  modi  fonte  irrigue  tam  precelsum 
commendabileque  exercitium  haurire  anhelantes  reruni 
defectus  retrahat  apostolicœ  liberalitatis  manus  apponi- 
mus  illaque  pia  testantiuni  vota  qu;e  pro  multiplicandis 
hujusmodi  doctrin;e  fructibus  salutaribus  prodiisse  com- 
periraus    ut    ad    debitum    producantur  efîfcctuni   libenter 

gratiis  et  favoribus  prosequiniur  opportunis (Archives 

de  \'aucluse.  D.  301S,  fol.  29.) 

2.  Keverendis  in  Chrislo  patribus  et  Dominis  Domi- 
nis  miserationc  divina  .'\venioncnsi  et  Trirastrincnsi  epi- 
scopis  ac  nionasterii  Sancti  Andrc;e  ordinis  sancti  Henc- 
dicti  avenionensis  et  nionasterii  Insiikt  Barbar.v  ejusdcm 
ordinis  Lugduncnsis  diœcesum  abbatibus  ac  omnibus  aliis 
universis  et  singulis  pricsentes  litteras  inspecturis,  Jo- 
hannes  de  Puteo  prx-positus  ecclesi;u  Carpentoractensis  et 
in  Comitatu  Venaissini  pro  Domino  nostro  papaetSancla 
Romana  Ecclesia  Tliesaurarius  generalis,  judex  et  coni- 
missarius  ac  executor  unicus  ad  infra  scripta  a  sancla 
sede  apostolica  specialiter  dcputatus  salutem  in  Domino 
et  presentibus    fidem   in    dubium   adhibcre Idcirco 


Ctuoes  D'arcbéologie  et  D'bistoirc  sur  îîiUencut)C=Ie5=at)ignon.  51 


Quelques  jours   après,  les    délégués    du 
prévôt,   munis  de   l'acte  d'exécution   de   la 
bulle    de    Martin    V,    se    présentèrent    au 
monastère    d'Avignon,    pour    en     prendre 
possession  au  nom  des  exécuteurs  testamen- 
taires du  cardinal  de  Brogny.  Les  religieu- 
ses, à  genoux,  jurèrent   obéissance   à   l'ab- 
besse  de  St-Véran,  puis  dame  Juaneta  de 
Sobyreto  accomplit  (avec  quels  sentiments 
tristes  et  résignés,  on  l'imagine)  son  dernier 
acte  de  prieure.  Elle  conduisit  les  délégués 
à  l'église,  elle  leur  en   remit  les  clés,  et  ils 
ouvrirent   et  fermèrent   la  porte.  Elle  leur 
présenta  la  corde  de  la  cloche,  qu'ils  firent 
tinter.  Arrivés  à  l'autel,  ils  le  touchèrent  de 
la  main  droite,  y  déposèrent  le  missel  qu'on 
leur  donna,  l'ouvrirent  et  le  fermèrent.  De 
la  chapelle,  le  cortège  se  rendit  au  réfectoire, 
au   cellier,  à  la  chambre  abbatiale,  et   aux 
autres  chambres  où  eut  lieu  la  même  céré- 
monie   de   la  tradition  des  clés,  de  l'ouver- 
ture et   de   la   fermeture  des  portes.  Enfin 

auctoritate  apostolica  nobis  commissa  et  qua  fungimur  in 
hac  parte  prefatis  dominis  Hugoni,  Geraldo  Vasionensi 
et  Conseranensi  episcopis  et  Francisco  olim  electo  nunc 
vero  episcopo  Gebenensi  ac  Anthonio  Virronis,  Alano 
Brientii,  Cristino  Fabri,  Johanni  de  Nemoribus  et  Thoma; 
de  Burgundia  ac  aliis  executoiibus  dicti  bon;E  memoriœ 
Domini  Johannis  episcopi  ostiensis  sacrosantii;  Roman;e 
EcclesiiçCardinalis  et  Vicecancellarii  memorati  collegium 
in  dicta  civitate  Avenionensi  et  apuddictum  monasterium 
de  Furnis  pro  usu  et  liabitatione  dictorum  viginti  quatuor 
scolarium  sive  studentium  in  ipsa    civitate    pro  tempore 

vacatLirorum fundandi  et  erigendi  plenam  et  liberam 

largiti  fuimus  et  largimur  per  prcesentes  licentiam  et  aiic- 
toritalem  necnon  moniales  pr;efatas  dicti  monasterii  de 
Furnis  quatuor  in  numéro  existentes  cum  facultatibus 
aliisque  suis  et  ipsius  monasterii  de  Furnis  redditibus 
bonis  rébus,  ad  aliud  monasterium  videlicet  ad  monaste- 
rium Sancti  Verani  prope  Avinionem  quod  dicti  ordinis 
Sancti  Benedicti  existit  cum  in  ipso  monasterio  Sancti 
Verani  ipsx-  moniales  congruentius  degere  et  susten- 
tare  valeant  quam  in  dicto  monasterio  de  Furnis,  eadem 
auctoritate  apostolica  transtulimus  et  transferimus  ac 
dignitatcm  abbatissalem  et  ordinem  .Sancti  Benedicti  hu- 
jusmodi  in  eodeni  monasterio  de  Furnis  suppressimus  et 
supprimimus,  illiusque  monasterii  de  Furnis  donios  et 
edil'ficia  eidem  coUegio  per  ipsos  dominos  executores  fuu-' 
dando  in  perpetuum  applicavimus  et   appropriavimus  et 

applicamus  et  appropriamus  per  présentes Monuimus 

insuper  auctoritate  apostolica  predicta  qua  fungimur  in 
hac  parte  et  tenore  presentium  monemus  primo  secundo 
tertio  et  perhenniter  communiter  et  divisim  prefatas  olim 


on  arriva  à  la  salle  des  archives  :  la  prieure 
ouvrit  aux  délégués  les  deux  cofïres  renfer- 
mant les  titres  du  monastère  (').  Il  ne  res- 
tait plus  à  dame  Juaneta  de  Sobyreto  et  à 
ses  trois  religieuses  que  de  dire  adieu  à  ces 
murs  oi^i  elles  avaient  espéré  finir  leurs 
jours,  et  à  se  retirer  dans  la  résidence  qui 
leur  était  assignée  :  le  monastère  de  Fours 
était  devenu  le  collège  Saint- Nicolas  d'An- 
necy. 

Le  vieux  monastère  de  Fours  abandon- 
né au  fond  de  la  V'alergue  et  les  autres 
possessions  qui  restaient  aux  quatre  reli- 
gieuses reçues  à  St-V'éran,  devaient  être 
une  charge  onéreuse  pour  leurs  nouvelles 
sœurs.  D'un  autre  côté  les  supérieurs  du 
collège  Saint- Nicolas  d'Annecy  devaient 
désirer  posséder  non  loin  d'Avignon  une 
maison  de  campagne.  Quatre  ans  après 
leur  translation,  les  quatre  religieuses  ven- 
daient au  collège  leur  ancien  couvent  avec 
son  église  et  leurs  autres  terres.  «  L'acte  de 

dicti  monasterii  de  Furnis  moniales  quatuor  in  numéro 
existentes,  videlicet  religiosas  dominas  Jaonetam  de 
Sobyreto  olim  dicti  monasterii  priorissam,  Aiguesiam  de 
Scutella,  Clementina   de    Sancto  Romano  et   Aluvisiam 

Urtice a  dicto  olim  monasterio   de  Furnis  ejusque 

domibus  et  habitationibus  cum  bonis  et  rébus  ac  fructibus 
et  redditibus  earumdem  exeant  et  recédant  et  ad  dictum 
monasterium  Sancti  Verani  se  tra.^sferant,  possessionem 
liberam  et  vacuam  ac  expeditam  dicti  olim  monasterii  de 
Furnis  ac  domorum  et  habitationum  ejusdem  dictis  domi- 
nis executoribus  dicti  quondam  Domini  Cardinalis  Ostien- 
sis fundatoris  prefatis  seu  eorum  procuratoribus  ad  opus 
et  utilitatem  dicti  collegii  et  scolarium  ejusdem,  dimittcnt 
tradantque  et  délibèrent,  cum  efteclu  et  ipsa:  dominLC  ab- 
batissaj  et  moniales  Sancti  Verani  predictie  easdem  qua- 
tuor moniales  dicti  olim  monasterii  de  Furnis  prenominatas 
in  dicto  ipsarum  monasterio  Sancti  Veiani  cum  dictis  ea- 
rum  bonis  et  rébus  ac  fructibus  et  redditibus  recipiant 
et  admittant  ac  caritative  eas  tractent...  Datum  et  actum 
Carpentoracti,  in  domo  habitationis  nostra;,  videlicet  in 
domo  dict;c  nostric  Thesaurari;e  officii  et  in  viridario  ejus- 
dem nobis  inibi  super  quoddam  sedile  lapideum  pro  tribu- 
nali  more  majorum,  sedentibus,  quem  locum  ad  predicta 
peragenda  nobis  elegimus  anno  a  Nativitate  Domini  mil- 
lesimo  quadragentesimo  vigesimo  octavo  et  die  vigesima 
tertiamensis  Julii  indictione  sexta,  pontificatus  dicti  Do- 
mini nostri  Martini  divina  Proxidcntia  papa' C|uinti  anno 
undccimo... 

(.■\rchives  de  \'aucluse,  D.  30S,  fol.  92-102.) 
I.  Archives  de  Vauclusc,  D.  308. 


52 


iRetiue   De    l'9rt   cïj rétien. 


vente  en  date  du  19  août  1428,  exprime  en 
détail  tous  les  biens  meubles  et  immeubles 
des  religieuses;  il  fait  mention  non  seule- 
ment des  biens  fonds  de  ce  monastère,  mais 
encore  des  lieux  où  ils  étaient  situés.  Il  y  est 
dit  que  les  religieuses  de  Fours  possédaient 
des  biens  à  Villeneuve,  Avignon,  Pujaut, 
Sorgue,  à  Saumane  et  à  Baume  dans  le 
Comtat...  Voici  comment  le  domaine  de 
Fours  y  est  désigné  :  et  premièrement  une 
grange  ou  domaine  vulgairement  appelé  de 
Fours,  dans  lequel  était  anciennement  le 
dit  monastère  de  Fours  situé  dans  les  appar- 
tenances et  le  district,  c'est-à-dire,  du  terri- 
toire de  la  juridiction  du  village  de  Saint- 
André-lez-Avignon,  avec  tout  son  terroir 
culte  et  inculte  formant  environ  200  salmées 
de  terre.  Qiioddam  viansiini  sive  grangmm 
aiit  doiiiuiii,  zndgariter  de  Furiiis  iiîuiciipa- 
tum  in  quo  antiq2ut»i  erat  diciuin  nionaste- 
riuni  de  Furnis,  siiîcainin  in  pertinentiis  ac 
districtu  seu  territorii  jurisdictionis  castri 
sajicti  Andrcce  prope-Avinioiiem,cum  toto  ejus 
territorio  tam  ciUto  qicam  iiicuKo,  inieroiimia 
circa  ducentos  smunatas  terres  (").  »  Martin  V 
confirma,  par  une  bulle  du  2g  décembre 
1430,  cette  vente.  L'an  1435  le  concile  de 
Bâle  confirma  aussi,  à  l'instance  du  duc  de 
Savoie.protecteur  du  collège  Saint-Nicolas, 
l'union  du  prieuré  de  Bolène  et  l'affectation 
du  monastère  avignonais  de  Fours  [^).  Enfin 
Calixte  III,  en  1458,  ratifia  tout  ce  que  ses 
prédécesseurs  avaient  concédé  en  faveur  de 
ce  collège,  soit  l'union  du  prieuré  soit  l'af- 
fectation du  monastère  (3). 

Le  collège  Saint-Nicolas  d'Annecy  ne 
garda  que  quelques  années  la  grange  et  le 
domaine  de  Fours;  il  les  céda,  contre  une 
rente  de  50  Horins  d'or,  à  la  chartreuse  de 
Villeneuve.  Pie  II  par  une  première  bulle 


1.  Archives  de  ViUeneuve-Iez-Avignon.  I-'F.  y. 
moire  pour  les  consuls,  etc.,  pp.  i6,  17. 

2.  Archives  de  Vaucluse,  I).  308. 

3.  Archives  de  Vaucluse,  D.  308. 


Mé- 


chargea  en  1459  le  cardinal  de  Foix  de  pro- 
céder à  cet  arrangement,  qu'il  confirma  par 
une  seconde  bulle  en  1460.  Entre  les  mains 
des  Chartreux,  Fours  devint  une  ferme  pro- 
ductive; ils  y  créèrent  un  moulin  à  huile,  un 
moulin  à  blé,  une  tuilerie.  En  1690  cette 
ferme  leur  rapportait  34  salmées  de  blé  ("). 
En  1732  elle  leur  fournissait  300  œufs  (^); 
en  1747  ils  affermaient  le  moulin  à  blé  à 
Jean  Bouchet  au  prix  de  15  salmées  de 
blé.  Cependant  l'antique  église  de  Fours 
avait  traversé  intacte  toutes  ces  vicissitudes. 
Le  samedi  soir  un  père  chartreux  arrivait 
à  la  ferme  et  le  dimanche,  dès  l'aube,  il  célé- 
brait les  saints  mystères  pour  les  cultiva- 
teurs d'alentour.  La  prière  liturgique  s'éle- 
vait ainsi  de  loin  en  loin  dans  ce  vénérable 
sanctuaire,  qu'avaient  rempli  jadis  les  chants 
de  la  psalmodie  monastique,  et  la  cendre  de 
la  pieuse  fille  de  Pierre  d'Albaron  pouvait 
tressaillir  au  contact  de  la  robe  blanche  du 
fils  de  saint  Bruno,  qui  frôlait  sa  tombe  en 
franchissant  le  seuil  sacré.  Mais  à  la  Révolu- 
tion ce  dernier  accent  de  la  prière  s'éteignit: 
la  ferme  fut  vendue  et  la  tombe  fut  violée. 
Du  moins  la  belle  église  de  l'ancien  monas- 
tère est  encore  debout,  pleurant  .sa  gloire 
passée.  Le  visiteur  peut  encore  admirer  sous 
le  porche  dégradé  l'épitaphe  de  la  généreuse 
Mabilia.  Ce  monument  rappelle  la  meilleure 
époque  de  l'architecture  romane,  ce  nom 
évoque  le  souvenir  de  quelques  âmes  saintes 
qui  trouvèrent  dans  cette  pauvre  solitude 
les  joies  du  divin  amour.  En  faut-il  davan- 
tage pour  que  l'humble  histoire  de  Fours 
attire  sur  ces  ruines  un  regard  ému  de  qui- 
conque est  sensible,  au  milieu  des  vaines 
agitations  de  la  vie,  aux  beautés  de  l'art  et 
aux  parfums  de  la  vertu  ? 

F".    FUZET. 
Doyen  de  Villeneuve-lez-Avignon. 

1.  Archives  du  Gard,  H.  344. 

2.  Archives  du  Gard,  H.  352. 


■Mk       ^Xb      flSft      ^Xa      ^Xa      ^Xft      ^^M      flXft      flXft      flSft      aZa      aXb      ^Xa      ^^m      dXft      ^B^      ^^w      ^^w      ^^w      ^^m      ^^m      ^^w      ^^m      ^^u      ^^m      ^B^ 


Des  bases  et  ïies  ustensiles  eucftartstiques. 


(troisième  article.)  ^^^^^^ 


§  I.  Allemagne  et  Autriche. 

OLOGNE.  —  A  l'église  des 
Saints-Apôtres,  calice  en  argent 
doré,  richement  orné(XIIIe  s.). 
Les  médaillons  en  bas-relief  du 
pied  représententrAnnonciation,  la  Nativité, 
le  Crucifiement  et  la  Résurrection  du  Sau- 
veur. Il  y  a  d'autres  calices  remarquables  à  la 
cathédrale,  à  Saint-André,  à  l'Assomption, 
à  Sainte-Catherine,  à  Saint-Géréon,  etc.  ("). 
Gran  (Hongrie).  —  A  la  cathédrale, 
calice  en  argent  doré,  du  XV^  siècle.  Le 
pied  est  disposé  en  forme  de  rose  à  six 
feuilles,  décorées  de  filigranes  rétiformes  ; 
l'une  d'elles  porte  dans  un  écu  une  double 
aigle  couronnée. 

HiLDESHEiM  (Cathédrale  d').  —  Calice 
en  or,  attribué  parla  tradition  à  Bernwald, 
treizième  évêque  d'Hildesheim  (►!<  1079), 
mais  d'un  travail  qui  accuse  le  XI 1 1<^  siècle. 
Au-dessus  de  la  représentation  de  la  Cène, 
on  lit  ces  deux  vers  : 

Rex  sedet  in  cœna  turba  cinctus  duodena 
Se  tenet  in  manibus  se  cibat  ipse  cibus. 

La  topaze  qui  en  orne  le  nœud  est  une 
des  plus  grandes  pierres  de  ce  genre  qui 
soit  connue  en    Europe. 

Autre  calice  attribué  à  saint  Bernwald, 
évêque  d'Hildesheim  {>i>  1146).  Toute  la 
coupe  est  entourée  de  filigranes,  sauf  un 
espace  en  demi-cercle,  réservé  pour  les 
lèvres  du  célébrant. 

Francfort-sur-le-Mein.  --  A  la  cathé- 
drale, calice  d'argent  doré  du  XV^  siècle  ; 
sur  les  lobes  du  pied,  fines  gravures  repré- 

I.  Cf.  Bock,  Très,  sacr.de  Cologne. 


sentant  le  Christ,  la  Vierge- M  ère,  saint 
Georges,  sainte  Catherine,  sainte  Barbe  et 
la  Crucifixion. 

Kremsmunster  (Autriche).  —  On  con- 
serve, à  cette  abbaye,  un  grand  calice  en 
cuivre  doré,  exécuté  par  ordre  de  Tassilo, 
duc  de  Bavière,  et  de  sa  femme  Liutperge, 
fille  de  Didier,  roi  des  Lombards  (XTII^  s.), 
comme  l'indique  l'inscription  du  pied  : 

Tassilo  dvx  fortis  livperg  virgo  regalis. 
Cinq  plaques  d'argent  niellé,  adaptées  à  la 
coupe,  représentent  le  Christ  et  les  quatre 
symboles  évangélistiques. 

Munich.  —  A  la  Riche-Chapelle  du  roi 
de  Bavière,  magnifique  calice  d'or,  aux 
armes  de  Maximilien  I^'",  duc  de  Bavière. 
Des  émaux  incrustés  à  fleur  de  métal  for- 
ment une  ornementation  d'un  goût  très  pur. 

OsNABRucK.  —  Calice  en  argent  doré  et 
émaillé  du  XIV^  siècle.  Les  émaux  repré- 
sentent la  trahison  de  Judas,  la  comparution 
devant  Caiphe,  la  Flagellation,  le  portement 
de  Croix,  le  Crucifiement,  les  prophètes,  les 
apôtres,  des  anges,  le  phénix,  le  pélican, 
et  les  quatre  symboles  évangélistiques  ('). 

Il  y  a  encore  des  calices  remarquables  du 
m.oyen  âge  aux  cathédrales  d'Aix-la-Cha- 
pelle (XV'  s.),  de  Dantzig  (XV'=  s.),  de 
Francfort-sur-le-Mein  (XV'"  s.),  de  Lubeck, 
de  Mayence  (XL' et  XA'^  s.),  de  Monza 
(XV''  s.),  d'Osnabrlick  (XI IP  etXV=  s.),  de 
Paderborn  (XI  H"  s.),  de  Ratisbonne 
(XI I  F  s.);  aux  abbayes  d'Admont  (XIV"  s.), 
de    Klosterneubourg   (XIV°  s.),   de  Saint- 

I.  De  Linas,  Expos,  de  DusseUorf,  dans  la  Rev.  de 
FArt  chrét.,  janv.  iSSi,  p.  55.  Nous  avons  emprunté  quel- 
ques autres  indications  à  cet  excellent  travail. 


1885.  ^-  i'"=  Livraison. 


54 


Eetjue  te  l'art  c&réticn. 


Pierre  de  Salzbourg  (XII^  s.),  de  Wilten, 
près  d'Inspruck  (XII'  s.)  ;  à  Saint-Gervais 
de  Trêves  (XI'  s.)  ;  aux  églises  d'Emmerich 
(XP  s.),  de  Fritzlar,  de  Gladbach,  de  Wesel, 
etc  ;  à  la  chapelle  du  château  de  Mamberg,  en 
Bavière  (XVI'  s.);  au  musée  de  Berlin,  etc. 

§  2.  Belgique. 

Namur.  —  Au  couvent  des  Sœurs  de 
Notre-Dame,  calice  du  XI 11=  siècle,  dont 
le  pied  est  décoré  de  dix  plaques  niellées. 
Une  inscription  fait  connaître  sa  destination 
originelle  et  le  nom  de  l'artiste  :  >i*  Hvgo  me 
fecit  :  oraie  pro  ea  :  calix  ecclesiœ  bcati 
A^ickolai  de  Ognies. 

Autres  calices  à  Saint-Jacques  de  Liège 
(XV'  s.),  à  Saint-Servais  de  Maestricht 
(XI IP  s.),  à  la  chapelle  de  l'archevêché  de 
Malines  (XV'  s.),  au  musée  diocésain  de 
Bruges,  etc. 

§  3-  Espagne  et  Portugal. 

AjuDA. — L'exposition  universelle  de  1867 
a  fait  connaître  le  calice  en  vermeil  de  la  cha- 
pelle du  palais  d'Ajuda  (Portugal). C'est  une 
œuvre  du  XVI'  siècle,  dont  le  ciseleur  est 
resté  inconnu.  Les  douze  apôtres  sont 
groupés,  deux  par  deux,  dans  les  six  niches 
qui  décorent  la  coupe  et  d'où  pendent  des 
clochettes.  De  nombreuses  scènes  de  la 
Passion  sont  figurées  dans  de  petits  cadres 
qui  garnissent  la  tige  ('). 

BuRGOs.  —  Calice  en  or  du  XV'  siècle, 
richement  décoré  de  perles  et  de  pierres 
précieuses.  Le  custode  m'a  affirmé  qu'il 
valait  un  million  ! 

Madrid.  —  Au  musée  naval,  calice  fait 
du  bois  du  ceiba,  à  l'ombre  duquel  fut 
célébrée  la  première  messe  à  la  Havane, 
le  19  mars  15 19.  Au  musée  archéologique, 
on  voit  un  calice  décoré  d'ivoire  et  de  corail. 

Saint-Dominique  de  Silos.  —  A  cette 
abbaye,  occupée  aujourd'hui  par  des  Béné- 

I.  Magas.  pu/.,  1873,  p.  169. 


dictins  de  la  Congrégation  de  France,  se 
trouve  un  calice  du  XI'  siècle,  dont  Inscrip- 
tion nous  apprend  qu'il  a  été  fait  en  l'hon- 
neur de  saint  Sébastien,  par  un  abbé  nommé 
Domenico.  Des  arcatures  en  plein-cintre 
sont  figurées  en  filigranes  autour  de  la  coupe. 

Sarragosse.  —  A  Notre-Dame  del 
Pilar,  calice  orné  de  1999  pierreries. 

Autres  calices  à  la  cathédrale  de  Coïmbre 
(XII' s.),  à  l'Académie  royale  des  Beaux- 
Arts  de  Lisbonne  (du  XII'  au  XV'  siècle), 
au  cabinet  de  don  Luis,  roi  de  Portugal,  à 
la  cathédrale  de  Séville  (fausse  attribution 
au  papeClément  F"^),  etc;calices  à  clochettes 
aux  cathédrales  de  Braga,  de  Caminha,  de 
Lamego,  de  Guimaras,  etc. 

§  4.  France. 

Notre  ancienne  orfèvrerie  sacrée  a  perdu 
la  plupart  de  ses  chefs-d'œuvre  ;  ils  ont  été 
détruits  au  XV 1 1'  siècle  par  les  H  uguenots  ; 
sous  Louis  XIV,  pour  battre  monnaie  au 
profit  des  expéditions  guerrières  :  sous 
Louis  XV,  par  mépris  de  tout  ce  qui  était 
gothique,  et  enfin  surtout,  pendant  la  tour- 
mente révolutionnaire,  où  tant  d'œuvres 
d'art  religieuses    ont  été  jetées  au  creuset. 

Depuis,  le  vandalisme  a  parfois  été  en- 
couragé par  ceux  qui  auraient  dû  se  montrer 
les  respectueu.K  conservateurs  des  monu- 
ments antiques.  C'est  ainsi  que  Mgr  Affre, 
dans  son  Traité  des  /v?(^;7^«<?^-,  n'a  point  hé- 
sité à  écrire  ces  lignes  stupéfiantes  :  «  Si  les 
vases  sacrés  sont  d'un  goût  gothique,  le 
curé  peut  exiger  du  conseil  de  Fabrique 
qu'ils  soient  remplacés  par  d'autresd'un  goût 
plus  moderne.» 

Amiens.  —  On  conserve  à  l'Evêché  un 
calice  provenant  de  Saint-Martin-au-Bourg, 
lequel,  d'après  l'ancienne  tradition  de  cette 
paroisse,  aurait  servi  à  saint  Thomas  de 
Cantorbéry,  alors  qu'il  y  dit  la  messe  en 
I  1 70.  Le  style   de  ce  calice   nous   semble 


Des  tiases  et  Des  ustensiles  eucbaristiques. 


55 


démontrer  qu'il  ne  remonte  pas   plus   haut 
que  le  XI II"  siècle. 

Bar-sur-Aube.  —  A  Saint-Maclou,  calice 
en  vermeil,  dont  la  coupe  est  frappée  au 
marteau.  Les  douze  apôtres  y  figurent  avec 
Jésus-Christ,  ainsi  que  les  animaux  évan- 
gélistiques  et  diverses  scènes  du  Nouveau- 
Testament. 

Bellaing  (Nord). — -Calice  duXV^I'siècle, 
provenant  de  l'abbaye  de  Saint-Martin  de 
Tournai.  Sur  le  pied,  douze  médaillons  circu- 
laires représentant  des  scènes  hagiographi- 
ques, relatives  à  sainte  Catherine,  sainte  Mar- 
the, saint  Vaast,  saint  Amand,  saint  Eloi,  etc. 

BiviLLE  (Manche).  —  On  y  conserve  le 
calice  du  bienheureux  Thomas  Hélie 
(XI II"  s.).  Il  est  en  argent  doré  et  non  pas 
en  or  massif,  comme  on  l'a  souvent  prétendu. 
Sur  le  pied  on  lit  cette  inscription  trois  fois 
répétée  :  ►$<  par  amour  sui  (sic)  donné.  La 
tradition  veut  que  ces  paroles  fassent  allu- 
sion au  don  que  saint  Louis  aurait  fait  de  ce 
calice  au  bienheureux  Hélie,  par  affection 
pour  lui.  On  a  récemment  supposé  que  ces 
paroles  doivent  être  mises  dans  la  bouche  de 
Jésus-Christ  qui  se  donne  par  amour  dans 
l'Eucharistie.  Mais  cette  interprétation  paraît 
invraisemblable  (').  Remarquons  d'ailleurs 
que  cette  inscription  est  très  postérieure  au 
calice;  elle  aura  probablement  été  regravée 
au  XV"  siècle,  alors  qu'on  fit  quelques  ré- 
parations à  ce  précieux  objet. 

Chelles.  —  Le  calice,  exécuté  par  saint 
Eloi  et  donné  à  l'abbaye  de  Chelles  par 
sainte  Bathilde,  fut  envoyé  à  la  Monnaie, 
en  1792  ;  il  n'est  donc  connu  que  par 
des  eravures.  On  a  lonijuement  discuté 
si  certaines  décorations  de  ce  précieux 
monument  étaient  en  verroteries  incrus- 
tées   à  froid    ou   en    émail    cloisonné    ('). 

1.  Cf.  Rev.  lie  VArt  chrét.,  2""=  série,  t.  IV,  p.  120. 

2.  Cf.  Méiii.  des  ant.  de  France,  y  série,  t.  VU,  p.  203; 
BuUet.,  p.  176;  Rev.  de  C-irt  chrét.,  t.  VIII,  p.  113, 
etc  ;  t.  XXVIII,  p.  320. 


Cette  dernière  opinion  a  fini  par  prévaloir. 

La  Rochelle.  —  Au  Grand  Séminaire, 

on  conserve  un  calice  en  vermeil,  que  l'on 

dit  avoir  servi  à   Richelieu,   célébrant   une 


messe    d'actions    de   o^râces, 


dans    l'église 


Sainte-Marguerite,    le  jour  de  l'entrée  de 
Louis  XIII  à  La  Rochelle. 

Nancv. —  Calice  de  saint  Gozlin  (X"  s.). 
Sa  coupe  hémisphérique,  pourvue  de  deux 
anses,  est  soutenue  par  un  pied  de  forme 
élégante.  Le  tout  est  orné  de  filigranes,  de 
pierres  précieuses  non  taillées  et  de  perles 
enchâssées. 

Paris.  —  On  conserve,  au  Cabinet  des 
Antiques,  un  petit  vase  d'or,  trouvé  à  Gour- 
don,  en  1845;  ce  parait  être  un  calice  du 
V"  ou  VI"  siècle  et  non  pas  une  burette, 
commel'ont  supposé  quelques  archéologues  ; 
c'est  une  coupe,  cannelée  par  le  bas,  décorée 
dans  la  partie  supérieure  de  six  cœurs  en 
pierres  fines,  et  supportée  par  un  pied  coni- 
que, sillonné  de   cannelures  à  arêtes   vives. 

Reims.  —  Calice  d'or,  dit  de  saint  Rémi, 
apporté  à  Paris  en  1 792  et  restitué  à  la  cathé- 
drale par  Napoléon  1 1 1,  en  1 861.  Sa  décora- 
tion principale  consiste  dans  une  bande  d'or, 
sur  laquelle  alternent  des  pierres  fines  en- 
tourées de  perles  et  de  cabochons  d'émail. 
On  y  compte  7  émeraudes,  6  grenats,  3 
saphirs  et  9  agates.  Ce  magnifique  vase  a 
toujours  été  désigné  sous  le  nom  de  calice  de 
saint Renii,i>2SiS,  doute  parce  qu'il  fut  exécuté 
pour  remplacer  un  vase  que  saint  Rémi  avait 
légué  à  son  église  métropolitaine.  On  lit  sur 
le  pied  l'inscription  suivante,  qui  a  dû  con- 
tribuer, après  une  absence  de  soixante-dix 
ans,  à  faire  rentrer  ce  précieux  objet  dans  son 
vénérable  asile.  Quiciinique.  hiinc.calicem.  in- 
vadiave7'it.  vel.  ab.  ecclesia.  Rcmensialiquo  via 
do  alianaverit.  anatliema.  si  t. fiai.  Amen. — Ce 
calice  a  été  attribué  par  plusieurs  archéolo- 
gues au  XI"  ou  auXlI"siècle.  M.J.  Labarte(') 
I.  Hist.  des  arts  industr.,  2°  édit.,  t .  I,  p.  344. 


56 


iRetîue  De  V  art  chrétien. 


croit  que  c'est  l'œuvre  d'un  des  artistes  grecs 
qui  ont  suivi  en  Allemagne  l'impératrice 
Théophanie,  mariée  en  972  à  Othon  II. 

Saint-Jean-du-Doigt  (Finistère).  — 
Calice  donné,  dit-on,  par  Anne  de  Bretagne, 
en  1506.  Il  est  décoré  de  rinceaux,  d'enroule- 
ments, de  dauphins  et  de  huit  statuettes 
d'apôtres. 

Saint-Servant  (Morbihan).  —  On  y 
conserve  un  calice  sur  lequel  est  inscrit,  en 
lettres  gothiques,  le  nom  de  sanci  Gobrian. 
On  sait  que  saint  Gobrien,  évêque  de  Van- 
nes, se  fit  ermite  dans  ces  parages. 

Sens.  —  A  la  cathédrale,  calice  en  ver- 
meil du  XV'^  siècle.  La  coupe  n'a  pour 
ornements  que  des  fiammes;  le  nœud  est 
décoré  de  treize  médaillons,  représentant  la 
Vierge  et  les  douze  apôtres. 

Autres  calices  aux  cathédrales  de  Lyon, 
de  Pamiers,  de  Paris  (XV L  s.),  de  Troyes 
(XII I'^  s.)  ;  aux  églises  de  Bellignies  (Nord), 
de  Chitry  (Yonne),  de  Genolhac  (Gard),  de 
Gordes  (Vaucluse),  de  Malabat  (Gers), 
d'Obies  (Nord),  de  Rocamadour  (Lot), 
de  Saillant  (Corrèze),  de  Saint-Marc-sur- 
Couesnon  (Ille-et-Vilaine),  de  Saint-Omer, 
de  Sainte-Radegonde  (Gers),  de  Tintury 
(Nièvre);  au  musée  de  Cluny,  etc. 

On  voit  des  calices,  plus  ou  moins  re- 
marquables, dans  des  collections  particuliè- 
res, telles  que  celles  de  M.  Basilewski,  de 
M.  Odiot,  du  prince  Soltikoff,  etc.  M.  P.  du 
Chatellier  possède  une  coupe  en  argent, 
trouvée  à  Plomelin  (Finistère),  dont  le  fond 
représente  la  sainte  Face  de  Notre  Sei- 
gneur, avec  cette  inscription:  Ecce.  aiig. 
vul.  sanctus,  c'est-à-dire  Ecce  augustus  vul- 
tus  sanctus.  Cet  antiquaire  croit  que  c'était 
un  vase  du  XIV"^  siècle,  destiné  à  la  distri- 
bution du  vin  consacré,  à  l'époque  où  les 
fidèles  communiaient  encore  sous  les  deux 
espèces.  (<  L'image  du  saint  Suaire,  dit-il  ('), 

I.  BiilUt.  inoHum.,  t.  .KLI,  p.  723. 


aurait  été  disposée  dans  le  fond  de  la 
coupe,  dans  le  but  de  placer,  au  moment  de 
la  communion,  grâce  à  l'inclinaison  du  vase, 
la  Face  même  du  Christ  sous  les  yeux  de 
celui  qui  recevait  sa  chair  et  son  sang.  » 

M.  Poussielgue-Rusand,  M.  Armand 
Cailliat  et  d'autres  orfèvres  ont  exécuté, 
dans  le  style  du  moyen  âge,  de  remarqua- 
bles calices.  Bornons-nous  à  citer  ceux  des 
cathédrales  d'Auch,  de  Saint- Martin  de 
Laon,  de  Notre-Dame  de  la  Délivrande  et 
de  Saint-Didier-sur-Riveric  (Rhône). 

§  5.  Grande-Bretagne. 

Ardagii  (Irlande). — -  Le  calice  d'Ardagh, 
ainsi  nommé  du  lieu  où  il  a  été  découvert, 
est  en  argent,  pourvu  de  deux  anses,  et  dé- 
coré d'ornements  en  filigrane  d'or  et  en 
émail.  On  y  lit  les  noms  des  douze  apôtres. 
Ce  calice,  croit-on,  est  celui  dont  il  est 
question  dans  les  annales  irlandaises,  en 
1129,  comme  étant  l'œuvre  de  la  fille  de 
Roderic  O'Conor  ('). 

Autres  calices  du  moyen  âge,  à  l'église 
Saint-Chad  de  Birmingham  (XIV^  s.),  au 
collège  Sainte-Marie  d'Oscott  (XV"  s.), 
au  collège  du  Corpus  Christi  à  Oxford 
(XV^s.).Un  certain  nombre  d'anciens  calices 
d'Angleterre  ont  été  publiés  par  Bough 
(Sepulclirale  Monuments  in  Grcat  Britain, 
5  vol.  in-f"). 

i^  6.  Italie. 

Assise.  —  Calice  d'argent  donné  en  1 290, 
par  le  pape  Nicolas  IV,  et  exécuté  par 
Guccio  de  Sienne.  Sur  la  coupe,  des  figures 
de  saints,  gravées,  se  détachent  sur  un  fond 
d'émail  bleu. 

Milan.  — -  Calice  en  argent  et  en  ivoire 
(XIV'=  .s.).  Calice  d'or,  avec  figurines,  assi- 
ses, d'apôtres. 

P1STOIA.  —  A  la  cathédrale,  calice  d'ar- 
gent exécuté,  en  1384,  par  Andréa  Braccini. 

I.  IhilUt.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France,  1879,  p.  189. 


Des  tiascs  et  Des  ustensiles  eucharistiques. 


57 


Rome.  —  Seroux  d'Agincourt  a  publié 
deux  calices  des  Catacombes,  dont  la  coupe 
est  très  allongée  ('). 

Au  palais  du  Vatican,  nombreux  calices  de 
diverses  époques.  L'un  des  plus  curieux  est 
un  vase  de  verre  à  anses,  d'une  forme  très 
gracieuse,  trouvé  au  cimetière   Ostrien  (-). 

Le  calice  d'étain  qu'on  montre  à  la  sacris- 
tie de  l'église  des  Saints-Côme  et  Damien 
comme  étant  celui  de  saint  ¥é\\x  II,  retiré 
dans  ces  lieux  en  360,  pendant  les  persécu- 
tions ariennes,  ne  paraît  pas  authentique  à 
Mgr  Barbier  de  Montault  (^).  —  A  l'église 
Saint-Marc,  calice  à  émaux  translucides 
(XV"  s.).  —  Au  couvent  des  Oratoriens, 
calice  dont  se  servait  saint  Philippe  de  Néri. 

Venise.  —  Au  Trésor  de  Saint- Marc, 
beaucoup  de  calices  et  de  patènes  de  diver- 
ses époques,  la  plupart  en  matières  précieu- 
ses. Il  y  a  huit  calices  à  deux  anses.  On 
attribue  au  X""  siècle  un  vase  de  sardoine 
monté  en  argent  doré,  où  15  médaillons 
d'émail  cloisonné  représentent  le  Christ, 
la  Vierge  et  divers  saints,  en  buste. 

Zamon  (Tyrol  italien).  —  En  1875,  on 
y  a  découvert  un  calice  d'argent  du  VI^  siè- 
cle, pesant  320  grammes.  Il  est  aujourd'hui 
conservé  dans  l'église  paroissiale  de  cette 
localité.  On  y  lit  cette  inscription:  ^  De 
donis  Dei  Wrsvs  diaconvs  satuto  petro  et 
saneto  pavlo  optvlit.  La  coupe  peut  conte- 
nir un  litre  et  demi  de  liquide  (^). 

§  7.  Pologne  et  Russie. 

Percieslav  (Russie).  —  A  la  cathé- 
drale, calice  du  XI IP  siècle. 

Plock  (Pologne).  —  Outre  le  calice  de 
Conrad;  dont  nous  avons  cité  l'inscription, 
on  voit,  à  la  cathédrale,  un  calice  en  or, 
donné  par  le  prince  Charles-Ferdinand,  au 

1.  Hist.  de  Part,  peint.,  pi.  Xll,  n"  28. 

2.  De  Rossi,  BtiUeiino,  1879,  tav.  IV. 

3.  Les  enlises  lie  Rome,  dans  la  Rev.  de  PArt  chrt't.,  sept. 

1875. 

4.  Uc  Rossi,  lUttlct.,  1S7S,  tav.  XU. 


milieu  du  XVIL  siècle.  Des  médaillons  en 
émail,  encadrés,  représentent  la  Cène,  l'ap- 
parition d'Emmatiset  le  Jardin  des  Oliviers. 

SouzDAL  (Russie).  —  Au  monastère  de 
Spasso-Effimiev,  plusieurs  calices  d'argent 
gravé  et  ciselé  (XVL   s.). 

Trzemeszno  (Pologne).  —  Sans  parler 
des  calices  relativement  modernes,  nous 
devons  mentionner  trois  calices  du  X^  siè- 
cle. L'un  est  travaillé  au  marteau  ;  l'autre 
offre  un  sujet  symbolique  fort  curieux  :  la 
crèche  où  naquit  l'Enfant-jÉsus  ;  elle  est 
couronnée  de  clochers  byzantins,  en  sorte 
que  l'étable  de  Bethléem  est  la  figure  de  la 
future  Eglise.  Le  troisième  calice,  dit  de 
saint  Adalbert,  est  une  coupe  en  agate  dou- 
blée en  or  à  l'intérieur  et  dont  la  bordure 
inférieure  est  travaillée  en  forme  de  Heurs 
de  lis  (').  L'espace  ne  nous  permet  pas  de 
nous  occuper  des  calices  des  autres  pays. 
Notons  seulement  qu'en  1879,  on  a  trouvé, 
sur  l'emplacement  de  Kobt,  ancienne  Cop- 
tos,  jadis  centre  du  Christianisme  dans  la 
Haute-Egypte,  une  très  belle  coupe  en 
verre,  ornée  de  poissons  dorés,  et  que  l'on 
croit  avoir  servi  au  sacrifice  eucharistique. 


Cl)eip(tr0  tif.  — •  Des  accessoires 
du  calice,  s^-v-.-^---^-------^-^-^---.----- 

article  I.   —  Des  pales. 

^M^^ — I  A  pale,  qu'on  ferait  mieux  d'écrire 
f  I  (^yjr^  pallc,  pour  se  conformer  à  l'éty- 


vaoXogxQ  pal/imii,  sert  à  couvrir  le 

'calice  pendant  une  grande  partie 

du  Saint-Sacrifice.  En  France,  on  lui  donnait 

souvent  le  nom  de  carri',a  cause  de  sa  forme. 

Primitivement,  le  corporal  s'étendait  sur 

toute   11   longueur   de   l'autel  et   pouvait,  à 

I.  Przezdziecki,  Monum.  du  moyen  âge  et  de  la  Renais- 
sance dans  Pancienne  Pologne,  t.  I,  pi.  iv,  v,  vi,  vu  ; 
t.  II,  pi.  .\. 


l^"'    LUKAISON. 


58 


iRctiiic   De    r^rt    chrétien. 


certains  moments,  se  replier  sur  le  calice 
pour  le  protéger.  Mais  quand  le  corporal 
fut  raccourci,  on  usa  d'un  second  corporal 
nommé  pale,  et  qu'aujourd'hui,  en  France, 
nous  assujettissons  à  un  carton. 

L'abbé  Pascal  a  invoqué  à  tort  un  texte 
du  pape  Innocent  III  ('),  pour  démontrer 
l'antiquité  de  la  pale.  Le  cardinal  Bona 
s'est  également  mépris  sur  la  signification 
de  ce  même  passage  :  Duplex  est  palla  qiiœ 
dicitiir  corporale,  7ina  qjuDn  diacomis  super 
altare  totutn  extendit,  altéra  quavi  sjiper  cali- 
ce)uplicatam  imponit.  Il  s'agit  ici,  non  pas  de 
deux  linges  séparés,  mais  des  deux  parties 
du  corporal,  dont  l'une  couvre  la  table  de 
l'autel,  et  dont  l'autre  sert  à  couvrir  le  ca- 
lice. La  preuve,  c'est  qu'Innocent  1 1 1  ajoute 
aussitôt  :  «  La  partie  qui  est  étendue  (pars 
exteiisa)  représente  la  Foi  ;  celle  qui  est  re- 
pliée (pars  plicata)  figure  l'Intelligence.» 
Il  faut,  de  plus,  remarquer  le  titre  même 
du  chapitre  :  «  Des  corporaux  :  Pourquoi 
une  partie  est  étendue,  et  l'autre  repliée  au- 
dessus  du  calice  {'').  » 

Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  l'usage 
des  pales  existait  au  XIV'^  siècle,  en  divers 
pays,  car  Raoul  de  Tongres  {')  nous  dit 
que  dans  toute  l'Italie  et  l'Allemagne  on 
suivait  l'usage  de  Rome  en  se  servant  de 
la  pale  pour  recouvrir  le  calice,  mais  qu'en 
F"rance,  on  persévérait  à  n'employer  pour 
cet  usage  qu'une  partie  du  corporal. 

La  pale  ne  s'introduisit  en  France  qu'au 
XVII'  siècle  et  ne  fut  à  peu  près  univer- 
sellement admise  qu'au  XVI 1 1*=.  Avant  la 
Révolution,  les  diocèses  d'Orléans  et  de 
Rouen,  les  Dominicains  et  les  Chartreux 
continuèrent  à  replier  sur  le  calice  le  cor- 
poral auquel  ils  avaient  conservé  les  grandes 
dimensions  d'autrefois.   C'est  ce  qui  se  fait 

1.  De  sacrn  inysterio  altaris,  lib.  II,  c.  55. 

2.  Du  sacre'  mysÛre  de  Pautel,  opuscule  du  pape  Inno- 
cent III,  trad.  et  annoté  par  l'abbé  Couren,  p.  154. 

3.  In  canon,  obsetv. 


encore  aujourd'hui  dans  le  diocèse  de  Lyon. 

A  Rome,  la  pale,  ayant  environ  15  centi- 
mètres carrés,  ne  couvre  la  patène  qu'en 
débordant  très  peu  par  ses  angles.  C'est 
une  double  toile  de  lin,  bordée  par  une 
étroite  dentelle.  Il  en  est  de  même  en 
Espagne.  Dans  quelques  diocèses  d'Italie, 
on  voit  des  pales  dont  la  partie  supérieure 
est  en  drap  d'or.  En  France,  la  toile  est 
fixée  à  un  carton,  recouvert  d'une  étoffe  de 
soie,  de  la  couleur  liturgique  du  jour,  sou- 
vent brodée  en  or,  en  argent,  et  même  en 
perles.  On  raconte,  dit  l'abbé  Pascal  ('), 
que  pendant  le  séjour  de  Pie  VII  à  Paris, 
une  dame  lui  offrit  une  riche  pale  ornée  de 
rubis  et  d'une  exquise  broderie  d'or.  Le 
pontife,  après  avoir  admiré  la  beauté  du 
présent,  pria  la  dame  de  le  reprendre,  en 
lui  faisant  observer  que  l'Eglise  romaine  ne 
se  servait  que  de  pales  de  lin. 

Le  10  janvier  1852,  la  Congrégation  des 
Rites,  vivement  sollicitée,  a  fini,  contraire- 
ment à  ses  décrets  antérieurs,  par  tolérer  les 
palesdont  lapartie  supérieure  serait  couverte 
de  soie,  pourvu  que  la  partie  inférieure  fût  en 
lin  et  que  la  partie  supérieure  ne  fût  jr.mais 
noire  ni  marquée  d'aucun  signe  de  deuil. 

Aucune  règle  n'exige  qu'il  y  ait  une  croix 
brodée  sur  la  pale,  soit  au-dessus,  soit  au- 
dessous. 

Saint  Cajétan  introduisit,  dans  les  églises 
des  Clercs  Réo-uliers,  l'usage  d'une  seconde 
petite  pale,  sur  laquelle  est  placée  l'hostie 
avant  et  après  la  consécration,  afin  de  don- 
ner plus  de  facilité  pour  recueillir  les  par- 
celles détachées  et  les  mettre  dans  le  calice. 
Cette  coutume  ne  paraît  avoir  été  approu- 
véepar  Paul  IVque  pourcet  Ordre  religieux. 
Cependant  nous  l'avons  vu  pratiquer  dans 
un  certain  nombre  d'églises  d'Espagne. 
Dans  quelques  autres,  jusqu'au  moment  de 
l'Offertoire,  on  place   sur  l'hostie  qui   doit 

I.  Orig.  de  la  titur<^.  cath.,  p.  91 5. 


Des  tjases  et  Des  ustensiles  eucharistiques. 


59 


être  consacrée  un  petit  rond  en  lin  fin, 
qu'on  prend  au  milieu  par  une  espèce  de 
houppe  ou  bouton. 

3CtlClC  II.    —  Des  voiles  de  calice. 

LE  voile  du  calice  (vélum, pep la,  suda- 
riiun,  couverture,  volet)  a  son  origine 
dans  le  grand  voile  (paiinum  oblongîi.in), 
dont  le  calice  restait  enveloppé  jusqu'à  ce 
que  le  diacre  le  remît  au  prêtre.  On  dut 
surtout  s'en  servir  lorsque  le  corporal,  deve- 
nant moins  ample,  ne  pouvait  plus  servir  à 
couvrir  tout  à  la  fois  et  le  pain  et  le  calice. 

Dans  l'ancien  rite  gallican,  les  dons 
offerts  sur  l'autel  étaient  recouverts  d'un 
voile  de  soie,  orné  d'or  et  de  pierreries.  Il 
devait  être  assez  épais  pour  dérober  les 
choses  saintes  au.x  yeu.x  des  assistants. 
Grégoire  de  Tours  (")  dit  qu'un  homme 
ayant  donné  à  une  église  un  voile  précieux, 
il  fut  défendu  de  s'en  servir,  parce  que  sa 
transparence  laissait  apercevoir  le  mystère 
du  corps  et  du  sang  de  Jésus-Christ. 

Le  concile  de  Clermont-Ferrand  (535) 
défend  de  couvrir  le  corps  d'un  prêtre,  que 
l'on  porte  en  terre,  du  voile  qui  sert  à  couvrir 
le  corps  de  Jésus-Christ,  de  peur  qu'en 
voulant  honorer  les  corps  des  défunts,  on 
ne  souille  les  autels. 

En  France,  on  iait  retomber  le  voile  sur 
le  devant  du  calice,  parce  qu'il  n'est  pas 
assez  ample  pour  le  recouvrir  tout  entier. 
En  Italie  et  en  Espagne,  le  voile,  très 
souple,  plus  grand,  ordinairement  sans  bro- 
deries et  sans  doublure,  tombe  également 
des  quatre  côtés. 

En  Italie,  au  XIV''  siècle,  les  voiles 
étaient  généralement  faits  d'un  tissu  tiré  de 
l'ortie.  Un  inventaire  de  la  cathédrale  de 
Sienne  (1467)  mentionne  dix-huit  voiles  de 
calices  en  ortichaccioi^).  D'après  les  prescrip- 

1.  Vita  Patruin.  c.  vni,  n"  1 1. 

2.  An/inl.  an/u'oL,  t.  XXV',  p.  270. 


tions  du  Missel,  considérées  seulement 
comme  directives,  le  voile  doit  être  en  soie; 
mais  l'usage  a  prévalu  qu'il  soit  de  la  même 
étoffe  que  l'ornement  dont  se  sert  le  célé- 
brant. Il  y  en  a  en  velours,  en  moire  d'or  ou 
d'argent,  etc. 

Le  voile  est  garni  d'un  étroit  galon  ou 
d'une  petite  dentelle  de  soie  ou  d'or.  En 
France,  on  marque  d'une  croix  la  partie  qui 
doit  retomber  devant  le  prêtre. 

Plusieurs  rubricistes  pensent  que  le  voile 
doit  toujours  être  de  la  couleur  du  jour  ; 
quelques-uns  prétendent  qu'il  devrait  tou- 
jours être  en  soie  blanche.  La  rubrique  se 
tait  à  cet  égard  ('). 

En  France,  on  substitue  quelquefois, 
abusivement,  le  voile  du  calice  à  la  nappe, 
pour  la  communion  des  laïques. 

Les  Orientaux  se  servent  de  trois  sortes 
de  voiles  (zy./jy.7.;t),  l'un  pour  couvrir  le  ca- 
lice, l'autre  pour  couvrir  le  disque  où  est  le 
pain,  le  troisième,  beaucoup  plus  grand,  en- 
veloppe le  tout.  On  le  désigne  sous  le  nom 
d'a/;'p,  parce  qu'il  entoure  les  espèces  comme 
l'air  environne  la  terre.  Les  Syriens  le  dé- 
signent par  un  mot  qui  signifie  nm'e.  Cette 
sorte  de  voile  parait  avoir  été  employée 
d'abord  à  Jérusalem. 

On  connaît  un  certain  nombre  d'anciens 
voiles  de  calice,  remarquables  par  la  richesse 
de  leurs  broderies  et  de  leurs  médaillons. 
Citons  en  particulier  ceux  de  Saint-André 
de  Lille,  de  Zermezcelle  (Nord),  de  Nédon- 
chel  (Pas-de-Calais),  des  Carmélites  d'A- 
miens. A  l'Exposition  des  broderies,  qui  eut 
lieu  à  Londres,  en  1S74,  on  admirait  un  voile 
de  calice  du  XV II"  siècle,  en  dentelle  de 
Valenciennes,  où  étaient  brodés  divers  su- 
jets religieux,  tels  que  l'Agneau  divin,  le 
Pélican,  la  sainte  Hostie,  des  Anges  adora- 
teurs, des  cœurs  enllammés  {^). 

1.  Rev.  théolog.,  t.  III,  p.  479. 

2.  Journ. gi!iu'r.  des  beaux-arts,  n"  du  22  août  i  S74. 


6o 


IRcDue   ne   l'art   chtttitn. 


HctlClC  lil.  —   Des  purificatoires. 

LE  purificatoire  est  une  bande  de  toile 
blanche,  repliée  plusieurs  fois  sur  elle- 
même  ;  il  sert  à  essuyer  le  calice,  d'abord 
avant  d'y  verser  le  vin  et  l'eau,  puis  après 
la  communion,  à  la  suite  des  deux  ablutions. 
Le  purificatoire  tire  son  origine,  assez 
moderne,  du  linge  que  le  prêtre  portait  au 
bras  gauche,  comme  aujourd'hui  le  manipule, 
et  avec  lequel  il  purifiait  les  vases  du  Sacri- 
fice et  s'essuyait  les  doigts.  Quand  ce  linge 
fut  remplacé  par  le  manipule,  on  employa 
de  petites  serviettes  pour  purifier  le  calice. 

D'après  les  écrivains  mystiques  du  moyen 
âge,  le  purificatoire  représente  l'éponge 
pleine  de  vinaigre  et  de  fiel  que  les  Juifs 
approchèrent  des  lèvres  de  Jésus  mourant. 

Dans  un  certain  nombre  d'églises,  sur- 
tout dans  les  monastères,  le  même  linge, 
fixé  près  de  la  piscine  ou  attaché  au  coin  de 
l'autel,  du  côté  de  l'épître,  servait  tout  à  la 
fois  de  purificatoire  et  de  manuterge. 

Nous  voyons  dans  le  XIV"  Ordre  ro- 
main, qu'à  la  première  messe  de  la  nuit  de 
Noël,  le  pape  essuyait  le  calice,  non  pas 
avec  un  purificatoire, mais  avec  ses  doigts  ('). 

Les  Clercs  Réguliers  ne  purifient  point  le 
calice  aussitôt  après  les  ablutions,  mais 
seulement  quand  ils  sont  rentrés  à  la  sa- 
cristie. Clément  VIII  ayant  approuvé  les 
usages  liturgiques  de  ces  religieux,  ils  ne 
croient  pas  que  la  constitution  de  saint 
Pie  V  çuo  pi'innun  tempoj'e  puisse  porter 
atteinte  à  leurs  antiques  coutumes  ('). 

En  Italie,  on  attache  des  dentelles  aux 
deux  extrémités  du  purificatoire,  quelque- 
fois même  tout  autour. 

Le  troisième  concile  provincial  de  Milan  re- 
commande de  marquer  le  purificatoire  d'une 
croix,  pour  indiquer  sa  sainte  destination. 

1.  Cumdigitis  bene  tergat  calicem.  (Mabillon,  Iter  Ha- 
lte, i.  Il,  p.  325.) 

2.  Pasqualigo,  De  sacrif.  nova  Legis,\..  II,  quaest.  785. 


La  Congrégation  des  Rites,  par  un  décret 
du  7  septembre  1816,  a  approuvé  l'usage 
d'essuyer  avec  le  purificatoire  les  gouttes 
de  vin  ou  d'eau  qui  se  sont  attachées  aux 
parois  du  calice,  usage  que  le  P.  Judde  avait 
vivement  combattu  comme  étant  contraire 
aux  rubriques. 

A  Lyon,  du  moins  dans  les  grandes 
églises,  le  purificatoire  dont  on  s'est  servi 
pour  essuyer  le  calice  n'est  point  replié 
pour  resservir  d'autres  fois.  Il  est  introduit 
comme  un  tampon  dans  le  calice,  et  ne  doit 
plus  être  employéqu'après  avoir  été  blanchi. 

Dans  la  plupart  des  Églises  orientales, 
c'est  avec  une  éponge  que  le  diacre  purifie 
la  patène  et  le  calice,  en  souvenir  de  celle 
de  la  Passion  de  Notre-Seigneur.  Cet 
usage  est  très  ancien,  puisqu'il  en  est  ques- 
tion dans  une  homélie  de  saint  Jean  Chry- 
sostome  (').  Hors  le  temps  de  la  messe, 
cette  éponge  {iy'«  TnoyyU'j  est  conservée 
dans  un  corporal. 


Hcticlc  iD. 


Des  couloires. 


LA  couloire  ou  passoire  était  un  vase  en 
argent  de  forme  concave,  dont  le  fond 
était  percé  de  petits  trous.  On  la  plaçait  au- 
dessus  du  calice  pour  y  verser  le  vin  qu'on 
épurait  ainsi  de  toute  matière  étrangère. 
Cet  ustensile  est  désigné  dans  les  inven- 
taires sous  les  noms  de  cωus,  cola,  colato- 
riuin,  cohim.  colus;  conloiiere,  stoupi. 

On  lit  dans  un  ancien  rituel  de  saint 
y\.-à.x\!\nàç.ToMï's,:Vimim perSiofi  in  calicevt 
mittatiir.  D.  Martène  (')  dit  avoir  demandé 
aux  chanoines  de  cette  église  ce  qu'il  fallait 
entendre  par  Sion,  et  qu'ils  l'ignoraient. 
C'était  probablement  un  vase  analogue  à 
la  couloire. 

Les  Égyptiens,  les  Grecs  et  les  Romains 
se  servaient  de  couloires  en  métal  pour  pas- 

1.  Hoinil.  in  épis  t.  ad  E plus. 

2.  De  aniiq.  eccles.  ritib.,  lib.  I.  c.  m,  art.  9,  §  12. 


Des  ioa0C0  et  des  ustensiles  eucharistiques. 


6i 


ser  le  vin  qu'ils  prenaient  à  leurs  repas,  sur- 
tout quand  il  sortait  du  pressoir.  La  liturgie 
adopta  cet  ustensile,  du  moins  dans  les  con- 
trées qui  produisaient  des  vins  épais.  Il  est 
douteux  qu'il  ait  été  employé  dans  les  Gaules, 
avant  l'introduction  de  la  liturgie  romaine. 
Mabillon   (')    n'en    a  trouvé  aucune    trace 
dans  les  textes  antérieurs  à  Charlemaorne. 
Le  moine    Théophile    nous    donne    des 
détails  précis  sur  ce  genre  de  cuiller  perforée. 
«  Vous  ferez,  dit-il,  la  passoire,  en  or  ou  en 
argent,   de  cette  manière:   battez  un  petit 
vase  en  forme  de  petit  bassin,  un  peu  plus 
large  que  la  paume  de  la  main;  vous  y  adap- 
terez  une  queue  de  la  longueur  d'un  doigt, 
de  la  largeur  d'un  pouce.  Cette  queue  aura,  à 
l'extrémité,  une  tête  de  lion  fondue,  conve- 
nablement ciselée,  qui  tiendra  la  coupe  dans 
sa  gueule.  Elle  aura  aussi,  à   l'autre  bout, 
une  tête   ciselée   de  même;  dans  sa  gueule, 
sera  suspendu  un  anneau,  à  l'aide  duquel,  en 
y   introduisant   le  doigt,    on   pourra  porter 
l'instrument.  Le  reste  de  la  queue,  entre  les 
deux  têtes,  doit  être  orné  de  nielles  partout, 
et  çà  et  là  sillonné  d'un  travail  de  fonte,  de 
points,  de  lettres  et  de  versets  où  il  convient. 
La  coupe  sera,  au  milieu  du  fond,  sur   une 
largeur  circulaire  de  deux  doigts,  perforée 
de  trous  très  fins,  pour  couler  le  vin  et  l'eau 
qu'on  met  dans  le  calice.  »   C'était  le  sous- 
diacre  qui,  à  la  messe  pontificale,  tenait  cet 
instrument   avec  le  doigt  auriculaire  de  la 
main  gauche,  passé  dans  l'anneau  {''). 

Dans  certains  monastères,  l'usage  de  la 
passoire  a  persévéré  jusqu'à  la  Révolution. 
«  On  voit,  au  musée  Barberini,  dit  le  car- 
dinal Bona  ('),  une  petite  couloirc,  de  la 
forme  d'une  cuiller  ayant  un  long  manche, 
et  une  autre,  également  en  argent,  en  forme 
de  soucoupe,  et  dont  les  petits  trous  for- 
ment un  dessin  admirablement  tracé.  » 

I .  De  Uturg.  gallic. 

1.  Diiicrs.  art.  scltediila,  lib.   III,  c.  LXi,  de  cola/oric. 

3.  De  reb.  lit.  C.  XXV. 


Kcticlc  13. 


Des  chalumeaux. 


LE  chalumeau  liturgique  est  un  tube 
en  métal,  qui  sert  à  humer  le  précieux 
sang  dans  le  calice.  Pour  expliquer  son  ori- 
gine, on  a  prétendu  que  cet  usage  avait  été 
introduit  en  faveur  des  Souverains-Pontifes 
âgés;  mais  pourquoi  alors  ne  s'en  servent-ils 
que  dans  les  messes  solennelles  et  non 
dans  les  messes  privées .?  Ange  Roca  (')  dit 
qu'on  a  voulu  rappeler  par  là  le  roseau  qui 
portait  l'éponge  imbibée  de  fiel,  présentée 
au  divin  Crucifié.  C'est  là  une  explication 
mystique,  faite  après  coup.  Évidemment,  le 
chalumeau  fut  inventé  pour  qu'on  fût  moins 
exposé  à  répandre  le  précieux  sang.  Comme 
plusieurs  antiques  usages,  ce  rite  s'est  con- 
servé, à  titre  de  souvenir  traditionnel,  dans 
les  solennités  pontificales. 

Le  sous-diacre,  après  avoir  reçu  le  baiser 
de  paix,  tirait  cet  instrument  du  sac  ou  du 
fourreau  qui  le  renfermait.  Après  la  com- 
munion du  prêtre,  du  diacre  et  du  sous- 
diacre,  le  diacre  suçait  le  chalumeau  parles 
deux  bouts  et  le  remettait  au  sous-diacre  ; 
celui-ci  le  lavait  avec  du  vin,  en  dedans  et 
en  dehors,  et  le  replaçait  dans  le  fourreau 
qui  devait  être  déposé  avec  le  calice  dans 
Xaniiariiiui. 

Outre  les  chalumeaux  conservés  à  l'église 
et  mis  à  la  disposition  des  fidèles,  il  v  en 
avait  qui  étaient  apportés  par  ceux  qui  ne 
voulaient  pas  se  servir  d'un  instrument  à 
l'usage  de  tous. 

Le  bout  qui  trempait  dans  le  calice  était 
évasé  ou  fait  en  forme  de  bouton  ;  l'autre, 
qui  se  mettait  dans  la  bouche,  était  plus 
petit  et  tout  uni.  Quelquefois,  une  rondelle 
l'cntouniit  du  côté  de  la  poignée,  pour  limi- 
ter la  longueur  de  la  tige  que  le  communiant 
devait  mettre  dans  sa  bouche. 

Le  chalumeau  a  été  désigné  sous  les  noms 


1.   Opéra,  t.  I,  p.  27. 


62 


îReUiic   De    r^rt   cî)réticn. 


à'aj'imdo,  calamus,  caitalis,  cajina,  canncla, 
cannula,  canola,  canuhcm,Jistnla,  pipa,  pugil- 
laris  ('),  pugillarium,  sipho,  siphon,  sucto- 
rium,  sugillaris  (suçoir),  sumptorium,  Hibu- 
lus,  tiielliis,  tutellus,  tuymc  ('). 

D'après  Daillé  (^),  les  chalumeaux  n'au- 
raient été  mis  en  usage  par  les  moines  que 
vers  la  fin  du  XI"  siècle,  après  que  le  pape 
Urbain  II  eut  interdit  l'intinction. 

D'autres  écrivains  (•*)  ne  les  font  remon- 
ter qu'au  XII'  siècle.  Dom  Chardon  {^) 
croit  qu'on  s'en  servait  à  Rome  dès  le  VI^ 
siècle.  Il  est  du  moins  certain  qu'ils  étaient 
connus  au  IX^  puisque  Paschase  Radbert 
en  parle,  ei  que  Charlemagne  offrit  à  la 
basilique  Saint-Pierre  de  Rome  un  calice  et 
un  chalumeau,  après  la  messe  où  il  fut  sacré 
par  le  pape  Léon  III. 

Une  inscription  de  l'église  Sainte- Marie  in 
Cosincdin,  à  Rome,  mentionne  queThéobald, 
en  902, donna  à  l'église  de  Sainte- Valentine 
un  calice  en  vermeil  avec  sa  patène  et  son 
chalumeau.  Vers  cette  même  époque,  le  VI*^ 
Ordreromain  prescrit  l'emploi  duchalumeau. 

En  1040,  Suppo,  abbé  du  Mont-Saint 
Michel,  lésafLia  à  son  monastère  un  chalumeau 
d'argent,  sur  lequel  était  gravée  cette  ins- 
cription: 

Hic  Doniini  sangiiis  nobis  sit  vita  pcreii- 
nis  {% 

Léon  d'Ostie  (')  compte,  parmi  les 
cadeaux  que  Victor  III  fit  au  monastère 
du  Mont-Cassin,  une  fistule  d'or,  à  crosse. 

Les  Statuts  de  Saint-Benigne  de  Dijon 
(XP  s.)  nous  apprennent  que  les  religieux 
de  ce  monastère  aspiraient  ie  précieux  sang 
dans  le  calice  avec   un  chalumeau  d'argent. 

1.  Parce  qu'on  le  tenait  à  la  main 

2.  En  italien,  sangiiisuclielloj  en  allemand,  kelch- 
r'ohrgen. 

3.  De  Cullii  lui.  relig.,  lib.  III,  c.  XXXVni. 

4.  Quenstedius,  Buddœus,  etc. 

5.  Hist.  des  Sacr.,  t.  II,  p.  128. 

6.  .Mabillon,  Annal,  hened.,  t.  IV,  p.  496. 

7.  Chion.  Cassiti.,  lib.  III,  ad  calcem. 


Chez  les  Chartreux,  au  XI P  siècle,  le 
chalumeau  était  en  or. 

Un  règlement  d'Albéric,  abbé  de  Cluny, 
mort  en  1109,  ordonne  que  les  chalumeaux 
soient  en  argent  doré  et  non  en  or. 

Les  Us  de  Citeaux  disent  qu'on  peut  se 
passer  de  chalumeau  quand  il  n'y  a  que  le 
prêtre  et  ses  ministres  qui  communient, 
mais  qu'on  doit  s'en  servir  chaque  fois  qu'il 
y  a  d'autres  communions. 

L'usage  du  chalumeau  devait  disparaître 
à  peu  près  en  même  temps  que  la  commu- 
nion sous  les  deu.x  espèces.  Il  persévéra 
jusqu'en  1437  dans  l'Ordre  de  Citeaux,  et, 
jusqu'à  la  Révolution,  dans  les  abbayes  de 
Cluny  et  de  Saint-Denis. 

Cette  ancienne  coutume  a  survécu  pour 
la  messe  papale  solennelle.  Le  Souverain- 
Pontife  puise  le  précieu.x  sang,  avec  un  cha- 
lumeau d'or,  dans  le  calice  que  le  diacre  lui 
présente.  Le  diacre  et  le  sous-diacre  com- 
munient ensuite  de  la  même  manière. 

Le  20  novembre  1846,  Pie  IX  accorda  à 
un  chanoine  du  Chapitre  de  Saint-Jérôme 
des  lUyriens,  qui  ne  pouvait  mouvoir  la 
tête,  la  permission  de  se  servir  du  chalu- 
meau pour  l'absorption  du  précieux  Sang. 

Du  Cange  a  cru  que  les  Grecs  se  ser- 
vaient du  chalumeau  et  lui  donnaient  le  nom 
de  J.aSi;,  mais  il  s'est  trompé  à  cet  égard.  Le 
'k-j.Qiz,  comme  on  peut  le  voir  dans  l'Eucologe 
de  Goar  ('),  n'est  autre  chose  que  la  cuiller 
eucharistique.  J.  Gretzer  (^)  et  V^ogt  (3) 
disent  que  l'usage  du  chalumeau,  quoique 
rare  chez  les  Grecs,  n'y  est  pas  inconnu. 
Nous  ne  croyons  pas  qu'il  en  soit  fait  men- 
tion dans  les  écrits  des  Orientau.x  (^). 

L'emploi  du  chalumeau  fut  adopté  par 
les  Luthériens  et  même  prescrit,  en  1564. 
On  s'en  servait  encore  au  XVI 11°  siècle  à 

1.  P.  125. 

2.  Annot.  ad  J.  Cantacuseni  Hist.,  p.  913. 

3.  Hist.  fistulœ  euchar.,  p.  23. 

4.  Lamy,  De  Syror.  Jide,  p.  188. 


Des  tiases  et  Des  ustensiles  eufîjanstiques. 


63 


Hambourg  et  dans  quelques  autres  églises 
évangéliques  luthériennes  ('). 

Des  chalumeaux  du  moyen  âge  sont 
conservés  à  l'abbaye  de  Saint-Pierre  de 
Salzbourg,  à  celle  de  Wilten  (Tyrol),  etc. 

3ttiClC   Ui.  —  Des  cuillers   eucharistiques. 

LES  cuillers  liturgiques  (cochlcar, 
cochleare) ont  eudiverses  destinations 
eucharistiques.  Les  deux  principales  sont, 
en  Occident,  de  puiser  dans  la  burette  l'eau 
qu'on  doit  mettre  dans  le  calice,  ce  qui  évite 
l'inconvénient  d'en  mettre  une  trop  grande 
quantité  ;  et,  en  Orient,  de  communier  les 
fidèles  avec  une  petite  portion  du  pain 
trempé  dans  le  précieux  Sang. 

La  cuiller  à  puiser  l'eau,  en  or  ou  en 
argent,  est  encore  usitée  aujourd'hui  en 
Italie,  en  Espagne,  en  Belgique  et  en  Alsace; 
elle  l'était  jadis  dans  les  Pays-Bas,  en 
Flandre,  dans  un  certain  nombre  de  diocèses 
de  France,  à  Cluny,  à  la  Chaise-Dieu,  chez 
les  Minimes,  etc.;  les  Chartreux  sont  restés 
fidèles  à  cette  coutume. 

La  Congrégation  des  Rites  a  répondu,  le 
6  février  1858,  que  l'emploi  de  cette  petite 
cuiller  n'est  pas  défendu. 

A  la  messe  pontificale,  le  sacriste  met 
quelques  gouttes  d'eau  dans  la  cuiller  d'or, 
pour  que  le  sous-diacre  en  verse  le  contenu 
dans  le  calice  du  pape. 

Les  Orientaux  se  servent  aussi  d'une 
cuiller  eucharistique,  mais  dans  un  tout 
autre  but  que  les  Latins.  Avec  cette  cuiller, 
ils  prennent  dans  le  calice  les  particules  de 
pain  consacré,  pour  les  distribuer  aux  com- 
muniants. Ils  préviennent  ainsi  l'effusion  du 
précieux  Sang. 

Les  Grecs  prétendent  que  saint  Jean 
Chrysostome  invental'usage  de  cette  cuiller, 
mais    ils    ne    sauraient   en    fournir  aucune 

I.  Vogt,  op.  cit. 


preuve  certaine.  Il  n'en  est  pas  moins 
démontré  que  cette  coutume  est  antérieure 
au  concile  d'Éphèse,  puisque  les  Nestoriens, 
qui  se  séparèrent  de  l'Eglise  à  cette  époque, 
donnent  la  communion  de  cette  manière, 
ainsi  que  les  Jacobites-Syriens,  les  Cophtes, 
les  Ethiopiens,  et  presque  tous  les  Chrétiens 
du  rite  oriental. 

Un  très  ancien  diptyque  grec,  publié  par 
Paciaudi  ('),  nous  montre  le  saint  abbé 
Zozime  communiant  sainte  Marie  l'Égyp- 
tienne à  l'aide  d'une  cuiller. 

Les  Grecs  modernes  donnent  à  cette  cuil- 
ler le  nom  de  /aci;,  par  allusion  au  forceps 
avec  lequel  l'ange,  dans  la  vision  d'Ezéchiel. 
saisit  le  charbon  ardent  sur  l'autel,  pour 
en  purifier  les  lèvres  du  prophète. 

Les  Arabes  appellent  cette  cuiller  labidan 
ou  mulaubet  ;  les  Cophtes,  cochlear  criicis, 
parce  que  cet  ustensile  est  ordinairement 
terminé  en  forme  de  croix. 

La  cuiller  eucharistique  des  Orientaux 
est  consacrée  avec  un  grand  apparat.  Voici 
la  bénédiction  qu'on  trouve  dans  la  liturgie 
cophtede  saint  Cyrille:  «  Dieu,  qui  as  rendu 
ton  serviteur  Isaïe  digne  devoir  le  chérubin 
dans  la  main  duquel  était  la  pincette  avec  la- 
quelle il  enleva  un  charbon  de  l'autel  et  l'ap- 
procha de  la  bouche  du  prophète,  maintenant 
encore,  ô  Dieu,  Père  tout-puissant,  étends  la 
main  sur  cette  cuiller,  dans  laquelle  doivent 
être  reçus  les  membres  du  corps  saint  qui 
est  le  corps  de  ton  Fils  unique,  .Seigneur, 
Dieu,  et  Notre  Sauveur  Jésus-Christ. 
Bénis-la  et  sanctifie-la,  donne-lui  la  vertu  et 
la  gloire  de  la  pincette  qui  est  dans  la  main 
du  chérubin,  parce  que  à  toi  appartient  la 
puissance,  la  gloire  et  l'honneur,  avec  ton 
Fils  unique  Jésus-Christ,  Notre  Seigneur, 
et  l'Esprit-Saint,  maintenant  et  toujours.  >> 

Renaudot  ('')  se   trompe   quand   il   croit 

1.  Antit].  christ.,  p.  389. 

2.  Perpét.  de  la  Foi,  t.  VIII. 


64 


Hetiuc   ïje   l'art    chrétien. 


que  les  Arméniens  se  servent  de  la  cuiller, 
pour  distribuer  le  pain  eucharistique.  Il  est 
certain  que  le  prêtre  prend  ce  pain  dans  le 
calice,  avec  le  pouce  et  l'index,  pour  le  dé- 
poser dans  la  bouche  des  communiants  ("). 

En  dehors  des  deux  usages  principaux 
que  nous  venons  de  signaler,  il  en  était 
quelques  autres  qui  ont  disparu. 

Il  y  avait  des  cuillers  qui  servaient  au 
prêtre  pour  prendre  les  oblations  du  pain 
et  les  poser  sur  la  patène.  C'est  pourquoi, 
dans  divers  inventaires,  nous  voyons  des 
mentions  de  cuillers  accompagnant  celles 
des  patènes. 

D'après  M.  de  Rossi,  certaines  cuillers 
auraient  servi  pour  puiser  dans  le  scyphns 
la  quantité  de  liquide  nécessaire  pour  le 
calice.  Elles  ont  pu  être  employées  égale- 
ment pour  verser  dans  le  scyp/ms,  déjà 
presque  rempli  de  vin,  une  petite  quantité 
du  précieux  Sang,  mélange  qui  devait  servir 
à  la  communion  des  fidèles  ('). 

Peut-être  aussi,  quand  on  ne  faisait  pas 
usage  du  chalumeau,  se  servait-on  de  la 
cuiller  pour  donner  au  communiant  une 
petite  portion  du  précieux  sang. 

1.  Lebrun,  Explic.  des  céréni.,  t.  V,  diss.  X,  p.  339. 

2.  Bulle/.,  nov.  1S68,  p.  82.  k 


En  Italie,  au  sacre  des  évêques,  l'élu 
communiait  sous  l'espèce  du  vin  dans  une 
grande  cuiller  d'or. 

Un  certain  nombre  d'antiques  cuillers, 
conservées  dans  les  églises,  dans  les  musées 
et  dans  les  collections  particulières,  sont 
décorées  de  sujets  religieux.  Quelques-unes 
ont  été  publiées  par  M.  de  Rossi  (')  et  par 
le  P.  Garucci  (')  ;  mais  il  est  bien  difficile  de 
reconnaître  celles  qui  ont  eu  certainement 
une  destination  eucharistique,  attendu  que 
les  cuillers  de  table  étaient  fréquemment 
ornées  de  sujets  chrétiens. 

Nous  aurions  pu  ranger  parmi  les  acces- 
soires du  calice  le  flabcllnm,  puisque  son 
principal  emploi  était  de  chasser  les  mouches 
qui  auraient  pu  s'approcher  des  calices  et 
des  scyphi.  Mais  le  travail  si  complet  et  si 
approfondi  que  M.  Ch.  de  Linas  vient  de 
publier  sur  ce  sujet  dans  la  Revue  de  l Art 
chrétien  nous  dispense  de  parler  de  cet 
instrument  liturgique,  encore  usité  aujour- 
d'hui dans  l'Orient,  surtout  chez  les  Armé- 
niens et  les  Maronites. 

L'abbé  J.  Corblet. 
(A  suivre.) 

1.  Ibid. 

2.  Storia  delCarte  cristiana,  pi.  CCCCLXII. 


-rfy^    .gAl     /A^    ^-{,  jA;^  ^cAy  ^'Av  jyVy   ,rftv  j-f^^   jVH    -^^^^   -'A-.    .rAg     .gAj.    /Ai.    jftx 


SL-X- 


■>:^>S2Sï5 


CCorre0pont)ance* 


w^'i^^e.^-. 


<  ^x  y>  »^x  /^ 


NOUS  donnons,  dans  l'ordre  où   elles 
nous  sont  parvenues,  les  communi- 
cations et  rectifications  suivantes: 

Më""  Barbier  de  Montault,  nous  prie  d'in- 
sérer l'extrait  suivant  d'une  lettre  de  M. 
Ernest  Rupin,  président  de  la  société  ar- 
chéologique de  la  Corrèze,  au  sujet  de  son 
ouvrage  sur  l'église  royale  de  Saint-Nicolas 
à  Bari  : 

C'est  là  un  livre  d'une  profonde  érudition,  dont  la 
lecture  apprend   bien  des  choses. 

Je  ne  vois  pas,  à  la  page  82,  sur  quoi  peut  se  fonder 
la  Revue  religieuse  de  Rodez  et  de  Mende,  pour  affirmer 
que  le  reliquaire  de  la  Circoncision,  à  Conques,  ren- 
fermait «  des  cheveux  de  la  Très  Sainte  Vierge  ». 

Un  inventaire  du  X\'II'^^ou  du  XVIIIisièclequi  re- 
late les  reliques  conservées  dans  la  célèbre  abbaye, men- 
tionne bien  à  l'article  9:«  de  capillis  beata;  Dei  genitricis 
Marise  à,  mais  il  ne  fait  pas  connaître  dans  quel  reli- 
quaire l'on  conservait  cette  précieuse  relique.  D'un 
autre  côté  le  Liber  mirabilis  (ouvrage  concernant  Con- 
ques) décrit  ainsi  les  reliques  conservées  dans  le  reli- 
quaire dit  de  la  Circoncision  :  «  Quod  dictum  locum 
(Conchas)  adamarat  (Pippinus),quem  visitavit,reliquiis 
auro  et  argento  et  ornamentis  infinitis  prœdictum  mo- 
nasterium  ditavit  et  Christi  umbilicum  in  eo  posuit... 
et,  ut  in  dicto  monasterio  dicitur,circumcisionem,quam 
sibi  avunculus  portavit,  Conchas  misit  et  in  quodam 
vasculo,  cum  umbilico  vocato,  capsa  magna  réser- 
va tu  r. 

Je  vous  adresserai  une  photographie  de  ce  reli- 
quaire, qui  est  en  or.  J'ajouterai  que  le  père  Thomas 
d'Aquin,  prieur  de  Conques,  m'a  assuré  que  ce  reli- 
quaire n'avait  jjas  été  ouvert  depuis  très  longtemps  et 
qu'on  ne  pouvait  affirmer  que  son  contenu  y  fût  encore; 
c'est  aussi  ce  qui  me  fait  suspecter  l'assertion  de  la 
Revue  relii^ieuse  de  Rodez. 

(lîrive,  12  juillet  1884.) 

Notre  collaborateur  ajoute  : 

Le  Chapitre  de  Saint-Nicolas  de  liari  me  demande 
de  vouloir  bien  rectifier  un  passage  de  mon  étude  sur 
son  insigne  basilique.  Je  le  fais  d'autant  plus  volontiers, 
que,  me  tenant  dans    une    stricte    impartialité,  je  n'ai     | 


point  à  discuter  les  documents  invoqués  ni  à  prendre 
un  parti  quelconque,  là  où  la  question  est  si  ardem- 
ment controversée.  J'ai  cité  les  leçons  du  Propre  de 
l'archidiocèse  de  Bari,  approuvé  par  la  S.  C.  des  Rites, 
relativement  à  la  translation  du  corps  de  saint  Nicolas, 
de  Myre  à  Bari.  Il  parait  que  la  «  prétention  de  la 
cathédrale  est  sans  fondement,  ne  s'appuyant  pas  sur 
des  documents  certains  et  indiscutables.  »  Le  Chapitre 
de  Saint-Nicolas  a  fait  reproduire  dans  son  Ordo  une 
version  différente,  qu'il  a  empruntée  au  «  chroniqueur 
Nicéphore,  moine  dont  l'autorité  ne  peut  être  suspec- 
tée, car  il  ne  faisait  pas  partie  du  clergé  ni  de  la  ca- 
thédrale ni  de  Saint-Nicolas.  »  La  bulle  d'exemption 
donnée  parle  pape  Pascal  II,  en  1106,  vient  en  con- 
firmation de  ce  dernier  document,  car  elle  établit  pé- 
remptoirement que  «  la  basilique  de  Saint-Nicolas  fut 
élevée  dans  un  lieu  public,  non  privé,  concédé  par  le 
duc  Roger  :  in  locojuris publia per  ducis  Rogerii  chiro- 
graphuvi.  »  D'où  suit  que  «  le  clergé  attaché  à  la  basili- 
que étant  placé  sub  tutela  Apostolicœ  sedis,  est  exempt 
de  la  juridiction  de  l'ordinaire  diocésain.  Léon  XIII, 
par  rescrit  du  22  décembre  18S2,  a  reconnu  et  confir- 
mé le  droit  du  grand  Prieur  de  la  basilique  royale  de 
Saint-Nicolas  en  qualité  d'ordinaire  du  lieu,  en  confor- 
mité de  la  bulle  de  Pascal  II  et  du  diplôme  de  Char- 
les II  d'Anjou  (20  juillet  1304).  »  '^ 

La  querelle,  ancienne  déjà,  porte  sur  un  seul  point, 
à  savoir  que  la  leçon  du  Propre  contient  ces  mots  : 
consensu  archiepiscopi.  «  Ici  l'archidiacre  de  Bari  est 
dans  l'erreur,  car  l'église  ne  fut  pas  bâtie  sur  un  terrain 
appartenant  à  l'archevêque,  mais  bien  sur  le  domaine 
du  duc  Roger,  qui  en  fit  donation  à  cet  effet.  On  ne 
voulut  pas  précisément,  lora  du  débarquement  du 
corps,  qu'il  fût  déposé  à  la  cathédrale,  mais  dans  iine 
église  bâtie  exprès  et  digne  d'un  si  précieux  trésor.  Le 
tumulte  que  ce  débat  occasionna,  obligea  de  le  mettre 
en  sûreté  dans  le  palais  du  Catapan,  qui  fut  ultérieu- 
rement donné  aux  marins  pour  l'église  projetée. 
Tout  autre  document  est  apocryphe.  » 

X.  B.  DE  M. 

—  D'autre  part,  I\I.  le  chanoine  Chabau 
d'Aurillac,  l'auteur  d'une  intéressante  étude: 
L'église  d' Ydes  cl  son  sy»ibolis)iu\  nous 
adresse  la  correspondance  qui  suit  : 

Dans  la  Revue  de  l'Art  Chrétien.,  3"  livraison,  M^ 
Barbier  de  Montault  a  donné  un  travail  sur  les  cheveux 
de  la  Sainte  Vierge  et  les  reliques  des  Saints  Innocents. 
Voici  quelques  nouvelles  indications  sur  des  reliques 
de  ce  genre  vénérées  autrefois  à  i\Liuriac  (Cantal),  et 
dont  l'existence  n'a  pas    été  signalée  jusqu'ici. 

Le  monastère  de  Mauriac  a  été  fondé,  dans  la  pre- 
mière    moitié    du   VI=   siècle,    par     sainte    l'héode- 


■  i^*-'  Livraison. 


66 


iRetJue   De   l'art   cîiréticn. 


childe,  vierge,  fille  de  Clovis  (voir  Sainle  Théodeclnlde, 
etc.,  librairie  Saint-Paul)  et  a  duré  jusqu'à  laRévolution. 
Il  fut  enrichi  dès  le  principe  de  reliques  précieuses  ap- 
portées de  Rome.  Voici  ce  que  dit  un  chroniqueur  du 
XVIe  siècle. 

«  Le  roi  Clovis  étant  à  Rome  (?)  et  sur  le  point  du 
retour,  demanda  des  reliques  pour  la  chapelle  d'Au- 
vergne (N.-D.  des  Miracles  de  Mauriac),  au  pape  Sym- 
maque,  successeur  d'Anastase.  Le  saint  pontife  le  con- 
duisit à  Saint-Pierre  in  Vaticano  et,  ayant  ouvert  le 
tabernacle  de  Saint-Pierre,  il  prit  le  petit  doigt  de 
Monseigneur  saint  Pierre,  du  bois  de  la  croix  de  N.-S., 
descMtv/.vet  du/(7/Vde  la  B'^' Vierge  Marie,  des  cheveux 
de  sainte  Catherine,  des  os  de  Monsieur  saint  Antoine, 
saint  Barthélémy  et  plusieurs  autres.  Puis,  ils  s'en  al- 
lèrent à  l'église  de  Saint-Vital  ad  MarceUos,  et  le  pape 
lui  donna  des  reliques  de  trois  iniiocenis  martyrs  et  puis 
le  congé  pour  revenir  en  Auvergne.  »... 

...  «  l\  (Clovis)  fit  construire  la  croix  de  Monsieur 
saint  Pierre  (pour  le  monastère  de  Mauriac)  telle 
qu'elle  est  à  présent,  et  le  reliquaire  du  même  saint, 
ainsi  que  plusieurs  calices  et  reliquaires  d'or  et  d'ar- 
gent... Il  plaça  le  bois  de  la  croix  de  N.-S.,  les  cheveux 
et  le  lait  de  N.-D.  et  autres  reliques  dans  la  même 
croix.  Pour  les  trois  innocents,  ils  furent  placés  à  part 
en  leur  ordre  et  sainteté,  comme  elles  sont  à  présent 
honorablement  tenues  au  du  Monastère.  »  (Chronique 
de  Montfort,  1564.) 

Sauf  le  voyage  de  Clovis  à  Rome,  tous  les  autres 
détails  ont  un  caractère  d'authenticité,  puisijue  on 
trouve  les  inèmes  reliques  mentionnées  dans  d'autres 
documents. 

Dans  une  lettre  de  Dom  Placide  de  Vaulx,  béné- 
dictin de  Mauriac,  à  Dom  Grégoire  Terrine,  supérieur 
général  de  la  congrégation  de  Saint-Maur,  2  décembre 
1631,  il  est  dit  (jue  dans  l'église  du  monastère  de 
Mauriac,  il  y  a  quatre  chapelles  dont  l'une  est  dédiée 
aux  Saints  Innocents. 

Il  y  avait  dans  le  même  monastère  une  vicairie  ou 
chapellenie  des  Saints-Innocents. 

Les  huguenots  s'étant  emparés  de  Mauriac,  le  16 
avril  1574,  «  ils  enlevèrent  une  croix  d'argent  surdorée 
et  enrichie  de  beaucoup  de  reliques  et  de  pierres  pré- 
cieuses d'une  insigne  grandeur  qu'on  appelait  la  croix 
de  Saint-Pierre,  qui  étoit  une  des  plus  précieuses  et 
des  plus  riches  croix  ciui  soient  es  monastères  de 
France,  la  châsse  du  même  saint  qui  étoit  de  la  gran- 
deur quasi  d'un   homme et  vindrent  à  disperser 

icelles  (reliques)  par  cy  par  là  s'en  jouans  entre  eux  et 
finalement  tous  les  meubles  et  trésors...  Les  susdites 
reliciues   furent  recueillies  et  cachées  par   des  gens  de 


bien  et  remises  par  après  dans  le  monastère  entre  les 
mains  des  religieux  lorsque  cette  vermine  et  racaille 
eut  quitté  la  ville.  »  (Chronique  de  Louis  Mourguyos, 
1630.) 

«  Ensuite  avons  visite  les  saintes  reliques  et  première- 
ment avons  visité  un  reliquaire  d'argent  fait  en  ovale 
ayant  un  cercle  dans  lequel  sont  des  reliques  de  plusieurs 
saints  avec  les  inscriptions  apposées  dessus...  Les  autres 
inscriptions  sont  S"  Fulgentii  ep.  conf.  SS.  Innocen- 
tium  etc.. 

((.Ensuite  avons  visité  un  autre  reliquaire  d' argent  au- 
quel les  reliques  sont  portées  par  deux  figures  d'anges 
dans  un  cristal  défigure  oblongue  enchâssé  d'argent.  Le 
paquet  des  reliques  porte  cette  inscription  :  de  vestimen- 
tis  beatœ  Marix  Virginis  et  aliorum  sanctorum.  »  (Procès 
verbal  de  visite  de  Louis  d'Estaing,  évéque  de  Clermont, 
du  ij  Juillet  16 j  2.) 

Dans  le  piédestal  d'un  buste  de  saint  dans  l'église  de 
Mauriac,  existent  encore  quelques  parcelles  d'osse- 
ments des  saints  Innocents. 

Les  c/ieveux  de  la  sainte  Vierge  durent  disparaître  à 
l'époque  des  guerres  de  religion, 

B.  CH.\B.-iU, 

Chanoine  honoraire, 
Aumônier  de  la  Visitation  d'Aurillac. 

— -  Nous  avons  reçu  successivement  les 
deux  lettres  que  voici  : 

Chambly,  15  novembre  1884. 
Monsieur, 

Dans  le  dernier  fascicule  de  la  Revuf  de  l'Art  chré- 
tien, vous  annonciez  sur  la  foi  du  Bulletin  monumental, 
que  l'on  a  découvert  à  Beauvais  la  dalmatique  de 
Thibault  de  Nanteuil.  Permettez-moi  de  vous  dire, dans 
l'intérêt  de  la  vérité,  que  c'est  là  une  seconde  décou" 
verte.  Le  vêtement  en  question  parait  avoir  été  oublié 
même,  je  pourrais  dire  surtout, de  la  l'abrique  de  la  ca- 
thédrale, mais  il  est  connu  depuis  longtemps.  Il  appar- 
tenait à  un  respectable  chanoine,  savant  archéologue, 
M.  l'abbé  Barraud.  C'est  sans  doute  après  sa  mort  que 
ce  précieux  vêlement  a  été  transporté  à  la  cathédrale 
pour  y  rester  dans  l'oubli  jusqu'à  ce  qu'il  en  fut  tiré 
par  mon  savant  ami  M.  l'abbé  Pihan,  secrétaire  de 
l'évêché. 

La  Revue  de  I  Art  chrétien  a  déjà  décrit  ce  vêtement. 
Je  lis  en  effet  dans  le  numéro  de  décembre  1S60  un 
article  fort  intéressant  de  votre  dévoué  collaborateur 
M.  de  Linas,  où  ce  précieux  vêtement  est  décrit  et 
représenté  dans  une  planche  dessinée  par  M.  de  Linas 


Corresponoancc 


67 


lui-même.  Permettez-moi  de  remettre  l'anicle  sous  vos 
yeux. 

«  Mon  savant  collègue,  M.  le  chanoine  Barraud, 
avec  la  complaisance  qui  le  caractérise  et  dont  je  veux 
le  remercier  ici,  a  bien  voulu  me  confier  une  autre 
dalmatique  provenant  de  Thibault  de  Nanteuil,  évêque 
de  Beauvais  (1283-1300).  Ce  vêtement,  qui  porte  l'in- 
scription :  «  Theobaldus  de  Nantolio  quondam  Belva- 
censis  episcopus,  »  tracée  sur  un  morceau  de  velin, 
cousu  à  la  doublure  du  pan  antérieur  de  la  jupe  (voir 
la  planche  ci  jointe  C),  mesure  une  longueur  de  i'"44"= 
(A).  Large  à  la  taille  de  o'"89'=,  au  pied  de  i^ig^,  ses 
manches  carrées  ont  o™35'^  sur  o'"34=  et  ses  flancs 
s'ouvrent  jusqu'à  0,09'  de  l'aisselle.  Le  passage  de  la 
tête,  échancré  en  rond  par  devant,  est  légèrement  fendu 
de  chaque  côté.  Un  galon  d'environ  o'",o3'^,  dont  les 
traces  sont  parfaitement  visibles,  garnissait  les  manches 
et  le  col,  en  même  temps  qu'il  retombait  en  angusti- 
clave  sur  les  deux  faces.  L'élément  principal  de  la  dal- 
matique de  Beauvais,  est  une  étoffe  de  soie  gommée, 
couleur  safran,  à  laquelle  je  crois  pouvoir  donner  le 
nom  de  bougran;  un  mince  cendal  rouge  la  double  et 
un  effilé  polychrome  à  crête  rouge  en  borde  le  flanc 
et  la  manche  gauche  (o'"4o'-'  et  0^25"^).  » 

J'ai  pensé  que  ces  détails  pouvaient  vous  intéresser. 
Je  vous  les  transmets  et  vous  prie  d'agréer  l'assurance 
de  mes  sentiments  dévoués, 

L.  Marseaux, 

Curé-doyen  de  Chambly, 

Membre  du  comité  archéologique  de  Senlis. 


Chambly,  i  décembre  1S84. 
Monsieur  le  Secrétaire, 

Puisque  vous  voulez  bien  faire  les  honneurs  de  l'in- 
sertion à  ma  communication  relative  à  la  tunique  de 
Thibault  de  Nanteuil  évêque  de  Beauvais, vous  pouviez 
ajouter  que  Monsieur  l'abbé  Pihan,  qui  vient  de  l'e.'c- 
humer  de  l'oubli,  doit  la  placer  dans  le  musée  diosésain 
récemment  fondé  à  l'évèché  de  Beauvais.  Elle  sera 
ainsi  soustraite  à  l'incurie  de  la  fabrique  et  plus  facile 
à  voir  pour  l'archéologue. 

Monsieur  l'abbé  Pihan,  conservateur  du  musée  et 
secrétaire  de  l'évèché,  est  à  la  disposition  des  visiteurs. 

Recevez,  Monsieur,  l'assurance  de  mes  sentiments 
dévoués  en  N.  S. 

L.  Marseaux, 
Curé-doyen  de  Chamiily 


M.  de  Linas  lui-même  nous  fournit  la 
note  suivante  : 

Ir'cmail  De  coiticrs  et  la  Dalmatique  De 
Bcautiais.  -.^-^-..— .-=v.— -^---— -..-^ 

LA  Revîie  de  r Art  chrétien,  1884, 
p.  493,  col.  2,  mentionne  incidemment 
un  petit  émail  cloisonné  du  musée  de  Poi- 
tiers. La  pièce  en  question  m'a  été  montrée, 
en  octobre  1880,  parle  R.  P.  Camille  de  La 
Croi.x;  elle  se  trouvait  alors  dans  une  caisse 
ouverte,  mêlée  à  d'autres  débris,  et  il  est 
très  vraisemblable  qu'elle  n'a  pas  bougé  de 
place.  L'abbé  Texier,  qui,  le  premier,  si- 
gnala ce  curieux  monument,  l'avait  cru  de 
l'époque  gallo-romaine  (Mémoires  de  la  Soc. 
des  Antiq.  de  f  Ouest,  t.  VII,  p.  126;  Ai'gen- 
tiers  et  émailleurs  de  Limoges,  ap.  Id.,  1 842, 
p.  87);  l'erreur  était  alors  permise  au  savant 
archéologue,  faute  de  termes  de  comparai- 
son. Un  excipient  de  cuivre  rouge,  des  ma- 
tières parfondues,  ternes  et  grumeleuses, 
un  travail  grossier,  s'écartent  infiniment  des 
jolis  bijoux  de  bronze,  exhumés  en  Angle- 
terre, sur  le  Rhin,  en  Belgique,  dans  le 
Nord  et  l'Est  de  la  France.  Quant  aux 
écussons  byzantins,  importés  en  Occident 
pour  y  être  sertis  à  l'instar  des  gemmes,  ils 
n'ont  absolument  rien  de  commun  qu'une 
analogie  d'emploi  avec  l'émail  limousin  de 
Poitiers  et  sa  sœur  germaine,  l'applique  de 
Moissat-Bas  :  les  moyens  de  s'en  assurer 
ne  manquent  pas,  même  dans  la  ville  de 
sainte    Radegonde. 

La  Revive,  p.  531,  col.  2,  annonce  encore 
d'après  le  Btillctin  vionuviental,  la  décou- 
verte, à  Beauvais,  de  la  dalmatique  de 
l'évêque  Thibault  de  Nanteuil  (►{<  1300)  ; 
retrouver,  passe,  découvrir  est  un  peu  fort. 
Ce  précieux  vêtement,  que  l'érudit  abbé 
Barraud  avait  signalé  de  longue  date,  a  été 
publié   par   moi   dans   l'ancienne   Revue  de 


68 


ïRetiue   De   l'art   chrétien. 


rArt  clu-diai,  1860,  t.  IV,  p.  653-654,  et 
dans  les  y^«r.  vêteuients  saccrd.  etc.,  conservés 
en  Finance,  série  II,  p.  106-107:  la  descrip- 
tion est  accompagnée  d'une  planche  offrant 
l'ensemble  et  les  détails  de  l'objet,  plus  un 
fac-similé  du  parchemin   qui    garantit   son 


authenticité.  Seulement,  l'inventaire  de  1464 
n'étant  pas  arrivé  à  ma  connaissance, 
j'ai  pu  être  alors  induit  en  erreur  sur  la 
couleur  primitive  du  tissu  extérieur,  altéré 
par  l'âge. 

Charles  uf.  Linas. 


t 


00 


>7tM-tvi"CT  -tCrf-Vf'"'^  V^^"5/^ 


'ïïf'ïïf^âf^^^'ÏÏf^ 


M.  de  Farcy  nous  avait  adressd  pour  notre  livraison 
d'octobre  l'intéressante  correspondance  qui  suit,  au  sujet 
de  l'exposition  rétrospective  de  Rouen  ;  malheureusement, 
le  retard  apporté  dans  l'envoi  des  clichés  qui  devaient 
accompagner  cette  lettre  nous  a  obligés  d'en  retarder  la 
publication. 


Une  beurc  à  l'crposition  rétrospcctiuc 
De  Rouen. 


Monsieur, 

'AI  pris  quelques  notes  à  l'ex- 
position rétrospective  de  Rouen 
et  les  ai  complétées  à  mon 
retour  :  les  voici  à  tout  hasard. 
Si  vous  recevez  sur  le  même 
sujet  un  travail  plus  étendu,  je  vous 
autorise  de  grand  cœur  à  mettre  celui-ci 
au   panier. 

A  d'autres  je  laisserai  le  soin  de  décrire 
les  portraits,  meubles,  tapisseries,  pendules, 
etc.,  enfin  tous  les  objets  d'ameublement 
des  siècles  derniers,  si  bien  aménagés  par 
M.  G.  le  Breton  (')  ;  je  m'attacherai  seule- 
ment à  l'art  religieux  du  moyen  âge,  repré- 
senté avec  honneur  à  l'exposition  rétros- 
pective. 

L'attention  est  tout  d'abord  sollicitée  dans 
la  grande  galerie  par  une  pompe  à  incendie, 
prête  à  fonctionner  en  cas  de  sinistre.  Cet 
éloge  payé  à  la  prudence  de  l'administration, 

I.  M.  le  Breton  a  donné,  dans  la  Gazette  des  beaux-arts 
(2"^  période,  t.  XXVII,  octobre  et  novembre  1883),  deux 
excellents  articles  sur  les  étoffes  et  broderies  de  la  collec- 
tion Spitzer,  auxquels  j'ai  fait  quelques  emprunts  et  qui 
renferment  des  gravures  fidèles  représentant  l'.-Xrbre  de 
Jcssé,  un  orfroi  de  chasuble,  le  parement  du  lutrin  et  la 
mitre,  dont  je  donne  la  description  ;  j'y  renvoie  les  lecteurs 
de  la  Revue. 


il  faut  s'arrêter  longtemps  devant  l'armoire 
vitrée  de  M.  Spitzer  ('),  dont  les  merveil- 
leuses broderies  vont  surtout  m'occuper. 
A  part  deux  ostensoirs  pyramidaux  de 
la  dernière  époque  gothique,  cette  vitrine 
d'environ  six  mètres  de  long  ne  renferme 
que  des  ornements  sacerdotaux  du  plus 
grand  prix  et  d'une  étonnante  conser- 
vation. 

A  gauche,  c'est  une  chasuble  du  XVI^  siè- 
cle :  fond  de  damas  rouge,  broché  de  gre- 
nades d'or  ;  orfrois  brodés  au  passé  repré- 
sentant la  Résurrection  du  Christ,  son 
apparition  aux  apôtres  et  aux  saintes 
femmes,  enfin  sa  descente  aux  Enfers.  Les 
bras  de  la  croix  sont  disposés  en  Y,  usage 
presque  général  autrefois.  Tout  près,  voici 
une  dalmatique  de  même  époque,  au.x  orfrois 
brodés  de  saints  sous  des  tabernacles  (^)  ;  le 
fond  est  en  velours  de  Gênes,  bouclé  d'or. 
La  magnifique  chasuble  suspendue  un  peu 
plus  loin  date  de  la  fin  du  XV^  siècle  ;  ses 
orfrois  sont  aussi  en  forme  d'Y.  M.  le  Breton 
l'attribue  à  l'école  de  Bruges.  On  y  voit  sur 
le  devant  l'Annonciation,  la  Visitation,  puis 
la  Nativité  au  centre  ;  sur  le  dos  au  milieu 
l'Adoration  des  Mages  et,  en  descendant, 
la  Circoncision  et  la  Présentation  au  Tem- 
ple. La  vie  du  Christ  commencée  ici  se 
poursuivait  sans  doute  sur  la  chape  corres- 
pondant autrefois  à  cette  chasuble. 

1,  La  collection  de  M.  Spitzer,  en  grande  partie  exposée 
au  Trocadéro  au  moment  de  la  grande  exposition,  est 
d'une  richesse  inouïe.  Outre  ses  belles  broderies,  cet  ama- 
teur a  exposé  à  Rouen  une  curieuse  vitrine  de  gaines  et 
coffrets  en  cuir  gaufré  et  enluminé  du  moyen  âge  et  des 
spécimens  de  céramique  persane. 

2.  On  appelait  tabernacles  dans  les  inventaires,  les 
niches  d'architecture  brodées  sur  les  orfrois  ;\  personnages. 


i''*^  Livraison. 


70 


IReti  uc  tjc   rat t    chrétien 


Le  fond  de  l'armoire  est  ensuite  garni  par 
une  chape  de  velours  rouge,  au  manteau 
tout  semé  à^  florions  (')  de  broderie,  d'anges 
portant  les  instruments  de  la  Passion.  Le 
Musée  de  Cluny,  la  cathédrale  de  Bruges 
et  plusieurs  collections  particulières  en  pos- 
sèdent des  spécimens  analogues  (^).  On 
rencontre  presque  toujours  au  centre  de  ces 
manteaux,  sous  le  chaperon,  l'Assomption 
de  la  Vierge  entre  quatre  grandes  fleurs  de 
lis,  des  séraphins  à  six  ailes  montés  sur  des 
roues  avec  des  phylactères  portant  ces  mots  : 
Gloria  in  Excelsis  Deo,  ou  bien  Da  gloria))i 
Dca,  ou  encore  Alléluia,  le  tout  entremêlé 
des  fleurons  les  plus  élégants,  brodés  en 
couchure  et  au  passé.  Entre  tous  ces  motifs 
rayonnant  du  centre  aux  bords  extérieurs 
de  la  chape,  on  a  semé  des  vrilles  de  fil  d'or, 
des  paillettes  annulaires  qui  flamboient  de 
tous  côtés  et  relient  de  la  façon  la  plus 
heureuse  ano-elots  et  fleurons.  Parfois  ces 
broderies  étaient  un  peu  négligées  ;  ici 
il  n'en  est  rien.  Ce  parti,  excellent  au 
point  de  vue  décoratif  fut  imaginé  pour 
remédier  à  la  pauvreté  relative  du  velours 
uni,  quand  on  n'avait  pas  à  sa  disposition 
les  brocards  et  velours  ciselés  d'or  ou 
bien  quand  on  n'avait  pas  les  ressources 
suffisantes  pour  broder  en  pleine  la  chape 
tout  entière  (^). 

Devant  cette  belle  pièce,  se  trouve  l'objet 

1.  Ce  mot  de  Jîorions  désigne  dans  les  descriptions 
d'ornements  anciens  les  fleurs  semées  de  distance  en 
distance  ;  j'en  pourrais  citer  bien  des  exemples. 

2.  M.  Vermersch  possède  une  chape  de  velours  bleu 
ainsi  disposée.  (Voy.  L'art  ancien  à  l'exposition  de 
Bruxelles,  18S2,  p.  318.)  J'ai  moi-même  une  chape  identi- 
que sur  fond  bleu  et  une  belle  chasuble  sur  velours  grenat, 
toute  semée  de  chérubins,  de  fleurons,  etc.. 

3.  Les  anciens  trésors  de  nos  cathédrales  possédaient 
presque  tous  de  magnifiques  chapes  brodées  en  entier 
(avec  la  bible  en  ymages,  à  l'histoire  de  la  passion  sur 
fond  battu  à  or  etc..)  11  en  existe  encore  quelques-unes 
en  France  ;  celle  de  Saint-Louis  de  Toulouse  à  St-j\la.xi- 
min  (Var)  et  celles  de  Saint-Bernard  de  Comminges,  dont 
M.  de  Linas  donne  la  description  dans  son  Rapport  sur 
les  anciens  vêlements  sacerdotaux. 


le  plus  important  de  la  collection,  à  mon 
avis.  C'est  une  bande  de  i'"  70  de  long 
sur  0,55  de  large  environ  représentant  Jessé 
étendu  sur  un  lit  :  de  sa  poitrine  s'élance  un 
tronc  vigfoureux,  dont  les  branches  forment 
quatre  médaillons  superposés.  David,  Salo- 
mon  et  la  Vierge  Marie  occupent  les  trois 
premiers  en  forme  de  Vesica  piscis  ;  le 
quatrième,  plus  large,  entouré  des  extrémités 
des  branches  chargées  de  feuilles  de  vigne 
et  de  raisins,  est  consacré  au  Crucifiement. 
Des  rinceaux  délicats  entourent  quatre  pro- 
phètes entre  les  grands  médaillons.  Six 
grosses  tiges,  coupées  sur  les  bords  de  la 
toile,  couverte  de  fil  d'or,  qui  sert  de  fond 
à  ce  beau  travail, font  voir  que  la  composition 
de  l'artiste  a  été  mutilée.  C'était,  à  mon  sens, 
la  partie  centrale  d'une  chape,  complétée  à 
droite  et  à  gauche  par  trois  bandes  de  toile, 
semblablement  historiées  de  rameaux,  en- 
tourant des  rois  et  des  prophètes.  Dans 
mon  hypothèse,  le  brodeur  a  reculé  devant 
la  difficulté  de  broder  toute  la  chape  d'un 
seul  morceau  ;  mais  pour  coudre  les  diverses 
parties  ensemble  plus  facilement  après  que 
chacune  a  été  brodée  séparément,  il  a  évité 
les  raccords  le  plus  possible.  Chaque  rinceau 
secondaire  entourant  les  prophètes  sur  les 
côtés  est  complet,  si  bien  que  la  couture,  se 
faisant  sur  le  fond  d'or,  était  imj^erceptible  : 
il  n'y  avait  d'embarras  que  pour  les  grandes 
tiges,  qui  enjambaient  d'une  largeur  de  toile 
sur  l'autre. 

Ce  fragment  de  chape  me  paraît  dater  de 
la  fin  du  XIII«=  siècle  :  le  fond  est  en  cou- 
chure d'or  chevronné  ;  les  feuillages,  exé- 
cutés au  point  de  crochet,  sont  réappliqué.s, 
et  les  figures  brodées  au  point  de  peinture. 
J'emprunte  ces  détails  à  M.  le  Breton  ;  je 
n'ai  pu  examiner  les  choses  d'assez  près  ('). 
Voici  un  dessin  de  cette  riche  broderie  :  il 


I.  Collection   Spitzer.   Les  étoffes  cl  les  broderies,   par 
M.  Gaston  le  Breton,  p.  14. 


Planche  III. 


Rc^ue   ÎJC   THrt   t\}vttitn. 


I.  Fragment  de  chape  à  l'exposition  de  Rouen. 


II.  Mitre  du  XIV'^  siècle  à  l'exposition  de  Rouen. 


Bouticllcs    zt  ^clangc0. 


71 


en  dira  davantage  aux  lecteurs  de  la  Revtie 
que  de  longues  descriptions.  Ce  sur  quoi  il 
faut  surtout  insister  ici,  c'est  le  rapport 
extraordinaire  qui  existe  entre  le  tracé  de 
cette  belle  pièce  et  les  peintures  des  bibles 
et  missels  de  la  même  époque.  Miniatures 
et  broderies  étaient  souvent  exécutées 
par  les  mêmes  artistes.  On  ferait  bien 
de  nos  jours,  quand  on  prétend  broder 
des  ornements  en  style  moyen  âge,  de 
s'inspirer  en  toute  confiance,  à  défaut  de 
modèles  anciens,  des  miniatures  des  ma- 
nuscrits des  XlJe,  XIIIi^  et  XIV'-'  siècles. 
On  serait  certain  ainsi  de  ne  pas  faire 
fausse  route. 

Revenons  à  notre  vitrine.  Voici  d'admira- 
bles broderies  espagnoles  du  XV I^  siècle  : 
que  de  talent  et  de  soins,  prodigués  dans 
ces  applications  rehaussées  d'or  et  de  soie  ! 
Malgré  cela,  ces  chefs-d'œuvre  me  laissent 
un  peu  froid.  Aucun  caractère  religieux  : 
rinceaux  et  arabesques  sont  aussi  bien  à  leur 
place  sur  une  couverture  de  lit  que  sur  une 
chape.  On  me  pardonnera  de  réserver  mon 
enthousiasme  pour  une  mitre,  dont  je  vais 
parler  tout  à  l'heure.  Toutefois  je  serais 
accusé  de  parti  pris  contre  la  Renaissance 
si  je  ne  disais  rien  d'un  parement  de  lutrin(?) 
en  drap  d'or  frisé  et  bouclé  d'un  travail  fort 
précieux.  Le  sujet  du  grand  médaillon 
quadrangulaire  m'a  tout  particulièrement 
intrigué.  Sur  un  brancard,  orné  d'un  beau 
parement,  quatre  prêtres  en  chasuble  por- 
tent un  joyau  en  forme  de  ciborium,  qui 
abrite  un  reliquaire  ou  un  ciboire.  David, 
la  harpe  en  mains,  les  précède  comme  autre- 
fois l'arche  d'alliance. 

La  procession  sort  d'une  ville  et  passe 
devant  une  reine,  placée  à  la  fenêtre  de  son 
palais.  S'agit-il  d'une  procession  du  Saint- 
Sacrement  .''  J'en  doute,  il  n'y  a  ni  luminaire 
ni  dais.  Faut-il  voir  là  une  simple  relique, 
peut-être  celle   du  Saint-Sang  de   Bruges, 


dont  le  réceptacle,  bien  que  plus  récent,  a 
quelque  ressemblance  avec  celui-ci  ?  Je 
n'oserais  trancher  la  question  ;  quoiqu'il  en 
soit  la  broderie  est  superbe  :  sur  l'autre 
pan  on  remarque  la  Résurrection  de  Notre 
Seigneur. 

Venons  enfin  à  la  mitre  du  XIV^  siècle, 
dont  les  bordures  ont  été  semées  de  grosses 
perles  et  les  rampants  garnis  de  feuillages 
de  vermeil,  amortis  par  une  charmante 
croix  à  jour,  ornée  d'un  saphir,  de  quatre 
perles  et  de  quatre  rubis.  Six  apôtres,  un 
évêque  au  milieu  et  le  Christ  bénissant 
au  sommet,  tous  brodés  à  mi-corps,  occu- 
pent les  huit  médaillons  des  orfrois  (titre  et 
cercle),  dont  le  fond  est  en  couchure  d'or. 
Les  reliefs  formant  bordure,  feuillages  et 
encadrements  de  figures  sont  obtenus  par 
une  corde,  placée  sous  les  fils  d'or.  Les 
côtés  triangulaires  sont  brodés  en  couchure 
d'argent  figurant  un  treillis  :  au  milieu 
deux  anges  en  adoration,  dans  des  médail- 
lons fond  d'or.  L'ensemble  est  riche  sans 
confusion  et  très  satisfaisant.  On  dirait  les 
personnages  brodés  à  un  point  de  chaînette 
très  fin. 

La  Sainte  Vierge  remplace  le  Christ  au 
sommet  de  l'orfroi  de  l'autre  face  de  la 
mitre,  disposée,  quant  au  reste,  comme 
la  première.  Les  fanons  ont  disparu.  Les 
feuilles  rampantes  en  vermeil  de  la  partie 
antérieure  entrent  les  unes  dans  les 
autres,  de  façon  que  la  mitre  puisse 
prendre  une  forme  convexe  sans  difficulté. 
Une  riche  étoffe  du  XIV^  siècle  garnit  les 
souftiets  ;  c'est  un  damas  blanc,  broché 
d'aigles  aux  têtes  et  pieds  d'or.  La  reproduc- 
tion, d'après  la  Gazette  des  Beatix-Arts, 
peut  en  donner  une  idée.  (v.  pi.  III.)  11  faut 
cependant  dire  que  le  dessinateur  a  oublié 
les  belles  perles  semées  sur  les  bordures 
d'or  verticales  et  horizontales  de  chaque 
côté  des  médaillons  et  de  écoincons. 


72 


IRcuuc  De    rart   chrétien 


Deux  belles  paires  de  gants,  l'une  tri- 
cotée en  soie  violette  et  en  fil  d'or,  l'autre 
brodée,  une  ancienne  étole  et  quelques 
autres  broderies  moins  importantes  com- 
plètent cette  incomparable  collection;  il  m'a 
fallu,  à  mon  grand  regret,  passer  outre. 
Mentionnons,  pour  en  finir  avec  les  bro- 
deries ,  les  deux  belles  aumônières  du 
XlVe  siècle  de  M.  Delaherche,  reproduites 
dans  plusieurs  ouvrages. 

Parmi  les  émaux  de  Limoges, il  faut  citer 
ceux  de  la  vitrine  de  M.  Piet-Lataudrie;  une 
jolie  croix  du  XI I^  siècle,  de  M.  Beaucousin, 
éearée  au  milieu  des  tabatières,  montres 
et  miniatures  ;  deux  superbes  châsses  re- 
présentant l'une  le  meurtre  de  saint  Tho- 
mas Becket  et  l'autre  l'Adoration  des 
Mao-es  et  le  massacre  des  Innocents,  à 
M.  de  Glanville.  Peut-on  voir  sans  admi- 
ration le  superbe  triptyque  du  XV^  siècle 
de  M.  Stein  et  tant  d'autres  pièces,  que  je 
n'ai  même  pas  le  temps  de  noter  ? 

L'orfèvrerie  brillait  aussi  dans  certaines 
vitrines  :  ici  les  magnifiques  monstrancesde 
M.  Spitzer,  de  l'abbé  Couillard  et  de  M. 
Stein  ;  là  deux  calices  du  XI I^  siècle,  l'un  de 
ce  même  amateur  (')  ;  plus  loin  une  grande 
croix  processionnelle  du  XIV"  siècle,  d'ori- 
gine espagnole,  appartenant  à  M.  Maillet 
du  Boulay. 

La  Viersre  en  ivoire  du  milieu  du  XI 11^ 
siècle,  exposée  par  M.  Bligny,  est  une  de 
ces  pièces,  dont  on  ne  peut  détacher  ses 
regards  qu'à  regret.  La  gravure  jointe  à 
ces  notes  en  donnera  une  idée.  (v.  pi.  IV). 

Et  les  manuscrits  enluminés  !  M.  Gau- 
dechon  possède  une  Bible  du  XI 11^  siècle, 
je  dirais  presque  de  la  fin  du  XI I^  si  je  m'en 
rapporte  au  style  des  ornements,  de  la  plus 
grande  beauté.  En  admirant  l'I  de  Yiu 
prmcipio  de    la    Genèse,     sur    lequel    est 

I.  Un  de  ces  deux  calices  a  été  gravé  dans  la  Gazette 
des  beaux-arts,  1878,  p.  225. 


peinte  la  création  en  six  jours,  on  ne  re- 
grette qu'une  chose,  c'est  de  ne  pouvoir 
contempler  des  heures  entières  les  autres 
miniatures,  qui,  à  en  juger  par  celle-ci, 
doivent  être  splendides. 

Je  signalerai  aux  amateurs  de  ferronne- 
rie une  grande  porte  du  XV^  siècle  (i"'  20 
sur  0,50),  qui  parait  avoir  appartenu  à  quel- 
que tabernacle.  C'est  une  merveille  ;  avec 
quelle  grâce  surtout  serpentent  tout  autour 
certainsfeuillagesen  fer  découpéet  repoussé! 
Collection  de  M.  Essonville  Bligny. 

Un  catalogue  bien  autrement  complet 
que  ces  notes  prises  à  la  hâte  s'imprime 
en  ce  moment  et  j'y  renvoie  les  lecteurs 
de  la  Revue  désireux  de  plus  amples  dé- 
tails ;  puisse  ce  petit  compte-rendu  leur  être 
agréable  ! 

On  me  permettra,  j'espère,  d'exprimer 
un  vœu  relatif  à  la  classification  des  objets 
admis  à  toutes  les  expositions  rétrospecti- 
ves. Au  lieu  de  placer  dans  une  même 
vitrine  toutes  les  richesses  (souvent  de  style, 
d'origine  et  de  destination  bien  différents) 
d'un  même  collectionneur,  et  de  mettre  un 
peu  de  tout  dans  chaque  partie  de  l'exposi- 
tion, je  souhaiterais  voir  ranger  tous  les 
objets  suivant  leur  destination  par  ordre 
chronologique:  toutes  les  pendules  à  la  suite, 
tous  les  flambeaux,  tous  les  chenets,  etc.. 
de  même.  On  saisirait  ainsi  facilement,  en 
allant  des  plus  anciens  spécimens  au.x 
plus  récents,  tous  les  changements  de  forme 
imposés  par  la  mode  et  les  styles  successifs: 
ce  serait,  je  crois,  fort  instructif.  Ceci  n'em- 
pêcherait pas  de  meubler  des  appartements 
en  entier  en  tel  ou  tel  style,  pour  donner 
des  idées  d'ensemble.  Le  coup  d'oeil  géné- 
ral d'une  exposition  organisée  suivant  mes 
désirs  serait  moins  pittoresque.moins  varié, 
mais  le  résultat  pratique  serait  plus  consi- 
dérable, j'imagine. 

L.  DE   Earcv. 


i>L..r/. 


Vlr 


j^ouucllcs  et  a^élanges. 


73 


ecrposition  romaine  à  Turin. 

'EXPOSITION  romaine  qui  a  eu 
lieu  cette  année  à  Turin,  est  un 
événement  considérable  pour  l'his- 
toire de  l'art  et  ne  saurait  passer 
inaperçue  des  lecteurs  de  la  Revtie.  Nous 
croyons  donc  bien  faire  en  leur  en  offrant 
un  rapide  compte  rendu. 

M.  le  Duc  Torlonia,  chargé  de  l'organiser, 
réunit  les  hommes  les  plus  capables  de  la 
mener  à  bonne  fin.  Ces  savants  comprirent 
qu'elle  devait  être  historique,  qu'elle  devait 
nous  montrer  les  monuments  comme  témoins 
des  longues  et  dramatiques  annales  de 
Rome.  Dans  cette  pensée  ils  la  divisèrent 
en  trois  parties:  r antiquité,  le  moyen  âge, 
les  temps  modernes. 

A  Rome,  l'antiquité  occupe  une  place  si 
considérable,  qu'on  fut  obligé  de  la  limiter 
aux  dernières  découvertes.  Ses  monuments 
ont  été  rapportés  dans  un  pavillon  circu- 
laire qui  reproduit  les  fermes  élégantes  du 
temple  de  Vesta,  et  dans  des  portiques 
disposés  alentour. 

Si  remarquable  que  soit  cette  première 
partie,  elle  nous  parait  d'un  intérêt  inférieur 
à  la  seconde.  Il  y  a  peu  d'années  que  l'on 
commence  à  apprécier  la  grandeur  monu- 
mentale du  moyen  âge  en  Italie;  les  artistes 
que  leurs  études  ou  leurs  goûts  y  attiraient 
autrefois,  s'appliquaient  à  l'antiquité,  à  la 
Renaissance  où  ils  croyaient  la  retrouver,  et 
fermaient  dédaigneusement  les  yeux  devant 
les  monuments  que  de  grands  siècles  et  de 
ofrands  hommes  ont  élevés  dans  l'intervalle. 
A  Rome,  ces  préjugés  étaient  pires  qu'ail- 
leurs et,  chose  remarquable,  ils  avaient  cours 
dans  l'esprit  même  des  artistes  et  des  héros 
du  moyen  âge.  Rienzi  se  croyait,  de  bonne 
foi,  le  survivant  des  vieux  tribuns,  il  faisait 
de  la  politique  archéologique  et  rattachait 
tous   ses  actes  aux  traditions  de  la  Républi- 


que ;  les  architectes,  surtout  les  prédéces- 
seurs des  Cosmati,  s'applaudissaient  lors- 
qu'ils avaient  relevé  de  terre  quelque 
colonne  des  temps  classiques  et  croyaient 
être  de  moitié  dans  le  chef-d'œuvre  quand 
ils  dérobaient  quelque  beau  fragment  à 
l'antiquité  pour  l'encastrer  dans  des  briques 
grossières.  Il  faut  convenir  qu'il  y  avait  là, 
sans  qu'ils  s'en  doutassent,  une  sorte  d'abdi- 
cation qui  justifie  le  peu  d'estime  que  la  pos- 
térité a  fait  jusqu'ici  de  leurs  édifices,  mais 
il  faut  ajouter  que  cette  mise  en  œuvre  des 
marbres  antiques  par  des  mains  naïves 
constitue  une  des  phases  les  plus  curieuses, 
même  des  plus  importantes  de  l'histoire 
de  l'art.  Lorsqu'on  parcourt  les  rues  du 
Transtévère  encore  épargnées  par  les  dé- 
molisseurs modernes,  on  subit  le  charme  de 
cette  singulière  architecture.  Ces  hautes 
tours  de  briques,  ces  murailles  grandioses 
percées  de  rares  fenêtres  et  au  pied  des- 
quelles s'ouvre  inopinément  un  portique,  qui 
tout  à  coup  décèle  un  chapiteau,  un  bas 
relief,  une  inscription  antique,  ce  singulier 
mélange,  cet  ensemble  parait  majestueux,  il 
surprend,  intéresse,  captive  singulièrement. 

M.  le  professeur  Stevenson,  qui  a  passé 
sa  studieuse  jeunesse  au  milieu  des  anti- 
quités chrétiennes,  et  qui  promet  à  RI.  de 
Rossi  un  héritier  digne  de  ce  prince  de  la 
science,  a  compris  ce  grand  spectacle.  Il  est 
descendu  des  sommets  des  premiers  siècles 
vers  ces  âges  plus  négligés  jusqu'ici  ;  il  a  su 
appliquer  à  ces  nouvelles  études  la  forte  mé- 
thode de  son  maître  et  s'est  montré  un  des 
plus  habiles  organisateurs  de  l'exposition. 

C'est  à  lui  que  nous  devons  d'abord  le 
recueil  des  plans  de  Rome,  collection  toute 
nouvelle  et  précieuse  ;  depuis  la  Roma  t]iia- 
drata  du  Palatin,  depuis  le  célèbre  plan  du 
Capitole  exécuté  sous  Septime  Sévère  jus- 
qu'à celui  de  Bufalini,  le  premier,  je  crois, 
(jui  lut  imprimé,  nous  y  saisissons  les  longs 


1^*^    Ll\  UAFSON 


74 


IRctiuc  De   rart  chrétien 


anneaux  de  l'histoire  monumentale;  on  y 
voitsuccessivement  les  monuments  antiques 
transformés  en  forteresses.la  ville  se  hérisser 
de  tours  guerrières,  sortes  de  plantes  para- 
sites parmi  ses  ruines,  puis  des  portiques 
s'ouvrir,  des  palais  s'élever  et  enfin,  sous 
Sixte  V,  une  cité  nouvelle  surgir  tout  à 
coup.  M.  de  Rossi  avait  commencé  ce  re- 
cueil, il  y  a  quelques  années,  M.  Stevenson 
y  ajoute  des  pages  curieuses,  que  grossiront 
certainement  des  découvertes. 

A  ces  plans  sont  jointes  diverses  vues 
choisies  parmi  les  gravures  antérieures  aux 
transformations  modernes  et  qui  en  forment 
comme  les  détails.  Elles  nous  transportent 
dans  cette  Rome  des  XI V^  etXV^  siècles  oii 
les  bases  des  édifices  antiques  étaient  ense- 
velies sous  le  sol.  Dans  ce  temps  on  arrivait 
de  plain-pied  au  portique  du  tabularium  qui 
servait  d'entrée  au  palais  du  Capitole. 

Ce  palais  du  Capitole  qui  renferme  des 
souvenirs  de  l'histoire  de  Rome  pendant 
deux  mille  ans,  depuis  les  douze  tables, 
jusqu'au  balcon  où  haranguait  Rienzi  le 
jour  de  sa  mort, et  aux  tours  de  Boniface  IX, 
ce  palais  méritait  une  attention  spéciale. 
Les  auteurs  de  l'exposition  l'ont  compris, 
ils  ont  rapporté  une  suite  de  gravures  et 
de  documents  qui  permettent  d'en  faire  et 
d'en  justifier  la  restauration. 

On  y  a  joint  des  études  sur  l'Ara-Cœli, 
sur  son  cloître  et,  pour  compléter  le  tableau 
de  l'histoire  civile  de  Rome,  qu'on  nomme- 
rait mieux  l'histoire  militaire,  on  a  reproduit 
les  plus  fameuses  tours  seigneuriales,  celles 
de'Conti,  délie  Milizie,  celle  deU'Anguillara 
qui  domine  une  cour  pittoresque  toute  pleine 
encore  de  la  vie  du  moyen  âge.  Viennent 
aussi  les  simples  maisons,  celle  de  Rienzi 
au  Vélabre,  l'élégante  demeure  avec  por- 
tique qui  fait  face  à  Ste-Cécile  et  divers 
édifices  que  relèvent  de  rares  mais  fines 
sculptures  ou  des  fragments  antiques. 


L'architecture  religieuse,  pour  Rome> 
devait  tenir  la  première  place.aussi  voyons- 
nous  paraître  dans  cette  chronologie,  un 
plan  des  catacombes,  St- Laurent  hors  les 
murs,  l'ancienne  basilique  de  St-Clément, 
SSts-Jean  et  Paul,  St-Georges  au  Vélabre. 
Les  campaniles,  ces  monuments  de  /'f/e 
sonnante  de  Montaigne,  devaient  figurer 
aussi,  et  nous  y  voyons  ceux  de  Ste-lNIarie 
au  Transtévère,  de  Ste-Marie  Majeure,  de 
Ste-Marie  in  Cosmedin,  etc.  etc. 

L'architecture  dite  Lombarde,  dont  les 
spécimens  les  plus  connus  sont  les  églises  de 
Toscanella,  intervient  ensuite;  elle  précède 
les  travaux  des  Cosmati  qui  fournirent  une 
branche  particulière  et  comme  un  dernier 
jet  de  sève  de  l'art  romain  au  moyen  âge. 

M.  Stevenson  a  étudié  soigneusement 
l'histoire  de  ces  Cosmati  dans  une  série  de 
savants  articles  insérés  au  Catalogue  et 
qui  nous  montrent  cette  famille  d'artistes 
couvrant  pendant  plus  d'un  siècle  de  leurs 
œuvres  Rome  et  les  environs.  Nous  les 
voyons  abandonner  les  emprunts  antiques, 
peut-être  à  cause  de  la  rareté  croissante  des 
marbres;  nous  les  voyons  agir,  sculpter  eux- 
mêmeset  mériter  mieux  que  leurs  devanciers 
de  signer  des  œuvres  qui  deviennent  origi- 
nales ;  les  cloîtres  du  Latran,  de  St-Paul,  de 
Subiaco,  la  clôture  de  chœur  de  St-Alexis, 
quelques  ambons  sont  leurs  principaux  ou- 
vrages. S'ils  laissent  à  désirer  comme  sculp- 
ture, si  la  touche  est  empâtée,  terne,  sans 
effet,  ces  défauts  sont  rachetés  par  l'éclat  des 
mosaïques,  or,  pourpre,  azur  qu'ils  enroulent 
sur  leurs  colonnes,  qu'ils  suspendent  aux 
frises,  dont  ils  encadrent  les  vastes  disques 
de  porphyre  ou  de  serpentine.  Ce  style  gai, 
fleuri,  s'épanouit  au  milieu  des  sévères  édi- 
fices antiques  ou  des  sombres  murailles  du 
XI 11*=  siècle  comme  des  fleurs  au  milieu 
des  ruines,  et  il  justifie  la  vogue  dont 
jouirent  si  longtemps  ses  auteurs. 


Bouticllcs    et   a^clangcs 


75 


Les  mosaïques  romaines  sont  presque, 
du  IX^  au  XlIIesiècle,  les  seuls  éléments 
qu'on  possède  pour  l'histoire  de  ce  genre 
de  peinture  ;  elles  avaient  donc  une  place 
essentielle  marquée  à  l'exposition.  Nous  y 
retrouvons  en  effet  dans  l'ordre  chronolo- 
gique.les  deux  médaillons  de  la  bibliothèque 
Chigi,  l'abside  des  Stes-Rufine  et  Seconde 
au  baptistère  de  Constantin,  Ste-Sabine, 
SSts-Côme  et  Damien,  St- Laurent,  Ste-A- 
gnès,  Ste-Praxède,  St-Clément,  Ste-Marie 
au  Transtévère,  Ste-Marie  la  Neuve. 

M.  Stevenson,  qui  s'occupe  d'une  histoire 
de  la  peinture,  ne  pouvait  oublier  les  fres- 
ques qui  couvraient  à  Rome  les  murs  de 
beaucoup  d'églises.  L'exposition  nous  en 
retrace  plusieurs,  à  partir  du  cimetière  de 
Pontien,  des  fresques  de  St-Clément, 
jusqu'aux  peintures  voisines  de  la  Renais- 
sance. 

Quelques  pages  de  la  fin  du  catalogue 
sont  réservées  à  l'exposé  des  travaux  mo- 
dernes exécutés  à  Rome,  mais  le  but  vérita- 
blement atteint  est  l'exposition  du  moyen 
âge  monumental.  Nous  envoyons  nos  plus 
vifs  remerciments  aux  savants  qui  ont 
conçu  cette  belle  pensée  et  qui  l'ont  si  bien 
réalisée,  surtout  nous  nous  associons  à  leurs 
vœux  pour  que  cette  exposition  ne  soit  pas 
éphémère,  mais  qu'elle  devienne  la  base 
d'un  musée  d'histoire  du  moyen  âge.  L'his- 
toire, la  vérité,  la  justice  y  gagneront  ;  en 
suivant  sur  les  pierres  ces  annales  nouvelles 
de  la  Rome  pontificale,  si  peu  connue,  en- 
trevue jusqu'ici  derrière  des  préjugés  et  des 
calomnies,  on  y  apprendra  que  les  progrès 
et  les  déclins  de  l'art  y  ont  suivi  pas  à  pas 
lesdestinées  des  papes  selon  qu'elles  étaient 
triomphantes  ou  tourmentées. 

Georges  Rohault  de  Fleurv. 


ficinrurcs  mucaics  D'HnDrcsscin.  (Hncee). 

N  l'automne  de  l'année  1869,  je 
visitais     l'église    d'Andressein , 
village  situé  à  l'entrée  de  la  pit- 
toresque vallée  de  la  Bellongne, 
au  contluent  de  la  Boulgane  et  du  Lez,  non 
loin   de    Castillon   en   Couserans  ;   sous   le 
porche  de  l'église  je  crus  apercevoir  quel- 
ques traces   de  peinture  recouvertes  d'un 
badigeon  à  la  chaux;  je  grattai  et  frottai,  aidé 
par  j\L  l'abbé  Cau-Durban,  alors  vicaire  à 
Castillon  et  mon  compagnon  de  route,   et 
je  pus   ainsi    rendre  à  la    lumière  quelques 
peintures  qui  ne  sont  pas  dépourvues  d'in- 
térêt. C'est  du  moins   ainsi   que  les  jugeait 
mon  savant  et  regretté  maître,  M.  Quiche- 
rat,  à  qui  j'avais  communiqué  mes  croquis. 
L'église  d'Andressein  comprend  :  une  nef 
de  la  fin  du  XIIP  siècle  formée  de  trois 
travées,  la  plus  voisine  du  chœur  couverte 
d'une  voûte  d'og  ives,  les  deux  autres  voûtées 
de  berceaux  en  tiers-point  appuyés  sur  des 
arcs  doubleaux  ;  un  chœur  terminé  en  pans 
coupés  de  l'époque  de  la  nef  ou  remanié  au 
XIV""  siècle  ;  deux  bas-côtés  ajoutés  vers  la 
fin  du  XV^  siècle  ou  les  premières  années  de 
la  Renaissance  ;  un  campanile  placé  au-des- 
sus de  la  porte  de  la  nef,  composé  de  deux 
rangs  d'arcades  géminées   en  plein  cintre, 
surmontés  d'un    pinacle  en   forme  de  cré- 
neaux ;    un    porche    couvert     d'une    voûte 
d'arêtes  correspondant  à  la  nef  et  probable- 
ment   de    la    même  époque  ;   deux  autres 
porches  correspondant  aux  bas-côtés  et  abri- 
tant leurs  portes,  dont  l'une,  richement  ornée 
en  style  de  la  Renaissance,  porte,  dans  un 
écusson,la  date  de  1564  ;  ces  deux  porches 
latéraux  ne  sont  pas  voûtés,  mais  simple- 
ment surmontés  de  charpentes.  L'église  est 
orientée  ("). 

:.  Ces  détails  sont  empruntes  à  mes  notes  et  à  la  des- 
cription publiée  par  M.  de  Lahondès  dans  la  Semaine 
catholique  de  Parniers.  (Ann.  1S83,  n"  6,  p.  125.) 


76 


Ectjuc   De   rart   chrétien. 


C'est  sous  le  porche  central  que  sont 
placées  les  peintures.  Sur  les  voussures  des 
arcades  qui  supportent  au  nord  et  au  midi, 
c'est-à-dire  du  côté  de  l'évangile  et  du  côté 
de  l'épître,  les  retombées  de  la  voûte,  et 
sur  cette  voûte  même,  on  peut  voir  encore 
quatre  anges  et  quelques  saints  ;  de  ceux-ci, 
il  ne  m'a  été  possible  de  reconnaître  que  les 
images  de  S.  Jean-Baptiste  et  de  S.Jacques, 
caractérisés  le  premier  par  son  vêtement  de 


peau  et  par  l'agneau  nimbé  et  accompagné 
d'une  croix  qu'il  porte  couché  sur  un  livre, 
le  second  par  ses  pieds  nus,  par  son  bourdon 
et  sa  coiffure  de  pèlerin.  Les  quatre  anges 
mieux  conservés  sont  nimbés,  vêtus  de 
longues  robes  et  de  dalmatiques  à  collets 
rabattus  et  à  manches,  ils  jouent  de  divers 
instruments  :  guitare,  doucine,  viole  et 
harpe. 

Sur  les  faces  principales  des  quatre  piliers 


qui  soutiennent  les  deux  arcades  du  nord  et 
du  midi  —  donnant  accès  aux  deux  porches 
latéraux  —  sont  peints  quatre  tableaux 
larges  d'environ  un  mètre,  hauts  d'un  mètre, 
dix  centim.,  entourés  d'une  bordure  de 
douze  à  treize  centimètres  de  couleur  som- 
bre semée  de  quatre-feuilles.  En  voici  la 
description. 

(A).  Câ/(f  de  révangile  (nord)  :    i"   Pilier 
adossé  à  l'église.  Dans   une  ouverture  pra- 


tiquée dans  un  mur  crénelé,  on  voit  un 
homme  assis  les  pieds  attachés  par  deux 
anneaux  de  fer,  les  mains  jointes  dans  l'at- 
titude de  la  prière  ;  puis  cet  homme  sort 
d'une  toLu-  crénelée  emportant  ses  chaînes  ; 
dans  la  partie  inférieure  du  tableau  il  est 
représenté  agenouillé  ses  fers  à  la  main 
devant  un  édicule  où  l'on  peut  reconnaître 
le  campanile  d'Andressein  et  un  autel  sur 
lequel,  malgré  l'état  de  dégradation  de  ces 


JI3o II tieUcs    et   sgélanges. 


77 


peintures,  on  peut  distinguer  les  contours 
d'une  Notre-Dame  de  Pitié. 

(B).  2°  Pilier  opposé  au  précédent.  Une 
femme  tombe  d'un  arbre  la  tête  en  bas,  les 
bras  étendus,  les  vêtements  dans  un  désor- 
dre assez  naïf;  on  la  revoit  dans  la  partie 
inférieure  du  panneau,  agenouillée  un  cierge 
à  la  main  devant  l'autel  de  Notre-Dame  de 
Pitié  sous  le  campanile  d'Andressein.  Elle 
porte    une    robe    longue,  assez    collante,  à 


manches  étroites,  ouverte  en  carré  sur  la 
poitrine,  sur  la  tête  un  voile,  costume  sou- 
vent représenté  dans  les  miniatures  du 
XV"  siècle,  surtout  sur  les  vitraux  et  les 
tableaux  funéraires. 

(C).  Côté  de  répître.  (midi)  :  1°  Pilier 
adossé  à  l'église.  Un  homme  dont  les  vête- 
ments paraissent  en  partie  recouverts  par 
quelques  pièces  d'armure  de  fer,  brassières, 
oenouillères,  etc.,  tenant  à  la  main  un  cou- 


trf  i^= 


teau  dégainé  paraît  attendre  à  la  porte 
d'un  château  fort  ;  un  homme  identique  au 
premier  —  le  même  sans  doute  —  frappe 
d'un  coup  de  couteau  à  l'épaule  un  homme 
désarmé  ;  le  même  homme  toujours,  à  le 
juger  par  son  costume  et  la  gaîne  de  son 
couteau,  est  à  genoux  un  ciergfe  à  la  main 
devant  l'édifice  déjà  décrit  ('). 

I.  ("e  tableau  assez  énigmatique  peut  être  interprété  au 
moins  d'une  autre  fat;on  ;  un  homme  armé  arrête,  en 
lui  mettant  contre  ro|)aulc  sa  main  année  d'un  grand  cou- 


(D).  2"  Pilier  opposé  au  précédent.  Deux 
hommes  se  battent,  vêtus  de  chausses 
étroites,  souliers  à  la  poulaine,  chapeaux  à 
la  mode  de  Charles  YII  (forme  de  nos 
chapeau.x  bas  modernes),  jaquettes  à  collet 
droit,  bien  échancré  par  devant,  aux  épaules 
rembourrées,  aux  larges  manches  (manches 

teau,  un  liomnie  désarmé  ;  puis  se  rend  en  un  château 
fort  où  sans  doute  il  vient  d'enfermer  cet  homme  qui  avait 
contre  lui  de  mauvais  desseins  ;  puis  il  vient  en  actions 
de  grâces  <\  Notre-Dame  d'Andressein. 


78 


EcDue   Dc   rart  cîjréticn. 


à  eieot),  entrouverte  sur  le  devant,  plissée 
a  la  ceinture  ;  l'un  des  combattants  tient 
une  épée  dégainée,  son  adversaire  le  frappe 
d'une  sorte  de  lance  et  le  sang  coule  à  Hots 
de  sa  blessure.  Au  bas  du  tableau,  le  blessé 
ayant  encore  dans  son  côté  un  tronçon 
d'arme  brisé  est  à  genoux,  un  cierge  à  la 
main,  devant  la  statue  et  le  campanile 
d'Andressein. 

Quelle  est  l'époque,  quel  est  le  sens  de 
ces  peintures  ? 

L'époque  indiquée  par  les  costumes  est 
la  seconde  moitié  du  XV'  siècle. 

Quant  au  sens  de  ces  peintures,  elles  sont 
la  représentation  de  faits  miraculeux  ou 
notables  advenus  au  pèlerinage  de  Notre- 
Dame  de  Pitié  en  l'église  d'Andressein.  Or 
on  peut  voir  aujourd'hui,  reléguée  dans  la 
sacristie,  une  statue  en  bois  peint  de  Notre- 
Dame  de  Pitié  qui  présente  tous  les  carac- 
tères du  XV'=  siècle,  et  correspond  sans 
doute  à  l'image  figurée  dans  les  peintures. 
En  13 15,  une  confrérie  avait  été  fondée  en 
l'honneur  de  la  Ste  Vierge  dans  la  chapelle 
d'Andressein  —  devenue  l'église  paroissiale 
actuelle  —  alors  dédiée  à  la  Mère  de 
Dieu  (')  ;  et  peut  être  dans  les  archives 
de  cette  confrérie,  s'il  en  existe  quelques 
débris,  trouverait-on  des  renseignements 
précis  sur  ceu.x  qui  firent  exécuter  ces 
peintures  murales,  sur  les  faits  qui  y  sont 
représentés  {-). 

A  défaut  de  données  précises,  on   peut 

1.  L'dglise  paroissiale  fut  démolie  à  la  Révolution,  et  la 
chapelle  érigée  en  église  paroissiale  sous  le  vocable  de 
Saint-Martin,  ancien  patron  de  la  paroisse,  lors  du  réta- 
blissement du  culte. 

2.  Les  statuts  de  cette  confrérie  viennent  d'être  publiés 
par  MM.  l'abbé  Cau-Durban  et  F.  Pasquier  :  Stu/i/ts 
d'une  ancienne  confrérie  rurale  dans  le  Conserans,  Foix, 
V*'=  Pouriès  ;  1884.  —  Les  peintures  d'Andressein  sont 
sommairement  décrites  dans  cette  notice  et  dans  l'Inven- 
taire des  richesses  d'art  de  la  France  :  nomenclature  de 
VAri^ge  (par  F.  Pasquier  archiviste  de  l'Ariègc  ;  Foix  ; 
V""  Pouriès  ;  1883),  d'après  ces  notes  que  j'avais  fournies 
à  mon  excellent  collègue  M.  Félix  Pasquier. 


chercher  si  les  traditions  locales  fourniraient 
quelques  indications  sur  l'origine  de  ces 
tableaux.  En  1878,  j'écrivis  à  ce  sujet  à 
M.  le  curé  d'Andressein  ;  M.  Berdal,  curé 
de  cette  paroisse  et  chanoine  honoraire,  me 
fit  l'honneur  de  m'adresser  la  réponse  sui- 
vante: «  Pas  le  moindre  vestige  de  tradition 
écrite  ;  seulement  une  tradition  orale  très 
constante.  Il  n'est  pas  aujourd'hui  un 
vieillard  dans  les  environs  d'Andressein  qui 
ne  se  souvienne  d'avoir  dans  son  enfance 
été  conduit  sous  notre  porche  pour  y  voir 
fixée  par  la  peinture  l' histoire  des  voleurs 
qui  après  avoir  pillé  l'église  ne  purent 
sortir,  retenus  par  une  force  surnaturelle  : 
l'église  a  trois  portes  qui  tour  à  tour 
s'ouvraient  et  se  refermaient  présentant  aux 
malfaiteurs  l'espoir  de  fuir  et  les  retenant 
ensuite.  » 

De  ce  que  les  vieillards  ont  pu  contem- 
pler dans  leur  enfance  les  antiques  peintures 
de  leur  église,  il  faut  conclure  que  la  couche 
de  chau.x  qui  les  recouvrait  en  1869  était 
d'une  date  assez  récente  et  ne  remontait 
qu'à  une  cinquantaine  d'années. 

Mais  il  me  paraît  assez  difficile  de  con- 
cilier la  légende  avec  les  sujets  peints  sous 
le  porche  d'Andressein.  Ces  trois  portes  qui 
s'ouvrent  et  se  referment  ne  peuvent  être 
les  trois  portes  ouvertes  sur  la  façade  occi- 
dentale de  l'église,  deux  d'entre  elles,  celles 
des  bas-côtés,  étant  de  date  postérieure  aux 
peintures  du  porche  principal. 

Le  panneau  B  est  l'ex-voto  d'une  femme 
tombée  d'un  arbre,  préservée  de  la  mort  ou 
de  graves  blessures  par  un  appel  à  la  Vierge 
d'Andressein,  et  venant  acquitter  en  pèle- 
rinage sa  dette  de  reconnaissance. 

Une  interprétation  analogue  s'applique 
au  panneau  D  placé  comme  le  panneau  B, 
auquel  il  fait  vis-à-vis,  sur  le  pilier  qui  fait 
face  à  l'église  :  un  homme  blessé  dans  un 
duel  ou  quelque  fâcheuse  rencontre  vient 


jKoutjeïIes    et   a^éUngcs. 


79 


aussi  un  cierge  à  la  main  remercier  Notre- 
Dame  de  Pitié  de  sa  guérison  ('). 

Au  tableau  A,  le  prisonnier  implore 
évidemment  le  secours  de  la  sainte  Vierge  ; 
exaucé,  il  sort  ses  fers  à  la  main,  et  va  les 
porter  aux  pieds  de  l'image  de  sa  protec- 
trice. C'est  sans  doute  ce  prisonnier  qui, 
dans  l'imagination  populaire,  a  passé  pour 
le  voleur  du  sanctuaire  d'Andressein.  Est-ce 
un  coupable, est-ce  un  innocent?  La  seconde 
hypothèse  me  paraît  plus  probable  ;  il  est 
plus  naturel  d'admettre  que  ce  prisonnier, 
objet  de  la  protection  divine,  était  détenu 
contre  toute  justice  et  que  Notre-Dame 
d'Andressein,  en  le  délivrant,  voulut  pro- 
clamer son  innocence. 

Peut-être  celui  qui  l'avait  incarcéré  est-il 
précisément  l'homme  au  couteau  du  pan- 
neau C  :  cet  homme  armé  qui  en  arrête  un 
autre  désarmé,  qui  se  tient  à  la  porte  d'un 
château  fort,  qui  enfin  vient  un  cierge  à  la 
main  se  prosterner  devant  l'image  vénérée 
n'est  point  un  pèlerin  rendant  grâces  d'une 
faveur  obtenue,  mais  plutôt  un  coupable 
faisant  amende  honorable  pour  son  méfait. 
Mais  je  ne  prétends  faire  qu'une  simple 
hypothèse  et  laisser  à  de  plus  habiles  et 
plus  érudits  le  dernier  mot  de  ces  énigmes. 

Ces  peintures  ont  sans  doute  été  exécu- 
tées par  les  ordres  et  aux  frais  de  la  Con- 
frérie, très  puissante  et  très  nombreuse  à 
cette  époque.  Ce  ne  sont  pas  des  fresques, 
mais  des  peintures  à  l'huile  ou  à  la  détrempe 
exécutées  sur  un  enduit  sec  et  par  un  artiste 
d'un  certain  talent.  Elles  méritent  à  coup 
sûr  d'être  conservées  avec  soin  ;  elles  sont 
dignes  de  fixer  l'attention  des  artistes  et 
des  archéologues. 

Jules  Marie  Richard. 


I.  Peut-être   ces   deux  tableaux  15  et    D   sont-ils  d'un 
autre  peintre  que  A  et  C. 


ecrcursion  De  (a  0ilDc  De  Sainr=Tèomas 
et  De  Sainte Jluc.  >-^— ^-^-.-.-^-^-.-.-.-^ 

lt3^>>Sy]  KTTE  société  a  fait,  du  !«■■  au  6  sep- 
tembre, son  excursion  annuelle.  Le 
château  de  Vianden,  la  basilique  de 
Saint-Willibrord  à  Echtenach,  enfin 
les  monuments  de  la  ville  de  Trêves,  devaient 
faire  successivement  l'objet  des  études  de  la 
Gilde.  Une  soixantaine  de  membres  s'étaient 
réunis  à  cet  effet  à  Dickirch,  petite  ville  du 
grand   duché  de  Lu.xembourg. 

Le  2  septembre,  de  grand  matin,  éclairée  par 
un  beau  soleil,  la  nombreuse  caravane  distribuée 
dans  une  série  de  véhicules  de  toutes  déno- 
minations et  de  toutes  formes,  prenait  le  chemin 
pittoresque,  généralement  bordé  d'une  riche 
végétation,  qui  conduit  de  Dickirch  aux  imposan- 
tes ruines  de  Vianden.  On  y  arriva  après  une 
course  de  deux  heures. 

Le  château  de  Vianden  est  majestueusement 
établi  sur  un  rocher  très  escarpé  de  plusieurs 
côtés,  et  dont  les  hauteurs  dominent  la  ville  du 
même  nom,  divisée  en  deux  parties  par  la  lim- 
pide et  gracieuse  rivière  de  l'Our.  On  connaît 
la  destinée  lamentable  de  ce  château,  aujourd'liui 
l'une  des  ruines  les  plus  considérables  d'ancien 
castel  féodal,  habitable  encore  et  dans  un  remar- 
quable état  de  conservation  en  1821.  Intacte 
alors,  non  seulement  dans  son  système  de 
défense,  mais  dans  les  magnifiques  bâtiments 
d'habitation  des  seigneurs,  le  château  fut  vendu 
à  cette  date  fatale  par  le  roi  Guillaume  de  Nas- 
sau, sur  la  proposition  d'une  administration 
inepte  qui  trouvait  trop  coûteux  l'entretien 
de  ce  château  aussi  important  par  son  architec- 
ture qu'intéressant  par  son  passé.  —  Au  seul  titre 
de  monument  historique,  il  eût  dû  être  conservé 
avec  un  soin  jalou.x  par  la  famille  roj-ale  des 
Pays-Bas,  dont  il  fut  le    berceau. 

Celle-ci  se  contenta  d'en  redevenir  propriétaire 
de  nouveau  peu  d'années  plus  tard,  lorsque  les 
acquéreurs  eurent  accompli  leur  œuvre  de  des- 
truction, et  que  l'antique  manoir  des  Nassau, 
mis  dans  l'état  de  ruine  oti  on  le  voit  maintenant, 
n'exigeait  plus  d'autres  frais  d'entretien  que  celui 
des  ancrages  devenus  nécessaires  pour  empêcher 
les  masses  des  murs  disloqués  et  battus  par  les 


8o 


IRctiuc   Oe   r3rt   c&réticn. 


vents,  de  s'écrouler  sur  la  ville  qu'ils  dominent 
et  à  laquelle  le  château  a  servi  autrefois  d'abri 
et  de  défense. 

On  examina  dans  tous  leurs  détails  ces  ruines, 
les  plus  complètes  d'une  construction    militaire, 
non  seulement   dans  le  Luxembourg  qui  compte 
un     certain   nombre    d'anciens    châteaux,   mais 
encore   des  pays  qui   l'entourent.   Plusieurs    des 
salles  présentent  une  longueur  de  30  mètres,  sur 
une  largeur   de  10  mètres.  D'énormes  cheminées 
sont  encore  debout,  et  dans  quelques   salles  les 
voussures  des  portes  et  les  archivoltes  des  fenêtres 
présentent   une  décoration  sculpturale    du   plus 
grand  caractère  et  que  l'on  rencontre  bien   rare- 
ment dans  une  construction  de  cette   nature.  La 
chapelle  castrale  fut  étudiée   avec  un  soin  parti- 
culier. C'est  la  partie    du    monument    la    mieux 
connue,  M.  Aug.    Reichensperger    en  ayant    fait 
l'objet  d'une  excellente  notice    accompagnée  de 
quelques  planches  et  qui  a  été   publiée  en    1856. 
Cet  oratoire  offre  un  bel  exemple  des  chapelles 
à  deu.x  étages,  Oratoria  duplicata,  dont  on  trouve 
en  Allemagne  particulièrement    et   en    Hongrie 
quelques  exemples  très  intéressants.  Démantelée 
en  bonne  partie  afin  d'en    retirer  les  matériaux, 
après  la  vente  que  nous   venons  de  rappeler,  la 
chapelle  était  dans  un  état  de   conservation  qui 
permit    d'y    célébrer    le    saint   sacrifice    encore 
en  1821.  Ce  petit  sanctuaire  a  été  depuis  l'objet 
de  deux  restaurations  successives.  Ces  restaura- 
tions ont  eu  le  bon  résultat  d'empêcher  une  destruc- 
tion plus  complète  par  l'infiltration  des  eaux, et 
d'offrir  au  visiteur  un  ensemble  plus  complet  de 
la  disposition    générale.  Mais,    dans    les  détails, 
le  ciment,    le    plâtre    et  d'autres    matériaux  de 
contrebande    sont     intervenus   dans    une    large 
mesure,  et   il  faut  ajouter  qu'en    général  l'intel- 
ligence des  formes  est  à  la  hauteur  de  la  sincérité 
des    mo>^ens    de    construction  employés.   —  En 
réalité  cette  restauration,  de  même  que  le  rachat 
des  ruines,  apparaît  comme  le  tardif  regret  des 
démolisseurs    qui    n'ont    peut-être     pas     encore 
compris  toute  l'énormité  de  cet  acte    de    vanda- 
lisme, qui  sera   jugé  plus  sévèrement,  à   mesure 
que  le  château  de   Vianden  sera  mieux    connu 
et  plus  souvent  visité  par    des    hommes  compé- 
tents. 

Après  un  examen  ijui  se  prolongea  jusque  vers 


midi,  la  caravane  archéologique  se  remit  en 
marche  pour  regagner  le  chemin  de  fer  au  vil- 
lage de  Wallendorf  en  suivant  le  cours  sinueux 
et  accidenté  de  l'Our,  particulièrement  pittores- 
que à  son  confluent  avec  la  Sûre.  —  La  station 
de  Wallendorf  fut  atteinte  au  moment  où  un 
formidable  orage  éclatait,  répandant  des  torrents 
de  pluie  et  des  nuées  de  grêle  sur  les  montagnes, 
et  faisant  jaillir  de  toutes  parts  des  cascades 
dont  les  eau.x  boueuses,  après  avoir  inondé  la 
route,  allaient  en  serpentant  se  déverser  dans 
rOur.  Bientôt  survint  le  train  de  Dickirch,  et  en 
peu  de  temps  la  société  se  trouva  transportée 
dans  la  ville  de  saint  Willibrord  à  Echternach.Là, 
après  qu'une  réfection  confortable,  prise  â  l'hôtel 
du  Cerf,  eut  restauré  les  forces  et  ranimé  les 
esprits  des  voyageurs,  on  alla  voir  l'antique 
basilique,  consacrée  au  saint  tutélaire  de  ces 
contrées. 

La  basilique  de  Saint-Willibrord  est  un  monu- 
ment considérable,  d'une  austère  grandeur  dans 
sa  simplicité  et  dont  la  construction  principale 
remonte  à  la  première  moitié  du  onzième  siècle.  — 
Jusqu'à  la  Révolution  française  on  y  conservait 
les  .reliques  du  grand  Apôtre  de  la  Hollande  et 
d'une  partie  de  l'Allemagne,  dont  le  souvenir 
est  encore  si  vivant  dans  ces  régions  également 
évangélisées  par  lui.  Depuis  la  supression  de  son 
antique  abbaye,  le  culte  n'était  plus  célébré  dans 
la  basilique,  et  depuis  une  trentaine  d'années,  ce 
monument  abandonné  semblait  condamné  à  une 
ruine  complète.  Une  fabrique  de  porcelaine  avait 
été  établie  dans  l'une  des  nefs  ;  le  chœur  s'écrou- 
lait et  les  administrations  agitaient  la  question 
de  savoir  s'il  ne  conviendrait  pas  de  procéder 
à  la  démolition  du  monument,  afin  d'éviter  les 
dangers  qui  pouvaient  résulter  des  effondrements 
que  son  état  de  ruine  faisait  redouter.Alors  l'esprit 
de  piété  pt)ur  le  saint  tutélaire  de  ces  contrées 
et  le  patriotisme  domièrent  naissance  à  une 
société  qui,  fondée  dans  la  petite  ville  d'Echter- 
nach,  sous  le  nom  de  Willebrordus  Bau-Verein, 
se  donna  la  mission,  non  seulement  d'empêcher 
la  démolition  de  la  basilique,  mais  encore  de  la 
rétablir  par  une  restauration  conforme  aux  prin- 
cipes de  l'archéologie,  et  aux  données  que  four- 
nissait le  monument  lui-même.  L'esprit  de  sacri- 
fice des  habitants  de  la  ville,  l'appui   du  gouver- 


BouDelUs   et   Mélanges. 


8i 


nement  et  le  dévouement  de  l'association  aidant, 
on  parvint  à  réunir  les  ressources  nécessaires  au 
but  que  l'on  avait  en  vue.  Dans  ses  grandes 
lignes  la  restauration  s'accomplit  d'après  les 
dessins  et  suivant  les  inspirations  de  M.  Essen- 
wein,  directeur  de  musée  Germanique  à  Nurem- 
berg, et  aujourd'hui  la  restauration  intérieure  se 
poursuit  et  des  peintures  murales  s'y  exécutent 
par  les  soins  de  M.  Jules  Helbig.  Après  avoir 
examiné  la  basilique  et  sa  crypte,  la  Gilde  fit 
une  rapide  visite  à  l'église  paroissiale  qui  domine 
la  ville,  et  oi;i  se  trouvent  actuellement  les  reliques 
de  Saint-Willibrord,  et  notamment  le  cilice 
porté  par  ce  grand  Apôtre.  C'est  après  avoir 
monté  les  nombreux  degrés  qui  conduisent  à 
cette  église,  et  après  avoir  tourné  autour  de 
l'autel  contenant,  dans  sa  partie  inférieure,  le 
sarcophage  et  les  ossements  du  Saint,  que  se 
dissout  la  célèbre  procession  dansante  qui 
attire  chaque  année  plus  de  douze  mille  pèlerins, 
le  mardi  de  la  Pentecôte,  à  Echtcrnach. 

L'heure  du  train  pour  Trêves  était  survenue  ; 
les  excursionnistes  jetèrent,  du  haut  de  la  colline, 
un  dernier  regard  sur  la  ville  et  ses  poétiques 
environs,  et  se  rendirent  à  la  gare,  où  l'on  s'in- 
stalla, tant  bien  que  mal,  dans  les  wagons 
du  chemin  de  fer  Prince  Henri.  En  moins  d'une 
heure  et  demie  toute  la  troupe  était  à  Trêves,  oîi 
la  Gilde  fut  accueillie  avec  la  plus  gracieuse 
cordialité  par  M.  Pateiger,  ancien  membre  de 
la  fraction  du  centre  au  parlement  allemand. 
Grâce  à  ses  soins,  les  confrères  furent  bientôt 
repartis  dans  les  différents  hôtels  de  la  ville  où 
un  gîte  réparateur  les  attendait  après  une 
fatiguante  et  longue  journée.  Bon  nombre 
d'entre  eux  furent  installés  dans  l'hôtel  de  la 
Maison  Ronge,  qui  est  déjà  un  monument,  con- 
struit au  milieu  du  XV'-  siècle,  mais  où  le 
voyageur  est  assuré  d'une  hospitalité  toute  mo- 
derne. 

.Le  lendemain  tous  les  membres  de  la  Gilde  se 
trouvaient  réunis  à  l'église  Saint-Gangolphe,  où 
conformément  aux  usages  de  la  société,  ils 
assistèrent  ensemble  à  la  messe  dite  à  l'intention 
de  tous  les  confrères  décèdes  et  vivants. 

Les  membres  de  la  Gilde  avaient  trois  jours  à 
consacrer  à  l'étude  des  monuments  de  Trêves,  à 
l'examen  de  ses  collections  et  musées.  Nous  ne 


les  suivrons  pas  dans  toutes  leurs  pérégrinations. 
La  ville  de  Trêves  est  assez  connue  par  tous  les 
archéologues,  comme  l'une  des  plus  anciennes  et 
plus  intéressantes  villes  de  ce  côté  des  Alpes, 
pour  qu'il  y  ait  lieu  de  refaire  l'inventaire  de  ses 
richesses.  On  sait  combien  celles-ci  sont  nombreu- 
ses dans  le  domaine  classique,  celui  qui  embrasse 
les  derniers  siècles  de  la  période  romaine.  Elles 
deviennent  plus  considérables  d'année  en  année, 
grâce  à  des  fouilles  nouvelles,  grâce  à  des  explo- 
rations faites  avec  autant  d'intelligence  que  de 
succès. 

Depuis  longtemps  on  connaissait  les  palais  des 
empereurs,  quoique  les  érudits  ne  fussent  pas 
toujours  d'accord  sur  la  destination  première  de 
ces  ruines  imposantes  et  qu'ils  y  aient  voulu  voir 
tour  à  tour,  un  théâtre,  le  capitole  des  Trévires, 
le  palais  du  sénat,  etc.;  on  connaissait  l'amphi- 
théâtre, dont  malheureusement  on  a  emporté, 
comme  matériaux  à  bâtir,  presque  tout  ce  qui 
restait  de  ces  constructions;  on  connaissait  la  ba- 
silique,/(Z/^r/rtA^?^;-rt  et  d'autres  restes  romains. 
Depuis  deux  ans,  on  a  découvert  les  bains  ro- 
mains, dont  les  fouilles  dirigées  avec  beaucoup  de 
science  par  le  docteur  Hettner,  conservateur  du 
Musée  provincial,  ont  fait  connaître  les  substruc- 
ctions  d'un  établissement  thermal  de  premier 
ordre,  dont  la  façade  nord  n'a  pas  moins  de  125 
mètres  de  longueur. 

Si  aucun  des  monuments  de  l'antiquité  romaine 
ne  fut  négligé  par  les  confrères  de  la  Gilde,  on 
comprend  cependant  que  c'est  surtout  sur  les  édi- 
fices chrétiens  et  leur  mobilier  que  se  concentra 
particulièrement  leur  étude.  A  l'aide  des  recher- 
ches entreprises  avec  autant  de  persévérance  que 
de  science  par  le  baron  Roisin  et  surtout  par  le 
chanoine  Wilmevsky,  on  chercha  à  débrouiller  les 
différentes  époques  et  les  styles  divers  qui  ont 
participé  à  la  construction  de  la  cathédrale,  pro- 
bablement dans  son  premier  noyau  l'église  chré- 
tienne la  plus  ancienne  de  ces  régions,  et  dans  son 
ensemble,  ses  cloîtres,  son  petit  musée  et  son  ma- 
gnifique trésor,  l'un  des  monuments  les  plus  inté- 
ressants et  les  plus  instructifs  que  l'archéologue 
puisse  visiter. —  Peu  de  villes  lui  offriront,  dans 
un  espace  aussi  restreint,  autant  d'objets  d'étude, 
que  l'agglomération  du  dôme,  des  bâtiments  qui 
l'entourent  et  des  cloîtres  qui  le  relient  à  l'incom- 


1-35.  —  ^^*^  Livraison. 


82 


iRctJUC   De   r^tt   chrétien. 


parable  église  de  Notre-Dame, l'un  des  plus  beaux 
monuments  de  la  période  ogivale  de  l'Allemagne 
et  qui,  par  certaines  dispositions,  par  sa  statuaire 
et  sa  remarquable  sculpture  ornementale  rappelle 
sous  bien  des  rapports  l'art  ogival  français. 
Aussi  les  membres  de  la  Gilde  y  revinrent-ils  à 
plusieurs  reprises,  et  toujours  avec  un  sentiment 
plus  vif  des  beautés  de  cet  édifice. 

On  visita  successivement  tous  les  monuments 
figurant  au  programme  de  l'excursion. 

L'une  des  matinées  dont  le  souvenir  restera  le 
plus  vivace  dans  la  mémoire  des  confrères  de  la 
Gilde,  fut  celle  consacrée  à  l'étude  du  trésor  de  la 
cathédrale.  On  sait  que  ce  trésor,  bien  qu'une 
partie  de  ses  richesses  aient  été  dispersées  à  la 
suite  du  transport  entrepris  pour  le  soustraire  aux 
armées  françaises,  en  1792,  est  encore  l'un  des 
plus  considérables  qu'il  y  ait  en  Allemagne. 
L'accès  n'en  est  pas  toujours  facile,  mais  grâce  à 
l'autorisation  du  dignitaire  du  chapitre  préposé 
à  la  conservation  de  ce  trésor,  les  plus  grandes 
facilités  furent  accordées  à  la  Gilde  pour  en  exa- 
miner les  différentes  pièces  aussi  remarquables 
que  nombreuses.  L'intérêt  de  cette  étude  était 
considérablement  rehaussé  par  les  explications  et 
les  observations  faites  tour  à  tour  par  M.  le  baron 
Béthune,  président  de  la  Gilde,  M.  le  chanoine 
Reusens,  M.  l'abbé  Czobor,  conservateur  du  musée 
de  Buda-Pesth.  M.  l'abbé  Schnutgen,  de  Cologne, 
avait  aussi  voulu  se  joindre  dans  cette  circonstance 
à  la  société,  et  ajouter  ses  savantes  remarques 
à  celles  des  érudits  de  la  Gilde.  Les  confrères 
eurent  ainsi  la  bonne  fortune  de  voir  successive- 
ment passer  sous  leurs  yeux  l'autel  portatif  de 
Saint-André  et  le  reliquaire  du  saint  Clou.  Deux 
pièces  du  X'=  siècle  appartenant  aux  premières 
œuvres  de  l'émaillerie  romaine  en  Occident,  — 
le  reliquaire  renfermant  les  chefs  de  saint  Mathias 
et  de  sainte  Hélène,  un  reliquaire  de  la  vraie 
Croix,  les  couvertures  d'évangéliaires  des  X^  et 
XII*^  siècles,  les  magnifiques  encensoirs  du  XIP 
siècle,  publiés  à  différentes  reprises, — entre  autres 
dans  les  Annales  archéologiques  de  DiJron  ;  —  les 
cros.ses  en  cuivre  doré  trouvées  dans  les  tombes 
des  archevêques  Egilbert  et  Bruno,  appartenant 
à  la  fin  du  XI<=  et  au  commencement  du  XII<^ 
siècle  ;  des  chandeliers  d'autel  de  la  même  période, 
des  ivoires  et  manuscrits  de  premier  ordre,  etc. 
Tout  cela  put    être  examiné  avec  le  jjIus  grand 


soin,  et,  comme  nous  venons  de  le  dire,  exhibé 
avec  des  éclaircissements  historiques  et  des  ensei- 
gnements pratiques  donnés  par  des  hommes  de 
première  compétence,  qui  doublèrent  le  charme 
et  l'utilité  de  cette  séance.  Au  surplus.  Trêves  est 
au  point  de  vue  de  l'orfèvrerie  religieuse  du 
moyen  âge,  une  ville  de  premier  ordre.  Au.x  mo. 
numents  du  trésor  du  dôme,  —  dont  un  certain 
nombre  ont  été  publiés  —  il  faut  ajouter  le  ma- 
gnifique reliquaire  de  la  vraie  Croi.x,  dont  la  reli- 
que apportée  de  Constantinople,  en  1207,  par  le 
chevalier  Henri  de  Ulmen,  fut  donnée  à  l'impor- 
tante abbaye  dcSaint-Mathias,  prèsdeTrèves. Son 
église  a  conservé  heureusement  la  relique  insigne 
et  le  chef-d'œuvre  qui  lui  sert  d'ostensoir.  Il  faut 
ajouter  encore  différentes  pièces  très  remarqua- 
bles de  l'église  Saint-Gangulphe,  dont  le  trésor 
est  pour  ainsi  dire  inconnu,  et  que  les  fureteurs 
de  la  Gilde  eurent  le  bonheur  de  découvrir,  et 
l'autel  portatif  de Saint-Willibrord  conservé  dans 
la  sacristie  de  l'église  Notre-Dame. 

Le  musée  provincial,  très  considérable,  surtout 
au  point  de  vue  lapidaire,  et  continuellement  en- 
richi par  les  fouilles  et  les  découvertes  quotidien- 
nes qui  se  font  dans  le  sol  historique  des  environs 
de  Trêves,  reçut  aussi  une  visite  aussi  détaillée 
que  le  permettait  le  temps  dont  on  pouvait  dispo- 
ser. —  La  riche  bibliothèque  de  la  ville  eut 
son  tour;  malheureusement  on  était  en  vacances, 
et  l'absence  du  bibliothécaire  empêcha  cette  visite 
d'être  aussi  fructueuse  et  aussi  intéressante  qu'elle 
aurait  pu  l'être.  Ajoutons  encore  que  l'examen 
qui  se  fait  par  des  corporations  aussi  nombreuses, 
de  monuments  qu'il  faut  pour  ainsi  dire  tenir  à  la 
main  pour  les  apprécier,  a  rarement  pour  le  tra- 
vailleur l'utilité  qu'il  désirerait  retirer  des  trésors 
vus  d'une  manière  fugitive.  Mais  au  moins  il  sait 
où  ils  se  trouvent,  et  le  désir  ou  la  nécessité  d'une 
étude  plus  approfondie  survenant, il  se  rappellera 
où  il  doit  les  rechercher. 

Les  trois  journées  se  passèrent  ainsi  trop  rapi- 
dement au  gré  des  excursionnistes,  à  explorer  les 
richesses  de  cette  ville  si  éminemment  historique, 
située  sur  les  rives  de  la  Moselle  et  où  les  beautés 
de  la  nature  rehaussent  encore  le  prestige  des 
monuments  et  les  souvenirs  de  l'histoire.  Au  mi- 
lieu du  jour,  un  joyeux  repas  pris  en  commun 
dans  les  vastes  salles  du  Katkolisckc Bitrger  veirin, 
restaurait   les   forces  des  archéologues,  après   les 


j^outicUcs    et   Mélanges, 


83 


courses  de  la  matinée  et  les  préparait  aux  fati- 
gues du  reste  de  la  journée.  De  gais  propos  et 
parfois  des  toasts  chaleureux  témoignaient,  dans 
toutes  ces  réunions,  de  l'entrain  des  convives.  Le 
soir,  toute  la  société  se  retrouvait  au  Martins-bad, 
vaste  établissement  situé  au  bord  de  la  Moselle, 
et  où  des  séances,  présidées  par  M.  le  baron 
Béthune,  se  prolongeaient  quelquefois  jusque 
assez  tard  dans  la  soirée.  Dans  ces  réunions,  l'un 
ou  l'autre  membre  prenait  la  parole  pour  résumer 
les  observations  faites  sur  les  monuments  visités 
au  cours  de  la  journée.  Chacun  apportait  le  résul- 
tat de  ses  impressions  et  de  ses  études,  dont  une 
discussion  amicale  faisait  ressortir  ou  contestait 
la  valeur.  A  la  suite  de  la  visite  du  trésor  de  la 
cathédrale,  oii  le  matin  on  avait  vu  plusieurs  mo- 
numents remontant  à  l'origine  de  l'émaillerie  en 
Allemagne,  M.  le  chanoine  Reusens  fit,  avec  des 
développements  étendus,  l'historique  de  l'émail- 
lerie en  y  ajoutant  des  explications  techniques 
sur  cet  art  dont  les  églises  de  Trêves  offrent  en- 
core des  monuments  si  remarquables.  M.  le  baron 
Béthune  et  M.  le  chanoine  Delvigne  entrèrent 
dans  des  considérations  étendues  sur  les  carac- 
tères de  l'architecture  des  édifices  de  Trêves.  Les 
membres  de  la  Gilde  se  préoccupèrent  naturel- 
lement aussi  des  causes  qui  pouvaient  avoir 
amené  le  maître  constructeur  de  l'église  de  Notre- 
Dame,  à  donner  un  plan  circulaire  à  ce  remar- 
quable édifice.,  Ya-t-il  été  amené  par  la  forme 
généralement  ronde  des  anciens  baptistères  qui 
d'ordinaire  se  trouvaient,comme  l'église  de  Notre- 
Dame,  dans  le  voisinage  immédiat  des  cathé- 
drales? Le  terrain  peu  étendu  qu'il  avait  à  sa  dis- 


position, l'a-t-il  amené  à  adopter  cette  forme  peu 
ordinaire  dans  les  églises  de  la  période  ogivale  ? 
Est-elle  une  imitation  plus  ou  moins  directe  de 
l'église  de  Braisne,  près  de  Soissons,  comme  le 
prétendent  quelques-uns?  Ne  faut-il  voir,  au  con- 
traire, dans  l'église  Notre-Dame,  qu'une  église 
orientale  par  son  plan, comme  le  croyaient  Didron 
et  Félix  de  Vuneille,  une  filiation  d'Aix-la-Cha- 
pelle et  une  sœur  de  Saint-Giréon  de  Cologne  ? 
—  Ces  différentes  hypothèses  furent  examinées 
sans  qu'aucune  d'elles  parut  donner  la  solution 
du  problème  posé. 

Plusieurs  notables  de  Trêves,  des  savants  et 
dignitaires  de  l'église  voulurent  bien  assister  aux 
réunions  de  la  Gilde,  pendant  son  séjour  à  Trêves. 
M.  le  professeur  Scrot,  le  R.  M.  Claesen,  curé- 
doyen  à  Echternach,  M.  l'abbé  Schmitgen,  M. 
Pateiger,  honorèrent  les  séances  de  leur  présence. 
Le  bureau  de  la  Gilde  ne  voulut  pas  quitter  Trê- 
ves, sans  avoir  présenté  ses  devoirs  au  chef  vénéré 
du  diocèse,  Mgr  Korum,  dont  l'accueil  gracieux 
et  les  sentiments  hautement  sympathiques  pour 
l'œuvre  de  la  Gilde,  laissa  une  profonde  impres- 
sion à  tous  ceux  qui  prirent  part  à  cette  entrevue. 

Enfin  il  fallait  quitter  Trêves,  ses  aimables  ha- 
bitants et  ses  monuments  célèbres.  Les  confrères 
se  séparèrent,  les  uns  pour  reprendre  le  chemin 
du  Luxembourg  et  de  la  Belgique,  les  autres  pour 
descendre  les  bords  de  la  Moselle  et  du  Rhin, 
heureux  tous  des  journées  passées  ensemble  et  se 
promettant  d'en  renouveler,  l'année  1885,  les  ex- 
cellentes impressions,  —  cette  fois  sur  les  bords 
de  la  Meuse,  suivant  le  projet  d'excursion. adopté 
en  assemblée  générale.  X. 


Société  des  antiquaires  de  France.  —  La 
majeure  partie  des  notices  du  tome  XLIV  se 
rapporte  à  l'archéologie  chrétienne. 

—  M.  G.  Schicmberger  s'occupe  des  types  de 
la  Vierge,  du  Christ  et  des  saints  figurés  sur  les 
sceaux  de  plomb  byzantins,  des  X<=,  XI<=  et  XII'= 
siècles.  Le  buste  nimbé  et  voilé  de  la  Panagia, 
entre  les  deux  sigles  MHP  0OY  se  voit  sur  la 
moitié  au  moins  des  sceaux  retrouvés  jusqu'ici. 
Tantôt  elle  est  représentée  dans  l'attitude  d'une 
orantc,  tantôt  elle  presse  contre  sa  poitrine  le 
médaillon  du  Christ,  tantôt  elle  porte  le  divin  En- 
fant sur  le  bras  droit  ou  sur  le  bras  gauche. Ces  di- 
verses attitudes  doivent  correspondre  aux  types 
de  madones,  peintes  ou  sculptées,  jadis  en  grande 
vénération  chez  les  Grecs.  Le  buste  du  Rédemp- 
teur, portant  le  nimbe  crucifère  ou  simplement 
adossé  à  la  croi.K, apparaît  sur  un  certain  nombre 
de  bulles.  Beaucoup  plus  rarement,  le  Christ  est 
représenté  bénissant,  assis  sur  un  trône.  Les  saints 
dont  les  effigies  sont  le  plus  fréquemment  repro- 
duites sont  S.  Démétrius,  S.  Georges,  S.  Nicolas, 
S.  Théodore  Tyron  et  S.  Théodore  Stratilate. 
L'évêque  de  Myra,  le  favori  de  la  sphragistique 
byzantine,porte  les  évangiles  de  la  main  gauche  et 
bénit  de  la  droite.  L'archange  S.  Michel,  la  tête 
diadémée,  tient  de  la  main  droite  le  globe  cruci- 
gère,  et  de  la  gauche,  le  sceptre  à  triple  fleuron, 
très  rarement  remplacé  par  l'épée  flamboyante. 
Presque  toujours  la  légende  gravée  sur  un  sceau 
byzantin  est  une  invocation  à  la  Vierge  ou  au 
Christ.  Quand  la  Tlieotokos  n'est  point  qualifiée 
par  le  nom  spécial  qu'elle  portait  dans  un  sanc- 
tuaire vénéré,  on  lui  donne  l'épitiiète  de  toute 
sainte.  Mère,  du  Verbe,  souveraine,  toute  pure, 
vierge,  princesse,  toute  complaisante,  etc. 

—  Les  Icônes  historiaruin  Veteris  Testanienti 
souvent  rééditées  au  XV1<^  siècle,  sont  célèbres 
par  les  planches  gravées  sur  bois,  d'après  Hans 
Holbcin,  par  Virgile  Solis,  et  probablement,  par 
Hans  Lutzelburger.  M.  G.  Duplessis  donne  un 
essai  bibliographique  sur  les  différentes  éditions 
parues  de  1538a  1551  et  prend  soin  de  noter  les 
planches  dont  le  dessin  n'appartient  pasà  Holbein. 

—  A  la  cathédrale  de  Nantes,  dans  la  chapelle 
Saint-Clair,  des  boiseries  cachent  le  tombeau 
de  Guillaume  Guéguen,  mort  en  1506  et  dont 
Michel  Colombe  a  exécuté  la  statue  funéraire. 
M.  Palustre,  voulant  examiner  cette  œuvre  d'art, 
a  pu  obtenir  l'enlèvement  temporaire  des  boise- 
ries. Il  a  constaté  que  la  figure  duc  au  ciseau  de 


Colombe,  brisée  en  1793,  a  été  remplacée  par  un 
autre  marbre,  du  XV'-'  siècle,  dont  il  est  impos- 
sible de  déterminer  la  provenance. 

—  Nous  citerons  encore  dans  le  même  volume, 
une  étude  de  M.  A.  de  Barthélémy  sur  une  vie 
inédite  de  S.  Tudual,  attribuée  au  Vl*-'  siècle  ;  — 
des  notes  d'un  voyage  en  Corse,  par  M.  Lafaye  ; 
—  une  notice  de  M.  Pol  Nicard  sur  la  vie  et  les 
travaux  de  M.  Ferdinand  de  Lasteyrie  ;  —  et  des 
documents,  que  nous  avons  déjà  signales,  fixant 
la  date  de  la  construction  des  cathédrales  d'Em- 
brun et  de  Gap. 

A  cette  revue  rétrospective  ajoutons  quelques 
détails  sur  les  récentes  séances  : 

Dans  la  séance  du  16 juillet  dernier.  —  AL  de 
Goy  a  fait  une  communication  sur  des  objets  de 
bronze  provenant  d'un  atelier  de  fondeur  gaulois 
à   Neuvy-sur-Barangeon. 

M.  de  Lasteyrie  a  communiqué  un  calendrier 
portatif  latin,  du  commencement  du  XIV"^'  siècle 
et  provenant  du  Midi  de  la  France.  Il  signale 
l'e.xistcnce  de  plusieurs  calendriers  analogues.  Le 
musée  du  Louvre  et  de  la  Bibliothèque  Nationale 
en  possèdent  chacun  un.  Tous  dérivent  d'un  type 
unique  composé  à  la  fin  du  XIII"^  siècle,  par  le 
computiste  Pierre  de  Dacie. 

Dans  les  séances  des  2j  et  jo  juillet.  —  M.  Eug. 
MUntz  a  communiqué  la  première  partie  d'un  tra- 
vail intitulé  :  Jacopo  Bellini,  ses  études  d'après 
Pantique,  so'i  influence  sur  Mantegna,  d'après  des 
documents  inédits. 

M.  Héron  de  Villefosse  dit,  à  ce  propos,  qu'un 
recueil  de  dessins  de  ce  maître  vient  d'être  acquis 
par  le  musée  du  Louvre,  grâce  à  l'intervention  de 
M.  Courajod;  il  entretient  la  Société  des  inscrip- 
tions antiques  reproduites  dans  ce  recueil. 

M.  Courajod  communique,  en  les  accompa- 
gnant de  commentaires,  les  photographies  de 
plusieurs  dessins  de  Jacopo  Bellini,  qu'il  a  fait 
exécuter  pendant  que  ce  recueil  était  entre  ses 
mains. 

M.  Duplessis  lit  un  mémoire  sur  quelques  gra- 
vures de  Martin  Schoen. 

M.  Courajod  lit  un  mémoire  sur  un  projet  de 
formation,  au  Louvre,  d'une  collection  complète 
de  .sculptures  originales  de  l'École  française.  Il 
entretient  la  Société  des  monuments  qu'il  a  déjà 
réunis  dans  ce  but  et  qui  proviennent  tant  des 
salles    du    Louvre  que  des  chantiers  de    Saint- 


Cratiatir   Des    Sociétés    satiantcs. 


85 


Denis,  et  des  palais  de  Versailles,  Fontainebleau 
et  Compiègne. 

M.  G?idoz  donne  des  détails  sur  la  présence 
des  roues  de  fortune  dans  les  églises  du  moyen 
âge  et  dans  les  temps  modernes. 

M.  de  Lasteyrie  met  sous  les  yeux  de  la  So- 
ciété une  inscription  chrétienne  du  VIi^  ou  duVII<= 
siècle,  découverte  récemment  par  l'abbé  Hamard 
à  Hermès  (Oise). 

M.  Mowat  communique  l'estampage  d'une 
inscription  du  moyen  âge  trouvée  à  Amiens  par 
M.  Cagnat.  C'est  une  inscription  chrétienne  de 
basse  époque. 

En  séance  du  j  septembre.  —  M.  Eugène  Mùntz 
continue  la  lecture  de  son  travail  sur  le  Palais 
de  Sorgues  (1319-139S),  près  d'Avignon,  travail 
dont  la  première  partie  avait  été  communiquée  à 
la  Société  en  1879.  Il  fait  connaître  les  noms  des 
artistes  presque  tous  français  employés  à  la  dé- 
coration de  ce  monument. 

M.Muntz  communique  en  outre  des  photogra- 
phies qu'il  vient  de  faire  exécuter  d'après  les  fres- 
ques, toutes  encore  inédites,  du  Palais  des  Papes 
à  Avignon,  de  la  cathédrale  de  Notre-Dame-des- 
Doms  et  de  la  Chartreuse  de  Villeneuve. 

Société  de  l'histoire  de  Paris.  —  M.  Vac- 
quer  signale  les  découvertes  faites,  rue  Galande, 
à  Paris,  à  l'occasion  de  l'ouverture  d'une  tran- 
chée d'égoût.  On  y  a  rencontré  des  substructions 
de  l'époque  romaine  et  recueilli  une  trentaine  de 
sarcophages  en  plâtre  et  pierre  blanche,  méro- 
vingiens et  carolingiens. 

• —  M.  J.  Guiffrey  donne  une  notice  sur  les 
grands  relieurs  parisiens  du  XVI II<^  siècle,  Boyet, 
Padeloup,  Derôme.  M.  Jal,  dans  son  Dictionnaire 
critique, -àxTsAX.  déjà  donné  des  renseignements  bio- 
graphiques sur  ces  artistes  si  appréciés  des  bi- 
bliophiles. M.  Guiffrey  a  pu  compléter  ces  indi- 
cations en  fouillant  des  coins  encore  inexplorés 
des  Archives  nationales.  C'est  dans  les  liasses 
des  Commissaires  au  Châtelet,  où  se  trouvent 
plus  de  5000  articles,  qu'il  a  découvert  ces  docu- 
ments. Ceux  qu'il  publie  sont  tous  de  même 
nature.  Après  la  mort  du  relieur,  le  Commissaire 
du  Châtelet  vient  apposer  les  scellés  sur  les  coffres 
et  effets  trouvés  dans  l'appartement  du  défunt  ; 
un  inventaire  détaillé  est  dressé  plus  tard  par  le 
notaire  de  la  famille.  Ces  divers  actes  ont  cet 
avantage  de  nous  faire  pénétrer  dans  l'intérieur 
du  défunt,  au  moment  même  de  son  décès,  de 
fournir  des  renseignements  certains  sur  la  date 
précise  de  sa  mort,  sur  sa  demeure,  sa  famille,  sa 
fortune,  ses  créanciers  et  ses  clients. 

Société  de  l'histoire  de  France.  —  Cette 
importante  association,  fondée  par  MM.  Guizot, 


Thierry,  de  Barantc,  Thiers,  Mignet,  etc.,  a  célé- 
bré cette  année  le  cinquantième  anniversaire  de 
son  existence  ;  à  cette  occasion,  M.  le  duc  de 
Broglie  a  prononcé  un  discours  dont  nous  ex- 
trayons les  passages  suivants  : 

«.  Je  ne  crois  pas  qu'on  puisse  rendre  un  meilleur  ser- 
vice de  nos  jours  à  l'esprit  public,  à  tous  ceux  même  d'en- 
tre nous  qui,  engagés  dans  la  vie  active,  ont  le  moins  de 
temps  à  donner  à  l'étude,  que  de  nous  apprendre  à  bien 
connaître  et  surtout  à  apprécier  ^impartialement  notre 
histoire. 

«  Nous  vivons  dans  un  temps,  vous  le  savez,  où  l'esprit 
de  parti  s'empare  de  tout  (et  quand  je  dis  l'esprit  de  parti, 
je  dis  l'esprit  de  tous  les  partis,  aussi  bien  de  ceux  que  j'ai 
pu  combattre,  que  de  ceux  dans  les  rangs  desquels  j'ai  pu 
figurer)  ;  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  y  ait  un  sujet  sur  lequel 
l'esprit  de  parti  se  donne  plus  librement  et  plus  aveuglé- 
ment carriùre,  que  dans  la  manière  de  raconter  et  surtout 
d'apprécier  l'histoire  de  Fi-ance. 

«  Nous  faisons  tous,  plus  ou  moins,  une  histoire  de 
France  à  notre  fantaisie  pour  servir  nos  passions  du  jour. 
L'histoire  de  France  est  un  champ  clos,  où  en  sortant  des 
luttes  de  la  presse  et  delà  tribune,  nous  voulons  retrouver 
nos  adversaires  de  la  veille,  pour  les  combattre  sous  les 
traits  des  hommes  d'autrefois.  C'est  un  arsenal  où  nous 
cherchons  de  vieilles  armes  pour  servir  nos  haines  et  nos 
inimitiés  présentes.  C'est  le  fonds  inépuisable  où  nous 
venons  chercher  le  thème  de  nos  récriminations  contre 
telle  ou  telle  classe,  telle  ou  telle  institution  qui  nous 
déplaît  ou  qui  nous  gêne.  Tous,  plus  ou  moins,  nous  avons 
une  tendance  à  faire  de  l'histoire  un  instrument  de  parti. 

«  Vous  savez  même  jusqu'où  cette  tendance  peut  pousser 
quelques-uns  de  nos  prétendus  historiens.  On  va  jusqu'à 
limiter  arbitrairement  le  champ  même  de  cette  histoire, 
jusqu'à  fixer  une  date  de  fantaisie  à  l'origine  ou  à  la  fin  de 
notre  existence  nationale.  Pour  ceux-ci  il  n'y  a  pas  eu  de 
France  avant  une  certaine  date,  et  même  une  date  très 
récente.  Avant  cette  époque  qu'on  glorifie  aux  dépens  de 
tout  ce  qui  l'a  précédée,  il  n'y  a  pas  de  France,  elle  n'exis- 
tait pas  à  vrai  dire,  car  elle  ne  formait  pas  une  nation, 
puisqu'on  n'y  connaissait  pas  le  sentiment  ni  même  le  nom 
de  la  patrie.  Pour  d'autres,  à  la  vérité,  cette  même  date  a 
été  la  fin,  la  mort  de  la  France,  le  jour  où  elle  est  tombée 
dans  une  irrémédiable  décadence. 

«  Vous  ne  partagez.  Messieurs,  aucune  de  ces  exagéra- 
tions opposées,  et,  par  la  sage  distribution  de  vos  études, 
vous  y  faites,  sans  avoir  même  besoin  de  les  réfuter,  la 
meilleure  des  réponses.  Le  soin  même  que  vous  mettez  à 
recueillir  et  à  mettre  en  lumière  tous  les  monuments  du 
passé,  dit  assez  ce  que  vous  pensez  des  sottes  invectives  et 
des  déclamations  qu'on  se  plaît  à  entasser  contre  ce  passé 
de  la  France  qui  a  fait  sa  grandeur  et  sa  place  dans  le 
monde.  Vous  savez  montrer  par  votre  exemple  que  le 
respect  du  passé  est  un  devoir  dont  une  nation  ne  peut 
s'affranchir  impunément,  et  qui  n'est  au  fond  que  le  res- 
pect de  soi-même  et  de  sa  propre  dignité.  On  n'a  pas  le 
droit  de  répudier  le  sang  dont  on  est  sorti.  Une  nation 
qui  prend  plaisir  à  calomnier  et  à  déshonorer  ses  aïeux  se 
calomnie  et  se  déshonore  elle-même.  Le  respect  du  passé, 
chez  un  peuple,  est  aussi,  vous  le  savez,  une  des  meilleures 
garanties  de  sa  durée  et  de  sa  prospérité  à  venir,  car  il  y 
a,  pour  les  peuples  comme  pour  les  hommes,  une  piété 
filiale  à  qui  l'Esprit-Saint  a  promis  les  bénédictions  de  ce 
monde,  et  c'est  à  eux  aussi  qu'il  a  été  dit  : 

Tes  père  et  mère  honoreras, 
Atin  de  vivre  longuement. 

«  Mais,  vous  savez  aussi.  Messieurs,  que  ce  tableau  du 
passé  de  la  France,  auquel  vous  apportez  tant  de  soin, 
n'aurait  ni  sa  signification  élevée  ni  sa  grandeur  véritable. 


86 


ïRciîue  De  rart  cbrctien. 


s'il  ne  servait  h  faire  voir  par  quel  progrès  lent  et  continu, 
poursuivi  sous  l'égide  de  la  grande  institution  royale  qui 
n'a  cessé  d'y  présider,  nous  sommes  arrivés  à  la  jouis- 
sance des  biens  que  nous  apprécions  le  plus  aujourd'hui  : 
la  formation  de  cette  forte  unité  territoriale  qu'aucune  mu- 
tilation ne  peut  détruire,  de  ce  puissant  sentiment  d'unité 
nationale  qui  n'éclate  jamais  mieux  qu'aux  jours  de  nos 
malheurs  et  des  grandes  crises,  et  enfin  l'élévation  gra- 
duelle de  toutes  les  classes  vers  l'égalité  sociale. 

«  C'est  ainsi,  Messieurs,  que  vos  études  nous  apprennent 
à  concilier,  avec  le  respect  du  passé,  la  juste  appréciation 
du  présent  et  l'espoir  persévérant  dans  l'avenir.  Permettez- 
moi  de  vous  féliciter  de  cette  œuvre  patriotique  et  de  vous 
en  remercier  avec  d'autant  plus  de  liberté  que  j'y  ai 
moins  contribué.  » 

Société  académique  de  Saint-Quentin.  — 
M.  Pierre  Benard,  dans  une  étude  sur  la  basilique 
de  Saint-Quentin,  insiste  avec  raison  sur  le 
procédé  fondamental  d'appareillage  des  pierres, 
qui  aétéappliqué.à  très  peu  d'exceptions  près, pen- 
dant toute  la  période  ogivale.et  qu'il  est  nécessaire 
de  connaître,  pour  s'expliquer  comment,  sur  cer- 
tains points,  la  pierre  a  pu  être  refouillée  et 
évidée  dans  des  conditions  qui  semblent  irréali- 
sables avec  nos  procédés  actuels. 

«  Tout  le  monde  sait  qu'aujourd'hui,  dit-il,  la 
construction  complète  d'une  maçonnerie  en  pier- 
res se  compose  de  deux  périodes  ;  d'abord  les 
maçons  posent  successivement,  assise  par  assise, 
les  pierres  auxquelles  une  taille  préparatoire  a 
donné  un  premier  dégrossissement; puis,  lorsqu'ils 
ont  posé  le  couronnement,  arrivent  les  tailleurs 
de  pierrequi  dressentdéfinitivementles  surfaces  et 
dégagent  les  moulures,  en  même  temps  que  les 
sculpteurs  refouillent  les  ornements  et  les  figures. 
Eh  bien,  au  moyen  âge,  le  travail  des  tailleurs  de 
pierre  et  des  sculpteurs,  au  lieu  de  s'effectuer 
après  la  construction  des  murs,  se  faisait  avant. 
Chaque  pierre,  quelle  que  fût  sa  destination  et 
sa  place,  dans  un  mur,  dans  une  colonne,  dans  une 
rosace,  bas-reliefs,  chapiteaux,  consoles,  clefs, 
culs-de-lampe,  statues,  balustrades,  chaque  pierre, 
dis-je,  était  taillée,  ravallée, moulurée, sculptée,  et 
entièrement  confectionnée  au  chantier,  quelque- 
fois loin  du  bâtiment  en  construction,  avant  d'être 
amenée  à  pied  d'œuvre,  et  mise  à  saplace  défini- 
tive ;  une  fois  posée,  on  n'y  touchait  plus  :  c'était 
fini.  Les  avantages  de  cette  méthode  sont  faciles 
à  saisir  ;  le  tailleur  de  pierre  et  le  sculpteur  sont, 
pour  travailler,  infiniment  plus  à  leur  aise  dans 
leur  chantier  que  sur  l'échafaudage  ;  ils  peuvent 
circuler  autour  de  leur  bloc,  le  manœuvrer,  le 
tourner  dans  le  sens  le  plus  commode  ;  comment, 
par  exemple,  aller  sur  place,  après  la  pose, profiler 
les  moulures  des  rosaces,  tailler  circulairement 
leurs  lobes,  évider  leurs  dentelures,  perforer  leurs 
ajours,  sans  s'exposer  à  rompre  certains  membres, 
et  à  ébranler  tout  le  réseau  et  les  meneaux  qui 
le  portent  ?  On  remarque  même  parfois  des 
moulures  si  profondément  dégorgées  qu'il  serait 


impossible  à  l'outil  d'atteindre  tous  les  points  de 
leurs  rcfouillements,  si  l'ouvrier  ne  pouvait  l'intro- 
duire par  le  lit  de  pose.  Un  autre  avantage,  c'est 
d'obliger  l'appareilleur  à  prévoir  tous  les  joints 
d'avance,  et  le  sculpteur  à  étudier  ses  motifs 
d'ornement, de  façon  à  ce  que  chaque  pierre  forme 
un  sujet  complet;  aussi  n'y  trouve-t-on  jamais  ces 
joints  malheureu.x  qui  passent  au  travers  des  com- 
positions sculptées  ;  ajoutons  que  les  frises  et  les 
archivoltes  ornées  y  produisent  leur  maximum 
d'effet  par  la  netteté  avec  laquelle  les  motifs  se 
détachent,  à  cause  des  repos  forcés  qui  les  sépa- 
rent, et  qui  sont  déterminés  par  les  joints.  Un 
dernier  avantage  était  de  permettre  l'exécution 
des  travaux  avec  une  rapidité  tellement  grande, 
qu'il  nous  est  impossible  aujourd'hui,  avec  toutes 
nos  ressources  mécaniques,  d'en  approcher.  » 

Société  Éduenne.  —  M.  Bulliot  continue  à 
rendre  compte  des  célèbres  fouilles  du  Mont- 
Beuvray. 

—  M.  Roidot  a  rendu  coinpte  d'un  mémoire 
sur  les  antiquités  d'Autun  que  M.  Bunnet  Lewis 
a  publié  dans  T/ie  arcliœological  Journal.  L'anti- 
quaire anglais  s'y  occupe  de  la  célèbre  inscription 
gréco-chrétienne  du  Musée  d'Autun,  découverte 
en  1839  a  Saint-Pierre  de  Lestricr.  On  n'est  point 
d'accord  sur  l'âge  de  ce  monument.  Le  cardinal 
Pitra  l'a  attribué  à  la  fin  du  deuxième  siècle, 
ainsi  que  M.  VVharton  Booth  Marriot.  MM.  Ros- 
signol et  Kirchoff  ne  le  font  remonter  qu'à  une 
époque  de  décadence,  en  raison  des  fautes  de 
syntaxe  et  de  prosodie  de  l'inscription  et  d'après 
la  forme  cursive  des  caractères.  M.B.Lewis  partage 
leur  sentiment.  Mais,  comme  le  fait  justement 
observer  M.  Roidot,  dans  quel  lieu  et  à  quelle 
époque  la  décadence  commence-t-elle  ?  Les  <^allo- 
Romains  écrivaient-ils  la  langue  d'Homère  dans 
sa  pureté  classique?  est-ce  dans  des  inscriptions 
funéraires  qu'il  faut  chercher  des  modèles  de 
correction  absolue,  surtout  quand  elles  sont 
rédigées  dans  une  langue  étrangère  .'  La  même 
réponse  peut  être  opposée  à  l'argument  tiré  de 
la  forme  irrégulière  des  caractères.  Qu'en 
conclure?  sinon  que  les  Gallo- Romains  parlaient 
un  grec  médiocre  et  l'écrivaient  médiocrement. 
Nous  nous  associons  au.x  judicieuses  obser- 
vations de  M.  Roidot,  et  nous  croyons,  avec  le 
cardinal  Pitra,  le  P.  Secchi,  MM.  Borret,  Leemans, 
Franz  et  Marriot  que  cette  épitaphe  doit  reinon- 
ter  au  second  siècle.  Ajoutons  toutefois  qu'il  est 
fort  possible,  comme  le  conjecture  M.  de  Rossi, 
que  la  pierre  primitive  ait  été  brisée  par  les 
païens,  et  qu'elle  ait  été  gravée  à  nouveau  et 
remise   en  place  au  IV*-"  siècle. 

—  Le  tome  IX  des  Mémoires  de  la  socictc 
Éduenne  contient  encore  d'importants  travaux 
historiques   et    archéologiques,     parmi     !esc|uels 


Crauaur   Des   «èocictés   savantes. 


87 


nous  nous  bornerons  à  citer  une  Notice  sur 
Santeuay  (Côte  d'Or)  par  M.  H.  De  Longuy,  et 
XÉpigrapkie   aiitunoise,  par  M.  H.  De  Fontenay. 

Société  des  sciences,  belles-lettres  et  arts 
de  Tarn  et  Garonne.  —  Le  tome  IX  de  ses 
Mémoires  ne  contient  que  des  travaux  purement 
littéraires,  sauf  un  rapport  de  M.  Edmont  Gala- 
bert  sur  les  congrès  des  sociétés  savantes  à  la 
Sorbonne.  La  Revue  de  Part  chrctieii  a  souvent 
plaidé  la  cause  de  la  décentralisation  littéraire; 
il  est  juste  de  donner  la  parole  à  une  opinion, 
non  pas  contraire,  mais  un  peu  différente. 

«  Le  choix  des  lectures,  dit  M.  Galabert,  est  laissé, 
comme  par  le  passé,  à  l'initiative  des  Sociétés  ou  des 
délégués,  mais  le  Ministère  propose  maintenant  chaque 
année  aux  Sociétés  savantes  l'étude  d'un  certain  nombre 
de  questions,  qui  sont  ensuite  discutées  dans  les  sections. 
Cette  innovation  a  été  critiquée  et  elle  est  trop  récente 
pour  que  son  application  ne  soit  pas  encore  un  peu 
défectueuse.  Elle  n'en  est  pas  moins  excellente.  Elle  met 
en  contact  les  savants  de  province  avec  ceux  de  Paris, 
elle  les  fait  travailler  en  commun  et  elle  servira  à  déter- 
miner exactement  le  rôle  qui  convient  plus  pirticulière- 
nent  à  chacun  d'eux.  Déjà  même,  en  suivant  attentivement 
la  discussion  on  se  rend  compte  de  ce  qui  manque  aux 
savants  de  province  pour  traiter  de  vastes  sujets,  proposer 
des  théories,  faire  des  essais  de  généralisation.  Ils  n'ont 
point  assez  d'étendue  dans  le  savoir  et  surtout  assez  de 
réserve.  L'esprit  critique  leur  fait  défaut.  Les  exceptions 
qu'on  signalerait  n'infirmeraient  point  la  règle.  Peut-être 
même  la  contirmeraient-elles  et  s'apercevrait-on  que  ces 
savants,  bien  qu'habitant  la  province,  se  rattachent  au 
mouvement  parisien  par  des  voyages,  des  lectures,  des 
correspondances  et  des  relations  particulières.  C'est  que 
la  supériorité  scientifique  et  artistique  de  Paris  est 
indéniable.  Qu'on  juge  ou  non  cette  centralisation  ex- 
cessive, on  sera  longtemps  encore  obligé  de  la  subir. 
11  convient  dès  lors  de  n'en  pas  méconnaître  les  avantages. 
Les  savants  parisiens,  mieux  placés  pour  ébaucher  des 
vues  d'ensemble  ou  se  livrer  à  des  essais  de  synthèse, 
se  défient  néanmoins  des  conclusions  hâtives  et  deman- 
dent des  faits  et  rien  que  des  faits.  Leurs  confrères  de 
province  devraient  s'attacher  principalement  à  en 
recueillir.  La  province  est  peu  ou  mal  connue  ;  il 
appartient  aux  diverses  Sociétés  savantes  de  l'étudier. 
Les  travaux  qui  leur  conviennent  le  mieux  sont  ceux 
qui  concernent  plus  particulièrement  leur  région.  Voilà 
le  champ  vraiment  réservé  à  l'activité  des  savants  de 
province,  et,  s'ils  savent  s'y  maintenir,  leurs  efforts  ne 
seront  pas  infructueux.  On  objectera  peut-être  que  ce 
genre  de  recherches  s'exerce  dans  des  limites  trop  étroites 
pour  intéresser  un  grand  nombre  de  personnes.  Là  est 
justement  l'erreur. 

«  L'étude  scientifique  d'une  contrée  ne  se  borne  pas 
seulement  à  celle  du  sol,  du  climat,  de  \.\  flore  et  de  la 
faune  ;  elle  comprend  aussi  l'économie  politique  et 
rurale,  l'archéologie,  l'histoire,  les  institutions,  les  cou- 
tumes, les  moeurs,  les  croyances,  les  traditions,  les 
légendes,  les  superstitions,  les  dialectes,  l'inventaire  des 
musées,  des  archives  et  des  collections.  C'est  dans  cette 
voie  que  le  Ministre  de  l'Instruction  publique  et  le 
Comité  des  Sociétés  savantes  cherchent  à  pousser  les 
Sociétés  de  province.  Les  résultats  de  cette  enquête 
centralisés  à  Paris,  seraient  mis  à  la  disposition  des 
savants  les  plus  éminents  et  une  étude,  à  la  fois  neuve 
et  complète  de  la  France  sortirait  un  jour  de  cette 
collaboration.  On  voit  donc  que  même  en  laissant  décote 


les  raisons  exposées  plus  haut  et  tirées  des  difficultés 
que  chacun  rencontre  en  voulant  sortir  de  son  domaine, 
on  en  trouve  d'autres  très  sérieuses  qui  imposent  aux 
savants  de  province  le  devoir  de  se  consacrer  à  cette 
tâche.  Le  Comité  des  Sociétés  savantes  réclame  leur 
concours  pour  l'accomplissement  d'une  œuvre  nationale, 
qui  profitera  également  à  la  science  générale.  » 

Société  historique  et  archéologique  du 
Maine.  —  M.  André  Joubert  raconte  l'histoire 
du  château  seigneurial  de  Saint-Laurent  des 
Mortiers,  détruit  par  les  Anglais  en  1427  et 
aujourd'hui  complètement  disparu.  L'auteur  a 
retrouvé  dans  les  archives  communales  de  Saint- 
Laurent  un  plan  du  château  fait  en  181 3  d'après 
les  ruines  qui  existaient  encore.  S'il  faut  s'en  rap- 
porter à  la  figure  bizarre  que  M.  Joubert  inter- 
cale dans  son  travail,  ce  château  aurait  été 
composé  d'une  enceinte  octogonale  flanquée  de 
huit  tours  rondes.  Au  centre  se  trouvait  le  don- 
jon qui  était  relié  à  l'enceinte  par  des  pans  de 
murailles  correspondants  à  chaque  tour. 

Commission  des  antiquités  et  des  arts  de 
Seine  et  Oise.  —  Dans  son  dernier  fascicule,  se 
trouve  un  inventaire  de  l'église  de  Notre-Dame 
de  Mantes  par  MM.  Durand  et  Grave.  Cette 
charmante  église  est  ogivale,  mais  romane  par 
son  plan  et  par  certains  détails  de  son  ornemen- 
tation. Tout  l'édifice  a  été  bâti  d'un  seul  jet  de- 
puis l'abside  jusqu'à  la  façade,  mais  elle  n'a 
d'abord  été  élevée  que  jusqu'à  la  hauteur  du 
premier  bandeau.  Toute  la  partie  supérieure  date 
des  premières  années  du  règne  de  saint  Louis. 
Eudes  de  Montreuil  a  su  habilement  raccorder  à 
l'église  commencée  par  Philippe-Auguste  l'église 
de  Blanche  de  Castille  et  de  saint  Louis.  La 
construction  du  triforium  est  peut-être  unique  et  il 
n'a  d'analogue  que  celui  deSaint-Remi  de  Reims. 
Les  voûtes  de  ce  triforiuin,  en  berceau  ogival, 
perpendiculaires  au  grand  axe  de  l'église,  repo- 
sent sur  de  larges  linteaux,  soulagés  par  de  ro- 
.bustes  colonnes.  Les  chapelles  de  l'abside  n'ont 
été  construites  qu'au  XI  V«  siècle,  à  l'exception 
de  celle  de  la  Vierge,  bâtie  en  1246. 

On  a  eu  tort  de  répéter  que  le  portail  de  Mantes 
avait  été  copié  sur  celui  de  Notre-Dame  de 
Paris,  car  les  parties  anciennes  de  Mantes  sont 
antérieures  à  la  métropole  de  Paris.  Parmi  les 
sculptures  de  la  façade,  on  remarque  les  funé- 
railles de  la  Vierge,  la  résurrection  du  Sauveur, 
la  résurrection  des  morts  et  beaucoup  de  figures 
de  mart)-rs  Le  vitrail  de  la  grande  rose,  datant 
du  XlIP"  siècle,  représente,  en  \ingt-quatre  scè- 
nes, le  jugement  dernier.  C'est  à  la  même  époque 
que  remontent  la  sacristie  et  l'ancienne  salle  du 
chapitre  qui  la  surmonte  et  qui  sert  aujourd'hui 
de  garde-meuble.  Le  plus  précieux  objet  du  mo- 
bilier de  Mantes  est  un  beau  tapis  persan,  offrant 


88 


IRctJue    ne    rart    cbréticn. 


des  motifs  de  chasse,  des  arbres,  des  oiseaux, 
des  lions,  des  panthères,  des  gazelles.  M.  de 
Caumont  attribuait  ce  tapis  au  XI V^  siècle: 
MM.  Durand  et  Grave  le  croient  un  peu  moins 
ancien. 

Société  littéraire,  liislorique  et  archéolo- 
gique de  Lyon.  —  Dans  la  siance  du  j  mars 
i88^.  —  M.  Georges  lit  quelques  passages  de  son 
étude  sur  l'architecture,  travail  qui  a  mérité  à 
son  auteur  un  prix  de  l'institut. 

Séance  du  iç  mars  i88^.  —  M.  le  comte  de 
Charpin  Feugerolles  communique  un  document 
du  commencement  du  XYIIf^  siècle,  ren- 
fermant le  récit  d'une  visite  pastorale  de  Mgr  de 
Marquemont,  archevêque  de  Lyon,  à  Saint- 
Étienne-de-Furens. 

Séance  du  2  avril  1S84.  —  M.  Desvernay  com- 
munique une  vue  de  l'Ile  Barbe,  due  au  crayon 
de  M.  Reithoffer,  et  fait  une  description  du  pay- 
sage et  des  monuments  qu'elle  représente. 

Séance  du  7  mai  188^.  —  M.  Pallias  lit  un 
mémoire  sur  l'industrie  de  la  Ganterie  à  Grenoble, 
qui  existait,  dans  cette  ville,  déjà  au  milieu 
du  quatorzième  siècle. 

Séance  du  21  mai  i88{..  —  M.  le  baron 
Raverat  fait  le  récit  d'une  promenade  dans  la 
vallée  de  l'Albarine,  dans  lequel  il  décrit  successi- 
vement Tunay,  la  cascade  de  Charabotte,  la 
roche  de  Thiou,  Nantuy  et  Hauteville. 

Séance  du  18  juin  188^.  —  M.  le  baron  Rave- 
rat  fait  le  récit  d'une  excursion  dans  la  vallée  de 
Beaunaiit.  —  M.  Desvernay  lit  une  notice  bio- 
graphique sur  Louis  Guy,  peintre  lyonnais.  — 
M.  l'abbé  Conil  fait  passer  sous  les  yeux  des 
membres  de  la  Société  la  photographie  d'un  por- 
trait du  bienheureux  Joseph  Benoît  Labre.  Ce 
portrait,  peint  sur  toile  et  dont  il  possède  l'origi- 
nal, est  attribué  à  un  peintre  lyonnais,  nommé 
Jean  Bourgeois,  et  il  prie  ceux  de  ses  collègues, 
qui  auraient  des  renseignements  sur  cet  artiste, 
de  vouloir  bien  les  lui  communiquer. 

Séance  du  2  juillet  1884.  —  M.  le  baron  Ra- 
verat fait  le  récit  d'une  excursion  à  Saint-Geoire, 
au  château  de  Clermont-Tonnerre  et  au  hameau 
de  Saint-Sixte. 

Société  d'agriculture,  sciences  et  arts  de 
la  Marne.  —  M.  le  chanoine  Lucot  donne  la 
description  des  verrières  de  la  cathédrale  de 
Châlons,  qui  ont  été  récemment  restaurées,  la 
plupart  parM.Stcinheil.  Aux  huitième  et  neuviè- 
me baies  du  collatéral  septentrional,  on  voit 
deux  verrières  en  grisailles,  l'une  du  XIII'', 
l'autre  du  XVI'=  siècle.  Les  fleurs  de  lys  a.ssociées 
aux  tours  de  Castille  donnent  à  la  première  la 
date  du  glorieu.x  règne  de  saint  Louis;  la  seconde 


bande  de  personnages  fait  connaître  les  dona- 
teurs :  ce  furent  les  pelletiers  qui  exerçaient  leur 
industrie  dans  le  voisinage  de  la  cathédrale,  ils 
sont  représentés  préparant  leurs  peaux,  les  ven- 
dant à  deux  bourgeois,  et  offrant  à  la  sainte 
Vierge  leur  verrière  dans  la  personne  du  chef  de 
la  corporation, agenouillé  devant  elle.  La  seconde 
grisaille  est  due  à  la  générosité  des  chanoines  ; 
ils  se  sont  fait  peindre  en  habits  sacerdotaux, 
faisant  l'offrande  de  leur  fenêtre  au  Sauveur 
assis  dans  une  chaire,  à  saint  Etienne  et  aux 
autres  protecteurs  de  la  cathédrale. 

La  quatrième  fenêtre  du  collatéral  droit  réunit 
aujourd'hui  les  figures  de  saints,  réparties  autre- 
fois en  deux  verrières  qui  ont  subi  malheureuse- 
ment de  nombreuses  mutilations.  Parmi  ces 
personnages,  peints  au  XV"  siècle,  on  remarque 
saint  Jacques  le  Majeur  faisant  bénir  un  cha- 
noine donateur  par  la  sainte  Vierge;saint  Vincent 
en  dalmatique;  saint  Etienne  ayant  sur  la  tête 
un  des  cailloux  de  sa  lapidation;  sainte  Catherine 
avec  sa  roue  brisée  dans  la  main  gauche  ;  sainte 
Barbe,  avec  sa  tour  et  l'épée  qui  lui  trancha  la 
tête  ;  les  pieds  de  ces  personnages  reposent  sur 
des  socles  aux  gracieux  contours  où  des  armoi- 
ries ont  été  peintes:  on  y  voit  celles  de  la  ville  de 
Châlons  et  l'écu  de  France.  Cette  association,  se 
demande  M.  Lucot,  avait-elle  pour  but  de  per- 
pétuer le  souvenir  de  quelque  libéralité  du  roi 
et  du  corps  de  ville  ?  ou  bien,  l'écusson  du  roi 
ne  serait-il  ici,  dans  la  pensée  du  donateur  qu'un 
souvenir  consacré  à  la  ville  et  à  son  gouverneur, 
ainsi  qu'au  roi  de  France,  sous  l'autorité  duquel 
Châlons  venait  de  se  replacer.'  Il  n'est  pas  rare, 
dans  les  pays  Allemands,  mais  qui  ont  toujours 
été  autonomes,  de  rencontrer  peintes,  dans  les 
verrières  des  églises,  les  armes  de  l'empire  d'Alle- 
magne :  la  représentation  de  ces  armes  était  la 
simple  reconnaissance  de  la  suzeraineté  de 
l'empereur  romain.  Faut-il  voir  autre  chose  à 
Châlons  dans  la  présence  des  armes  royales? 
c'est  une  question  sur  laquelle  M.  Lucot  n'ose 
point  se  prononcer. 

J.  C 

Société  historique  et  archéologique  du 
Périgord.  —  Par  les  soins  de  la  Société  archéo- 
logique du  Périgord,  le  musée  de  Périgueux  déjà 
si  riche, vient  de  s'augmenter  d'une  collection  des 
plus  curieuses  et  des  plus  rare.s,  voici  dans  quelles 
circonstances.  A  la  séance  du  4  octobre  dernier, 
un  membre  faisait  part  à  la  savante  Compagnie 
de  la  découverte  d'une  station  magdalénienne  sur 
la  commune  de  la  Lindc,  découverte  fortuit!.- 
amenée  par  des  fouilles  que  faisaient  faire  sur 
leur  terrain  à  l' Abri  des  soucis,  MM.  le  capitaine 
Masson   et    Braquemont.  Ces  Messieurs    avaient 


Cratiaur    Des    %)Ocictés    savantes. 


89 


trouvé  une  grande  quantité  d'objets  très  curieux 
et  en  faisaient  part  à  la  Société  archéologique. 
Celle-ci  désigna  une  commission  chargée  de 
s'entendre  avec  les  propriétaires  des  terrains 
pour  diriger  les  fouilles  et  acquérir  quelques-uns 
des  objets  trouvés. 

Ces  fouilles  reprises  le  18  février  sous  l'habile 
direction  de  M.  Féaux,  amenèrent  les  plus  jolis 
résultats  :  Huit  harpons  barbelés  d'une  forme 
gracieuse  et  d'une  ornementation  délicate,  un 
collier  formé  de  10  coquilles  marines,  un  manche 
de  poignard  en  os  gravé,  trois  baguettes  ciselées, 
une  petite  scie  en  ivoire  d'un  travail  des  plus  fins 
et  une  quantité  considérable  de  beaux  fragments 
de  harpons,  de  sagaies,  d'aiguilles,  de  couteaux  et 
de  mortiers  à  broyer  la  sanguine  qui  faisaient 
partie  de  la  toilette  de  nos  populations  troglodi- 
tyques,  la  plupart  de  ces  objets  couverts  de 
sculptures  et  de  ciselures  du  meilleur  goût,  furent 
trouvés  au  pied  de  VAbri  des  soucis. 

Des  offres  furent  faites  par  M.Galy,président  de 
la  Société  archéologique,  pour  acquérir  cette 
riche  collection.  Mais  le  capitaine  Masson, 
«n'écoutant  que  la  voix  du  patriotisme»  voulut 
en  faire  un  don  gracieux  au  musée  de  Périgueux, 
qui  se  trouve  ainsi  posséder  l'une  des  plus  riches 
et  des  plus  intéressantes  collections  de  l'époque 
paléolithique  magdalénienne. 

Si  le  désintéressement  du  capitaine  Masson 
est  digne  de  tous  éloges,  nous  n'en  devons  pas 
moins  féliciter  la  Société  archéologique  du  Péri- 
gord,  et  personnellement  son  savant  président 
qui  surent  éviter  la  vente  toujours  déplorable 
d'une  collection  dont  les  sujets  peut-être  se  furent 
dispersés  aux  quatre  coins  du  monde. 

J.   M. 


Académie  des  Incsriptions  et  Belles- Lettres, 

Sc'a/iic-  du  Jj  juillet.  —  M.  L.  Uelisle  présente,  au 
nom  de  Madame  la  comtesse  de  Bastard  d'Estanget  au 
sien,  une  planche  de  fac-similé  héliographique  qu'il  a  fait 
exécuter,  d'après  un  manuscrit  de  Saint-Gall,  pour  combler 
une  lacune  de  l'ouvrage  de  feu  .VI.  le  comte  de  Bastard 
Peintures  et  orneiiietils  lùs  inanusciils.  Il  annonce  en 
même  temps  qu'un  exemplaire  de  choix  et  très  complet 
de  ce  somptueux  ouvrage  vient  d'être  donné  à  la  Biblio- 
thèque Nationale  par  la  veuve  du  fils  de  l'auteur. 

Séance  du  S  août.  —  M.  Léon  Heuzey  offre  au 
nom  des  auteurs,  MM.  Henry  Cros  et  Ch.  Henry,  un 
volume  intitulé  :  ["Encaustique  et  tes  autres  procédés  de 
peinture  clicv  les  anciens. 

Ce  livre,  die  M.  Heuzey,  contient  une  découverte  im- 
portante pour  la  science  et  pour  l'art.  C'est  la  restitution 
tant  cherchée  d'un  procédé  célèbrede  la  peinture  grecque: 
la  peinture  à  la  cire  et  au  feu  ou  Vencaustique. 

La  recherche  des  procédés  perdus  de  l'encaustique  a 
fait  travailler  bien  des  esprits  et  produit  toute  une  série  de 
mémoires.  L'.Académie  des  Inscriptions  ne  saurait  oublier 
celui  qui  lui  fut  iJrésenté  en  1755  par  le  comte  de  Caylus. 
Le  principal  défaut  de  la  méthode  était  de  trop  s'écarter 
des  indications  des  auteurs,  en  employant  des   cires  fon- 


dues à  l'eau  bouillante,  étendues  à  la  brosse  et  repassées 
seulement  avec  une  sorte  de  réchaud.  L'auteur  qui  s'est  le 
plus  approché  des  procédés  antiques,  consistant  à  appli- 
queretà  mélangerdirectenient  les  cires  decouleur  avec  des 
fers  chauffés  au  feu,  fut  l'abbé  Requeno,  en  1784.  Mais, 
faute  d'exemples,  il  ne  put  faire  la  démonstration  archéo- 
logique de  son  système. 

Il  en  est  tout  autrement  du  travail  de  MM.  Cros  et 
Henry. 

Tout  d'abord,  ils  suivent  scrupuleusement  les  indications 
fournies  par  les  textes  ;  ils  en  montrent  ensuite  l'applica- 
tion sur  un  petit  nombre  de  peintures  anciennes  ;  tels  sont, 
par  exemple,  deux  portraits  de  la  famille  égypto-romaine 
des  Soter,  au  Louvre,  et  la  célèbre  muse  de  Cortone.  A 
ces  documents  positifs  s'ajoute  la  découverte  faite  en  1847, 
à  Saint-Médard-des-Piès,  de  tout  l'outillage  d'une  femme 
peintre,  contenant  des  substances  et  des  instruments  qui 
se  rapportent  indubitablement  aux  procédés  de  l'encaus- 
tique. Enfin,  pour  emporter  la  conviction,  il  fallait  une 
condition  dernière:  la  mise  en  pratique  du  procédé  ;  M. 
Cros  a  tait  fabriquer  des  cauteria,  sortes  de  spatules  ou 
d'ébauchoirs,  parmi  lesquels,  le  fameux  cesirum  dentelé  en 
feuille  de  bétoine.  II  a  mis  ses  fers  au  feu,  et  il  a  été  étonné 
lui-même  d'obtenir  aussi  logiquement  le  résultat  cherché. 
Voici  une  charmante  tête  de  femme  peinte  à  l'encaustique 
par  M.  Cros,  ajoute  M.  Heuzey,  ou  l'on  remarciuera  à  la 
fois  la  franchise  du  coloris  et  l'habile  mélange  des  tons, 
qui  passent  les  uns  dans  les  autres  avec  la  même  souplesse 
que  dans  la  peinture  à  l'huile.  La  peinture  à  la  cire  donne 
un  coloris  oîi  la  transparence  et  je  ne  sais  quelle  vie  par- 
ticulière s'unissent  à  la  solidité  de  la  pâte  ;  ses  couleurs  ne 
changent  pas  ;  elles  ne  sont  pas  exposées  au  danger  de 
la  décomposition  chimique  ;  enfin,  le  procédé  est  à  la  fois 
d'une  rapidité  et  d'une  souplesse  remarquables.  A  ces 
divers  titres,  la  peinture  à  l'encaustique  se  recommande 
aux  artistes  contemporains. 

Séance  du  2Ç  août.  —  M.  Léopold  Delisle,  directeur 
de  la  Bibliothèque  nationale,a  communiqué  dernièrement 
à  l'Académie  des  Inscriptions  des  observations  sur  l'origine 
d'un  manuscrit  introduit  par  Libri  dans  la  collection  de  lord 
Ashburnham  (2"  article  du  n^  16  de  la  collection).  Ce 
inanuscrit  est  du  huitième  siècle,  et  M.  Hort,  professeur  à 
l'Université  de  Cambridge,y  a  reconnu  des  fragments  éten- 
dus du  <,<  Miroir»  de  saint  .Augustin.  A  l'aide  d'un  catalogue 
du  huitième  siècle,  récemment  trouvé  à  Orléans  par  ^L 
Trouchot,  M. Delisle  établit  que  les  treize  feuillets,  du  «  Mi- 
roir», aujourd'hui  reliés  dans  le  manuscrit  16  de  Libri,  fai- 
saientpaitie,audix-huitièmesiècle,dumanu3crit  lo  de  l'ab- 
bayede  Saint-Benoît-sui-Loire.  Ces  feuillets  ont  été  em- 
ployés par  dom  Sabatier  pour  son  édition  des  anciennes 
versions  de  laBible.Uom  Rivet  lésa  analysés  dans  le  tome 
III  de  \ Histoire  littéraire  de  la  France,  et,  faute  d'\'  a\oir 
reconnu  un  ouvrage  de  saint  Augustin,  il  a  supposé  que 
c'était  un  débris  d'une  compilation  faite  en  Gaule  au  com- 
mencement du  sixième  siècle.  Le  manuscrit  10  de  Saint- 
Benoit  est  arrivé  à  la  Bibliothèque  d'Orléans,  où  il  porte 
aujourd'hui  le  n'  16.  Les  feuillets  du  ^<  .Miroir»  de  saint 
Augustin  en  ont  été  enlevés  depuis  la  publication  du 
catalogue  de  Septier  ;  Libri  se  les  est  appropriés  et  les  a 
vendus,  en  1847,  au  comte  d'Ashburnham. 

X. 

La  Société  d'art  et  d'histoire  du  diocèse 

de  Liège,  a  publié  le  Tome  III  de  ses  Bulletins. 
Voici  le  contenu  de  ce  volume.  De  la  dévolution 
et  de  la  inaiiiplcvie  dans  le  droit  coutuniier  liégeois, 
par  iM.  le  conseiller  Crahay.  Nouvelles  recherches 
sur  Saiiit-Servais,  étude  par  laquelle  M.  le  profes- 
seur Ktiilli  reccjiistituc  d'une  manière  aussi  ingé- 


^'-'    I.lVUAlSON. 


90 


IRctiue   Dc   ract    cbrétien. 


nieuse  que  savante,  ce  qu'il  considère  à  juste 
titre,  croyons-nous,  comme  la  plus  ancienne 
inscription  chrétienne  du  pays,  c'est-à-dire  l'épi- 
taphe  métrique  que  saint  Monulphe,  évêque  de 
Liège,  avait  fait  graver  sur  la  tombe  de  son 
illustre  prédécesseur,  saint  Servais.  Horion  Ho- 
zcDiont,  notice  historique  de  M.  Vandricken,  dans 
laquelle  l'auteur  fait,  à  l'aide  de  recherches  minu- 
tieuses entreprises  avec  une  sorte  de  piété,  l'his- 
toire d'une  commune  rurale  de  l'ancienne  prin- 
cipauté de  Stavelot;  il  sait  rendre  son  travail 
attachant  par  l'accent  de  vérité  qu'on  y  trouve, 
et  l'esprit  consciencieux  de  ses  investigations. 
Quelques  mots  sur  les  Agnus  Dei,  travail  très 
étudié  et  où  l'auteur,  M.  le  chanoine  Dubois,  a, 
sous  un  titre  modeste,  réuni  à  peu  près  tout  ce 
que  l'on  sait  sur  les  Agnus  Dei.  Il  forme  une 
sorte  de  monographie  illustrée  de  4  planches, 
reproduisant  des  custodes  d'Agnits  Dei,  petits 
monuments  fort  rares,  comme  on  sait.  La  plus 
ancienne  dc  ces  custodes,  celle  qui  est  conservée 
au  musée  archéologique  de  Namur,  avait  déjà 
été  publiée  par  les  soins  de  la  Société  archéo- 
logique de  cette  ville.  Le  volume  se  termine 
par  :  (J/ie  famille  rui'ale  au  X  VHP  siècle,  par 
M.  Charles  Dejace.  L'auteur  y  fait  une  esquisse 
historique,  basée  entièrement  sur  des  documents 
de  famille  et  qui,  par  cela  même  est  très 
attachante.  C'est  la  publication  d'un  de  ces  livres 
de  raison  que  M.  Ch.  de  Ribbe  a  été  le  premier  à 
mettre  en  relief,  et  dont  bien  des  familles,  dans 
plus  d'un  pays,  ont  conservé  encore  les  manus- 
crits restés  inconnus  et  qui  attendent  l'œil  d'un 
chercheur  pour  être  remis  au  jour. 

J.    H. 

Institut  archéologique  liégeois. —  Nous  de- 
vons signaler  le  document  fourni  par  M.  D.  Van  de 
Casteele  sur  des  tapisseries  de  Bruxelles,  dues  à 
Urbain  Leyniers,  conservées  au  château  d'Aigre- 
mont.  M.  Van  de  Casteele  avait  déjà  fait  connaître 
des  haute-lisses  de  Daniel  Leyniers, ornant  actuel- 
lement les  salons  particuliers  du  gouverneur  et  non 
ceux  du  château  dc  Waroux.  11  a  cette  fois  mis 
la  main  sur  toute  la  correspondance  qui  eut  lieu 
entre  le  fabricant  et  l'archidiacre  Clercx  de  Liège 
vers  1 525.  Des  neuf  tentures  qui  ornèrent  la  grande 
salle  du  château  d'Aigremont,  et  dont  les  cartons 
furent  exécutés  par  Jean  Van  Orley,  quatre 
existent  encore  :  elles  représentent  \ Hiver,  la 
Chasse,  le  Ménage,  et  un  Festin  de  Paysans.  Les 
belles  tapisseries  de  la  salle  du  Conseil  communal 
de  Bruxelles,  représentant  des  épisodes  de  l'his- 
toire du  duché  de  Brabant  sont  du  même  artiste. 

Bien  intéressante  est  la  petite  église  romane 
de  Saint-Nicolas  en  Glain,à  laquelle  M.  N.  Hen- 
rotte  consacre  quelques  pages  et  deux  planches, 
une  jolie   vue   de   l'élégant  chevet,  et   un  dessin 


d'une  des   plus  anciennes  dalles  tumulaires  que 
l'on  connaisse  en  Belgique. 

Société  archéologique  de  Namur.  —  La 
deuxième  livraison  de  cette  année  contient  une 
notice  de  M.  del  Marmol  sur  les  confréries  de  la 
Miséricorde  et  de  la  consolation  en  l'église  de  Saint- 
Jacques  à  Namur.  M.  D.  Van  de  Casteele  y  donne 
une  série  de  documents  inédits.  11  fait  connaître 
un  contrat  (1650)  relatif  à  une  voûte  sculptée  en 
l'Eglise  de  Notre-Dame  à  Namur  par  les  sculp- 
teurs Jean-Arnould  de  Ville  et  François  Finon,  et 
un  autre,  de  1587,  concernant  l'érection  de  l'an- 
cienne boucherie,  siège  actuel  du  riche  musée 
namurois.  D'après  ses  curieuses  notes,  le  peintre 
namurois  Martin  Hardeine,  quitta  en  1650  sa 
ville  natale  pour  chercher  ailleurs  plus  grand  pro- 
fit de  son  art.  Le  testament  dc  Claude  du  Moulin, 
chanoine  de  Saint-Aubin  fait  en  1681,  fournit  des 
données  sur  des  peintres  en  renom,  Jean  Leclerc, 
Daniel  Zeghers,  Jean  Bouillon,  de  Coninck,  Josse 
de  Momper,  J.-B.  Bouverie,  etc. 

C'est  encore  au  laborieux  archiviste  namurois 
que  nous  devons  une  note  sur  l'ancienne  fabrica- 
tion de  verres  de  Venise  à  Namur.  Nous  avons 
déjà  entretenu  nos  lecteurs  de  l'existence,  au 
seizième  et  au  dix-septième  siècle,  d'ateliers 
fondés  par  les  verriers  de  Murano  à  Anvers 
et  à  Liège.  Le  travail  le  plus  imjjortant  du 
fascicule  qui  nous  occupe  est  dû  au  R.  P.  Dom 
van  Caloen;  il  a  pour  sujet  les  bas-reliefs  et 
les  sépultures  franques  récemment  découverts  à 
Maredsous.  Notre  collaborateur  M.  le  baron  Be- 
thune  de  Villers  y  consacre  un  compte-rendu,  que 
le  lecteur  trouvera  au  chapitre  Bibliographie. 

L.  C. 


Commission  royale  d'art  et  d'archéologie 
de  Belgic£ue.  —  En  terminant  une  étude  sur 
l'épigraphie  romaine  de  la  Gaule,  M.  H.  Schuer- 
mans  s'arrête  à  disserter  savamment  sur  les  deux 
diptyques  consulaires  de  Liège,  célèbres  dans  le 
monde  archéologique.  L'un,  le  diptyque  d'Asty- 
rius,  appartint  jadis  à  l'église  de  Saint-Martin,  où 
il  servit  longtemps  de  couverture  d'évangéliairc. 
L'un  des  feuillets  est  aujourd'hui  perdu, tandis  que 
l'autre  est  encore  conservé  au  musée  de  Darm- 
stadt,  après  avoir  appartenu  à  M.  de  Crassier, 
puis  à  Ch.  A.  Honvlez,  baron  de  Hùpsch  et  fina- 
lement au  grand  duc  Louis  F'  de  Hesse.  Quant 
à  l'époque  et  aux  circonstances  dc  rarri\éc  de  ce 
diptyque  à  Liège,  M.  Schuermans  émet  l'idée, 
que  lorsque  l'évêque  Eracle  fonda  l'église  de 
Saint-Martin  à  Liège,  au  Ys  siècle,  il  aurait  fait 
don  du  diptyque  d'Astyrius  à  cette  église  qui 
l'aurait  employé  à  revêtir  un  évangcliairc. 

D'un    autre    côté,    la    cathédrale    dc     Saint- 


Crauaur   ncs   Sociétés   savantes 


91 


Lambert,  démolie  à  la  révolution  française,  a 
possédé  un  diptyque  représentant,  comme  celui 
de  Saint-Martin, l'inauguration  d'un  consul, lequel 
s'appelait  Anastasius.  On  a  conservé  jusqu'à 
nos  jours  au  moins  trois  diptyques  de  ce 
consul  :  un  premier,  de  la  cathédrale  de 
Bourges,  est  allé  à  la  Bibliothèque  nationale  de 
Paris;  un  second  est  au  musée  de  Vérone,  ou 
du  moins  on  y  possède  le  deuxième  feuillet  de 
celui-là.  Enfin,  celui  de  Liège  est  aujourd'hui  di- 
visé. Le  deuxième  feuillet  est  au  South  Kensins:- 
ton  inuseinn,  et  le  premier,  à  la  Kiinst  Kamer  de 
Berlin.  On  avait  toujours  vu  dans  cet  Anastasius 
l'empereur  Anastase,  qui  a  été  quatre  fois  consul. 
L'auteur  établit  qu'il  s'agit  d'un  deseshomonymes 
et  parents,  et  que  le  diptyque  est  un  produit  de 
l'art  byzantin  du  VI^  siècle.  Il  était  probablement 
dans  le  trésor  de  Saint-Lambert  dès  le  temps  de 
Charlemagne;  peut-être  est-il  un  don  de  saint 
Hubert  à  cette  église.  Il  adonné  lieu  il  y  a  vingt 
ans,  à  un  procès  célèbre,  une  contrefaçon  de  cet 
objet  ayant  été  mise  en  vente  par  un  faussaire, 
nommé  Esser,  qui  s'occupait  à  Liège,  avec  une 
grande  habileté,  delà  fabrication  de  faux  ivoires. 
Terminons  en  disant  que,  selon  M.  Schuermans, 
il  y  a  lieu  d'espérer  que  l'on  retrouvera  à  la  ca- 
thédrale d'Aoste  le  premier  feuillet  du  diptyque 
d'Astyrius. 

—  M.Lucien  Solvaydonne,à  titre  d'extrait  d'un 
ouvrage  sous  presse,  une  étude  ayant  pour  objet 
l'influence  de  l'art  flamand  sur  l'art  espagnol. 

La  sculpture  en  Espagne,  ne  fit  que  suivre, 
avant  et  après  la  Renaissance,  les  traditions 
italiennes,  sans  marquer  ses  œuvres  d'un  carac- 
tère national.  Les  rares  spécimens  qu'on  con- 
serve de  cet  art,  dans  les  musées  et  les  églises, 
jouissent,  selon  M.  Solvay,  d'une  réputation  sur- 
faite. Les  étrangers  se  mêlent  en  giand  nombre 
aux  artistes  indigènes.  A  la  suite  des  architectes 


flamands,  tels  que  le  Bruxellois  Annequin,  Van 
der  Eycken,  François  Van  Sande,  Jean  Guas,  etc. 
y  affluent  des  sculpteurs  étrangers,  Philippe  de 
Bourgogne,  le  flamand  De  Jonghe,  les  italiens 
Pompeio  Leoni,  Juani  de    Juni  et    Torrignano. 

.Selon  une  curieuse  remarque  de  l'auteur,  c'est 
par  l'Espagne,  et  non  par  l'Italie,  que  la  Renais- 
sance pénétra  à  la  fin  du  XVi^  siècle  dans  les 
Pays-Bas,  où  elle  s'implanta  plus  tôt  qu'en  France 
et  en  Allemagne.  En  plein  Pays-Bas,  il  croit  re- 
trouver le  style  Mudejar,  dans  la  colonnade  delà 
cour  du  palais  épiscopal  de  Liège,  dans  la  cha- 
pelle du  Saint-Sang  à  Bruges,  et  dans  l'ancienne 
Bourse  d'Anvers,  et  le  style  Plateresque,  dans  la 
plupart  des  édifices  belges  du  XVP  siècle;  il  en 
trouve  des  traces  dans  la  cheminée  du  Franc  de 
Bruges,  dans  le  mausolée  du  cardinal  de  Croy  à 
Heverlé,  etc. 

La  peinture,  qui  suivit  la  sculpture  et  l'architec- 
ture, s'inspira  au.x  mêmes  sources,  mais  elle  ne 
voit  le  jour  qu'avec  peine,  aux  dernières  années 
du  XVi^  siècle,  alors  que  l'Espagne  a  chassé  les 
Arabes,  et  commence  à  respirer,  après  des  siècles 
de  luttes  formidables.  Elle  ne  produisit  que 
d'informes  essais  jusqu'à  l'arrivée  des  Florentins 
Gherardo,  Stamira  et  Dello.  Les  Flamands  suivi- 
rent les  Italiens.  On  cite  Gil  Tannes,  Christophe 
d'Utrecht,  Antoine  de  Hollande,  Olivier  de  Gand, 
Jean  Flamend.  On  prétend,  non  sans  preuves,  que 
Roger  Vander  Weyden  passa  par  l'Espagne  à  son 
retour  d'Italie;  mais  en  tout  cas,  la  présence  d'un 
grand  nombre  de  ses  œuvres,  y  eut,  à  défaut  des 
leçons  du  grand-maître,  une  grande  influence  sur 
l'art.  Ici  M.  Solvay  se  livre  à  une  intéressante 
critique  des  œuvres  de  Roger,  plus  authentiques 
les  unes  que  les  autres.  Il  apporte  à  une  question 
des  plus  intéressantes,  surtout  pour  ses  compa- 
triotes, le  contingent  précieu.x  des  études  sérieuses 
qu'il  a  pu  faire  sur  place. 


jV^^^ljQjIJÇXj^^y;;;;^  (^^QXjQXjQ^yÇSI^ 


^mm^mSiM^.  BibliograpJ)it-  M^'msi'^m^m 


ANS  notre  livraison  de  juillet  1883, 
p.  278,  HDUS  avons  annoncé  que 
l'Exposition  de  l'Art  ancien,  orga- 
nisée à  Liège  en  1881, allait  donner 
lieu  à  une  publication  considérable, 
entreprise  par  la  Maison  Claesen 
de  Paris.  On  se  rappelle  que  cette  publication 
devait  se  composer  de  trois  albums  de  30  plan- 
ches chacun,  accompagnées  d'un  texte  explicatif. 
Déjà  nous  avons  rendu  compte  du  premier 
fascicule  de  l'Album  consacré  à  X Orfèvrerie 
religieuse.  Cette  publication  se  poursuit,  et 
aujourd'hui  les  premières  livraisons  des  deux 
autres  albums  ont  également  vu  le  jour. 

La  deu.xièmc  partie  se  compose  de  la  Sculp- 
ture et  de  la  Dinandcrie.  De  même  que  pour  la 
livraison  déjà  parue,  les  planches  exécutées  avec 
beaucoup  de  soin  au  moyen  de  la  phototypie,par  la 
Maison  Rômmeleret  Jonas  de  Dresde,  ne  laissent 
rien  à  désirer.  Voici  les  planches  de  cette  livrai- 
son que  nous  avons  sous  les  yeux  : 

1°  Diptyque  d'Auastasius.  Ce  sont  les  deux 
feuillet-s  de  ce  curieux  monument  de  la  toreutique 
conservé  autrefois  dans  la  cathédrale  de  Saint- 
Lambert  à  Liège,  et  dont  aujourd'hui  une  moitié 
se  trouve  dans  l'un  des  musées  de  Berlin,  l'autre 
au  musée  de  South-Kensington  à  Londres.  2°  La 
Vierge,  dite  de  Doui  Rupert.  Bas-relief  en  pierre 
du  XI''  siècle,  qui  se  trouvait  autrefois  à  l'abbaye 
de  Saint-Laurent  près  Liège,  et  qui  est  actuelle- 
ment conservé  au  musée  archéologique  de  cette 
ville.  3"  Autiionicre,  curieuse  broderie  du  XIV« 
siècle,  faisant  partie  du  trésor  de  l'ancienne 
collégiale  de  N-D.  à  Tongres.  4°  Deux  groupes 
du  retable  de  l'église  Saint-Denis,  à  Liège. 
5°  Tapisserie  de  Flandre,  haute-lisse  très  intéres- 
sante faisant  partie  de  la  collection  de  M.  le 
docteur  Hicguet  à  Liège.  6"  Grès  d' A  lie  magne  et 
des  Pays-Bas.  7^  Plateau  en  émail  de  I^inioges. 
8°  Ancienne  argenterie  liégeoise,  planches  dont 
les  éléments  appartiennent  à  différents  amateurs. 
9"  Verres  allemands,  vénitiens  et  liégeois,  et  ■ 
10°  Balcon  enfer. 

On  le  voit,  ce  second  album  s'annonce  aussi 
bien,  par  les  objets  généralement  d'un  haut 
intérêt  archéologique  qui  y  sont  reproduits,  que 
son  aîné.  Enfin,  la  livraison  consacrée  à  Y  Ameu- 
blement civil  et  qui  se  compose  également  de  dix 
planches,  sera  certainement  appréciée  par  les 
collectionneurs  et  les  curieux.  On  y  remarque 
particuhèrement  les  premières  planches,  une 
armoire  du  X  VP  siècle,  conservée  dans  l'un  des 


1^^^^^^^^^, 


hospices  de  Liège,  et  un  virginal,  in.strument 
à  cordes  d'une  grande  beauté  et  qui  fait  partie 
des  collections  de  M.  Jerme  à  Liège.  ]-a  plupart 
des  autres  planches  reproduisent  des  meubles 
sculptés  en  bois  de  chêne,  dits  liégeois,  appar- 
tenant au.x  XVII^  et  XVIII"  siècles. 

Ces  albums,  dont  la  publication  sera  achevée 
au  cours  de  cette  année,  formeront  une  collection 
de  planches  des  plus  remarquables.  Les  objets 
reproduits  ont,  en  général,  une  origine  commune, 
l'ancienne  principauté  de  Liège, et  ces  phototypies 
resteront  comme  le  souvenir  aussi  durable  qu'il 
est  instructif,de  l'une  des  expositions  régionales 
les  plus  considérables  que  l'on  ait  organisées  en 
Belgique 

Die  Marien  verehrung  in  den  ersten  Jahr- 
hunderten,  von  Hofrath  T)''  V.  A.  von  Lehner, 
Director  des  fiirstl.  Hohenzollernschen  Muséums 
in  Sigmaringen. 

Le  culte  de  Marie  aux  premiers  siècles,  par  le 
D'' F. A. V. Lehner,  conseiller  à  la  Cour,  directeur  du 
musée  du  prince  de  Hohenzollern  à  Sigmaringen, 
avec  8 planches  doubles  en  lithographie.  Stuttgart, 
J.  Cotta. 

Nous  traduisons  de  la  Revue  allemande  de 
Berlin  le  compte-rendu  suivant  : 

Lorsque,  il  y  a  bien  des  années,  l'auteur  com- 
mença ses  études  relatives  à  l'Art  chrétien,  ses 
sentiments  de  catholique  le  portèrent  tout 
d'abord  à  l'examen  des  représentations  (i  de  la 
sainte  Vierge  ».  Il  prit  un  plaisir  particulier  à 
remonter  des  peintures  de  la  Madone  contem- 
poraines aux  images  du  moyen  âge  le  plus 
reculé,  et  de  comparer  entre  elles  ces  différentes 
œuvres  d'un  môme  art.  L'examen  des  rapports 
entre  les  images  peintes  ou  sculptées  représen- 
tant Marie  et  la  dévotion  de  l'Eglise  et  du  peuple 
à  sainte  Marie  dont  ces  images  ne  paraissent 
qu'un  reflet,  l'amenèrent  à  des  recherches  appro- 
fondies sur  l'histoire  de  ce  culte.  Depuis  le  con- 
cile d'Éphèse  (433),  où  Marie,  comme  mère  de 
Dieu,  fut  placée  à  la  tête  des  saints  et  honorée 
officiellement  dans  les  fêtes  établies  par  l'Église, 
à  titre  de  patronne  et  de  protectrice,  les  maté- 
riau.x  pour  cette  histoire  ne  faisaient  pas  défaut. 
Mais  il  n'en  était  pas  de  même  en  ce  qui  con- 
cerne les  premiers  siècles.  Là,  il  n'existe  que 
d'assez  rares  indications,  de  sorte  qu'une  étude 
des  sources,  aussi  bien  de  celles  contenues  dans 
les  monuments  de  l'art  que  des   sources  manus- 


TBiblio  graphie. 


93 


crites,  devint  nécessaire.  L'auteur  ne  s'est  pas 
effrayé  de  cette  nécessité,  et  prenant  pour  base 
de  ses  recherches  le  Nouveau  Testament, les  écrits 
apologétiques  et  les  Pères  de  l'Église,  il  a  entre- 
pris cette  étude  avec  une  persévérance  qui  lui  a 
permis  d'épuiser  son  sujet.  La  personnalité  de 
Marie,  que  l'on  ne  voit  que  rarement  dans  les 
Evangélistes,qui  n'y  est  pour  ainsi  dire  dessinée 
qu'à  grands  traits,  apparaît  plus  nette  et  plus 
précise  dans  le  travail  religieux  de  l'auteur, 
soutenu  par  la  science  théologique.  Grâce  à  lui, 
la  silhouette  tracée  par  la  main  des  Évangélistes 
se  développe,  se  colore  et  devient  précise,  comme 
la  peinture  d'un  maître  ;  elle  montre  dans  sa 
pleine  lumière  comme  objet  du  culte,  celle  qui  a 
pris  une  place  si  considérable  dans  l'Église  ca- 
tholique. 

Par  cette  voie  l'auteur  parvint  à  établir  que 
l'idéal  de  Marie,  tel  que  le  concevait  le  V«  siècle, 
n'a  été  que  le  développement  naturel  de  la 
conception  des  siècles  qui  l'ont  précédé.  Cet 
idéal  n'est  que  le  résultat  de  la  tradition  sanc- 
tionnée et  vérifiée. 

Lorsque  l'auteur  affirme  que  ses  recherches  ne 
poursuivent  pas  un  but  théologique,  mais  que, 
cherchant  à  porter  la  lumière  dans  le  domaine 
de  l'archéologie,  c'est  de  ce  point  de  vue  qu'il 
convient  de  juger  le  résultat  acquis,  nous  n'en 
avons  pas  moins  le  droit  de  repousser  la  pensée 
d'un  développement  du  culte  théologique  de 
latrie  accordé  à  Marie.  Mais  nous  appellerons 
particulièrement  l'attention  sur  la  seconde  partie 
de  l'ouvrage  qui  donne  l'histoire  de  l'idéal  poé- 
tique de  Marie. 

L'ancienne  poésie  chrétienne  qui  a  Marie  pour 
objet  commence  avec  les  apocryphes  du  Nouveau 
Testament  ;  à  ceu.K-ci  il  convient  de  joindre  les 
panégyriques  des  «  oracles  sj'billins  »  (i6o)  et  les 
rapports  évangéliques  rimes  ;  les  poésies  de 
Juvencus  (330)  et  celles  de  l'évêque  Paulin  (431). 
Viennent  ensuite  les  hymnes  et  les  poésies  lyri- 
ques du  pape  Damasc  (366-84),  celles  du  plus 
grand  poète  de  l'antiquité  chrétienne.  Pruden- 
ce (Hh  413),  et  enfin  les  poètes  lyriques,  édités 
en  langue  allemande  par  Zingerlc. 

Le  livre  de  M.  de  Lehner  offre  un  intérêt  plus 
puissant  au  point  de  vue  de  l'art,  par  la  repro- 
duction de  85  images  de  la  sainte  Vierge,  em- 
pruntées aux  monuments  les  plus  anciens,  soit 
de  la  peinture,  soit  de  la  sculpture. 

Aussitôt  que  le  christianisme  eut  dépassé  les 
frontières  de  sa  terre  natale,  la  Palestine,  et  se 
fut  avancé  dans  le  monde  des  arts,  la  Grèce  et 
l'empire  romain,  il  se  fit  des  disciples  chez  les- 
quels l'art  avait  pénétré  dans  les  mœurs  et  fai- 
sait partie  de  toutes  les  manifestations  de  la  vie. 
Ils  demeurent  fidèles  au.x  habitudes  antiques 
en  ornant  d'images  et  de  symboles,  non    seule- 


ment les  ustensiles  du  culte  et  de  la  maison, 
mais  encore  les  lieux  de  réunions  publiques,  les 
églises  et  les  tombeaux  eux-mêmes.  Ce  sont 
précisément  les  catacombes  romaines,  qui,  dans 
de  charmantes  peintures,  offrent  un  certain 
nombre  d'images  de  Marie.  Les  plus  anciennes 
d'entr'elles  sont  des  fresques  peintes  sur  les 
plafonds  et  les  murs  des  hypogées.  Plus  tard  on 
donna  souvent  à  Marie  une  place  dans  les 
sculptures  en  relief  des  sarcophages.  —  Toutes 
ces  images  de  Marie,  antérieures  au  concile 
d'Ephèse  (433)  au  nombre  de  87,  ont  été  réunies 
par  l'historien  avec  infiniment  de  peines  et  de 
soin,  empruntées  aux  sources  les  plus  diverses. 
Elles  sont  décrites  et,  pour  la  plupart,  illustrées 
par  le  dessin.  —  Dans  un  résumé  général,  ces 
reproductions  sont  groupées  d'après  les  carac- 
tères divers  de  leur  composition  et  expliquées. 
Les  anciens  artistes  chrétiens,  travaillant  confor- 
mément à  la  foi  dont  ils  étaient  pénétrés,  mais, 
avec  les  moyens  empruntés  au  paganisme  dont 
ils  avaient  reçu  l'héritage,  créèrent  l'image  de 
Marie,  semblable  à  une  jeune  femme  animée  par 
l'expression  d'une  douce  noblesse,  de  l'humilité 
dans  la  dignité,  prenant  une  attitude  pleine  de 
grâce.  Plus  tard,  la  figure  fut  distinguée  par  l'au- 
réole, par  la  richesse  des  ornements,  et,  comme 
à  Sainte-Marie  Majeure,  elle  fut  revêtue  d'une 
robe  resplendissante.  Lors  de  la  Renaissance, 
Raphaël  chercha  dans  sa  Madone  de  saint  Sixte 
à  transfigurer  dans  une  gloire  idéale  la  Vierge 
Marie,  représentée  dans  toute  sa  sainteté  par  les 
essais  plus  tendres  et  plus  touchants  de  l'ancien 
art  chrétien. 

J.  H. 

LK  MOBILIER  D'UNE  ÉGLISE  PAROIS- 
SIALE DE  LA  BANLIEUE  DE  NEVERS,  EN 
1638,par  M.  BouTi  LLiERjCuré  deCoulanges-les-Nevers. 

Nevers,  18S4,  in-8"  de  7  pages. 

L'ÉGLISE  en  question  est  celle  que  dessert 
^  l'auteur.  Quoique  d'époque  moderne,  cet 
inventaire,  qui  comprend  61  articles  qu'on  a 
oublié  de  numéroter,  n'est  pas  dépourvu  d'intérêt. 
Il  est  précédé  d'une  introduction  et  accompagné 
de  quelques  notes. 

Plusieurs  points  méritent  d'être  élucidés  :  c'est 
ce  que  je  vais  essayer. 

v<  Trois  petites  pièces  de  linge,  chacune  de  deux 
thiers,  à  mettre  sur  les  degrés  du  grand  autel.  » 
(n°  l).  Dcj;n'  prête  à  l'équivoque  :  il  ne  s'agit  pas 
ici  des  ma)-cli£s  (n°  34),  mais  àes,  gradins  qu'en 
beaucoup  d'endroits  on  couvrait  d'étoffe;  c'était 
la  continuation  du  parement,  remontant  jusqu'au 
retable.  Tout  est  assorti  :  \q.  parement  (n"  4),  le 
dais  ou  ciel  (n°  3),  les  courtines  (n°  2),  qui  sont 
déclarés  de  «  toille  blanche  ». 


94 


îRctiuc   Oc   r3rt    chrétien. 


Ces  divers  objets  sont  ornés  de  «  bandes  de 
lacys  »,  qui  doit  s'entendre  du  filet  ('). 

Si  les  «  courtines  >>  sont  au  nombre  de  «  trois  », 
c'est  que  l'une  d'elles  forme  dossier,  les  deux 
autres  étant  rangées  sur  les  côtés,  comme  on  le 
représente  dans  les  manuscrits. 

La  «tavajoUe»,  historiée  de  la  Crucifixion,  se 
nommait  au  moyen  âge  dossier  (n°  5). 

Les  «  vingt  panemains  pour  servir  aux  au- 
telz  »  (n°  6)  sont  des  lavabos,  employés  aussi 
comme  mouchoirs  (2). 

La  réserve  eucharistique  est  abritée  sous  un 
«  pavillon  de  toille  peind,  façon  de  damas  rouge 
avec  des  bandes  façon  de  broderye  »  (n°  16).  Il 
reste  à  Notre-Dame  de  Poitiers  un  fragment  de 
devant  d'autel  du  XVI  If^  siècle,  en  bois,  où  l'étoffe 
et  la  dentelle  sont  ainsi  imitées  par  la  peinture. 

«  La  grande  tente  de  toille  blanche  »  (n°^  7,  8) 
était  destinée  à  la  communion  pascale:  on  la 
retrouve  ailleurs. 

A  noter  les  «  voilles  »  et  «  robbes  »  de  la  sainte 
Vierge  (n°s  10-13),  «lesbastons»  des  confréries 
«  à  porter  aux  processions  »  (n°  20),  «  dix-huit 
chandeliers  de  bois  façon  de  tours  »  ou  tournés, 
faits  au  tour,  (n"  21),  «  ung  parement  d'autel  de 
laine  de  point  d'ongrye  »  (n°  18),  c'est-à-dire 
une  tapisserie  dont  le  dessin  offre  un  chevron- 
né  (3). 

Le  dais  du  St  Sacrement  est  dit  «pesle  »  :  il  a 
«  quatre  bastons  »  et  «  quatre  verges  »  0"!°  24), 
ce  qui  indique  qu'il  est  carré  et  rigide. 

La  chasuble  n°  24  est  «  bleuf»  ;  celle  du  n°  31 
n'a  que  la  <,<  croix  de  bleuf».  M.  Boutillier  qui  a 
pu  vérifier  la  chose  sur  les  rubriques,  nous  apprend 
que  cette  couleur  était  réservée  «  aux  fêtes  de  la 
sainte  Vierge  et  aux  confesseurs  pontifes  ».  Le 
violet  étant  enregistré  au  n°  32,  il  n'y  a  pas  lieu 
de  lui  assimiler  le  bleu,  suivant  l'ancien  rite 
parisien. 

Les  AguHS  Dei  ne  sont  pas  communs  dans  les 
inventaires  :  ici  il  y  en  a  «  quatre  grands  »,  on  ne 

1.  «  Ung  parement  de  camelot  rouge,  sur  lequel  l'on  met  le 
parement  blanc  par  le  temps  de  caresme,  faict  en  petis  poinclz, 
feuillages  de  toille  et  autres  enrichissemens.  Item,  deux  carreaux  de 
toille  rouge,  pour  mettre  les  couvertes  blanches  de  caresme.  »  [Inv. 
de  la  catli.  de  Reims,  1622,  n™  129,  155).  —  «  Abbatissa  de  la  Cambre 
dédit  paramentum  quadragesimale  pro  parte  superiori  majoris  al- 
taris  ex  puro  filo  in  niodum  retis.  »  {Inv.  de  Clairvaux,  1504.) 

2.  «  Item,  six  grandes  serviettes  à  franges  pour  servir  à  l'autel.  » 
(/;/î/.  de  la  cathédrale  de  Reims,  1622,  n^  490.  ) 

3.  L'inventaire  du  surintendant  Fouquet.  en  1661,  enregistre  «  six 
chaises  et  six  fauteuils  de  tapisserie,  de  bastons  rompus.  »  M.  Bon- 
naffé  ajoute  en  note  «  à  point  de  Hongrie  ».  (Le  surintendant  Fou- 
guet,  p.  93). 

Molière  dans  \ Avare,  parle  du  point  de  Hongrie  comme  d'une 
chose  fort  commune  ;  «  Premièrement,  un  lit  de  quatre  pieds  à  bandes 
de  point  d'Hongrie,  appliquées  fort  proprement  sur  un  drap  de 
couleur  d'olive,  avec  six  chaises  et  la  courte-pointe  de  même  ;  le  tout 
bien  conditionné  el  doublé  d'un  petit  Uaffetas  changeant  rouge  et 
bleu.  » 

<f  Une  tapisserie  de  Bergame,  avec  les  bandes  de  points  do 
Hongrie,  qui  est  bonne.  »  f  Inv.  de  l'hôpital  de  Nenfchàteau,  lyào.J 


dit  malheureusement  pas  quel  pape  les  consacra 
(n°  z^). 

Les  ornements  et  ustensiles  se  renfermaient 
dans  «  quatre  crédanses,  deux  desquelles  fer- 
ment à  clef»  (n°  33),  dans  «  une  grande  aumoire 
de  sappin  »  (n°  49)  ou  dans  «  quatre  coffres  de 
bois  »  (no  48). 

Des  trois  lampes,  deux  sont  en  «  cuivre  », 
«  celle  de  Nostre-Dame  de  terre  de  faïence  », 
probablement  faïence  de  Nevers  (n°  38)  :  il  y 
aurait  lieu  de  rechercher  dans  les  collections  des 
lampes  de  ce  type. 

«  Trois  tapys  de  popiltre  »  (n°  39).  L'usage 
français  était  de  garnir  le  lutrin  d'un  pare- 
ment (■). 

Les  «  trois  calices  »  et  les  deux  «  pères  de  bu- 
rettes »  sont  en  «estaing  »  :  un  des  calices  «  est 
argenté  »  (no^  40,  41). 

Les  <(  voilles  de  calice  »  assortissent  aux  cinq 
couleurs  liturgiques,  ce  qui  n'est  pas  général  au 
XVIIe  siècle. 

Il  n'y  a  pas  encore  de  pupitre  pour  le  missel, 
on  se  sert  de  «  cuissinets  »  (n"  47). 

Le  mobilier  comprend  un  «chevalet»,  avec  le 
«  drap  des  trespassez  et  les  quatre  chandeliers 
pour  mettre  autour  »  (n°  50),  «  la  bannière  » 
(n°  51),  «le  tronc»  (n°  52),  «  le  confessionnaire  » 
(n°  53),  «  la  chaize  à  faire  le  prosne  »  (n°  54),  «  le 
crucifix  »  placé  devant  la  chaire  selon  la  coutume 
française  (n°  55). 

Le  «ciboire»  est  «d'argent»  (n"  58). 

Une  particularité  très  intéressante  consiste  dans 
cette  double  mention  (n^^  5g,  60)  d'un  soleil  pour 
l'exposition  du  Saint  Sacrement  et  d'une  niche 
d'étoffe  pour  exposer  le  soleil  :  «  Plus,  ung  petit 
soleil  de  cuivre  pour  exposer  le  Sainct  Sacrement. 
Plus,  ung  petit  tabernacle  à  e.xposer  le  Sainct 
Sacrement  de  toille  d'argent,  avec  les  broderyes 
par  dessus.  »  Soleil  indique  la  forme  usitée  à  cette 
époque  :  de  la  sphère  jaillissent  des  rayons  alter- 
nativement droits  et  flamboyants.  Tabernacle  est 
le  mot  propre  pour  la  niche  d'exposition,  qui  se 
compose  d'un  dais,  d'un  dossier  et  de  deux  ri- 
deaux, en  sorte  que  le  Saint  Sacrement  est  entiè- 
rement abrité  et  ne  se  voit  qu'à  la  partie  anté- 
rieure ('). 

1.  «  Duas  capellas  intégras  de  dyapris  albis cum  uno  para- 

mento  pro  lectrino  seu  pulpito.  »  [Inv.  delà  cath.  d'Angers,  1390.) 
—  «  Que  le  grant  pulpite  de  l'églize  soit  aussi  couvert  de  semblable 
bougran  noir.  »  {Test,  de  Rent' d'Anjou,  1474.) 

«  Une  couverture  du  pulpitrede  velours  vert.  Ung  dossier  de  pul- 
pilro  de  velours  bleu  et  franges  de  soye.  Deux  couvertures  du  pulpitre 
de  velours  noir.  Une  couverture  de  pulpitre  de  drap  de  soye  jaulne. 
Une  couverture  de  pulpitre  de  laine,  où  il  y  a  les  images  de  Nostre- 
Dame  et  de  saint  Michel.  »(/«!'.  de  la  cath.  de  Reims,  1622,  n»'- 192, 
199,  202,  204,  205). 

La  Gazette  des  Beaux-Arts,  2csér.,  t.  x.wiii,  a  publié  un  parement 
de  lutrin  du  ,\IV'-'  siècle,  p.  341-344  et  un  autre  du  .WL',  p.  43t. 

2.  <(  Un  tabernacle  pour  mettre  le  St  Sacrement  et  la  couverture 
(lu  S'  Ciboire  de  toile  d'argent  brodée  d'or  et  les  rideaux  passés 
d'or  et  d'argent.  »  {Inv,  de  la  cath.  de  Reims,   1622,  n^  622). 


'26  i  û  l  i  0  g  r  a  p  i)  i  c , 


95 


LK  TRICLINIUM  DU  LATRAN,  CHARLE- 
MAGNE  ET  LÉON  III,  par  EuGÈNE  MuNTZ  ;  Paris. 
Baer,  1844;  w-S"  de  15  pp.  Prix  :  1,50. 

CETTE  brochure  continue  la  série  si  intéres- 
sante des  Notes  sur  les  mosaïques  chrétiennes 
de  r Italie,  dont  elle  forme  le  huitième  chapitre. 
L'auteur,  avec  beaucoup  d'érudition  et  une  logique 
serrée,  discute  certaines  opinions  qui  désormais 
ne  doivent  plus  avoir  cours,  puis  introduit  dans 
l'étude  de  cette  grande  page  iconographique  plu- 
sieurs éléments  nouveaux,  tels  que  deux  textes 
de  riatina  et  de  Grimaldi,  et  deux  dessins  colo- 
riés de  la  Vaticane  et  de  l'Ambrosienne.  La 
question  est  donc  désormais  épuisée.  Je  m'en 
tiendrais  là  aussi,  mais  M.  Muntz  ne  décrivant 
pas  la  mosaïque  actuelle,  ii  convient  de  suppléer 
à  son  silence  dont  je  comprends  parfaitement  le 
motif.  Les  pèlerins  de  Rome  ont  besoin  d'avoir 
un  guide  fidèle  et  comme  il  importe  de  les  ren- 
seigner exactement,  j'ajouterai  en  note,  d'après 
les  documents  fournis  par  M.  Muntz,  tout  ce  qui 
pourra  les  éclairer  sur  le  plus  ou  moins  d'au- 
thenticité de  la  copie  qu'ils  ont  sous  les  yeux, 
car  l'original  a  totalement  disparu,  moins  deux 
têtes  d'apôtres,  conservées  au  musée  chrétien  du 
Vatican  et  que  j'ai  signalées,  dès  1867,  dans  ma 
Bibliotkèqne  Frt/^m«f  (Rome,  Spithover),  p.  130. 
Une  de  ces  tètes  est  reproduite  dans  la  brochure 
de  M.  Muntz. 

Aux  écrivains  cités  par  cet  auteur  et  qui  se 
sont  occupés  de  la  mosaïque  du  Tridiniiun  ou 
en  ont  donné  un  dessin,  il  faut  ajouter  les  sui- 
vants : 

Nie.  Alemanni,  de  Lateranensibus  parictinis, 
Rome,  1625;  in-4°  de  172  pages.  La  planche  2 
donne  la  mosaïque  mutilée,  et  la  planche  3  la 
montre  restaurée. 

Mabillon,  Annales  Benedictini,  lib.  VT,  n"  87, 

P-  342. 

Henschenius,  Acta  SS.,  12  jul.,  p.  580,  n"  40. 

Annales  archéologiques,  t.  VIII,  p.  253;  t.  XXV, 
p.  30. 

Rohault  de  Fleury,/.t'  Latran,  pp.  277,  289,  324. 

Grimoùard  de  Saint-Laurent,  Guide  de  l'Art 
chrétien,  t.  II,  pp.  30,  32,  75,  82,  433,  446; 
t.  V,  p.  162. 

Chroniqueurs  de  l'histoire  de  France,  \mr 
M"'e  de  Witt. 

Hennin,  Les  monuments  de  l'histoire  de  France, 
t.  II,  pp.  1 10,  XI 5,  116. 

E.  Muntz,  Ricerche  intorno  ai  lavori  archeolo- 
gici  di  Giacomo  Grimaldi,  Florence,  l88i;in-8", 
p.  22,  23. 

Rohault  de  Fleury,  La  Messe,  Paris,  1883;  in-4", 
t.  I,  p.  14. 

Revue  de  l'Art  chrétien,  3'^  série,  1883,  t.  I, 
p.  213. 


Je  ne  dois  pas  omettre  non  plus  une  gravure 
du  siècle  dernier  représentant  saint  Pierre,  saint 
Léon  et  Constantin,  que  le  Chapitre  de  Sainte- 
Marie  Majeure  a  insérée  dans  le  Propre  de  son 
bréviaire  et  dont  je  dois  deux  exemplaires  à 
l'obligeance  de  Ms"'  Pila  des  comtes  Carocci, 
chanoine  de  cette  basilique.  Les  planches  se  con- 
servent aux  archives  ('J. 

Le  Triclinium  de  saint  Léon  III,  au  i'a- 

LAIS  PATRIARCAL  DU  LaTRAN. 

Le  Triclinium  était  une  vaste  salle  à  manger, 
de  forme  rectangulaire  et  flanquée  en  croix  de 
trois  absides;  le  pape,  au  moyen  âge,  y  réunissait 
les  cardinaux  après  les  offices  pontificaux,  dans 
un  banquet  que  décrivent  les  chroniques  du 
temps  (-7. 

L'abside  principale,  qui  faisait  face  à  l'entrée, 
était  décorée  d'une  mosaïque,  exécutée  sous  le 
pontificat  de  saint  Léon  III,  vers  l'an  800,  ainsi 
qu'il  résulte  de  ce  passage  d'Anastase  le  Biblio- 
thécaire :  Fecit  autem  et  inpatriarchio  Laterancnsi 
triclinium  majus  super  otnnia  triclinia,  noniine 
suœ  inagnituiiinis  decoratum ;  decoravit  cameram 
cum  absida  de  niusivo. 

Dans  son  état  actuel,  la  mosaïque  du  tricli- 
nium n'est  plus  que  l'ombre  d'elle-même.  On 
peut  même  affirmer  que  l'œuvre  primitive  a  dis- 
paru et  qu'il  ne  nous  en  reste  qu'une  assez  mau- 
vaise copie,  sans  caractère  archéologique. 

Trois  inscriptions  ont  été  gravées  sur  marbre 
pour  en  raconter  l'origine  et  les  vicissitude^. 

La  première  reproduit  intégralement  le  texte 
d'Anastase,    extrait     de     naissance    fait    après 

1.  Voir  mon  article  intitulé  Charlcmagne  sur  la  mosaïque  du 
triclitiiion  du  Latnut,  à  Ruine,  dans  \e  Bulletin  du  Comili!  des 
travaux  historiques,  sect.  d'archéologie,  1884,  p.  318-322. 

2.  «  In  basilica  magna  Leoniana.  ubi  hoc  die  in  mane  Doinnus 
Papa  comedit,  circa  niensam  pontiticis  prjeparala  sunt  undecim 
scamna  pro  quinque  presbyteris  totidemque  diaconis  cardinalibus 
et  primicerio.  Ibi  etiam  lectus  ipsiiis  Pontifiais  solemniter  est  prœpa- 
ratus,  in  figura  undecim  apostolorum  recumbentiuni  circa  mensani 
C'HRISTI.    Transiens    autem   pontifex  per     ipsam  basilicam  intrat 

cameram  suam,  ubi  in  scypho  argenteo  reccpto  a   Ciimerario » 

(  Cencius  CamerariusJ. 

«  Facta  laudc  ante  Lateranense  palatiuni,  postquani  ascendit  in 
domum  majorem,  qure  Leoniana  vocatur,  solemne  convivium  cele- 
bravit.  y>(hivil.  Innoc.  tll.) 

€  Hœc  aula  nostris  lemporibus  sala  coiisiUi  dicitur.  Quam  Léo 
Papa  tertius  poniirtcum  Romanorum  usui  constru.vil  et  exornavit, 
in  qua  quilmsdam  solemnilms.  ut  Pasch.atis  et  Natalis  Domini, 
Romani      Pontifices     cum     cardinalibus     prandere     solemni     ritu 

consueverant Urec  omnia  innuere  videtur  oratio  quœ  scripta 

est  in    zophoro   absidiK   maioris,    in   qua   Deus  oratur  ut  protegat 
domum  illam  et  omncs  in  ea  convivantes.  »  ( Panvinio.) 

C'est  dans  une  salle  analogue  que  dut  diner  Charlemagne.  en  ' 
774,  le  3  avril,  jour  de  Pâques,  après  la  messe  solennelle  célébrée 
par  le  pape  .Wrien  à  Sainte- .Marie  .Majeure  ;  et,  à  l'issue  de  1  office, 
le  roi  de  l'rance  s'assit  A  la  table  du  .Souverain  Poniife  dans  le  palais 
patriarcal  de  L,atran.  Lelendeiuiiin  lundi,  Charlemagne  fut  proclamé, 
à  Saint-Pierre,  palruC  de  Rome  ;  le  mercredi  6  avril,  à  l'issue  d'une 
harangue  publique  dans  laquelle  étaient  rappelés  tous  les  bienfaits 
qui  liaient  déjA  mutuellement  la  papauté  à  la  France,  le  Souverain 
Pontife  obtint  de  Charlemagne  la  promesse  solennelle,  faite  sur 
l'autel  de  Saint-Pierre,  que  lui  et  ses  successeurs  respecteraient  les 
droits  du  pajie.  Quelques  jours  après,  au  moment  de  son  départ 
pour  Puis,  Charlemagne  recevait  du  pape  l'assurance  de  son  pro- 
chain triomphe  sur  ses  ennemis  et  de  la  conquête  définitive  du 
royaume  des  Lombards. 


96 


Eetiue  De   l'art   cibtéticn 


décès,  uniquement  pour  constater  l'âge  qu'avait 
le  défunt. 

La  seconde  nous  apprend  qu'en  1625  le  car- 
dinal François  Barberini  appuya  de  contreforts 
les  murailles  qui  croulaient,  et  après  en  avoir 
fait  faire  un  dessin  colorié,  restaura  la  mosaïque, 
surtout  dans  la  partie  droite  à  peu  près  ruinée, 
siumna  fidc,  ad priscuui  c.xciiiplniit.  Cette  fidélité 
scrupuleuse  à  suivre  l'original  est  curieuse  à 
noter,  quand  on  peut  sur  place  en  faire  le  con- 
trôle, qui  dément  hardiment  de  telles  préten- 
tions. Est-ce  qu'on  savait,  à  cette  époque,  des- 
siner le  moyen  âge  et  l'œil  qui  voyait  mal  ce 
qu'il  ne  comprenait  pas  était-il  mieux  secondé 
par  une  main,  habile  peut-être,  mais  nullement 
préparée  à  ces  sortes  de  travaux? 

Ecoutons  le  cardinal  restaurateur  : 

Franciscvs 

S  .  Agathae  .  diac  .  cardinalis 

Barberinvs 

triclinii .  a  .  Leone.  III .  rom  .  pontifice.  constrvcti 

a  .  Leone  .  IV  .  svccessore 

sexagesimo  .  post  .  anno  .  reparati 

nostra  .  tandem  .  etate  .  pêne  .  dirvti 

partem  .  hanc  .  illvstriorem 

in  .  qva 

vtraqve  .  imperii  .  romani  .  translatio 

redditaque  .  vrbi  .  pax  .  pvblica  .  continetvr 

parietibus  .  hinc  .  inde  .  svffvlsit 

camerae  .  mvsivvm.  restavravit  (') 

labansqve  .  olim  .  dextervm  .  apsidis  .  emblema 

antiqvariorvm  .  diligentia  .  coloribus  .  exceptvm 

pcnitvs  .  deinde  .  collapsvm 

ad  .  priscvm  .  exemplvm 

svmma  .  fide  .  ex  .  mvsivo  .  restitvit 

anno  .  ivbilei  .  MDCXXV 

La  troisième  inscription  achève  de  nous 
instruire  sur  l'authenticité  de  la  mosaïque  ac- 
tuelle. Clément  XII,  pour  édifier  la  façade  de 
Saint-Jean  de  Latran  et  la  dégager  comme  il 
convenait,  rasa  le  tricliniuin  et  en  transporta 
l'abside  près  du  Sancta  Sanctoruin,  l'accolant  à 
l'oratoire  de  Saint-Laurent.  Mais  dans  cette 
translation,  soit  difficulté  de  F e)it reprise,  soit  inha- 
bileté des  ouvriers,  la  mosaïque  arriva  à  sa  desti- 
nation fracassée,  mutilée,  complètement  détruite. 
Comme  le  pape  avait  eu  soin  de  la  faire 
préalablement  reproduire  en  couleur,  quand  Be- 
noit XIV,  en    1743,   voulut    la  refaire  dans  son 

I.  Aiemanni  écrivait  en    1625;    «    Tulit varias  inceiidioruni 

Lateranensiiim  injurias,  ciueiiiadnioduin  seniiustie  ili;v;  indicanl 
aurcEe  tesselhilîB,  quas  in  tabula  illic  praj  aliis  ol)  id  nigricare  vide- 
mus.  )>  I.a  même  observation  a  été  faite  par  M.  Gerspacii  pour  la 
mosaïque  absidale  de  la  basilique  du  Latran.  I-e  feu,  en  détachant 
la  feuille  de  verre  blanc  qui  recouvrait  la  pellicule  d'or,  l'a  laissée 
à  découvert  et  par  consétjuent  sous  l'action  directe  de  l'air,  qui 
bientôt  a  fait  disparaître  l'or,  il  n'est  resté  que  l'excipient,  cube 
d'émail  rouge  foncé  ou  noir  ou  encore  de  verre  gros  vert.  A 
distance,  le  rouge  et  le  vert  ont  fait  tache  sur  le  fond  comme  des 
points  noirs. 


ensemble,  il  n'eut  qu'à  se  conformer  à  ce  mau- 
vais dessin,  auquel,  pour  plus  d'exactitude,  on 
joignit  celui  de  1625  qui  était  conservé  à  la 
bibliothèque  du  Vatican. 

De  ces  deux  copies,  également  fautives,  il  ne 
pouvait  résulter  qu'une  œuvre  défectueuse,  qui 
donne  la  place  des  personnages,  mais  ne  tient  pas 
compte  de  leur  physionomie  et  de  leur  costume, 
accusés  seulement  dans  les  lignes  principales. 

L'inscription  de   Benoît   XIV,   malgré  sa  lon- 
gueur, doit  être  consignée  ici,  en  raison  des  faits 
intéressants  qu'elle  constate  officiellement. 
Benedictvs  .  XIV  .  p.  m  . 
antiqvissimvm  .  ex  .  vermiculato  .  opère 
monvmcntvm 
in  occidcntali  apside 
lateranensis  cocnacvli 

a  Leone  .III 

sacro  cogendo  senatvi 

aliisqve  solemnibvs  peragendis 

extrvcti 

quod  ad  templi  aream  laxandam 

Clemens  .  XII 

integrvm  loco  moveri 

et  ad  proximvm  S.  Lavrentii  oratorivm 

coUocarl  ivsserat 

vel  artificvm  imperitia 

vel  rei  difficvltate 

diffractvm  ac  penitvs  disiectvm 

ne  illvstre  adeo 

pontificiae  maiestatis  avthoritatisqve 

argvmentvm 

literariae  reipublicae  damno  interiret 

ad  fidem  exempli 

ipsivs  Clementis  providentia 

stantibvs  adhvc  parietinis 

accvrate  coloribvs  expressi 

et  simillimae  in  Vaticano  codice 

vctcris  pictvrae 

nova  apside 

a  fvndamentis  excitata 

ervditorvm  virorvm  votis  occvrrens 

vrbi  aeternae 

restitvit 

anno  CI3  13  CC  XLIII 

pont,  sui  III 

L'abside  représente  le  ClIKlST  donnant  aux 
apôtres  la  mission  d'enseigner. 

Une  bordure  rouge,  gemmée  et  perlée,  serrée 
entre  deux  bandes  blanches,  circonscrit  le  champ 
d'or  de  la  mosaïque. 

Au  centre,  le  Chrlst  se  tient  debout  sur  une 
motte  de  terre,  de  laquelle  s'échappent  les  quatre 
fleuves  .symboliques.  Son  nimbe  d'or  est  cerné 
d'un  filet  bleu  et  marqué  d'un  croix  pattée,  bleue 
et  jaune.  Sa  tunique  bleue,  laticlavée  or  et  rouge, 
a  des  manches  larges  et  courtes.  Son  manteau 


1!5itiliograpf)ie 


97 


bleu,  ramené  en  avant,  porte  deux  loruiii  jaunes 
et  un  triple  clavus  de  même  couleur.  Ses  pieds 
sont  chaussés  de  sandales.  Son  bras  droit  est  nu 
et  levé  pour  bénir  à  la  manière  latine  (').  De  la 
gauche  il  tient  ouvert  le  livre  des  Evan- 
giles, où  se  lisent  en  lettres  noires  ces 
deux  mots  : 

Au-dessus  du  Sauveur,  le  ciel  est  figuré  par  un 
hémisphère  bleu  que  borde  une  bande  plus  foncée 
et  où  flottent  des  nuages  jaunes  et  rouges  if). 

Sur  le  sol  vert  marchent,  à  droite,  cinq  apôtres, 
saint  Pierre  en  tête,  et  six  à  gauche  (3).  Leur 
nimbe  d'or  est  cerclé  blanc  et  bleu.  Vêtus  uni- 
formément, ils  ont  tous  une  tunique  blanche  à 
laticlaves  rouges  et  un  triple  clavus  de  même  cou- 
leur, deux  fois  répété  à  la  hauteur  de  la  poitrin  sur 
le  manteau  blanc.  Chaque  manteau  porte  égale- 
ment une  lettre  pommetée  au.x  extrémités.  Ces 
lettres  sont  E,  F,  H,  I,  L  et  un  triangle  ou  delta 
grec("^).  Une  simple  sandale  protège  la  plante  de 
leurs  pieds.  Le  second  des  deux  côtés,  ainsi  que  le 
dernier  à  gauche,  sont  seuls  jeunes  et  imberbes. 

Saint  Pierre  se  reconnaît  à  sa  figure  t)'pique, 
à  ses  cheveux  blancs  formant  bourrelet  autour 
de  la  tête,  aux  deux  clefs  d'or  et  à  la  longue 
croix  rouge  qu'il  appuie  sur  son  épaule  (5).  De 
la  main  droite  il  relève  le  bas  de  son  manteau, 
afin  de  marcher  plus  librement,  car  il  part  pour 
remplir  la  mission  que  le  CllRlST  vient  de  lui 
confier  et,  chef  du  collège  apostolique,  -  il  va 
entraîner  les  autres  à  sa  suite. 

1.  Grimaldi  dit  positivement:  «  Salvator  mundi,  ...  benedicens 
de.Ktra,  pollice  cum  aniiulari  conjuncto,  »  ce  qui  constitue  à  propre- 
ment parler  la /'L^«t^(/ïV//i?«^/'tr(^^^t;.  D'après  .\lemanni,  pi.  2,  la  tête 
du  Sauveur  et  des  deu.\  premiers  apôtres  à  gauche  n'e.xistaitplus  au 
XV!!»^  siècle,  ainsi  que  le  ciel. 

2.  «  Supra  caput  Salvatoris  est  tanquam  aer  ignibus  ac  fulgore 
coruscans  »  (Grimaldi).  Ces  nuages  sont  habituels  dans  les  anciennes 
mosaïques. 

3.  «  Salv.itor...  cum  apostolis,  quini  per  latera  et  B.  Petro  in  trian- 
gulo  superiori  ejus  chalcidica:,  ita  ut  uiidecim  sunt  apostoli.  totidem 
enim  erant  e.\  cap.  XVIII  Matthei...  Deceni  sunt  in  curvatura  apsidis 
apostoli  et  XI  princeps  apostolorum  in  angulo apsidis.  »  Grimaldi  se 
trompe  évidemment,  comme  le  fait  remarquer  M.  Muntz,  car  dans 
la  conque  absidale  il  y  a  toujours  eu  onze  apôtres,  y  compris  saint 
Pierre  leur  chef,  qui  réparait  encore  à  l'un  des  écoinçons. 

4.  «  Horum  decem  apostolorum  a  latere  dextro  (la  droite  du 
Christ)  proximiorgerens  crucem  senex  est;  in  vestibus  adgenua,  sunt 
litor;v  LE.  Sequitur  alius  juvenis  cum  literis  in  vestibus  ET;  inde 
alius  senex  cum  litera  H,  deinde  alius  cum  barba  nigra  ;  postremus 
habet  in  vestibus  EL.  A  latere  sinistro  Xpo  proximior  habel  in  ves- 
tibus HE;  sequitur  senex,  in  vestibus  habet  LE.  Inde  alius,  poste.a 
alius  et  in  vestibus  habet  LH.  Postremus  juvenis  est  et  in  vestibus 
sunt  literas  H3...  Ad  pectus  etiam  habent  haec  signa  SE.  Omnes 
rcoti  stant  et  manibus  élevant  parumper  vestes  in  actu  aliquid  Xpo 
oiTerendi.  >>  Grimaldi  a  pu  noter  exactement  les  lettres  des  vête- 
ments, qu'il  voit  jjartout  doubles;  \in  les  a  reproduites  j/w/A'.^.  Il  se 
trompe  sur  la  signification  du  geste,  puisque  les  apôtres  n'ont  rien  à 
offrir  ;  autrement  on  leur  eût  mis  une  couronne  entre  les  m.ains,  con- 
formément à  d'autres  mosaïques.  Ils  soulèvent  leur  vêtement  parce 
qu'ils  sont  en  marche. 

5.  Grimaldi  dit  de  lui  :  «  .\  latere  dextro  proximior,  gerens  crucem, 
senex  est  »,  «  Salvatoris  dextrie  proximior,  in  senili  ;etate,  longam 
gestat  crucem  ».  A  ce  triple  caractère,  comment  n'a-t-il  pas  reconnu 
saint  Pierre  qui,  seul,  occupe  la  preuiière  place,  est  vieux  et  porte 
une  croix? 

D'après  Alemanni,  pi.  2,  saint  Pierre  portait  une  croix  à  double 
croisillon.  Ce  n'était  donc  pas  la  croix  de  son  martyre,  mais  bien 
celle  de  la  passion  de  son  maitre. 


Le  cintre  de  l'arc  est  contourné  d'une  guir- 
lande où  se  détachent  confusément,  sur  fond 
d'or,  des  fleurs  et  des  fruits,  tels  que  cerises,  lys, 
poires,  figues  et  marguerites  jaunes,  qui  sortent 
de  deux  pots  rayés  en  diagonale,  rouge,  vert  et 
jaune  ('J  et  aboutissent  à  un  médaillon  bleu  qui 
exprime  en  monogramme  d'or  le  chrisme  et  le 
nom  du  pape  Léon  III,  LEO  PAPA  (=). 

L'inscription,  qui  se  développe  en  deux  lignes 
de  lettres  d'or  sur  fond  bleu,  explique  le  sujet 
par  les  paroles  mêmes  du  Sauveur,  qui  envoie  les 
apôtres  dans  le  monde  enseigner  et  baptiser  au 
nom  de  la  sainte  Trinité,  leur  promettant  jusqu'à 
la  fin  son  assistance  spéciale  : 

DOCETE  OMNES  GENTES  .  BAPTIZAXTES  EOS 
IN  NOMINE  PATRIS.ET.FILII  ET  SPIRITVS  .  SCS 

ET  ECCE  .  EGO  VOVISCVM  SVM  .  OMNIBVS  DIE- 
BVS    VSQVE  AD  CONSVMMATIONEM  .  SECVLI    (3). 

L'arc  triomphal  consacre  par  deux  groupes 
mis  en  regard  la  transmission  de  la  double  auto- 
rité spirituelle  et  temporelle,  qui  vient  de  Dieu,  à 
saint  Pierre  et  Constantin,  par  le  CHRIST;  à 
Léon  III  et  Charlemagne  par  saint  Pierre.  Aussi 
l'inscription,  or  et  azur,  qui  s'arrondit  avec  l'arc, 
chante-t-elle  gloire  à  Dieu  et  paix  aux  hommes 
de  bonne  volonté  qui  acceptent  la  mission  di- 
vine d'être  les  conducteurs  des  peuples  dans  les 
voies  difficiles  de  la  terre  et  du  ciel. 

GLORIA  IN  .  EXCELSIS  .  DEO  .  ET  .  IN  .  TERRA  . 
FAX  .  OMINIBVS  .  BONE  .  BOLVNTATIS  .  (••). 

Le  fond  d'or  est  encadré  dans  une  bordure 
rouge  gemmée  avec  accompagnement,  à  l'inté- 
rieur, de  lambrequins  bleus.  La  même  bordure 
se  répète  au-dessous  de  l'inscription  que  sur- 
monte une  bande  bleue  et  grise,  semée  de  lys 
blancs. 

Au  côté  droit  (^)  le  Christ,  assis  sur  un  fau- 

1.  Ces  fruits  et  ces  fleurs  ou  feuillages  représentent  ordinairement 
les  quatre  saisons.  Grimaldi  n'y  a  rien  vu  non  plus  :  «  Oritur  fascia 
interior  a  fine  zophori,  tota  variis  floribus  musivo  opère  efficta,  e.v 
uno  vase  se  in  altum  extoUens  totamque  curvaturani  ambiens,  in 
altero  vase  desinit  ». 

2.  Grimaldi  a  lu  ainsi  ce  monogramme  disposé  en  croix  mais  sans 
chrisme  :  «  Supra  caput  Salvatoris  extat  signuni  Leonis  papae  tertii 
ad  hanc  formam  ; 

P 

LOO 

A 

Panvinio,  au  contraire  l'avait  lu  : 

P 

LOE 

.\ 

Qui  a  raison  des  deux? 

3  Selon  Grimaldi,  il  n'en  restait  qu'une  minime  partie.  La  voici 
avec  son  orthographe  typique  et  la  restitution  de  cet  auteur  : 

(4<  Eunles.  docelc  omnes)  GK.MTES.  V.\FT  (izaiite',  eos.  in.  n)  OMISE 
(patris.  et)  l'iLli.  ET.  SPIRITVS.  s.^NCTi.  [et.  ecce.  ego)  voviscv.M. 
{sain.  obus,  diehus.  tisque.  ad)  CON  (siimiXtion)  EM.  (sec)  VLI. 

4.  Grimaldi  est  plus  exact  que  cette  copie  du  mosaïste  ;  ('^gloria. 
in.excclsis.  Dca.  cl.  in.  /^rra. /.i.v.)  HOMINIHX  s.  bo.nk.  BOLV.\(/.;/<".r) . 

5.  Cet  écoinçon  a  été  refait  sous  Benoit  XIV,  à  l'instar  de  son 
pendant.  Grimaldi  atteste  qu'il  n'existait  plus  de  son  temps  :  «  .-^ngu- 
lus  dcxter  absida;  rusticus  est,  nani  musivum  corruit  ».  Il  est  aussi 
en  moins  dans  la  planche  2  d'.Memanni. 


l^'-'    Li\  HAISO.V, 


98 


IRetîUC   ue   rart    cij rétien. 


teuil  à  haut  dossier  arrondi,  les  pieds  sur  un  esca- 
beau d'or,  un  nimbe  crucifère  à  la  tête, est  ha- 
billé d'une  tunique  violacée  à  laticlaves  rouges  et 
jaunes  et  d'un  manteau  blanc  jalonné  de  jaune. 
De  la  droite,  il  présente  les  deux  clefs  d'argent 
du  pouvoir  apostolique,  liées  ensemble,  à  saint 
Pierre,  et  à  Constantin,  tous  les  deux  agenouillés 
à  ses  pieds,  l'étendard  de  la  puissance  tempo- 
relle. 

L'apôtre,  sandales  aux  pieds,  nimbe  jaune  à 
bord  rouge,  pallium  à  croix  noires,  avance  ses 
mains  respectueusement  enveloppées  dans  sa 
chasuble  blanche. 

L'empereur  Constantin,  nommé  pour  qu'on  ne 
s'y  méprenne  pas,  R  (i'.v)  COSTANTINVS, 
porte  un  nimbe  vert  fileté  de  rouge,  une  cou- 
ronne à  pointes  d'or,  une  espèce  de  tabart  bleu, 
des  hauts-de-chausses  verts  à  raies,  des  souliers 
jaunes  et  une  épée  droite  dont  le  fourreau  d'or 
soulève  en  arrière  son  manteau  jaune,  ouvert  et 
agrafé  sur  l'épaule  droite.  Sa  figure  est  carac- 
térisée par  des  moustaches.  Il  prend  l'étendard 
à  trois  flammes,  fixé  à  la  hampe  d'une  croix  et 
composé  d'une  étoffe  rouge,  semée  de  croisettes 
jaunes  et  de  disques  bleus. 

Une  tablette  bleue,  veuve  de  sa  légende, 
accompagne  cette  scène,  qui  n'a  aucune  valeur 
archéologique. 

Saint  Pierre,  assis  sur  un  fauteuil,  semblable  à 
celui  du  Chrlst  ('),  donne  le  pallium  à  saint 
Léon  et  l'étendard  à  Charlemagne;  l'un  et  l'autre 
nimbés  d'un  nimbe  carré  et  bleu,  ourlé  de  blanc 
et  de  rouge,  qui  ne  s'accorde  qu'aux  vivants. 

L'apôtre  se  distingue  par  un  nimbe  jaune 
ourlé  de  rouge,  une  tunique  bleue  laticlavée  de 
rouge,  un  manteau  bleu  marqué  en  rouge  de  la 
lettre  L,  un  long  pallium  blanc  frangé  et  brodé 
d'une  seule  croi.x  rouge  (')  à  la  partie  inférieure, 
et  par  deux  clefs  (3)  d'or,  attachées  par  un  cor- 
don et  posées  sur  ses  genoux.  Ses  pieds,  garnis 
de  sandales, appuient  sur  un  escabeau  d'or  (■*). 

Léon  III  porte  également  des  sandales.  Sa 
chasuble  jaune  est  entièrement  rabattue  et  son 
pallium  blanc  n'a  pas    de    croix   (^).  Le  pallium 

1.  La  catliedra,  dont  le  type  se  retrouve  dans  les  catacombes  et 
dont  se  sert  encore  le  pape  aux  services  pontificaux. 

2.  Guillaume  Durant,  au  XUI':  siècle,  parle  aussi  de  croix  rouges 
sur  le  pallium. 

3.  Sur  la  gravure  de  Sainte-Marie-Majeure,  il  y  a  trois  clefs. 

4.  «  Imago  musiva  Pétri  sedentis,  cum  planeta  et  pallio,  in 
senili  œtate,  diademate  ornati.  »  (Grimaldil. 

5.  Il  y  en  a  une  à.  l'extrémité,  sur  la  gravure  de  .Sainte-Marie 
Majeure.  «  Léo  papa  tertius,  corpulenta  facie,  nigra  cesarie,  raso 
capite  ad  coronam  ;  ex  vultu  ostenditur  sexagenarius  ;  quadratum 
habet  in  capite  diadema,  quod  indicium  est  viventis  ;  indutus  pallio  et 
planeta  ;  stolam  suscipit  sivc  pallium  de  manu  drxtera  beali  Pétri.  » 
(Grimaldi). —  «  SedetS.  Petrus  in  solio,  dcxtra  dat  Leoni  orarium,  in 
que  duse  cruccs...  Ipse  quoquc  S.  Petrus  orarium  habet,  in  cujus 
extremo  crux  nibra.  »  (De  uitufa  crucc,  Ingoistadt,  ï6i6,  p.  452.)  Ce 
qui  a  fait  prendre  \ç  pallium  pour  yxwQétok,  mOme  au  baron  de  Guil- 
hermy,  c'est  cju'il  n'a  que  deux  croix  à  ses  extrémités.  Un  peu  d'ar- 
chéologie liturgique  eut  évité  cette  méprise  grossière, les  exemples  de 


qu'il  reçoit  à  genoux  des  mains  de  saint  Pierre 
est,  au  contraire,  semé  de  croix  rouges. 

L'étendard  (")que  saisit  Charlemagne  est  fait 
d'étoffe  verte  à  pois  d'or  et  disques  rouges.  Il  se 
découpe  en  trois  flammes  et  est  attaché  horizon- 
talement à  la  hampe  d'une  lance.  Le  manteau 
de  l'empereur  est  jaune,  avec  galons  vert  et  or  : 
court,  il  ouvre  sur  le  côté  droit,  oti  il  s'agrafe. 
Le  tabart,  que  l'on  voit  dessous,  est  de  même 
étoffe.  L'épée,  enfermée  dans  un  fourreau  d'or, 
saillit  à  son  flanc  et  la  couronne  d'or  ceint  son 
front  (2).  Le  type  est  identique  à  celui  de  Con- 
stantin ou  plutôt  Constantin  a  été  copié  sur 
Charlemagne. 

pallium  ne  faisant  pas  défaut  dans  les  mosaïques  romaines.  De  plus, 
//(;/feùt  signifié  le/««fo/>  i/'an^/f  tout  au  plus,  tandisquele  palUum 
exprime  le  pouvoir  de  juridiction,  ce  qui  est  bien  différent  et  évidem- 
ment dans  la  pensée  de  l'artiste. 

I.  «  Léon  111,  confirmant  le  titre  de  patrice  à  Charlemagne,  lui 
envoya  les  clefs  de  la  confession  de  saint  Pierre  et  l'étendart  de  la 
ville  de  Rome.  Les  annales  attribués  à  Eginard  disent  ce  qui  suit  : 
«  .Adrien  étant  mort,  Léon  fut  élevé  au  pontificat.  Bientôt  il  envoya 
«  au  roi  par  ses  légats,  les  clefs  de  la  confession  de  saint  Pierre,  l'éten- 

«dartdc  la  ville  de  Rome  et  d'autres  présents »Je  ne  puis  nier  que 

l'étendart  n'ait  été  toujours  considéré  comme  le  signe  d'une  juridic- 
tion et  d'une  autorité  fort  étendue.  De  là  vient  que  les  magistrats 
suprêmes, dans  quelques  républiques  d'Italie, étaientnonimés^i)n/i;/o- 
niers,  à  cause  de  l'étendart  qu'ils  recevaient  comme  le  signe  de 
l'.autorité  qui  leur  était  confiée  pour  l'administration  de  la  justice  et  la 
protection  des  populations.  On  ne  peut  contester  non  plus  que  le 
maître  d'une  ville  ou  celui  qui  croit  l'être  a  seul  le  pouvoir  de  donner 
ou  d'envoyer  l'étendart  de  cette  cité.  )'>{Originedu  pouvoir  pontifical, 
par  le  cardinal  Orsi,  apud  Analecta  juris pontijicii,  t.  XXI,  col. 104). 
Le  drapeau  de  Cliarlemagne  a  été  décrit  par  M.  Gustave  Des- 
jardins, dans  son  ouvrage  des  Drapeaux  français.  «  La  hampe  est 
terminée  par  un  globe  blanc  et  rouge,  dans  lequel  est  plantée  une 
croix;  sous  le  globe  est  une  houppe  bleue,  blanche  et  rouge,  "h  La 
Gazette  des  Beaux-Arts,  1"  pér.,  t.  XI,  p.  loi,  fait  observer  que  «ces 
trois  couleurs  étaient  aussi  celles  des  gonfanons  sarrasins  ». 

La  remise  de  l'étend.irt constatait,  à  l'égard  du  feudataire,  le  droit 
souverain.  Un  acte  du  3  décembre  1224,  par  lequel  Benoîte,  jugesse 
de  Cagliari,  reconnaît  la  suzeraineté  du  Saint-Siège  sur  l'île  de  Sar- 
daigne,  contient  cette  clause  significative  :  «  Item  quum  judex  vel 
judicissa  de  novo  efhciuntur  in  ipso  regno,  sive  judicatu  Calaritano, 
ad  curiam  Romanam  personaliter  accèdent,  vel  solcnmes  nuntios 
destinabunt  infra  spalium  duorum  mensium  a  die  sua;  dignitatis  inci- 
pientium,  pro  vexillo  in  signum  dominii  a  sede  .Apostolica  humiliter 
obtinenda.  »  (Anal.  jur.  pont.,  102-  liv.,    col.  238.) 

En  1494,  lorsque  le  cardinal  légat  sacra  à  Naples  le  roi  .Alphonse 
d'.-\ragon,  il  lui  remit,  en  signe  d'investiture  du  royaume  de  Sicile, 
l'étendard  de  la  sainte  Eglise,  envoyé  de  Rome  par  .Alexandre  "VI. 
<(  Vexillum  sancte   Romane   Ecclesie,  ad    hoc  per  SS.  D.  N.  papam 

missum.    imponatur   sue    haste  et  ereclum  teneatur \"exillum 

ipsum  coiam  legatoportatur,  qui  hastam  indextrarecipiens,  iHud  régi 
recipienti  tradit,  ipsumque  de  regno  invesliturumdicit:  «  Aucloritate 
apostolica  nobis  in  hac  parte  concessa,  per  appensionem  luijus  vexilli 
ecclesiastici  in  tuis  manibus,  te  de  regno  Sicilieet  terra  citra  P/iarum 

usquead  confinia  terrarum  sancte  Romane  Ecclesie investimus  te- 

que  in  illû^-um  realem,  corporalem  et  actualem  possessionem  indu- 
cimus.  In  nomine  Patris  et  Filii  et  Spiritus  sancti.»Tunc  magnificus 
D.  Jacobus  Caracciolus,  comes  Burgiensis,  cancellarius  regni, vexillum 
de  manibus  régis  accipîens,  ilhid  in  sacristia  pro  rege  parata  portât  et 
reponit.  »  (Burchard,  Diarium,  oait.  Tliuasne,  t.  II,  p.  136-137.) 

2.  Sur  ia  gravure  de  Sainte- Marie  Majeure,  Charlemagne  est  coiffé 
d'une  espèce  de  mitre  et  à  sa  lance,  avec  houppe,  est  fixé  un  étendard 
d'or,  semé  de  six  fleurs  ou  roses  à  cint]  lobes,  posées  deux,  deux  et 
deux,  comme  on  dit  en  blason.  «  Genuflexus  Carolus  M.agnus.  impe- 
rator  .Augustus,  suscipiens  de  manu  sinistra  B.  Pétri  magnum  \'exil- 
lum,  in  quo  suiit  ros:e  sex  in  campo  cceruleo.  Habet  coronam  impe- 
rialem  in  capite,  cum  qu.adrato  diademate{quod,  ut  dictum  est,  viven- 
tem  iiidicat)  :  habet  mantum  sive  paludamentnm  iiupt-riale;  habet 
ensem  lateri  accinctum,  faciem  virilem  ostendit  ;  mcnlum  rasum,  in 
lalii»  superiori  h.abet  pilos  barb.-v  longos  et  elei.atos  more  turcico  et 
francico  (  l'ariante:  mentnm  non  est  totaliter  rasuin,  sed  habet bre- 
vem  quandam  barbani  auctam  more  Gallorum),;  habet  jiatcntcs 
oculos.  »  (Grimaldi.) 


T5ii)liograpf)ic. 


99 


Chacun    de    ces    trois    personnages  est    ainsi 
dénommé  en  lettres  noires  : 

SCS    PETRVS    (^ 

>h   SCISMVS   Î)N    LEO.  PP.  (2). 

ICN    CARVLO    REGI    (3). 

Une  autre  inscription,  qui  se  détache  en  or  sur 
une  tablette  bleue, affirme  que  saint  Pierre  donne 
la  vie  à  Léon  et  la  victoire  à  Charlemagne: 
BEATE  .    PËTRE  .   DONAS 
VITA  .   LEON  .    PP  .     ET  .    BICTO 
RIA   .   CARVLO   .   REGI   .   DONAS  C^). 
Quand    Charlemagne    fut    couronné    dans    la 
basilique    de    Saint-Pierre,    l'assistance    entière 
poussa  cette  acclamation  :  «  Tune  univers!  fidè- 
les Romani unanimiter  altissima  voce e.xcla- 

maverunt  :  Karolo ,  piissinio ,  Aiig-iisto  a  Deo 
coronato,  inagno,  pacifico  Imperatori  (5),  vita  et 
Victoria.  » 

1.  Ciacconio  transcrit  : 

SCS 
PE 
TR 

VS  _ 

La  gra\Tire  de  Sainte- Marie  Majeure  ajoute  le  sigle  abréviatif  SCS. 

2.  D'après  Ciacconio  : 

SCSSLMVS 
D.  N. 
LE 

o_ 

PP 

La  gravure  de  Sainte-Marie  Majeure  offre  des  variantes  de  détail  : 

4-    SCSSIMVS 

DN 

LE 

0 

PP 
Grimaldi  a  cerlainenient  mal  lu  : 

SANCTISS.  DXS.  LEO,  PAPA 
ainsi  que  Panvinio  : 

SANCTISSIMVS  D.  \.  LEO  lU  PAPA 

3.  Panrinio  :  DN  CARVLO  REGI 
Ciacconio  :  -J-  D.  X.  CARVLVS 

R 

EX 
La  gravure  de  Sainte-Marie  Majeure  : 

^  DN  CARVLO  R 

E 

G 

I 

Grimaldi  ;  D.  N.  CARVLO.  REGI 

Le  nominatif  parait  plus  probable,  motivé  qu'il  est  par  le  nom  de 
saint  Léon  qui  fait  pendant  à  celui  de  Charlemagne. 

4.  Panvinio  :  BEATE  PETRE 

LEOXl  PAPAE  ET  BICTORIA 

CARVLO  REGI  DONA 
Ciacconio  montre  dans  quel  état  de  mutilation  était  l'inscription  au 
XVIU  siècle,  puisqu'il  n'en  cite  que  ces  trois  mots  : 
DONAS 
RICTO 
EA 
Grimaldi  :  U.  petie.  <roRONAS 

bitatn.  atqiie  BICTO 
riant,  caritlo.  doNA 
La  gravure  de  Sainte- Marie  Majeure  : 

BEATE  PETRE  DONA 
VrfA  LEONI  PP.  E  BICTO 
RIA  CARVLO  REGI  DON 
Ce  me  parait  être  la  meilleure  version,  conforme  du  reste  à  la  meil- 
leure transcription,  qui  est  celle  de  Panvinio. 

5.  La  dignité  impériale  que  conféra  Léon  111  à  Charlemagne,  et 
par  lA  même  sa  restauration  en  Occident,  avait  pour  but  de  consti- 
tuer l'élu,  décoré  du  titre  d'empereur,  défenseur  del'lCglise  Ron>aine 


TESTAMENT     DU      CARDINAL     CHARLES 

D'ANGENNES  (1587),  par  le  R.  P.  Uom  Paul 
Piolin,  prieur  de  l'abbaye  de  Solcsmes,  président 
de  la  Société  historique  et  archéologique  du 
Maine  (');  Mamers,  Fleury,  1884,  in- 8°  de  14 
pages. 

Le  cardinal  Charles  d'Angennes  de  Rambouil- 
let, évèque  du  Mans,  mourut  en  1587,  à  Corneto, 
dont  il  était  gouverneur,  empoisonné,  puis  étran- 
glé par  Claudio  Lupi,  «  son  maître  de  chambre 
et  son  homme  de  confiance  ».  Dans  son  testa- 
ment, signé  de  sa  main  et  écrit  peu  de  temps 
avant  son  décès,  au  cours  d'une  maladie,  on  lit 
ces  deu.K  legs  :  «  Je  donne  à  mon  neveu  Christo- 
phle  de  Ravenel,  appelé  Gorgosson,  fils  du  feu 
sieur  de  Rantigny  et  de  ma  sœur  Françoise 
d'Angennes,    la  somme   de   quarante    mille  es- 

cus :  à  Claude  Lupi,  mon  maistre  de  chambre, 

dix  mille  escus,  tout  le  linge  qu'il  a  en  charge  de 
ma  personne  et  de  ma  chambre,  pour  cinq  cents 
escus  de  meubles,  lesquels  dix  mille  escus  je 
veulx  qu'ils  soient  les  premiers  prins  et  qu'il 
choisisse  sur  tout  mon  bien  de  telle  quantité  et 
nature  qu'il  vouldra  »  (p.  13). 

(<:  Il  fut  inhumé  dans  l'église  des  Franciscains 
de  l'observance,  où  l'on  voit  encore  son  épitaphe  >> 
(p.  II).  Dom  Piolin  aurait  fait  œuvre  utile  en 
donnant  cette  inscription,  reproduite  de  visu  et 
non  d'après  les  livres.  J'ai  prié  un  ecclésiastique 
français,  qui  voyage  depuis  longtemps  en  Italie, 
d'en  prendre  une  copie  fidèle.  Il  eût  été  convena- 
ble aussi  de  rapprocher  du  testament  l'inscription 
gravée  sur  marbre  noir,  sur  un  monument  destiné 
à  rappeler  la  mémoire  du  cardinal  et  placé  au- 
dessous  de  son  portrait  peint  par  les  soins  de  son 
neveu  et  de  son  maître  de  chambre,  qui  a  l'impu- 
dence de  s'y  nommer.  Quoique  je  l'aie  déjà  im- 
primée parmi  les  inscriptions  relatives  au  diocèse 
du  Mans,  qui  se  trouvent  à  Rome  (==),  je  vais  la 
transcrire  de  nouveau;  elle  se  voit  dans  notre 
église  nationale  de  Saint-Louis  des  Français  : 

CAROLO • DANGENES 

A  ■  RA.MBOVILLETTO 

S  •  R  •  E  •  CARDINALI 


et  conservateur  de  la  souveraineté  temporelle  du  Saint  Siège.  Or  les 
papes  possédaient  de  droit  Rome  et  son  duché,  puis,  par  la  donation 
des  rois  francs  Pépin  (754)  et  Charlein.agne  (774I,  la  Pentapole  et 
l'Exarchat.  Le  duché  de  Rome  comprenait  la  'ruscie  (Porto,  Cento- 
celles,  Sutri,  Mtturano,  Nepi,  Castello, Orta,  .•\ineria,Todi,  Pérouse) 
et  la  Campanie  (Segni,  .\nagni,  Ferentino,  .Alalri.  Tivoli).  Dans  l'ex- 
archat, il  y  avait  les  villes  de  Ravenne,  Césène,  Forlimpopoli,  Korli, 
Faenza,  Iniola,  Bologne,  Ferrare,  etc.  et.  dans  la  Pentapole,  Rimini, 
Pesaro,  Fano,  Sinigaglia,  Osimo,  Jesi,  Ancône,  Fossombrone,  Mon- 
tefeltro,  Urbino.  Gubbio,  etc. 

1.  Le  R.  P.  Dom  Piolin,  ayant  eu  connaissance  des  épreuves  de 
cet  article,  y  a  ajouté  cette  note  :  «  Qu'il  soit  permis  à  Dom 
Piolin  de  faire  observer  que  depuis  le  22  mars  1882,  il  est  réduit  à 
vivre  dans  un  fii^uiiiim  du  bourg  deSolesmes,  presque  sans  livres 
et  dans  une  position   qui    rend   le  travail  à  peu  près  impossible.   » 

2.  Ir.icriptions  françaises  recueillies  à  Rome,  diocise  du  Mans  ;  le 
Mans,  1868,  in-8°  de  16  pag.,  p.ig.  9.  —  Forcella  l'a  imprimée  dans 
ses  Isserisioni  délie  chiese  di  Koma,  t.  !li,  p.  26:  il  écrit  Dangennes, 
tandis  que  ma  copie  ne  porte  qu'ime  seule  n. 


lOO 


îRcuuc   De    rart    cïjtcticn. 


CHRISTOPHORVS- A-  RANTIGNI  •  SORORIS  '  F  •  ET 
CLAVDIVS  •  LVl'IVS  "  CVBICVLI  '  PRAEFECTVS 

ITALICARV.M  •  RERVM  •  EK  '  TEST  "  HEREDES 

IN  •  AV\  NCVLVM  '  ET  •  PATRONVM  •  GRATI 

VIRGINIBVS  •  GALLICIS  '  AI.TERNIS  "  ANNIS 

DEIPARAE  •  VIRGINIS  '  DIE  •  NATALI 

IN  •  MATRIMONIViM  •  COLLOCANDIS 

CERTOS  •  AEDI  •  FRVCTVS  .  ATTRIBVERVNT 

ANNO  •  CIO  •  10  •  LXXXVII  •  KAL  •  APRILIS 

X.   B.   DE   M. 


LES  BAS-RELIEFS  DE  MARKDSOUS  PRO- 
VENANT DE  L'ABBAYE  DE  FLORENNE  ET 
LE  CIMETIÈRE  FRANC  DE  MAREDSOUS,  par 
le  R.  p.  Dom  tiéiard  Van  Caloen,  bénédictin  de 
l'abbaye  de  Maredsous.  (  Extrait  du  t.  XVI  des  An- 
nales de  la  Société  archcoU\i,itiiie  de  Namur).  In-8", 
22  pp.  Namur,  Wesmael-Charlier,  18S4  (avec  une 
planche). 

CETTE  savante  notice  fait  connaitre  les  inté- 
ressants vestiges  du  passé  qu'énumère  son 
titre,  et  qui  ont  récemment  trouvé  un  abri  à 
l'ombre  du  grandiose  monastère  fondé  par  les 
RR.  PP.  Bénédictins  sur  les  hauts  plateaux  de 
l'Entre-Sambre  et  Meuse. 

Le  cimetière  franc  découvert  à  Maredsous  et 
exploré  par  Dom  van  Caloen,  contient  31  tombes, 
régulièrement  orientées.  Dans  ces  cercueils 
«formés  de  murs  secs  et  souvent  recouverts  de 
dalles  brutes  monolithes  ou  juxtaposées,»  on 
n'a  rencontré,  auprès  des  squelettes,  que  quelques 
verroteries  et  vases  de  poterie,  des  armes  et  des 
agrafes  généralement  conformes  à  des  types 
connus.  L'objet  le  plus  intéressant  est  «un  disque 
de  bronze  aux  ornements  incrustés  et  portant 
cinq  demi-perles  de  verroterie  bleue,  disposées  en 
forme  de  croi.x;). Cette  broche,placée  surla  poitrine 
d'une  femme,  est  le  seul  objet  qui  puisse  fournir 
quelque  indice  de  sépulture  chrétienne. 

Les  bas-reliefs  retrouvés  par  Dom  Van  Caloen 
sur  l'emplacement  de  l'ancienne  abbaye  de  Flo- 
renne,  sont  bien  dignes  d'une  étude  approfondie 
de  la  part  de  l'archéologue  et  du  statuaire. Ces  trois 
«tableaux  de  pierre»,  dont  les  proportions  sont 
identiques  (!'" 07  X  o. '"49)  présentent  cependant 
une  ordonnance  variée.  L'un  d'eu.x  montre  la 
scène  du  baptême  du  CHRIST  dans  le  Jourdain 
par  saint  Jean,auciuel  une  colombe  présente  l'am- 
poule tandis  qu'un  ange  semble  apporter  du  ciel 
un  vêtement  en  forme  d'étole.  Ce  tableau  est 
encadré  par  deu.K  colonnettes  torses,  dont  les 
chapiteaux  feuillus  soutiennent  une  arcature 
cintrée  sur  laquelle  sont  gravés  ces  mots  : 

T.VLIlîVS     OliSEQVIS     DS     ËE    DOClit     IN     VNDIS. 

(  Talibus  obsequiis  Deiis  esse  docetiir  in  undis.) 


Le  tympan  est  décoré  dedeu.K  figures  d'anges 
soutenant  un  disque  qui  offre  l'image  de  l'agneau 
divin,  tenant  la  croix.  Une  inscription  illisible 
s'aperçoit  sur  l'étroit  rebord  qui  forme  l'encadre- 
ment du  bas-relief 

Les  deux  autres  panncau.x  dénotent  clairement 
par  leurs  dispositions  similaires  qu'ils  formaient 
pendant  l'un  à  l'autre.  D'élégants  rinceaux,  entre- 
mêlés d'animaux  tantastiqucs  et  de  masques  gri- 
maçants, décorent  les  encadrements,  et  bien  que 
variées  dans  les  détails,  ces  sculptures  reflètent 
évidemment  une  origine  et  une  destination  com- 
munes. Le  premier  bas-relief  présente  l'image  de 
saint  Michel  nimbé  et  vêtu  d'une  ample  tunique 
retenue  par  une  ceinture  et  décorée  a  l'encolure 
de  festons  arrondis:  une  chlamyde  est  jetée  sur 
les  épaules,  les  ailes  sont  abaissées  et  les  pieds 
nus.  Le  bras  gauche  porte  un  bouclier  muni  d'un 
large  uinbo  et  couvert  de  rainures,  qui  affecte  la 
forme  circulaire,  un  peu  allongée  en  pointe  vers 
le  bas.  De  la  droite,  l'archange  tient  un  long  jave- 
lot, muni  d'une  barbe  (ou  plutôt,  nous  semble  t-il, 
d'un  pennon)  dont  il  enfonce  le  fer  dans  la  gueule 
du  démon  qu'il  foule  aux  pieds.  Celui-ci  est 
représenté  sous  la  figure  d'un  dragon  ailé,  dont  la 
queue  se  termine  en  forme  de  palme  tripartite. 
Le  type  de  l'archange  est  celui  d'un  jeune  homme 
imberbe,  et  reflète  un  grand  air  de  majesté,  l'en- 
semble de  la  statue  présente  un  aspect  hiératique 
et  vraiment  monumental. 

Une  figure,  en  costume  pontifical,  occupe  le 
troisième  panneau.  Le  saint  dont  la  tête  est 
nimbée,  porte  la  barbe  et  les  cheveux  courts  ; 
les  pieds  sont  chaussés.  Il  est  vêtu  d'une  aube, 
d'une  tunicelle  ornée  de  disques  étoiles,  au-des- 
sous de  laquelle  paraissent  les  bouts  de  l'étole, 
d'un  manipule  et  d'une //cr«t-/£/ celle-ci  est  forte- 
ment relevée  sur  le  devant  et  garnie  d'un  galon 
perlé  ;  la  croi.x  (;st  formée  par  un  orfroi  détaché  et 
qui  contourne  le  col.  La  main  droite  tient  une 
crosse  dont  la  volute  est  tournée  à  l'intérieur,  la 
gauche  un  livret  ouvert  appuyé  contre  la  poitrine. 
Dans  son  ensemble  cette  statue  est  d'une  travail  et 
d'une  apparence  plus  barbare  que  la  précédente. 

L'étude  de  ces  petits  monuments  a  amené 
Dom  Van  Caloen  à  résoudre  divers  problèmes 
archéologiques,  sur  lesquels  nous  demandons  à 
notre  e.KCcllent  ami  dcpouvoir  présenterquclqucs 
observations. 

Quel  est  l'âge  de  ces  bas-reliefs?  Le  savant 
bénédictin  croit  «  qu'ils  datent  du  commencement 
du  XI"^  siècle,  c'est-à-dire  de  la  fondation  de 
l'abbaj'c»  dont  l'église  fut  consacrée  en  loii, 
au  rapport  de  l'annaliste  Marchantius  ('). 

I.  Cette  date  est  peut-être  un  peu  prématurée,  puisque  le  fondateur 
du  monastère  est  Ciérard  de  Florenncs,  évêquede  Cambrai,  dont  le 
liréd&esscur  Herluin.nc  dOcéda  que  le  3  février  1012.  ((;.\MS,  Seriez 


15it3Uograpf)ic. 


lOI 


Il  semble  difficile  de  faire  remonter  à  une 
époque  tellement  reculée,  les  rinceaux  élégants 
et  variés  des  encadrements  ;  leur  style  aussi  bien 
que  leur  facture,  dénotent  une  composition  bien 
étudiée  ;  or  l'on  ne  peut  oublier  qu'au  début  du 
XI'  siècle  l'art,  dans  nos  provinces,  était  encore 
dans  les  langes,  la  sculpture  ornementale  autant 
que  celle  des  figures  trahissait  par  sa  rudesse  et 
son  manque  de  proportions  l'inhabileté  des  artis- 
tes. Quant  aux  statues,  si  l'image  de  l'évêque 
présente  dans  la  pose  et  dans  la  disposition  des 
draperies  raides  et  symétriques,  un  caractère 
marqué  d'archaïsme,  il  n'en  est  pas  de  même  dans 
l'image  de  saint  Michel  et  surtout  dans  le  groupe 
du  baiJtêmc  du  Christ  :  le  jet  varié  et  mouvementé 
des  plis,  la  pose  aisée  de  saint  Jean  et  des  anges 
qui  portent  le  disque  de  l'Agneau,  révèlent  les 
traditions  d'une  école  artistique  formée  de  longue 
date  et  le  travail  d'une  main  exercée.  Sans  doute, 
il  est  difficile  d'assigner  une  date  précise  à  ces 
sculptures  ;  tout  porte  à  croire  cependant  qu'elles 
ne  sont  pas  antérieures  à  la  dernière  période 
romane,  soit  au  déclin  du  douzième  siècle. 

L'abbaye  de  Florenne  avait  été  fondée  à 
l'honneur  de  saint  Jean-Baptiste  :  on  s'explique 
aisément  que  l'artiste  ait  voulu  représenter  le 
saint  patron  dans  l'acte  le  plus  mémorable  de  sa 
carrière  de  précurseur  du  Christ.  Quant  à  saint 
Michel,  comme  l'écrit  Dom  Van  Caloen,  «il  a 
toujours  été  en  grande  vénération  dans  l'Ordre 
bénédictin  ;  rien  d'étonnant  à  ce  qu'il  ait  été  re- 
présenté dans  l'abbaye  bénédictine  deFlorenne». 
L'attribution  du  personnage  en  costume  pontifi- 
cal est  moins  aisée  :  un  sentiment  bien  naturel 
de  piété  filiale  amène  notre  savant  ami  à  y  voir 
l'image  de  saint  Benoît.Mais  une  grosse  difficulté 
s'élève  :  «  Il  est  reconnu,  en  effet,  que  saint  Be- 
noît ne  fut  jamais  prêtre  :  mais  on  peut  supposer 
uneerreuriconographiquedela  part  du  sculpteur.» 
Pour  nous,  cette  supposition  est  d'autant  moins 
plausible  que  l'auteur  du  bas-relief  appartenait 
fort  probablement  à  la  famille  religieuse  du 
patriarche  des  moines  d'Occident,  puisqu'il  sem- 
ble que  l'on  doive  le  chercher  tout  d'abord  parmi 
les  habitants  du  monastère oùTceuvrc  était  placée. 
D'ailleurs  l'ensemble  du  costume  pontifical,  et 
surtout  de  la  chasuble  ornée  d'une  croix  détachée, 
font  tout  d'abord  penser  à  un  évêque  plutôt  qu'à 
un  abbé.  Connait-on  une  seule  image  de  saint 
Benoit  —  fût-elle  d'une  époque  où  la  tradition 
iconographique  était  complètement  dédaignée, 
alors  que  le  XI L'  siècle  la  tenait  si  fort  en 
honneur —  où  le  saint  Patriarche  soit  représenté 
avec  les  ornements  pontificaux  ?  On  objectera 
peut-être  qu'ici  la  volute  de  la  crosse  est  tournée 
vers  l'intérieur,  à  la  manière  dont  les  abbés  la 
portent  actuellement.  Cette  assertion  a  fait  l'objet 
de    maint    débat   entre    archéologues  et    l'on   a 


apporté  tant  de  preuves  de  son  peu  de  fondement, 
qu'il  semble  oiseux  d'y  revenir. 

Les  annales  de  l'abbaye  de  Florenne  faciliteront 
peut-être  lasolution  de  l'énigme.Dansle  catalogue 
de  ses  abbés,  nous  rencontrons,  vers  1188,  le 
célèbre  Guibert  ('),  qui  fut  appelé  six  ans  plus 
tard,au  gouvernementdu  monastère  deGembloux 
dont  il  a  gardé  le  titre.  Guibert,  qui  résigna  les 
deux  crosses  en  1206,  deux  années  avant  sa  mort, 
était  animé  d'une  dévotion  toute  spéciale  envers 
l'illustre  évêque  de  Tours  .saint  Martin.  Il  con- 
sacra de  longues  années  à  réunir  les  documents 
nécessaires  pour  écrire  la  vie  rythmique  du  grand 
thaumaturge  des  Gaules  et  obtint  de  divers 
côtés  des  renseignements  très  intéressants  sur  le 
culte  du  saint.  Son  livre,  qu'un  biographe  de 
saint  Martin  rappelait  tout  récemment  (^),lui  valut 
le  surnom  de  Gilbert-Martin,  que  la  tradition  a 
conservé.  Serait-il  étonnant  que  l'abbé  Guibert 
ait  voulu  placer  dans  son  monastère  de  Florenne 
l'image  du  saint  évêque  auquel  il  était  si  dévot? 
Cette  conjecture  est  d'autant  moins  téméraire 
qu'elle  correspond  aux  attributs  pontificaux  et, 
nous  le  croyons,  à  l'âge  probable  du  monument. 

Quelle  a  été  la  destination  originale  de  nos 
sculptures  ?  La  question  ne  laisse  pas  que 
d'être  intéressante.  Après  avoir  écarté  l'hy- 
pothèse de  bas-reliefs  formant  le  retable  d'un 
autel,  parce  qu'«à  cette  époque  les  autels  étaient 
généralement  de  construction  simple  et  massive, 
presque  sans  ornements  »,  Dom  Van  Caloen  rap- 
proche les  monuments  de  Florenne  des  célèbres 
panneaux  sculptés  qui  décorent  les  parois  de 
l'ébrasement  intérieur  au  grand  portail  de  Notre- 
Dame  de  Reims  :  il  en  conclut  qu'<<;  il  nous  est 
permis  de  croire,  jusqu'à  preuve  du  contraire, 
que  nos  bas-reliefs  faisaient  partie  du  portail  de 
l'église  abbatiale  de  Florenne.  »  Il  serait,  sans 
doute,  malaisé  d'administrer  cette  %  preuve  du 
contraire  »,  en  l'absence  de  documents  positifs  : 
mais  le  manque  de  ceux-ci  nuit  également  à  la 
thèse  de  Dom  Van  Caloen.  La  décoration  sculp- 
turale de  Yatrium  de  la  basilique  royale,  trou\  e 
sajustification  dans  les  proportions  colossales  et 
la  profusion  des  ornements  qui  distinguent 
l'admirable  monument  :  on  n'a  d'ailleurs  cité 
jusqu'ici  aucun  autre  édifice  qui  présentât  sem- 
blable disposition.  Avant  d'admettre  que  l'église 
primitive  de  l'abbaye  de  Florenne,  construction 
romane  dont  les  dimensions  nous  sont  inconnues, 
rivalisât  sous  ce  rapport  avec  la  métropole 
rémoise,  nous  demandons  à  rappeler  l'avis  du 
poète  : 

...  Si  parva  licet  componere  magnis. 

Le  caractèredes  sculptures  de  Florenne  semble 

1.  Voir  notamment  la  noiict- (tu  baron  de  Reiffenberg.  dans  les 
Annales  de  t Acadimie  Royale  de  Belgique,  t.  I.X,  1842,  p.  440. 

2.  Lecov  de  la  Marche,  l'ie  de  saint  Martin,  p.  690. 


102 


ïRetiue   De    rart   cfj rétien. 


d'ailleurs  assez  éloigné  de  celui  qu'aurait  présenté 
un  travail  destiné  à  faire  corps  avec  l'œuvre  de 
l'architecte.  Si  l'on  écarte  l'hypoJièse  de  bas- 
reliefs  posés  en  arrière  de  la  nicnsa  de  l'autel, 
on  inclinera  peut-être  à  voir  dans  nos  panneaux 
de  pierre  des  débris  de  l'ambon  ou  de  l'ancienne 
clôture  du  chœur.  Les  monuments  de  la  période 
romane,  notamment  la  parclôse  du  dôme  de 
Trêves  et  celle  de  la  cathédrale  d'Halberstadt 
ont  conservé  des  spécimens  de  ce  genre,  qui 
présentent  une  certaine  analogie  avec  les  sculp- 
tures de  Florenne.  C'est  une  question  que  nous 
soumettons  aux  études  de  Dom  Van  Caloen,  en 
le  remerciant  d'avoir  sauvé  et  fait  connaîtic  ces 
remarquables  vestiges  de  l'art  roman. 

LKS  SCULPTURKS  DE  SOLESMES  ET  LES 
RIGHiER.par  E.  Cartier.  In-8"  de  32  pp.  extrait  de 
la  Revue  du  Alonde  catholique. 

Le  «  solitaire  »  qui  a  médité  à  l'ombre  des 
cloîtres  —  hélas  !  déserts  aujourd'hui  —  de  So- 
lesmes  ses  magistrales  «  Lettres  sur  l'art  chré- 
tien »  a  consacré  jadis  une  étude  approfondie  (i) 
aux  célèbres  groupes  sculptés  qui  décorent 
l'antique  église  abbatiale  :  ces  monuments,  oti  les 
traditions  artistiques  des  âges  de  la  foi  se  reflètent 
encore  parmi  les  formes  délicates  et  la  perfection 
du  travail  qui  caractérisent  les  débuts  de  la 
Renaissance,  semblent  appartenir  à  l'école  fla- 
mande et  l'éminent  critique  a  cru  pouvoir  en 
faire  honneur  au  ciseau  des  Floris,  artistes  anver- 
sois,dont  les  œuvres  brillèrent  surtout  «  lors  de 
l'entrée  de  V empereur  {s\c)  PhilippelLen  I552(.')». 
Ces  conclusions  ont  été  attaquées  par  M.  l'abbé 
Souhaut  (^),  qui  revendique  la  paternité  de  ces 
reliefs  pour  Ligier  Richier,  sculpteur  de  mérite, 
dont  la  ville  de  Saint-Mihiel  en  Lorraine,  sa 
patrie,  conserve  des  œuvres  remarquables.  La 
biographie  des  Richier  est  assez  obscure,  pas  as- 
sez cependant  pour  qu'on  ne  connaisse  leurs 
relations  avec  les  réformés  de  Genève,  chez  les- 
quels Ligier  alla  terminer  ses  jours.  M.  Cartier 
fait  habilement  ressortir  toutes  les  incohérences 
du  système  de  I^L  l'abbé  Souhaut.  Si  les  droits 
des  Floris  ne  sont  pas  entièrement  hors  de  con- 
teste, il  ne  semble  pas  que  les  Richier  aient  chance 
de  les  leur  ravir.  Espérons  que  quelque  heureuse 
trouvaille  de  documents,  viendraun  jour  sanction- 
ner les  conjectures  de  l'éminent  et  sympathique 
écrivain  de  Solesmes. 

B.   DE  V. 


AESTHETIK  von  JOSEPH  JUNGMANN,  Priester 
der  Gesellschaft  Jesu,  Doctor  der  Théologie  und  ord. 
Professer  denselben  an  der  Universitiit  zu  Innsbruck 
mit  Erlaubnisz  der  Obern. 

1.  Les  sculptures  de  Solesine.i.  Paris,  Palmé,  1877. 

2.  Les  Kicliier  et  leurs  œuvres.  Bar-le-Uuc,  1883. 


Zweite,  vollstandig  umgearbeitete  und  wezentlich 
erweiterte  Auflage  des  Bûches  «  Die  Schônheit  und 
die  schone  Kunst  »  mit  nuen  lUustrationen.  Freiburg 
im  Brisgau  Herder'sche  Buchhandlung,  1884. 
[Prix  :  15  francs.] 

«  1~\ES  que  la  foi  et  la  science  renaissent  dans 
\^  une  nation,  les  arts  ne  tardent  pas  à  y 
briller, sans  qu'on  sache  ni  comment  ni  pourquoi.» 
Ces  paroles,  extraites  d'une  lettre  de  Clément 
Brentano  au  peintre  Runge,  terminent  l'ouvrage 
que  nous  nous  proposons  d'analyser. 

Elles  sont  l'expression  d'une  pensée,  dont  le 
lecteur,  à  mesure  qu'il  parcourra  les  différentes 
parties  de  ce  livre,  se  sentira  de  plus  en  plus  pé- 
nétré. L'esthétique  est  la  science  des  beaux-arts 
(p.  15).  Elle  se  divise  en  deux  parties.  La  pre- 
mière traite  des  notions  fondamentales,  c'est-à- 
dire  du  beau,  et  des  caractères  généraux  des 
productions  artistiques.  La  seconde,  s'occupe  des 
beaux  arts,  de  leur  raison  d'être,  de  leurs  lois,  de 
leurs  moyens  d'action. 

Le  livre  du  P.  Jungmann  est  la  deuxième  édi- 
tion d'un  ouvrage  paru,  il  y  a  di.v-huit  ans,  sous 
un  autre  titre,  «  le  Beau  et  les  Beau  ■■- Arts  )>  :  mais 
l'auteur  a  si  complètement  remanié  son  œuvre 
primitive  que  c'est  plutôt  un  traité  nouveau  qu'il 
a  fourni.  La  première  édition,  épuisée  dès  1872, 
ne  comptait  que  532  pages  d'un  format  petit  in- 
octavo.  Celle-ci  ne  compte  pas  moins  de  950 
pages  d'un  format  beaucoup  plus  grand. 

Nous  manquons  en  quelque  sorte  d'ouvra- 
ges sur  l'esthétique,  à  l'usage  des  catholiques. 
Il  y  a  quelques  années,  une  revue  savante  disait 
que  le  livre  du  P.  Jungmann  (i^''«  édition)  était 
ce  que  nous  avions  de  mieu.x  en  fait  d'esthéti- 
que. Elle  ne  rétractera  certainement  pas  cette 
parole  aujourd'hui. 

Baumgartner,  le  premier,  s'est  occupé  de  la 
science  des  beaux-arts  à  un  point  de  vue  spécial, 
après  lui  !e  panthéisme  et  le  rationalisme  en  ont 
fait  leur  domaine  (p.  675),  et  leurs  conclusions 
tout  en  n'ayant  pas  été  admises  par  tous  les 
hommes  compétents,  servent  cependant  de  base 
aux  œuvres  de  certains  savants  catholiques  qui 
se  sont  occupés  des  beaux-arts. 

Dans  les  derniers  temps,  l'art  a  fait  de  sensibles 
progrès  sur  le  terrain  catholique,  il  était  donc 
opportun  que  la  science  catholique,  elle  aussi, 
produisît  un  ouvrage  e.xposant  l'Esthétique  d'une 
manière  complète  et  d'ajjrès  ses  principes.  C'est 
le  but  que  le  P.  Jungmann  s'est  proposé:  disons- 
le  tout  de  suite,  qu'il  nous  parait  avoir  atteint. 
Tout  d'abord  il  établit  la  notion  de  l'essence  du 
beau  d'après  la  sagesse  des  anciens(Theognis, Pla- 
ton, Aristote,  le  Portique,  Plotin,Proclus,Maxime 
de  Tyr,  Hiéroclès,  Plutarque,  Cicéron,  .Sénèquc), 
d'après  la  philosophie    des     Pères    de    l'Eglise 


T5it)liograpf)ic. 


(Grégoire  de  Nazianze,  de  Nysse,  Basile  de  Cé- 
sarée,  Denis  l'Aréopagite,  Jean  Chrysostome, 
Clément  d'Alexandrie,  Origène),  et  d'après  la 
science  chrétienne  des  âges  postérieurs  (Inomas 
d'Aquin,  Lessius,  Pallavicini,  Lcibnitz).  (i"<=  Par- 
tie I-IV.)  Le  résultat  de  ces  profondes  recherches 
consiste  en  trois  définitions,  différentes  de  forme, 
mais  identiques  au  fond. 

La  première  est  empruntée  à  Aristote,  la  se- 
conde exprime  la  doctrine  de  saint  Thomas,  et 
la  troisième  répond  à  une  pensée  profonde  de 
Platon  (p.  148  s.).  Par  sa  conformité  avec  les 
opinions  des  plus  grands  penseurs  dont  l'his- 
toire fasse  mention,  ce  résultat  est  la  solution 
d'un  des  problèmes  les  plus  difficiles  de  l'Esthé- 
tique, auquel  les  modernes  avaient  travaillé  en 
vain  jusqu'ici. 

L'auteur  développe  ensuite  la  notion  du  beau 
et  montre  comment  elle  trouve  son  application. 
Signalons  surtout  le  chapitre  :  De  l'idéal  du 
beau,  et  cet  autre:  La  beauté  divine  et  son  reflet 
dans  l'Eglise  et  dans  l'Univers. 

La  cinquième  partie  traite  de  la  noblesse,  du 
charme,  du  ridicule,  du  comique,  et  des  autres 
«  qualités  esthétiques  ». 

La  sixième  partie  est  consacrée  à  l'examen 
d'un  grand  nombre  de  définitions  du  beau  ; 
aucune  n'est  en  harmonie  avec  celle  de  l'auteur. 
Quelques-unes  veulent  s'appuyer,  mais  à  tort, 
sur  la  doctrine  de  saint  Thomas. 

C'est  après  avoir  établi  cette  base  solide  que 
l'auteur  passe,  dans  le  second  livre,  à  l'étude  de 
l'objet  même  de  l'Esthétique,  c'est-à-dire  des 
beaux  arts.  Le  P.Jungmann  en  donne  la  définition 
suivante  :  «  Tout  art,  dont  le  but  spécial  exige, 
au  point  de  vue  esthétique,  des  produits  aussi 
remarquables  que  possible, et  qui, secondé  par  des 
circonstances  favorables,  est  à  même  de  produire 
des  œuvres  d'une  beauté  supérieure,  a  le  droit 
d'être  rangé  dans  la  catégorie  des  beaux-arts.  » 

L'auteur  fait  remarquer  que  cette  définition 
seule  s'accorde  et  avec  la  doctrine  d'Aristote,  et 
avec  la  nature  des  beaux  arts  et  la  manière  de 
les  pratiquer. 

Il  combat  ainsi  la  doctrine  de  ceux  qui  ne 
veulent  assigner  à  l'art  d'autre  but  que  l'imitation 
de  la  nature. 

L'auteur  distingue  trois  groupes  de  beaux- 
arts  :  les  beaux  arts  religieu.x,  civils,  hédoni- 
ques  ('). 

Il  range  parmi  les  premiers  tous  ceux  qui  ont 
pour  but  immédiat  la  glorification  de  Dieu,  ou 
de  la  Mère  de  Dieu,  ou  des  anges  et  des  saints, 
ou  en  général  l'édification  des  fidèles  et  le  pro- 
grès de  la  vie  religieuse;  parmi  les  seconds,  ceux 
dont  les  œuvres   servent  immédiatement  à  con- 

I.  «  Hédonique  »  du  grec  ^iSov^l,  jouissance. 


server  et  à  développer  dans  la  société,  cet  esprit 
d'où  dépend  en  réalité  l'existence,  la  prospérité 
et  l'épanouissement  de  la  vie  civile  ;  parmi  les 
derniers  (les  arts  hédoniques)  tous  ceux  qui  con- 
sidèrent comme  leur  destination  propre,de  procu- 
rer par  leurs  productions  des  jouissances  esthéti- 
ques à  l'homme,  (p.  328). 

On  peut  d'ailleurs  réunir  les  deux  dernières 
catégories  en  une  seule  par  opposition  à  la  pre- 
mière et  on  arrive  ainsi  à  diviser  les  arts  en  arts 
religieux  et  en  arts  profanes. 

Or  en  étudiant  le  développement  de  ces  deu.x 
grandes  divisions  des  beaux-arts,  l'auteur  arrive 
à  ces  deu.x  conclusions  d'une  importance  capitale. 

1°  D'après  le  témoignage  de  l'histoire,  les 
beaux-arts  dans  leur  ensemble,  se  sont  d'abord 
développés  sur  le  terrain  de  la  vie  religieuse,  et 
c'est  sur  ce  terrain  également  qu'ils  ont  fleuri  à 
leur  plus  haut  degré,  fp.  338  ss.)  A  l'appui  de 
cettethèse  l'auteur  invoque  les  opinions  desavants 
qu'on  ne  peut  en  aucune  manière  taxer  à'uitra- 
viontaiiisine:  Burke,  M.  Carrière,  E.  Schnaase, 
Hugber,  Lubke,  Edouard  Muller,  A.  Feuerbach, 
H.  Ulrici,  Herder,  puis  Fénelon,  Lasaulx,  Fick, 
et  F.  V.  Herder. 

La  deuxième  conclusion,  qui  pourrait  être 
considérée  comme  découlant  de  la  première,  mais 
qui  est  établie  par  l'auteur  au  moyen  de  preuves 
spéciales,  est  la  suivante  :  Depuis  le  commence- 
ment de  notre  ère,  les  beaux-arts  religieux  ont 
une  bien  plus  grande  importance  que  les  beaux- 
arts  profanes,  voilà  pourquoi  la  floraison  de  ces 
derniers  dépend  essentiellement  de  la  culture  des 
premiers.  Si  donc  les  beaux-arts  religieux  doivent 
en  premier  lieu  attirer  l'attention  de  l'Esthétique 
et  de  ceux  qui  sont  destinés  à  la  cultiver,  quelle 
grande  erreur  ne  commet-on  pas  en  considérant 
cette  science  comme  purement  philosophique, 
puisque  la  théorie  ainsi  que  la  science  de  chaque 
art  religieux  prend  essentiellement  et  en  premier 
lieu  sa  racine  dans  la  révélation  surnaturelle 
(p.  366).  Dès  lors  aussi  peut-on  traiter  à'anackro- 
nisiiie,  cette  prévention  exclusive  en  faveur  de 
l'art  classique  antique,  qui  ne  peut  qu'entraver 
l'essor  des  beaux-arts. 

Ces  conclusions  nous  font  voir,  que  la  notion 
de  l'art  religieux,  ou  bien,  est  tout  à  fait  ignorée, 
ou  bien  est  mal  comprise  même  par  des  savants 
catholiques;  elles  amènent  l'auteur  à  établir  dans 
le  4'"'^  chapitre,  la  thèse  suivante  non  moins  im- 
portante. *.(  Le  principe  essentiel,  au  moyen 
duquel  un  art  devient  chrétien,  ne  repose  pas 
dans  le  sujet  sur  lequel  il  exerce  son  activité, 
mais  dans  le  but  surnaturel,  pour  lequel  il  tra- 
vaille. )'  (p.  375  ss.)  Outre  les  raisons  qui  prou- 
vent cette  thè.se,  l'auteur  cite  (p.  378)  un  passage 
assez  long  d'Ed.  Hanslick  ( Musikalic/ie  Statio- 


I04 


WizMuc   De   r^rt   cbtétien. 


neiijqui  nous  donne  la  preuve  non  seulement  de 
sa  vérité  mais  de  sa  nécessité. 

Le  cinquième  chapitre  (p.  382  ss.)  développe 
d'après  cela  deux  lois  générales,  essentielles 
également  à  l'art  religieux,  et  qui,  jusqu'à  pré- 
sent, ont  été  très  peu  observées  par  la  théorie  et 
la  science,  tandis  que  dans  la  pratique  on  n'en  a 
tenu  aucun  compte. 

De  nombreux  exemples  tirés  de  l'histoire  des 
beaux-arts  rendent  la  démonstration  plus  inté- 
ressante et  plus  claire.  Plus  d'une  œuvre  haute- 
ment louée  et  admirée,  nous  apparaît  à  leur 
lumière,  quoique  techniquement  d'un  fini  achevé, 
tout  à  fait  manquée,  quant  à  sa  destination. 

Lesi.xième  chapitre(Les  beaux-arts  etlavérité) 
examine  et  établit  la  liberté  de  la  poésie  ou  de 
l'invention,  qui  appartient  principalement  aux 
arts  hédoniques. 

Dans  le  chapitre  suivant,  l'auteur  s'occupe 
principalement  des  arts  hédoniques.  Il  examine 
la  valeur  des  principes  de  l'esthétique  moderne 
et  le  jugement,  motivé  aussi  bien  par  la  raison 
que  par  l'histoire,  n'est  autre  que  celui  de  La- 
mennais :  l'art  pour  l'art  est  une  absurdité. 

La  huitième  partie  s'occupe  d/architecture. 
Pour  répondre  aux  intentions  de  l'Eglise,  cet  art 
doit  constituer  la  demeure  visible  de  Dieu,  de 
telle  façon  qu'elle  en  représente  symboliquement 
la  demeure  invisible  (p.  487  ss.).  Après  avoir 
caractérisé  en  général  les  procédés  dont  l'archi- 
tecture religieuse  doit  user  pour  répondre  aux 
intentions  de  l'Église,  l'auteur  établit  dans  le 
deuxième  chapitreque  l'architecturegothique  a  le 
mieux  répondu  aux  intentions  de  l'Église,  et 
symboliquement  représenté  la  demeure  invisible 
de  Dieu  (p.  492). 

Letroisièmechapitre,plus  court, traite  de  l'archi- 
tecture profane  (p.  5  19).  L'auteur  établit  que  le 
style  le  mieux  approprié  à  ses  besoins  est  le  style 
gothiqueet  condamne  l'architecture  de  la  Renais- 
sance. 

L'histoire  démontre  d'ailleurs  que  l'archi- 
tecture profane  ne  s'est  jamais  développée 
indépendamment  de  l'architecture  religieuse, 
c'est  pourquoi  son  progrès  ou  sa  décadence  dé- 
pend du  progrès  ou  de  la  décadence  de  l'archi- 
tecture religieuse  (p.  525). 

Un  chapitre  des  plus  intéressants  sur  /'a/-/ 
métier  (kunsthandwerk)  ou  comme  nous  disons 
«  Vart  i)idustricl  »  termine  la  huitième   partie. 

Dès  le  début  de  la  9""=  partie  qui  traite  de  l'art 
dramatique, l'auteur  distingue,  d'après  saint  Tho- 
mas, trois  espèces  de  formes  :  la  forme  naturelle, 
la  forme  géométrique  et  la  forme  [)lanimétrique. 
D'après  Aristote  (p.  536  s.)  l'art  dramati([ue  nous 
donne  la  conception  des  formes  naturelles. 

Le  drame  n'est  donc  pas  un  art  par  suite  de  ses 


relations  particulières  avec  la  poésie(considérée  à 
un  point  de  vue  restreint)  mais  il  est  un  art  pro- 
prement dit  (p.  538  ss). 

Cet  enseignement  est  nouveau,  que  nous 
sachions;  ni  l'Esthétique  ni  la  poésie  ne  l'ont 
adopté  jusqu'à  présent,  quoique  le  P.  Jungmann 
l'ait  déjà  produit,  il  y  a  dix-huit  ans,  dans  sa  pre- 
mière édition. 

L'auteur  réfute  avec  succès  les  objections  qui 
lui  ont  été  faites  de  différents  côtés,  au  sujet  de 
sa  doctrine.  Celle-ci,  du  reste,  trouve  une  confir- 
mation éclatante  dans  la  connexion  intime  qui 
existe  entre  l'art  dramatique  et  la  sculpture,  re- 
connue par  Winckelmann  et  plus  explicitement 
encore  par  Anselme  Feuerbach  à  propos  des  pro- 
ductions antiques. 

L'union  de  la  sculpture  et  de  la  peinture  forme 
le  sujet  très  intéressant  de  ladi.^:ième  partie.  Par 
sa  nature  la  sculpture  est  pragmatique,c'est-à-dire 
qu'elle  veut  représenter  des  actions  de  person- 
nages, et  non  pas  des  personnages  seulement.  Le 
principe  des  modernes  au  sujet  de  l'immobilité 
absolue  et  du  parfait  équilibre,est  encontradiction 
formelle  avec  l'Esthétique  grecque.  Le  mépris  du 
coloris  que  manifeste  l'Esthétique  moderne,  est 
condamné,  non  seulement  par  les  arts  du  moyen 
âge,  mais  encore  par  l'art  classique  antique 
(p.  556  ss.). 

Ces  trois  propositions  sont  prouvées  longue- 
ment,et  après  avoir  déterminé  le  caractère  essen- 
tiellement pragmatique  de  la  peinture  qui  se  sert 
de  figures  imparfaites  (p.  577  ss.),  l'auteur  discute, 
dans  le  troisième  chapitre,  quatre  propositions 
de  Lessing  et  de  l'Esthétique  moderne,  sur  la 
sculpture. 

Le  résultat  auquel  arrive  le  P.  Jungmann  mon-, 
tre  au  lecteur  que  cette  discussion  était  néces- 
saire. Lessing  prétend  que  le  but  propre  de  la 
sculpture  et  de  la  peinture  est  de  représenter  la 
beauté  corporelle.  Or,  le  P.  Jungmann  prouve 
d'une  part,  (jue  l'argument  dont  Lessing  se  sert  à 
priori  pour  prouver  ce  qu'il  avance,  pèche  contre 
la  logique,  et  d'autre  part,  qu'il  ne  peut  s'accorder 
avec  la  vérité.  Lessing  prétend  (jue  chez  les  an- 
ciens, la  beauté  cori)orclle  formait  le  sujet  princi- 
pal des  arts  plastiques. 

Le  P.  Jungmann,  par  contre,  montre  encore  que 
cette  preuve  est  insuffisante,  d'après  les  lois  de  la 
logique,  et  appuie  son  opinion  par  des  faits  tirés 
des  œuvres  de  Schnaasc,  Lubke,  R.  O.  iMuUer, 
Rio,  Brunn,  et  parmi  les  anciens,  de  Xénophon, 
Cicéron,  Dio  Chrysostome  et  de  l'Anthologie 
grecque.  Il  prouve  donc  que  les  anciens  eux- 
mêmes  reconnaissaient  au.v  arts  plastiques  un  but 
beaucoup  plus  noble  et  plus  élevé. 

Signalons  aussi  la  réfutation  de  cette  propo.'-.i- 
tion  de  l'Esthétique  moderne,  d'après  laquelle  la 


Ti3ibIiograpï)ie. 


105 


sculpture  doit  se  borner  à  représenter  des  figures 
isolées  spéciales.  En  s'occupant  des  doctrines  de 
Lessing,  le  P.  Jungmann  est  naturellement  amené 
à  faire  la  critique  de  son  fameux  ouvrage,  le 
<iLaocoon'^ .  Sans  doute  ce  livre  prouve  une  grande 
sagacité  d'esprit  et  renferme  beaucoup  de  ré- 
flexions vraies.  En  lisant  cependant  la  critique 
que  le  P.  Jungmann  fait  des  propositions  fonda- 
mentales mêmes  de  ce  livre,  on  a  de  la  peine  à 
s'expliquer  l'enthousiasme  sans  bornes  qui  l'ac- 
cueillit à  sa  naissance,  et  le  prestige  immense 
dont  il  jouit  encore  à  présent.  En  fait,  l'ouvrage 
de  Lessing  prêche  le  plus  pur  réalisme.  Le  système 
de  Lessing  sur  les  arts  plastiques  ne  vit  son  ac- 
complissement que  dans  les  rêves  de  Schiller  sur 
«  la  forme  divinisée  »  et  sur  «  la  beauté  archi- 
tectonique  de  l'homme  ».  Pour  Schiller,  l'idéal 
de  ce  genre  est  la  déesse  du  Gnide,  c'est-à-dire,  la 
statue  en  marbre  de  l'hétaïre  nue  de  Praxitèle. 
De  là,  aux  blasphèmes  de  l'esthétique  panthéiste 
(Vischer)  d'après  lesquels,  le  dieu,  c'est  à-dire, 
l'homme  idéal  doit  son  existence  à  la  sculpture 
(p.  623,  ss.),  il  n'y  avait  qu'un    pas. 

Le  quatrième  chapitre  de  cette  partie,  s'occupe 
des  arts  plastiques  au  point  de  vue  religieu.x.  Le 
cinquième,  de  la  sculpture  et  de  la  peinture 
comme  arts  civils  et  hédoniques.  C'est  dans  le 
perfectionnement  des  degrés  inférieurs  de  la  pein- 
ture (genre,  nature  morte,  représentation  d'ani- 
maux, paysage)  et  dans  l'intérêt  qu'on  leur  porte, 
que  le  P.  Jungmann  aperçoit  avec  beaucoup  de 
raison  et  en  môme  temps  que  Sulzer.de  Lamen- 
nais et  F.  V.  Schlegel, la  décadence  de  la  peinture 
proprement  dite  (historique)  et  la  prédominance 
du  réalisme.  L'auteur  prouve  ensuite  d'une  façon 
aussi  originale  que  sérieuse,  qu'au  point  de  vue 
esthétique,  on  ne  peut  tolérer  la  nudité  dans  les 
arts  civils  ou  hédoniques. 

Nous  ne  nous  étendrons  pas  longuement  sur 
la  onzième  partie  qui  traite  de  l'éloquence,  ni  sur 
la  douzième  qui  traite  de  la  poésie,  ces  deux  sujets 
ne  rentrant  pas  dans  le  cadre  de  notre  revue. 

L'auteur  lui-même  traite  brièvement  de  l'élo- 
quence parce  qu'il  a  publié  séparément,  il  y  a  six 
ans,  une  théorie  de  l'éloquence  au  point  de  vue 
scientifique,  où  sont  exposés  les  principes  concer- 
nant l'Esthétique. Bornons-nous  à  dire  quel'auteur 
complète  la  définition  de  l'éloquence  telle  qu'elle 
était  en  usage  à  Rome  au  temps  de  Cicéron. 
Celle-ci  vaut  beaucoup  mieux  cependant  que 
toutes  celles  qui  ont  été  proposées  depuis.notam- 
ment  par  des  auteurs  français. 

Quanta  la  poésie,  l'auteur  détermine  sa  tâche 
propre  qui  consiste,  moyennant  la  parole, à  provo- 
quer des  sentiments  moralement  permis.  La 
poésie  est  ainsi  séparée  des  autres  arts  oratoires, 
et  qualifiée  d'après  son  essence  propre.  L'auteur 
attire  avec  beaucoup  de  raison  notre  attention  sur 


la  valeur  du  trésor  que  constituent  les  productions 
de  la  poésie  religieuse,  surtout  des  anciennes  poé- 
sies latines.  Mone  a  raison  en  lui  appliquant  prin- 
cipalement, au  point  de  vue  de  ses  rapports  avec 
la  musique,  les  paroles  qu'Ignace  le  ^lartyr  pro- 
nonçait au  sujet  du  christianisme  :  «  Elle  mérite 
toute  considération,  elle  possède  quelque  chose 
d'admirablement  grand.  »  En  effet,  malgré  sa 
métrique  ingénieuse,  la  poésie  antique  est  de 
beaucoup  surpassée  par  la  poésie  religieuse. 

De  même  que  dans  les  autres  parties,  nous  re- 
marquons dans  la  quinzième,  qui  traite  de  la  mu- 
sique,  une   remarquable  solidité   psychologique. 

La  musique  impressionne  physiologiquement 
le  jugement  sensible  (p.  782).  L'art  de  la  musique 
consiste  à  rehausser  les  créations  de  la  poésie  par 
la  mélodie  (p  782).  Cette  définition  nous  paraît 
neuve  également.  L'antiquité  ne  connaissait  pas, 
comme  notre  temps,  la  séparation  de  la  musique 
et  de  la  poésie;elle  considérait  comme  un  seul  art 
les  productions  delà  poésie  unies  à  la  mélodie, et 
c'est  ce  qu'elle  appelait  la  musique.  D'après  elle 
l'effet  et  le  but  de  la  musique  était  de  provoquer 
et  d'exprimer  des  sentiments  déterminés.  Cette 
manière  de  voir  a  été  modifiée  depuis  Bach  et 
Hàndel,  et  actuellement  la  poésie  est  regardée 
comme  un  art  propre  ;  de  même  en  est-il  de  la 
musique,  quoique  prise  dans  un  sens  plus  restreint. 
La  science  ne  s'est  pas  préoccupée  de  ce  change- 
ment essentiel  dans  la  manière  de  l'interprétation, 
elle  a  continué  à  attribuer  à  la  musique  (quoi- 
qu'elle ne  comprît  sous  ce  nom  autre  chose  que 
l'art,  qui  exclusivement  livre  l'élément  tonique, 
c'est-à-dire  la  mélodie)  la  même  activité  et  la 
même  disposition  qu'on  lui  donnait  dans  le  temps, 
alors  qu'on  l'entendait  dans  le  sens  de  la  liaison 
de  l'élément  tonique  avec  le  te.xte.  C'est  là  l'er- 
reur contre  laquelle  s'élève  Ed.  Hauslick,  et  avec 
raison  (Du  beau  musical).  Le  P.  Jungmann  est 
tout  à  fait  de  cet  avis,  et  son  opinion  est  la 
même:  la  musique  seule  est  incapable  d'inter- 
préter ou  d'occasionner  des  sentiments  détermi- 
nés (p.  846  ss.). 

Il  y  a  cependant  entre  eu.x  un  point  de  désac- 
cord; Hauslick  prétend  que  la  musique  instru- 
mentale est  la  musique  prise  dans  le  sens  propre. 
Le  P.  Jungmann  par  contre,  prouve,  et  cela  du 
témoignage  même  de  Hauslick,  que  la  musique 
instrumentale  proprement  dite,  ne  peut  être  com- 
ptée au  nombre  des  beaux  arts  (p. 852  ss.). 

Les  chapitres  traitant  du  champ  liturgique  et 
de  la  musique  «pseudo-liturgique»,  contiennent 
la  preuve  certaine,  que  tous  les  chrétiens  pieux 
doivent  préférer  le  chant  grégorien  pour  les  céré- 
monies liturgiques,  au  chant  en  mesure  (Benoit 
XI  V)._  Le  chant  polyphone  compris  dans  le  sens 
de  l'Ecole  romaine  a  obtenu  l'approbation  de 
l'Eglise,  c'est  pourquoi  il  est  parfaitement  toléré. 


i^^'  LniiAisoN. 


io6 


ïReiJue   De    l'art   c&rctien. 


11  résulte  de  ce  que  nous  venons  de  dire,  que 
les  messes  incomparables  de  Ha}'dn  et  de  Mo- 
zart sont  tout  à  fait  contraires  à  la  manière  de 
voir  de  Grégoire  le  Grand.  L'erreur  doit  nécessai- 
rement se  trouver  quelque  part;  ou  bien,  Am- 
broise,  Grégoire  et  tous  les  papes,  qui  après  lui 
ont  recommandé  et  même  ordonné  ces  mélodies, 
n'ont  pas  compris  l'essence  de  la  piété  et  des  sen- 
timents religieux,  ou  bien  les  compositeurs  pro- 
fanes des  deux  derniers  siècles  se  sont  trompés 
(p.  838  ss.). 

Entre  ces  deux  suppositions  le  choix  n'est  pas 
difficile  à  faire. 

L'auteur  étudie  ensuite  la  musique  comme  art 
profane  et  sa  manière  de  voir  sera  certainement 
l'objet  de  contestations.  Nous  ne  pensons  pas 
toutefois  qu'il  ait  à  s'en  inquiéter,  en  supposant, 
qu'on  discute  au  point  de  vue  de  la  science  et  du 
raisonnement. 

L'opéra,  la  fiction,  tels  qu'on  les  comprenait  au 
XVI I*=  siècle,  si  fécond  en  monstruosités,  sont 
condamnés  comme  une  absurdité  (p.  811  ss.). 
Cette  conséquence  découle  avant  tout  de  la  doc- 
trine enseignée  par  l'auteur  dans  la  troisième 
partie,  à  savoir  que  l'art  dramatique  ne  représente 
pas  un  sujet  au  moyen  de  paroles,  comme  c'est  le 
cas  dans  la  poésie,  mais  qu'il  imite  l'action,  c'est- 
à-dire,  qu'il  emploie  des  personnages  fictifs;  or, 
entre  les  personnages  fictifs  et  l'élément  musical, 
l'accord  naturel  est  difficile  ;  par  contre,  l'union 
de  cet  élément  musical  avec  la  parole,  est  parfai- 
tement naturelle  pour  l'e.xposition  de  la  poésie. 
La  conséquence  de  cette  manière  de  voir  trouve 
sa  confirmation  dans  les  opinions  de  Schopen- 
hauer,  Sulzer,  Alparotti,  Riehl  et  surtout  dans 
deux  témoignages,  dont  l'un  appartient  à  Richard 
Wagner  et  l'autre  à  Ed.  Hauslick. 

Dans  la  quatorzième  partie,  l'auteur  s'occupe 
de  deu.x  questions  bien  intéressantes:  <Kdugoût  » 
et  «  de  la  cause  de  la  grande  diversité  des  juge- 
ments esthétiques  ».  Ici  encore,  la  plupart  des 
preuves  sont  tirées  de  Platon,  Aristote,  Cicéron 
et  saint  Thomas  d'Aquin. 

—  L'Esthétique  constitue  une  des  sciences 
les  plus  difficiles;  il  est  donc  nécessaire  que  dans 
un  ouvrage  traitant  de  cette  science  et  en  traitant 
sérieusement  se  trouvent  quelques  chapitres,  qui, 
pour  bien  être  compris,  demandent  des  con- 
naissances philosophiques  assez  peu  communes 
de  nos  jours.  De  ce  nombre  est  la  seconde 
partie,  où  il  est  question  de  la  bonté,  de  l'amour 
et  de  la  jouissance  (p.  52-96)  ;  ce  sont  des  con- 
naissances, dont  Schiller  même  a  reconnu  la 
nécessité  pour  ceux  qui  veulent  étudier  l'Es- 
thétitjue. 

Cependant  le  P.  Jungmann  a  réussi  à  rendre  la 
majeure  partie  de  son  livre  compréiiensible  pour 
tout  homme  instruit,  plus   compréhensible  cer- 


tainement que  les  productions  abstruses  de 
l'Esthétique  formaliste  et  panthéiste. 

Il  a  réussi  en  outre,  à  en  rendre  la  lecture  at- 
trayante, chose  rare  pour  les  œuvres  traitant  de 
sujets  aussi  philosophiques,  grâce  au  grand  nom- 
bre de  témoignages  invoqués  et  pour  ainsi  dire 
tissés  dans  l'exposition,  au.x  passages  non  moins 
nombreux  des  poètes  les  plus  célèbres  des  temps 
anciens  et  modernes,  aux  traits  tirés  de  l'histoire 
des  beaux-arts.  Celui  qui  veut,  sans  se  vouer  spé- 
cialement à  l'étude  de  l'Esthétique,  connaître  ce- 
pendant les  différents  sj^stèmes  qui  se  sont  suc- 
cédé, en  avoir  une  idée  exacte  et  pouvoir  appré- 
cier leur  valeur,  peut  se  borner  à  lire  le  livre  du  P. 
Jungmann. 

L'analyse  qui  précède  suffira  pour  que  nos  lec- 
teurs puissent  se  faire  une  idée  de  l'importance 
de  l'ouvrage  du  P.  Jungmann  au  point  de  vue  de 
l'art  chrétien.  Les  grandes  questions  du  réalisme 
dans  l'art,  du  nu  dans  la  statuaire  et  la  peinture, 
de  la  supériorité  de  l'architecture  gotliique  au 
point  de  vue  religieux,  de  la  convenance  de  cette 
même  architecture  aux  besoins  de  la  vie  civile,  y 
sont  discutées  et  résolues. 

Nous  aurions  bien  quelques  réserves  à  faire  non 
pas  sur  les  conclusions  auxquelles  l'auteur  arrive, 
mais surles  méthodesdedémonstrationemployées 
parfois.  Ainsi,  nous  croyons  qu'il  y  a  moyen  de 
démontrer  avec  plus  de  rigueur  la  supériorité  du 
style  gothique  sur  tous  les  autres  styles,  pour  nos 
contrées.  Nous  ne  pouvons  pas  admettre  non  plus 
que  la  cathédrale  de  Cologne,  prise  dans  son  en- 
semble, soit  le  chef-d'œuvre  de  l'architecture  ogi- 
vale et  surpasse  tous  les  autres  monuments 
(page  497). 

Peut-être  l'auteur  aurait-il  pu  choisir  comme 
type  d'hôtel  de  ville  un  meilleur  exemple  que  ce- 
lui de  Munster. 

Mais  ce  sont  là  des  critiques  de  détail,  nous 
n'aimons  pas  les  comptes-rendus  qui  ne  renfer- 
ment que  des  éloges,  et  elles  ne  nous  empêchent 
en  aucune  face  de  reconnaître  la  valeur  absolu- 
ment supérieure  de  l'ouvrage  du  P.  Jungmann  et 
de  le  recommander  vivement  à  nos  lecteurs. 

Nous  nous  réjouissons  de  posséder  enfin  un 
ouvrage  complet  d'Esthétique,  capable  de  rendre 
service  aux  catholiques. 

Le  P.  Jungmann  a  dédié  son  livre  à  Auguste 
Reichcnsperger,  le  membre  bien  connu  du  centre 
au  Reichstag  allemand,  qui  a  tant  fait  pour 
l'achèvement  du  ilôme  de  Cologne  et  qui,  depuis 
des  années,  travaille  avec  un  zèle  que  l'âge  ne  di- 
minue pas  à  la  restauration  des  vrais  principes 
artistiques. 

Quant  à  l'exécution  typographique,  la  nouvelle 
édition  est  bien  supérieure  à  la  première  et  fait 
honneur  à  la  librairie  Ilerdcr  de  h'ribourg  qui  en 
est  à  la  fois  l'imprimeur  et  l'éditeur. 


ns 


BiùUograpfjic. 


107 


Le  texte  est  enrichi  de  neuf  illustrations,  parmi 
lesquelles  nous  citerons  pour  la  perfection  la  pho- 
totypie  de  la  Sainte  Cène  de  Léonard  de  Vinci,  et 
pour  la  nouveauté  la  Vierge,  peu  connue  et  fort 
remarquable,  de  la  bannière  de  Strasbourg.  Il 
nous  reste  à  exprimer  un  vœu:  celui  devoir  pu- 
blier le  plus  tôt  possible  une  traduction  française 
de  l'ouvrage  du  P.  Jungmann.  Nous  sommes 
convaincu  qu'elle  trouverait  un  grand  nombre 
de  lecteurs  et  aurait  une  influence  considérable 
sur  les  progrès  de  l'art  chrétien.  X. 


COLLKCTION  DKS  DÉCRKTS  AUTHEN- 
TIQUES DE  LA  SACRÉE  CONGRÉGATION  DES 
RITES,  par  Ms""  X.  Barbier  de  Montault,  prélat  de  la 
Maison  de  Sa  -Sainteté.  Huit  volumes  de  500  pp., 
renfermant  plus  de  sept  mille  décisions,  depuis  la 
fondation  de  la  Congrégation  des  Rites  par  le  pape 
Sixte-Quint,  en  15S7,  jusqu'à  l'année  1870.  —  Prix 
net,  franco  24  fr. 

L'importance  du  recueil  complet  des  décrets 
authentiques  de  la  Sacrée  Congrégation  des 
Rites,  augmente,  à  raison  du  retour  générai  à  la 
liturgie  romaine  et  des  études  auxquelles  se  livre 
le  clergé  pour  que  les  cérémonies  du  culte  soient 
accomplies  dans  l'ordre  légitime  et  canonique. 

Pendant  plus  de  deux  siècles,  on  n'eut  pas 
d'édition  authentique  des  décrets  de  la  Congré- 
gation des  Rites  ;  on  ne  les  connaissait  que  par 
les  citations  qu'en  faisaient  les  écrivains  qui 
étaient  en  position  d'être  exactement  informés  ; 
ainsi,  Gavantus,  Merati,  Cavaliéri,  Benoit  XIV, 
et  autres  qui  habitaient  Rome. 

En  1808,  le  cardinal  de  la  Somaglia,  préfet  de 
la  Sacrée  Congrégation,  fit  entreprendre  l'édition 
authentique  connue  sous  le  nom  de  Gardellini, 
qui  surveilla  l'impression.  L'édition  a  été  con- 
tinuée, et  plusieurs  volumes  ont  été  ajoutés  à 
l'reuvre  primitive. 

Cette  édition  est-elle  complète  ?  Il  faut  se 
garder  de  le  penser.  En  effet,  des  décrets  soit 
anciens,  soit  modernes,  se  retrouvent  en  original 
ou  en  copie  authentique,  dans  les  bibliothèques 
et  les  archives,  aussi  bien  que  dans  les  livres  et 
revues  qui  traitent  de  matières  ecclésiastiques. 

En  1863  et  1865,  trois  mille  décrets  qui  ne 
sont  pas  dans  Gardellini.  ont  été  publiés  dans 
les  Analecta  jiiris pontifiai,  d'après  les  registres 
authentiques  de  la  Sacrée  Congrégation  des  Rites. 

Réunir  en  un  seul  corps  ces  éléments  dispersés, 
tel  a  été  le  but  de  cette  collection  nouvelle,  qui 
a  le  mérite  de  grouper  et  de  coordonner  toutes 
les  décisions  qui   ont  paru  jusqu'à  ce  jour. 

Les  décrets  se  succèdent  suivant  l'ordre  chro- 
nologique. La  première  édition  de  Gardellini 
commençait  à  l'an  1600;  on  ne  savait  rien  des 
actes    de    la    Sacrée  Congrégation    tlurant    les 


treize  premières  années  de  son  existence.  Gar- 
dellini retrouva  plus  tard  les  anciens  décrets, 
qu'il  croyait  perdus  sans  remède  ;  il  les  publia 
à  la  fin  de  son  cinquième  volume.  L'édition 
nouvelle  les  a  reportés  à  leur  véritable  place, 
dans  l'ordre  chronologique.  L'éditeur  a  agi  de  la 
même  manière  par  rapport  aux  trois  mille 
décrets  nouv'eaux  que  \c?,  Analectajuris pontificii 
ont  fait  connaître. 

Chaque  décret,  dans  cette  édition,  porte  en 
titre  un  sommaire  en  français  et  le  nom  en  latin 
du  diocèse  pour  lequel  il  a  été  rendu.  Vient 
ensuite  le  texte  même  du  décret,  dans  son 
intégrité.  On  a  traduit  en  français  les  suppliques 
qui  étaient  en  langue  italienne,  en  sorte  que  les 
lecteurs  français  ne  perdront  rien  de  la  précieuse  . 
collection.  Les  décisions  de  la  Sacrée  Congré- 
gation sont  toujours  rédigées  en  latin,  sauf  de 
rares  exceptions. 

Les  décrets  publiés  dans  ce  recueil  ont  trait 
à  la  célébration  du  saint  sacrifice  de  la  messe, 
à  la  célébration  des  offices  divins,  aux  cérémo- 
nies solennelles  ou  particulières,  à  l'interpréta- 
tion des  rubriques  générales,  à  l'administration 
des  sacrements,  à  la  répression  des  innovations, 
des  usages  blâmables  et  des  abus. 

On  y  trouve  aussi  tout  ce  qui  concerne  la 
correction  et  la  pureté  du  texte  des  livres  litur- 
giques, qui  sont  :  le  bréviaire,  le  missel,  le  mar- 
tyrologe, le  pontifical,  le  cérémonial  et  le 
rituel.  On  y  remarque  également  l'approbation 
des  offices,  des  hymnes  et  autres  prières  spéciales. 

Les  huit  volumes  renferment  plus  de  sept 
mille  décisions,  comme  il  a  été  dit  plus  haut. 
On  se  perdrait  dans  ce  labyrinthe  si  l'on  n'y 
était  guidé  par  un  fil  conducteur.  Non  seulement, 
chacun  des  huit  volumes  est  orné  de  sa  table 
particulière,  disposée  dans  l'ordre  alphabétique, 
de  manière  à  rendre  les  recherches  promptes 
et  faciles  ;  mais  l'éditeur  a  placé  à  la  fin  du 
dernier  volume  une  table  générale  des  matière-; 
de  toute  la  collection.  Une  troisième  table  fait 
connaître  par  ordre  alphabétique  les  diocèses 
qui  ont  consulté  la  Congrégation  et  donné  occa- 
sion  aux  décisions. 

Cette  édition  a  été  etitrcprise,  coordonnée  et 
achevée  sous  la  surveillance  de  Mgr  Karbier  de 
Montault,  prélat  domestique  du  Saint  Père.  Son 
Émincnce  le  cardinal  Donnet  voulut  bien  accep- 
ter la  dédicace. 

L.  Ch.-\illot. 


LES  ARTS  A  LA  COUR  D'AVIGNON  SOUS  CLÉ- 
MENT V  ET  JEAN  XXII,  par  M.WRicE  F.^ucon. 
—  In-S'"  de  124  PI),  avec  2  pi. —  Paris-Thorin  18S4.  — 
Extrait  des  Alclanges  d'Art/i(flh\i:;ie  et  d' Histoire.  (Ecole 
rran(5aise  à  Rome.) 


io8 


iReuuc   De   rart  cbrcticn. 


MM.  Faucon,  en  dépouillant  les  registres 
des  comptes  du  trésor  pontifical  conser- 
vés aux  archives  secrètes  du  Vatican,  a  pu  en  ex- 
traire les  matériaux  d'une  étude  pleine  d'intérêt, 
sur  les  arts  à  la  cour  des  papes  d'Avignon,  et  sur 
la  vie  privée  de  Clément  V  etde  Jean  XXII.  A  ce 
double  point  de  vue,  le  travail  que  nous  signalons 
abonde  en  données  nouvelles.  Les  noms  d'artistes 
sont  très  nombreux  dans  ses  extraits  de  comptes. 

Quand  Clément  Vchoisit.en  i309,Avignonpour 
résidence, ilnesemble  pas  avoirpenséàrendrecettc 
résidence  définitive;  il  ne  prévit  pas  que  ses  suc- 
cesseurs fixeraient  leur  cour  sur  les  bords  du 
Rhône.  Aussi,  point  d'édifices  nouveaux,  pas  d'ar- 
chitectes ni  de  peintres  pour  les  décorer.  Un 
orfèvre  siennois,  maître  Tauro,  suffit  à  ses  besoins 
et  à  ses  libéralités. 

A  l'avènement  de  Jean  XXII,  les  choses  chan- 
gent de  face.  Le  palais  est  agrandi,  les  princi- 
pales églises,  Notre- Dame-de-Domps,  Saint- 
Étienne,  Sainte-Madeleine,  les  Carmes,  sont  répa- 
rées, agrandies  et  couvertes  de  peintures, et  Notre- 
Dame  du  Miracle  est  tout  entière  érigée  par  les 
soins  du  Pape:  sa  munificence  s'étend  même  sur 
les  églises  et  monastères  des  environs.  Son  neveu 
Armand  de  Nice  élève  le  Petit  Palais. 

Alors  se  forme  une  école  locale  d'artistes,  et  à 
leur  tète  Guillaume  Cucuron,  qui,  de  1316a  1322, 
dirige  comme  architecte,  les  nombreux  travaux 
dus  à  l'initiative  du  pape.  A  côté  de  lui  se  place 
Pierre  de  Gauriac,  et  au-dessous,  Pierre  Aude- 
bert,  Mezier,  Escudier,  Rostaing  de  Morières, 
Guillaume  d'Aramon,  Béranger  Bermont,  Ray- 
naud  Ebrard,  etc. 

Les  architectes  appellent  les  peintres.  Le  prin- 
cipal est  le  frère  Pierre  du  Puy  (13 17-1327)  qui 
dirige  une  légion  d'artistes.  Il  a  pour  seconds 
Pierre  Gaudrac  et  Carmellagne,  et  pour  disciples 
distingués,  Pierre  Massonier  et  l'anglais  Thomas 
Daristot.Ces  artistes  peignaient  des  retables  et  des 
tableau.K  d'église  en  même  temps  qu'ils  exécu- 
taient des  décorations  murales;  et  autour  de  ces 
maîtres  se  presse  une  foule  d'ouvriers  presque  tous 
français.  L'art  italien,  qu'on  avait  cru  longtemps 
importé  à  Avignon  par  Giotto  lui-même,  n'y  eut 
en  réalité  de  représentants  que  sous  Clément  VI, 
à  la  venue  de  Simone  Martini,  précurseur  d'un 
groupe  d'artistes  toscans  ou  ombriens.  L'in- 
fluence ultramontaine  s'accuse  seulement,dès  l'ori- 
gine, dans  le  domaine  de  l'orfèvrerie.  Sous  les 
auspices  de  l'argentier  de  Clément  V,  maître 
Tauro  forma  toute  une  colonie  siennoise. 

Telles  sont,  en  résumé,  les  conclusions  de  cette 
étude  consciencieuse,  que  ne  peut  ignorer  celui 
qui  s'intéresse  de  près  à  l'histoire  de  notre  art 
national. 


LKS  SYMBOLES  DE  LA  SAINTE  TRINITÉ. 
ÉTUDE  ARCHÉOLOGIQUE  par  Eug.  Van  Robays, 
de  la  comp.  de  Jésus.  (Extrait  des  Précis  historiques.) 
—  In-S°  de  48  pp.  —  2  pi.  lith. —  Bru.xelles,  Vromant, 
1876.  ■ — •  2,00  fr. 

Le  R.  P.  Van  Robays  a  rendu  service  aux  ama- 
teurs d'archéologie  religieuse  et  surtout  aux  artis- 
tes, en  résumant,  avec  une  précision  méthodique, 
qui  n'exclut  pas  un  style  élégant,  un  important 
chapitre  de  l'iconographie  chrétienne.  Cette 
science  d'une  utilité  si  pratique  devrait  être 
enseignée  dans  toutes  les  écoles  d'art  et  de  dessin  ; 
on  devrait  en  écrire  un  petit  traité  à  mettre  entre 
les  mains  des  collégiens  à  la  place  du  diction- 
naire de  mythologie.  Ce  traité  n'est  pas  fait.  Les 
Didron,  les  Crosnier,  les  Cahier,  et,  de  nos  jours, 
des  archéologues, parmi  lesquelssedistingue  notre 
collaborateur,  M.  le  C"=  Grimouard  de  St-Laurent, 
en  ont  préparé  les  matériaux.  Mais  on  trouve  peu 
d'écrits  qui  mettent,  comme  la  brochure  que  nous 
signalons,  ces  connaissances  à  la  portée  de  ceux 
qui  pratiquent  la  peinture,  la  sculpture  et  l'ima- 
gerie. 

L.   C. 


LE   RELIQUAIRE  DE  L'EGLISE  D'AUGNAT(en 

Auvergne),  par  M,  l'abbé  GuÉLON,  curé  de  la  Salvetat.  — 
Clermont-Ferrand,  Thibaud,  lib.  1S83,  in-8°. 

On  lit  dans  la  Revue  Lyonnaise  : 

Les  anciens  émaux  sont  devenus  des  plus  rares.  Con- 
servés jadis  dans  les  trésors  de  nos  églises  où  les  avaient 
apportés  les  pieux  pèlerins  qui  allaient  visiter  les  Lieux- 
Saints  et  les  chevaliers  des  croisades,  ces  objets  d'art  ont 
péri  poui  la  plupart  dans  nos  guerres  de  religion  ou  ont 
été  brisés  par  la  Révolution.  C'est  donc  aujourd'hui  une 
véritable  bonne  fortune  pour  les  amis  des  arts  c|uand  ils 
peuvent  en  rencontrer  un,  qui  a  survécu  au  naufrage  de 
tant  de  monuments  si  précieux.  Au  nombre  des  chercheurs 
heureux  est  I\L  l'abbé  Guélon,  un  archéologue  distingué, 
curé  d'une  paroisse  dans  les  montagnes  de  l'Auvergne,  où 
se  dresse  encore  l'un  de  ces  admirables  châteaux-forts 
élevés  par  les  Templiers  dans  leurs  commanderies.  Dans 
l'antique  église  de  cette  humble  bourgade  se  rencontre 
même  encore  une  statue  en  cuivre  repoussé  très  ancienne, 
et  dont  de  riches  amateurs  offrent  des  sommes  considéra- 
bles, mais  la  fabrique  a  raison  de  refuser.  'SI.  l'abbé  Gué- 
lon n'a  pu  manquer  de  donner  une  description  de  cette 
statue  en  même  temps  qu'il  écrivait  d'une  façon  si  intéres- 
sante la  monographie  de  sa  localité. 

Le  reliquaire  qui  fait  l'objet  de  sa  nouvelle  publication 
existe  dans  l'église  d'Augnat  (Puy-de-Dôme);  il  a  la  forme 
d'une  maison  dont  le  toit,  à  double  pente,  est  couronné 
par  une  galerie  ajourée.  Sa  hauteur  est  de  quinze  centimè- 
tres, sa  largeur  de  seize.  Son  ossature  est  recouverte  de 
huit  planches  en  cuivre  rouge  doré  de  deux  à  trois  milli- 
mètres d'épai-seur,  creusées  au  burin  et  émaillées  par  pla- 
ces. Vu  à  distance,  tout  ce  coffret  ressemble  ù  une  mosaï- 
que ;  malheureusement  il  manque  quelques  parties  de  son 
ornementation  primitive.  Mais  on  y  voit  encore  sur  un  fond 
bleu  semé  de  fleurons,  trois  cavaliers  couronnés  dont  la 
tête  est  repoussée  et  eu  relief  sur  la  plaque  ;  on  peut  y 
reconnaître  l'arrivée  des  rois  Mages  à  Bethléem  ;  la  plaque 
correspondante  devait  représenter  W-ldoralion.  Sur  les 
petites  faces  sont  les  images  de  sainte  Madeleine  et  de 


TJ5i&liograpf)i  c. 


109 


sainte  Marthe.  Tout  dans  cet  objet  d'art  rappelle  les  œuvres 
byzantines  de  la  fin  du  onzième  ou  des  premières  années 
du  douzième  siècle  que  possèdent  encore  les  églises  d'Albi, 
de  la  Guêne  dans  la  Corrèze,  de  Saint-Aurélien  à  Limoges 
et  d'autres  localités  du  Limousin. 

Ce  reliquaire  caché  dans  la  poussière  d'une  sacristie 
était  pour  ainsi  dire  inconnu.  On  ne  peut  donc  que  savoir 
gré  à  M.  l'abbé  Guélon  de  lui  avoir  consacré  une  notice 
spéciale  et  de  l'avoir  représenté  sur  deux  planches  jointes 
à  son  intéressante  étude. 


M.  Jacques  de  Falke  vient  de  publier  à  Stutt- 
gart (VV.  Spemann),  un  livre  d'un  très  grand 
intérêt  :  c'est  V Esthétique  des  industries  d'art, 
véritable  guide  et  conseiller  pour  les  collection- 
neurs des  musées,  les  professeurs,  etc.  M.  Falke 
est  déjà  l'auteur  de  deux  ouvrages  très  estimés 
en  Allemagne  et  Autriche.  Ce  sont  :  l'Art  dans 
la  Maison  {Knnst  un  Hause)  et  l' Histoire  du 
goût  moderne  (Geschichte  des  modernen  Gesch- 
inackes). 


M.  Louis  Fagan,  l'un  des  conservateurs  du 
Cabinet  des  Estampes  au  British  Muséum,  dans 
son  ouvrage  intitulé  Collectors  Marks,  est  parvenu 
à  réunir  non  moins  de  688  chiffres,  monogram- 
mes, écussons,  devises  et  autres  signes  gravés  et 
à  les  classer  de  manière  à  faciliter  les  recherches 
aux  intéressés. 


Bcrioïiiqtie0. 

LE  RÈGNK  DE  JÉSUS-CHRIST    ('). 

(Revue  illustrée  du  Musce  et  de  la  Bibliothique  eucharisti- 
ques de  Paray-le-RIonial). 

Sommaire  du  n°  de  juillet  i  884. 

Texte.  I.  L! œuvre  :  Une  première  année  (suite),  le 
Secrétaire  de  la  rédaction.  —  IL  Symbolisme  dans  les 
vitraux  de  Saint-Etienne  du  Mont,  K.  P.  Fristot,  -S.  J.  — 
m.  Le  comte  de  Chambord,  un  témoin.  —  IV.  Le 
Miracle  de  Bolsène,  M'^'"  X.  Barbier  de  Montault.  — 
V.  Monuments  de  l'Eucharistie,  A.  F.  —  E.  de  L.  —  A.  S. 

—  VI.  L'art  chrétien  et  l'Eucharistie,  M.  Grimouard  de 
S'  Laurent.  —  VII.  Catalogue  du  Musée  eucharistique  de 
Paray-le-Monial.  —  VIII.  Adresse  des  catholiques  français 
à  l'Equateur. 

Illustrations.  Brique  de  Kassrin,  similigravure  Petit. 

—  Messe  de  Caravaca,  héliogravure  Dujardin.  —  Bijoux 
chrétiens,  phototypie  Quinsac.  —  Les  Evangélistes, 
phototypie  Braun. 

Sommaire  du  n°  d'octobre. 

Texte.  I.  L'œuvre  :  Les  etïluves  du  divin  Cœur,  E.  de 
L.  —  IL   Le  premier  miracle   eucharistique  :   Emmaiis 

I.  Lepii-xest  de  10  frs.  pour  la  France  et  de  12  frs.  pour  l'étran- 
ger, payés  d'avance. 


R.  P.  Fristot,  S.  J.  —  III.  Le  reliquaire  du  saint  corporal 
d'Orvieto,  M»-''^  X.  Barbier  de  iMontault.  —  IV.  Monuments 
de  l'Eucharistie,  l'abbé  Chabeau,  E.  de  L.  —  A.  de  S.  — 
V.  L'art  chrétien  et  l'Eucharistie  (IV"=  article)  M.  Gri- 
mouard de  St-Laurent.  —  VI.  Catalogue  du  Musée 
Eucharistique,  A.  de  S.  —  VII.  Les  nouvelles  du  Règne, 
le  Secrétariat.  —  VIII.  Index  synthétique  des  deux  pre- 
mières années  de  la  Revue,  E.  de  L.  —  IX.  Table  des 
articles  de  l'année  1884. 

Illustrations.  Châsse  du  Vigean  et  reliquaire  de 
Salins,  similigravure  Petit.  —  L'exposition  du  corporal 
d'Orvieto,  héliogravure  Dujardin.  —  Predella  au  Musée 
Borely,  phototypie  Quinsac.  —  Le  triomphe  des  docteurs, 
phototypie  Braun. 

CETTE  élégante  et  estimable  revue  eucha- 
ristique que  nous  recommandons  chaude- 
ment à  nos  lecteurs,  est  en  quelque  sorte  une 
publication  d'art  chrétien,  tant  il  est  vrai  que  la 
foi  et  l'art  sont  inséparables.  Chaque  livraison 
contient  un  ou  plusieurs  articles  pleins  d'intérêt 
pour  l'artiste  et  l'archéologue. 

Quelles  belles  et  savantes  pages  d'iconographie 
chrétienne  nous  donne  le  R.  P.  Fristot  dans  la 
livraison  de  Juillet  dernier  en  nous  expliquant  le 
thème  des  vitrau.x  de  la  chapelle  des  catéchismes 
à  Saint-Etienne  du  Mont.  On  sait  que  cette  église 
est  un  véritable  musée  de  peintures  sur  verre  du 
XVF'siècle,  où  l'on  a  rassemblédes  œuvres  remar- 
quables des  premiers  artistes  de  cette  époque,  tels 
que  Jean  Cousin,  Claude  Henriet,  Enguerrand 
Leprince,  Pinaigrier,  Nicolas  Lavasseur,  etc.. 
Quoique  d'origines  diverses,  ceux  dont  s'occupe 
le  R.  P.  Fristot  forment  dans  leur  ensemble  une 
magnifique  synthèse  qui  embrasse  l'histoire  de 
l'Eucharistie  tout  entière. 

Le  sens  symbolique  de  ces  œuvres  pleines  de 
science  théologique  est  expliqué  par  l'auteur 
avec  autorité,  à  l'aide  des  textes  sacrés,  en  quel- 
ques pages  qui  deviendront  classiques  dans  les 
futurs  traités  d'iconographie.  Ceux  qui  auront  lu 
le  commencement  de  ce  travail  que  contient  la 
livraison  de  Juillet  du  Règne,  seront  impatients 
d'en  voir  paraître  la  suite. 

Le  Règne  reproduit  en  phototypie  une  des 
fresques  d'Ygolin  de  Prête  {XW"  siècle),  à  la 
chapelle  du  Saint-Corporal  d'Orvieto.  Cette 
planche  a  pour  commentaire  un  article  sur  le 
Saint  Corporal.  Aidé  de  photographies,  de 
notes  prises  sur  place  par  M.  de  Sarachaga,  de 
documents  conservés  à  la  Bibliothèque  de  Paray- 
le-Monial,  et  de  divers  écrits.  Mgr  Barbier  de 
Montault,  qui  a  l'habitude  d'épuiser  les  sujets  qu'il 
aborde,  se  livre  à  une  enquête  minutieuse  sur  le 
miracle  dont  le  saint  corporal  fut  l'objet,  sur  les 
écrits  qui  en  ont  parlé,  et  les  reliques  qu'on  con- 
serve du  saint  Sang  répandu  sur  le  corporal  et  les 
pierres  de  l'autel  de  Bolsène.  A  son  tour  il  l'ana- 
lyse sous  les  différents  points  de  vue  de  la  liturgie. 


1  lO 


IReouc   De   l'art   cïjrctien. 


de  l'architecture,  de  l'iconographie,  de  l'émaillerie 
et  du  symbolisme. 

Signalons  encore  dans  le  même  numéro  une 
planche  reproduisant  divers  bijoux  chrétiens  du 
VI*^  siècle  (musée  du  Prado  à  Marseille).  Plusieurs 
Semaines  religieuses  ont  fait  naguère  une  excel- 
lente campagne  en  faveur  de  la  croix,  présentée 
avec  raison  comme  la  plus  belle  parure.  Les  bi- 
joux dont  il  s'agit  viennent  à  l'appui  de  cette 
propagande,  qui  n'a  du  reste  pas  été  sans  succès. 
Les  femmes  du  VL'  siècle  prêchent  d'exemple. 
Exhumés  de  la  poussière  et  de  la  cendre  de  leurs 
tombeaux,  ces  objets  en  apparence  frivoles, 
apportent  à  leur  postérité  lointaine  de  touchants 
enseignements.  Défuntes,  elles  parlent  à  leurs 
jeunes  sœurs  et  à  leurs  très  arrières  petites- 
filles. 

Nous  avons  en  outre  à  relever  une  note  sur  une 
brique  découverte  en  Tunisie,  dans  une  basilique 
du  111'=  siècle,  et  offrant  un  emblème  eucharis- 
tique ;  deux  paons  qui  se  désaltèrent  dans  un 
calice. 

Enfin,  une  nouvelle  planche,  de  tapisserie  de 
Rubens,  à  Madrid,  nous  offre  la  scène  du  triomphe 
des  Evangélistes. 

M.  le  comte  de  Grimouard  de  Saint-Laurent 
poursuit  son  étude  sur  l'esthétique.  Nous  ne  citons 
que  pour  mémoire  la  continuation  dtin  travail 
que  nous  aurons  plus  tard  à  examiner  dans  son 
ensemble  :  L Art  cliréticn  et  l' Eucharistie,  par  M. 
le  comte  de  Grimouard  de  Saint-Laurent. 

Sous  ce  titre  :  Le  premier  miracle  euchai-istiquc, 
le  R.  P.  Fristot  nous  donne  une  étude  sur  l'his- 
toire et  l'iconographie  du  miracle  d'Emmaiis. 

De  quelle  nature  était  la  cène  que  Notre-Sei- 
gneur  accomplit  avec  les  deux  disciples  d'Em- 
maiis? De  quelle  façon  se  manisfesta-t-il  à  eux 
dans  la  fraction  du  pain?  —  Renouvela-t-il  la 
cène  du  cénacle,  avec  la  consécration?  Laquelle 
des  bourgades  d'U'mouas,  El-Koubeileh  et  Ko- 
louneih,  eut  le  privilège  d'être  témoin  de  l'évé- 
nement. Telles  sont  les  questions  que  l'éminent 
écrivain  étudie  à  l'aide  du  texte  de  saint  Luc,  des 
témoignages  anciens,  de  l'exégèse  du  récit  évan- 
gélique,  et  de  données  archéologiques.  La  ques- 
tion iconographique  qu'il  envisage  dans  son  livre 
nous  intéresse  particulièrement,  non  seulement  à 
cause  du  grand  nombre  d'œuvres  remarquables 
que  cet  épisode  évangélique  a  inspirées  aux  diffé- 
rentes branches  de  l'art,  mais  par  suite  de  l'écla- 
tante confirmation  que  l'interprétation  tradition- 
nelle reçoit  de  la  façon  dont  les  maîtres  de  di- 
verses écoles  ont  rendu  Vagnoverunt  eu  m  infrac- 
tione  panis.  La  plus  ancienne  représentation  du 
mystère  d'Emmaiis  connue  remonte  au  111'= 
siècle  (vue  du  musée  Kircher  à  Rome).  La  scène 
la  plus  comrrumément  reproduite,  était  celle  du 


repas,  la  même  qui  est  représentée  dans  la  jolie 
image  éditée  par  la  maison  de  Saint-Jean  l'Evan- 
géliste,  à  Tournai,  que  nous  reproduisons  ici. 


La  première  des  planches  de  la  livrai- 
son d'octobre  représente  deux  scènes  extraites 
d'une  châsse  en  cuivre  doré  et  émaiUé,  celle  de 
Saint-Pantaléon,  à  Salin  (Cantal)  ;  le  sujet  est 
le  martyre  de  sainte  Procule.  Une  des  fresques 
d'Ugolin  de  Prêle  à  la  chapelle  du  Saint-Corpo- 
ral  d'Orvieto,  celle  qui  représente  l'e.xposition  du 
saint  Corporal  et  de  l'Hostie  (belle  phototypie), 
un  socle  de  tabernacle  du  musée  Borely  à  Mar- 
seille (XVI"=  siècle),  et  un  nouveau  panneau  de 
tapisserie  de  Rubens  à  Madrid,  (le  triomphe  des 
Docteurs)  tels  sont  les  sujets  des  trois  autres. 


REVUK   LYONNAISE. 

Sommaire  du  n"  kl;  mai  1S84. 

Un  réformateur  au  dix-septiime  siècle,   par  E.  Char- 
VÉRIAT.   —    Trois    mois  à    Venise  (suite  et  fin),    par 

AMliROISE  Tardieu.  —  Les  Sculpteurs  de  Lyon  du 
XIV"  au  X 1 7/1'  siècle  (suite  et  fin),  par  N  ArALis  Rondot. 

—  Un  déjeuner  à  Antilies,  par  FRANÇOIS  COLLET.  — 
Les  trésors  des  églises  de  Lyon  (suite),  par  LÉOPOLD 
NiEPCE.  — Lettre  à  M.  Paul  Mariéton,  par  FRÉDÉRIC 
MlSTR.\L.  —  La  chanson  des  Yeux,  poésie,  par  P.  M.  — 
Li sètpoiitoun, chanson pro7'encale,  par  TeobOR  AuiîANEL. 

—  Lou parage  de  Clapoli,  chanson pro7u'n(;ale,  par  Ai.Iîert 
Arnavielle.  —  La  Rouîlo,  poésie,  par  L.  liE  Berluc- 
Perussis.  —  Bllil.locjRAPHIE  :  Revue  critique  des  livres 
nouveau.x.  —  Sociétés  savantes.  —  Chronique.  —  Som- 
maire des  Revues. 


TBibliograp&ic. 


I  j  I 


Sommaire  du  n°  de  juin. 

Ascension  du  ballon  le  Gustave,  à  Lyoti,  juin  1784.  — 
Le  centenaire  de  Montoolfier,  août  iSSj,  par  RAOUL  DE 
Gazenove.  —  Un  lyonnais  :  Fn'iiiont,  par  Xavier 
Marmier,  de  l'Acadifmie  française.  —  Notice  sur  7en 
Manuscrit  de  la  Légende  dorée,  de  la  bibliothèque  de  Mâcon, 
par  le  Comte  de  SOULTRAIT.  —  Vital  de  l'alous,  sa 
vie  et  ses  œuvres,  par  A.  Vachez.  —  Rimes  riches,  poésies, 
par  François  Collet.  —  Le  Congres  des  Sociétés  savan- 
tes, 1SS4,  par  Henri  StEIN.  —  Pensées  (suite),  par 
Joseph  Roux.  —  La  Rouina?iço  de  Jacoumino,  poésie, 
par  FÉLIX  Gras.  —  A  las  estelos,  poésie  languedocienne, 
avec  traduction  française,  par  CONSTANT  HENNioNet 
Auguste  Foures.  —  Li  pichot  Mistèri,  poésies,  par 
Alex.  Brémond.  —  Fai-andole, poésie,  Auguste  Marin. 

—  Bibliographie  :  Revue  critique  des  livres  nouveaux. 
Héliogravure  :  Réduction  du  dessin  de  le  Boissieu, 
représentant  l'ascension  du  19 janvier  1784. —  Chronique: 
Table  des  articles  contenus  dans  le  tome  septième.  — 
Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n°  de  juillet. 

Lettres  de  Bernard  de  la  Monnoye,  par  H.  Beaune.  — 
LJ Exposition  de  Turin,  par  François  Collet.  —  Les 
Trésors  des  églises  de  Lyon  {suite  et  fin),  par  LÉOPOLD 
NiEPCE.  —  Très  humble  essai  de  Phonétique  lyonnnaise, 
par  NlZIER  DU  PUILSPELU.  —  Les  fêtes  provençales  de 
Paris,  avec  les  discours  d'' Arène,  Mistral  et  Marié  ton,  par 
Paul  MariÉTON.  —  La  Koitèlo,  poésie  p?-ovcn cale,  par 
A.  DE  Gagnaud.  —  Bibliographie  :  Revue  critique  des 
livres  nouveaux.  —  Chronique.  —  Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n"  d'août. 

Le  président  Batidrier,  par  LÉOPOLD  Niepce.  —  Son- 
nets, par  NlziER  DU  Puilspelu.  —  A  travers  le  Vivarais, 
Balazuc  et  Pons  de  Balazuc,  par  LÉON  VÉUEL.  — L'Ex- 
position de  Turin  (suite),  par  François  Collet.  — 
V Atlantide,  Joseph  Roux. —  Flour  de  Pasco,  par  A.  de 
Gagnaud.  —  Pèr  Santo-Estello  de  Paris.  —  Le  Lauriè, 
par  Auguste  Fourès.  —  Chanson  de  Bresse.  —  Petites 
chansons,  par  POL  DE  MONT.  —  Discours  languedocien, 
par  Jules  Boissière.  —  Bibliographie:  Revue 
critique  des  livres  nouveaux.  —  Sociétés  Savantes.  — 
Chronique.  —  Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n°  de  septembre. 

Les  Lyonnais  et  leur  influence,  par  LÉON  RiOTOR.  — 
JJ Exposition  de  Ttirin  (suite  et  fin),  par  François 
Collet.  —  Le  Roman  naturaliste  (suite),  par  J.  Terrel. 

—  Découverte  d'un  Christ  en  buis  de  fean  Guillerniin,  par 
R.GuiNARD. —  .S'a//;rt,  par  Joseph  Kovyi.  —  La  cansoun  de 
lafouvènço,  terzincs provençales,  par  ValÈre  BERNARD. 

—  Un  Noël  moniluçonnais  de  Biâ,  texte  et  commentaire, 
par  L.  C.  —  Es  iéu,  sonnet  :  —  La  Vido,  chanson  baptis- 
male, par  Louis  Roumieux.  —  La  première  page  de 
français  en  Provence.  —  Chronique.  —  Errata,  par  X***. 
Bibliographie  :  Revue  critique  des  livres  nouveaux.  — 
Chronique.  —  Sommaire  des  Revues. 

Sommaire  du  n°  d'octobre. 

fournal  d'un  Voyage  de  France  et  d'Italie  (  1S61),  ***. 

—  Un  coup  d'œil  tragique,  par  René  dic  CoL.WAZOU.  — 
La  Morale  dans  les  Fables  de  La  Fontaine,  par  ALEXAN- 
DRE Poidebard.  —  .'icènes  alpestres,  poésie,  par  PuiLS- 
PELU.  —  Lyon  militaire  sous  Louis  A'JV,  par  S.  de 
RiLLiEUX.  —  Un  poète  forézien  au  XVF  siècle,  par  \\. 
DE  Terrebasse.  —  Pensées,  par  JOSEPH  Roux.  —  Les 
antécédents    du   moi  français   «  baptiser  »,    par   Paul 


Regnaud. — Rêve,  poésie, -par  Lucien  Scarpatett.  — 
Vénus  Bruno,  poème  provençal,  par  Pierre  Bertas.  — 
Lou  Viage  de  la  Reina,  poème  languedocien,  par  A.  LanG- 
LADE.  —  La  Roumanço  de  Guilhem  de  Berguedan,  chanson 
provençale,  par  FÉLIX  Gras.  —  La  Negro  segairo.  —  La 
noire  moissonneuse, planh  lani^uedocien,  par  FoURÈS.  — 
Chronique  félibréenne,  par  P.  AI.  -  Discours  prononcé  le 
12  octobre  à  la  fête  commémorative  de  Muret,  par  le  Comte 
DE  Toulouse-Lautrec.  —  Bibliographie  :  Revue 
critique  des  livres  nouveaux.  —  Chronique.  -  Sommaire 
des  Revues. 

NOUS  avons  déjà  signalé  l'article  de  M.  L. 
Niepce  sur  les  trésors  des  églises  de  Lyon. 

11  aborde  le  chapitre  navrant  qui  a  rapport 
au  sac  de  ces  églises  par  les  Calvinistes. —  On 
peut  juger  de  l'étendue  de  la  catastrophe  par  des 
passages  comme  ceux-ci  :  «  Le  neuvième  jour 
de  septembre  baillé  et  livré  au  sieur  Barthélémy 
de  Gabiano  la  somme  de  1000  livres,  10  sols  en 
trois  lingots  d'argent  pesant  71  marcs,  3  onces 
proveniies  de  cliappes  qui  ont  esté  brûlées  et  fondues 
par  le  commandement  des  messieurs.  »  —  «  Payé 
au  sieur  Paris,  le  cousturier,  et  à  autres  six  com- 
pagnons, la  somme  de  six  livres  pour  avoir  vaqué 
22  journées  à  descoudre  les  cliappes  ainsi  qu'on 
les  bnl/oit  et  fondait  »  —  «  Payé  à  Jean  de  Lalande 
huit  benses   de   charbon  à  6   sols    la  bense,  et 

12  sols  de  gros  bois,  pour  la  fonte  des  dites 
cliappes  !  !  » 

M.  Niepce  donne  des  détails  pleins  d'intérêt 
sur  la  restitution  de  quelques  reliques,  notam- 
ment d'une  partie  de  la  mâchoire  de  saint  Jean- 
Baptiste,  rendue  par  Jean  Cropper.  11  raconte  le 
sauvetage  d'une  grande  partie  des  reliques  de 
saint  Juste  par  l'obéancier  Fr.  Pupier. 

Nous  assistons  ensuite  à  la  reconstitution  du 
trésor  des  églises  de  Saint-Jean, de  Saint-Etienne 
de  Sainte-Croi.x,  après  le  pillage  de  1562.  —  Les 
inventaires  accusent  un  accroissement  progressif 
de  richesses, suivi  d'une  diminution  de  reliques  et 
de  leurs  récipients  vers  le  commencement  du 
siècle  dernier.  Cette  analyse  des  inventaires  est 
pleine  de  renseignements  utiles  pour  l'histoire  de 
nombreux  objets  d'art. 

L'auteur,  arrivant  à  la  sombre  période  de  la 
révolution,  fait  un  compte  soigneux  de  tous  les 
objets  précieux  dont  les  églises  furent  dépouillées. 
A  l'exemple  des  Calvinistes,  les  révolutionnaires 
décrétèrent  en  1792  que  les  ornements  seront 
brûlés  par  des  orfèvres  experts  et  les  cendres  con- 
verties en  lingots.  En  1791  toute  l'argenterie  non 
dorée  prit  le  chemin  de  la  monnaie  de  Paris. 
Dans  le  courant  de  l'année  suivante  on  y  expédia 
250  marcs  d'argenterie  dorée, —  2  novembre  1792, 
nouvel  envoi  de  190  marcs  d'argenterie, — jusqu'en 
janvier  1793,  l'argenterie  envoyée  à  la  fonte 
atteignit  la  valeur  de  130,000  francs.  Celle  de 
l'or  ne  pouvait  être  précisée.  On  procéda  aussi 
au  dégalonnevient  des  ornements.  Les  étoffes  en 


I  12 


lactiuc  ne  rart  cfjtcticn. 


dorure  ont  produit  619  marcs,  les  galons  en  or, 
240  marcs,  et  les  galons  en  argent,  90  marcs. 
Parmi  les  ornements  dcgû/onncs,  il  s'en  trouvait 
entre  autres  un  enrichi  de  perles,  et  portant  cinq 
tableaux  représentant  les  mystères  brodés  en  or 


et  en  argent. 


Après  avoir  analysé  les  pertes  irréparables  es- 
suyées pendant  la  tourmente  révolutionnaire  par 
la  primitiale  de  Lyon,  M.  Niepce  nous  fait  con- 
naître à  grands  traits  les  richesses  encore  con- 
sidérables du  trésor  moderne  de  la  cathédrale. 


AVEC  la  livraison  de  mai  se  termine  le 
travail,  si  utile  pour  l'histoire  de  l'art,  que 
M.  N.  Rondot  a  consacré  aux  sculpteurs  de 
Lyon.  Sa  liste  comprend  en  tout  261  noms,  et 
parmi  eux,  il  en  est  d'illustres.  M.  le  chanoine 
Bouchant  a  récemment  écrit  un  ouvrage  assez 
notable,  sur  les  Richier  et  leurs  œuvres,  dont 
notre  Revue  a  rendu  compte.  M.  Rondot 
apporte  des  documents  nouveaux  à  leur  sujet. 
Jacob  Richier, maitre  sculpteur,né  à  Saint-Michiel 
et  probablement  fils  de  Gérard,  et  de  Marguerite 
Gronlot-Gérard,  née  en  1534,  était  le  petit-fils 
du  fameux  Ligier.  Cet  artiste,  cité  dans  les  ar- 
chives de  Lyon  dès  1608, épousa  en  161 5  Jeanne 
Chaléon,  dont  il  eut  deux  fils,  David  et  Charles. 
Il  fut,  au  service  du  connétable  Lesdiguières,  le 
principal  décorateur  du  château  de  Vizelle.  Il  fit 
trois  mausolées  pour  la  famille  de  Lesdiguières.  Il 
habita  Vizelle,  Grenoble  et  Lyon  où  il  fit  les  tom- 
beaux de  Charles  de  Neufville,  et  de  sa  femme, 
placés  dans  l'église  des  Carmélites.  La  médaille 
de  Marie  de  Vignon,  qu'on  conserve  de  cet  artiste, 
est  un  des  chefs-d'œuvre  des  médailleurs  français. 

En  signalant cesdonnées  nouvelles, intéressantes 
pour  l'histoire  des  Richier,  nous  devons  dire  qu'un 
travail  récent  de  M.  E.  Cartier  (i)  bat  en  brèche 
l'opinion  qu'a  émise  dans  nos  colonnes  M.  le 
chanoine  J.  Didiot,  en  adoptant  l'avis  de 
M.  le  chanoine  Bouchant, au  sujet  àQsgros  saints 
de  Solesmes.  Ce  dernier  avait  attribué  les  sta- 
tues en  question  à  Ligier  Richier.  M.  E.  Cartier, 
dont  l'autorité  est  considérable  en  la  matière, 
repousse  énergiquement  cette  opinion  ;  le  soli- 
taire de  Solesmes  incline  à  en  faire  honneur  à 
Floris  d'Anvers. 

Reprenant  la  liste  des  artistes  lyonnais,  et 
les  documents  exhumés  par  M,  Rondot.  citons 
encore  :  maître  Martin  Hendricy,  né  à  Liège  en 
1614,  devenu  sculpteur  de  la  ville  de  Lyon  ; 
Antoine  Coyzevox,  dont  l'histoire  a  été  écrite 
par  M.  H.  Jouin;  J.-B.  Guillermin,  auteur  du  beau 

\.  Les  sculptures  de  Solcstnts  et  les  Richier.  {Extrait  delà  Revue 
du  Monde  catholique)  Paris,  P.iliné,  1884, 


crucifix  en  ivoire  conservé  au  Musée  Calvet 
d'Avignon  (ce  crucifix  fut  commandé  en  1650 
par  les  confrères  Pénitents  de  la  Miséricorde 
d'Avignon,  qui  en  furent  émerveillés);  Jacques 
Mimerai,  Nicolas  et  Guillaume  Conston,  auteur 
de  la  statue  équestre  de  Louis  XIV;  Jean  II 
Thierry,  etc. 

LA  bibliothèque  de  Maçon  possède  un  des 
trois  volumes  d'un  manuscrit  de  la  légende 
dorée,  contenant  des  légendes  qu'on  ne  rencontre 
pas  ou  guère  dans  les  autres  copies.  Il  se  fait 
remarquer  en  outre  par  des  miniatures  d'une 
beauté  exceptionnelle,  paraissant  dus  à  quatre 
artistes  différents.  Il  porte  les  armes  de  Philippe 
de  Vermont,  ce  qui  permet  de  fixer  la  date  de  sa 
confection  entre  les  années  1430  et  1458.  M.  le 
comte  de  SouUiart,  qui  nous  fait  connaître  en 
détail  le  contenu  de  ce  précieux  volume,  en 
extrait  in  extenso  la  vie  de  saint  Yves. 

Le  congrès  de  Sociétés  savantes  de  cette  année 
a  donné  occasion  à  des  réflexions  peu  flatteuses 
pour  l'ensemble  des  sociétés  historiques  et 
archéologiques  des  provinces. Le  Comité  des  tra- 
vaux historiques,  fondé  il  y  a  cinquante  ans  sous 
l'inspiration  de  M.  Guizot,  réorganisé  récemment 
par  AI.  Ferry,  n'a  pas  produit  merveille.  La  même 
situation  existe  en  Allemagne,  et  M.  G.  Hay  s'en 
est  plaint  naguère  dans  une  vigoureuse  bro- 
chure ('). 

Un  article  récent  (=)  du  Polybiblion,  dû  au 
savant  professeur  de  l'Université  de  Liège, 
M.  Godefroid  Kurth,  dit  aussi  son  mot  sur  cette 
question  délicate.  Tous  signalent  le  mal,  qui  est 
l'apathie  des  sociétés,  et  proposent  des  remèdes 
plus  ou  moins  efficaces. 

A  son  tour  M.  Henri  Stein  prend  à  partie  nos 
érudits  de  province,  «  les  travaux  de  quatrième 
ou  cinquième  main,  les  inepties  philologiques, 
les  dissertations  philosophiques  à  perte  de  vue, 
les  rêveries  préhistoriques,  les  mauvaises  traduc- 
tions latines  de  chants  incompris, »  qu'il  reproche 
à  beaucoup  d'entre  eu.x  etc.  Il  propose  comme 
remède,  décharger  les  différents  membres  du  co- 
mité des  travaux  historiques  de  la  haute  direc- 
tion historique  et  archéologique  des  divers 
départements. 11  signale  au.x  sociétés  savantesune 
source  de  documents  trop  négligée, et  qui  pourrait 
largement  alimenter  leurs  travau.x  :  ce  sont  les 
archives  seigneuriales  et  notariales.  Ces  dernières 
devraient  être  centralisées  soit  au  chef-lieu  du 
département,  soit  dans  les  chambres  de  notaire; 
avec  M.  Kurth,  il  conseille  aux  sociétés  locales 
de  se  réunir  entre  elles  en  congrès  régionaux. 

Heureuse  a  été  l'idée  d'organiser  à  l'exposition 
de  Turin  un  château  et  un  bourg  du  moyen  âge, 

1.  Die  Territorial-Geschichte  und  ihre  Beuchti^un^.  CJotha.  1S82. 

2.  Folybiblion,  t.  XI,  18S4,  p.  278. 


15  i  6  U  0  g  r  a  p  f)  i  c 


"3 


formant  la  section  de  l'Histoire  de  l'Art  ;  char- 
mante est  la  description  que  donne  de  ce  pitto- 
resque ensemble  M.  Collet. 

L'aspect  extérieur  et  les  ouvrages  de  défense  du 
château  sont  reproduits  au  château  d'Ivrée  ;  la  cour,  du 
château  de  Fenis  ;  la  salle  baroiiale,  du  château  delà 
Manta,  autrefois  aux  marquis  de  Saluce  ;  les  cuisines,  la 
chambre  à  coucher  et  la  chapalle,  du  château  d'Issogne  ; 
la  salle  d'armes,  du  château  de  Verres  ;  les  décorations 
du  plafond,  des  châteaux  de  Strambino,  près  l'Ivrée  et 
d'Issogne. 

Les  fresques  ont  été  exécutées  d'après  des  calques  ou 
des  copies  très  exactes  de  fresques  originales.  Pour  les 
meubles,  les  tentures,  les  tapis,  le  linge,  la  vaisselle,  les 
ustensiles  et  bibelots  de  toutes  sortes,  on  a  reproduit 
tout  ce  qu'on  a  pu  trouver  de  pièces  authentiques,  aux 
armes  de  familles  nobles  établies  dans  le  Piémont  au 
XV'  siècle.  La  reste  a  été  exécuté,  sur  les  dessins  de 
M.  Gilli,  d'après  des  miniatures  de  manuscrits,  des 
estampes,  des  fresques,  des  tableaux,  des  vitraux  peints, 
des  broderies  sur  étoffes  ;  ou  à  leur  défaut,  d'après  des 
inventaires  de  mobiliers  de  châteaux  piémontais  com- 
pulsés et  annotés  par  Piétro    Vayra. 

Les  maisons  du  bourg  sont  des  restitutions  de  maisons 
originales  encore  existentes  à  Bussoléno,  dans  la  vallée 
de  Suse,  Frossasco,  près  Pignerole,  .-llba,  Cuorgué, 
Chierie,  Toigliana,  Borgo  franco,  Pignerol,  Mondovi, 
Osegna.  La  fontaine  est  reproduite  des  anciennes  fontaines 
publiques  d'.-Vulx  et  de  Sabbertrand,  dans  la  vallée  de 
Suse,  sur  la  ligne  du  chemin  de  fer  de  Modène  â  Turin. 
Les  portes  ont  leur  modèle  à  San  Gioro,  à  Asti  et  à 
Rivoli  ;  une  tour  est  imitée  de  la  tourelle  d'une  maison  à 
Alba. 

Au  débouché  d'un  sentier  pittoresque  on  se  trouve 
tout  à  coup  au  pied  du  haut  mur  d'enceinte  du  bourg. 
Une  croix  de  pierre,  naïvement  ouvragée,  se  dresse  sur 
un  socle  carré.  A  l'angle  s'élève  une  tour  ronde  percée  de 
meurtrières,  rentlée  de  moucharabis.  En  face  l'unique 
porte  du  bourg  s'ouvre  béante,  menaçante  sous  une 
grosse  tour  carrée,  curieusement  décorée  de  fresques. 
Un  fossé  franchi  par  un  pont-levis,  s'enfonce  en  avant 
du  mur  et  des  tours.  Le  sommet  du  mur  est  découpé 
de  créneaux.  La  maçonnerie  du  mur  et  des  tours  est 
faite  en  cailloux  roulés  disposés  en  fougère. 

La  porte  franchie,  nous  voici  sur  une  petite  place  du 
fond  de  laquelle  part  la  rue  étroite,  tortueuse,  pittoresque 
qui  conduit  au  château,  à  l'extrémité  et  au  point  culmi- 
nant du  bourg.  Les  maisons  sont  hautes  perchées  sur 
des  portiques.  Les  toits  se  redressent  en  pignons  et  en 
tourelles.  Les  étages  s'avancent  en  porte  îi  faux  les  uns 
au-dessus  des  autres.  Les  murs  sont  en  briques,  en 
pierre,  en  torchis.  Les  charpentes  sont  partout  apparen- 
tes ;  les  tètes  des  poutres  s'arrondissent,  se  tordent  en 
figures  fantastiques.  Les  fenêtres  sont  rares,  petites  ou 
coupées  de  meneaux  dans  les  deux  sens,  et  garnies  de 
papier  huilé  ou  de  petits  lozanges  de  verre  enchâssés 
dans  un  réseau  à  mailles  de  plomb.  Partout  la  pierre 
est  sculptée,  ou  recouverte  de  fresques  ou  d'appliques 
en  terre  cuite.  C'est  une  débauche  d'ornementation 
naive,  un  décor  perpétuel  d'une  charmante  originalité. 
A  droite  et  à  gauche,  tout  le  long,  s'enfoncent  les  por- 
tiques, bas,  aux  arcades  de  pierre  ou  aux  lourds  piliers 
de  bois  ;  voûtés,  comme  des  porches  d'église,  ou  plafon- 
nés à  caissons,  comme  des  salles  de  château  ;  élevés 
d'une  ou  deux  marches  au-dessus  du  sol  de  la  rue  ; 
ser.-ant  de  vestibules  et  de  dégagements  aux  bou- 
tiques et  aux  ateliers  qui  s  ouvrent  au  fond.  Chaque 
boutique,  chaque  atelier  est  occupé  par  des  artisans  et 
<les  bourgeois,  hommes  et  femmes,  en  costume  du  temps. 
La    rue    s'élargit    en    faisant    un    brusque    détour   h 


gauche.  Nous  sommes  en  face  de  l'église.  La  façade 
est  couverte  de  fresques.  La  porte  est  fermée.  On 
cherche  instinctivement  le  custode  pour  se  la  faire  ouvrir, 
quand  on  s'aperçoit  que  cette  façade  alléchante  cache 
l'absence  du  reste.  D'im;îérieux  motifs  financiers  ont 
imposé  ce  trompe  l'œil  à  la  commission.  A  gauche,  au 
delà  d'un  passage  voiité,  qui  descend  à  un  embarcadère 
sur  le  Pô,  l'hôtellerie  s'annonce  par  la  branche  de  pin 
traditionnelle  et  par  l'inscription  :  «  à  l'insègne  de  sainte 
Georgeo  on  mange   bien.  » 

Une  place  triangulaire  marque  la  fin  du  bourg.  Le 
mur  crénelé  du  préau  de  l'hôtellerie  forme  un  des  côtés. 
Le  fond  est  formé  par  le  mur  d'enceinte,  couronné  de 
créneaux  mauresques,  flanqué  de  tours.  A  droite,  sur 
un  monticule  abrupt,  se  dresse  fièrement  le  château. 
Le  chemin  de  mulet  qui  y  conduit  passe  devant  un 
hangar  oii  sont  rangées  les  machines  de  guerre  ;  les 
balistes  et  les  catapultes  à  lancer  des  boulets  de  pierre 
et  des  carreaux.  Un  pont  mobile  précède  la  porte  fermée 
par  une  herse  de  fer,  dont  la  manœuvre  se  fait  par  des 
treuils  placés  à  l'étage  au-dessus.  Une  salle  fortement 
voiitée  donne  accès  dans  la  cour.  Bien  jolie,  cette  cour, 
sur  trois  côtés,  deux  galeries  de  bois  superposées  ser- 
vent de  dégagement  aux  appartements  des  deux  étages. 
Au  fond  un  perron  semi-circulaire,  puis  un  double 
escalier,  aux  marches  trop  hautes,  conduit  à  la  première 
galerie,  dans  un  coin  de  laquelle  les  faucons  se  tiennent 
debout,  chaperonnés  de  rouge,  sur  leurs  perchoirs.  Des 
armoiries,  des  devises,  des  personnages,  les  scènes 
grotesques  ou  fantastiques  sont  peints  à  fresque  sur  les 
murs.  Deux  escaliers  en  pente  douce  s'enfoncent  dans  le 
sous-sol  où  sont  disposés  les  celliers,  les  écuries  et  les 
cachots. 

On  entre  par  une  porte  basse,  toute  bardée  de  fer, 
dans  la  salle  d'armes.  On  traverse  la  cuisine  des  gens, 
celle  des  maîtres,  et  on  débouche  dans  la  salle  à  manger 
magnifiquement  décorée  ;  la  chaire  du  seigneur  tourne 
le  dos  à  la  grande  cheminée.  Son  couvert  est  mis  sur 
une  nappa  damassée  de  couleurs  vives.  La  nef  d'orfèvre- 
rie contenant  les  épices  est  placée  à  côté. 

Deux  longues  tables  bordées  de  bancs  et  d'escabeaux 
sont  destinées  aux  serviteurs  et  aux  hôtes.  Quatre 
crédences  sont  chargées  de  vaisselles  de  terre  vernissée, 
d'étain  et  de  cuivre  ;  de  hanaps,  d'aiguières,  de  buires, 
de  bassins  aux  formes  variées. 

.■\u  premier  étage  on  visite  une  salle  de  défense,  au 
dessus  de  l'entrée,  l'antichambre,  la  salle  d'apparat,  la 
chambre  nuptiale,  l'oratoire,  une  seconde  chambre  à 
coucher  et  la  chapelle.  Les  murs  de  la  salle  d'apparat 
sont  couverts  de  peintures  curieuses  qui  représentent,  d'un 
côté,  la  fontaine  de  Jouvence  et  ses  effets  merveilleux  ; 
de  l'autre  une  série  de  héros  tel  que:  «Julius  César» 
«  Judas  i\Lachabeus  »  le  «  Roi  David  >\  et  le  «  Roi  .-Vrtus». 
Il  ya  sur  l'autel  de  la  chapelle  un  splendide  triptyque  en 
bois  sculpté  et  doré.  Toutes  les  fenêtres  sont  garnies  de 
vitraux  peints.  On  redescend  par  un  escalier  droit  ménagé 
dans  le  donjon,  on  voit  en  passant,  la  chambre  du  scribe 
encombrée  de  manuscrits  et  de  Chartres,  et  on  aboutit  à 
un  passage  souterrain,  voûté  et  sombre,  par  lequel  on  se 
retrouve  bientôt  en  dehors  de  la  seconde  enceinte,  contre 
la  palissade  qui  forme  la  première  défense  du  bourg. 
Un  sentier  couvert  vous  ramène  au  chalet  et  au  tourni- 
quet. 

Il  vient  de  se  faire  à  Lyon  une  découverte 
inattendue  qui  intéresse  l'art  chrétien.  Il  s'agit 
d'un  second  Christ  en  croix  du  sculpteur  lyon- 
nais, Jean  Guillermin,  célèbre  par  le  Christ  en 
ivoire  d'.\vignon  dont  nous  parlions  plus  haut. 
Cette  pieuse   sculpture   appartient    à  M.    E. 


1S35.  —  i^*^  Livraison 


114 


IRctJue  De   lart   cbrcticn. 


W'aldmann  ;  une  vente  a^-ant  attiré  son  attention 
vu  le  prix  d'objets  similaires,  il  letira  de  l'ainioirc 
ce  trésor  enfoui,et  convoqua  ses  amis  pour  l'exa- 
miner ;  on  reconnut  alors  que  l'objet  était  signé  : 
FEciT  Jean  Gvii.lermin. 

On  consulte  Désandré,  dans  son  Essai  liistori- 
qnesurles  Crucifix  d'ivoire,  et  l'on  trouve  le  signa- 
lement de  l'objet.  On  le  rapproche  du  Christ  en 
ivoire  d'Avignon:  on  retrouve  entre  les  deux  tous 
les  traits  de  ressemblance  que  comportent  les 
œuvres  d'un  même  artiste. 

C'est  l'histoire  de  cet  intéressant  crucifix,  que 
raconte,  en  quelques  pages  écrites  avec  élégance 
et  érudition,  M.  F.  Guinard,  doyen  de  la  faculté 
de    Théologie  de  Lyon. 

L.  C. 


revue  des  arts  décoratifs. 
Sommaire  du  n°  de  novembre   1884. 

TEXTE.  —  A  nos  lecteurs^  par  Victor  Champier. 
• —  Sur  le  décor  du  verre,  par  Emille  Galle.  —  Les 
metibles  de  l'école  de  Bourgogne,  par  A.  DE  Champeaux. 

—  Lettres  d'Angleterre  :  la  poterie  de  Laiiiletli,  par  P.  V. 

—  Nos  plcinclies  hors  texte.  —  Chronique  de  renseignement. 

—  Gazette  tiniverselle.  —  Bulletin  de  PUnioti  centrale  des 
Arts  décoratifs  (documc7its  sur  la  S"  Exposition;  —  la 
loterie). 

PLANCHES  HORS  TEXTE.  —  Sculpture  de'corative: 
Fragment  de  la  cheminée  du  château  d'Ecouen  (XVI'^ 
siècle).  —  Vases  en  porcelaine  de  Sèvres.  —  Esquisse 
pour  une  composition  décorative,  par  P.  V.  Galland. 

La  Revue  des  Arts  décoratifs  avait  annoncé  son 
décc.s,  et  nous  avons  reproduit  la  nouvelle  dans 
notre  dernière  livraison  en  faisant  à  la  Revue  son 
oraison  funèbre.  Mais  c'était  une  mort  de  phénix, 
car  voici  que  la  défunte  renaît  de  ses  cendres.  — 
Après  quelques  mois,  elle  reparaît  dans  le  même 
habit  très  élégant,  sous  la  direction,  cette  fois, 
de  V Union  centrale  des  Arts  décoratifs  qui  de- 
vient son  propre  éditeur.  Elle  reprend  la  série 
de  ses  articles  de  vulgarisation  des  arts  industriels, 
joliment  illustrés  et  se  distinguant  à  la  fois  par 
l'élégance  de  la  forme  et  le  caractère  pratique. 
Monsieur  Emile  Galle,  quittant  l'émail  et  le 
touret  pour  la  plume,  nous  initie  aux  secrets  du 
décor  du  verre.  On  voit  qu'il  est  du  métier,  car 
son  style  a  le  brillant,  le  piquant,  l'étincelant 
de  la  verroterie  et  de  la  cristallerie.  —  Nous 
avons  grande  envie  de  lui  serrer  la  main,  pour 
avoir  si  bien  formulé  une  si  féconde  vérité  :  «  Le 
décor  dn  verre,  c'est-à-dire  reinbcllissetiient  d'une 
vialicre  splendide,  consiste  à  mettre  en  valeur  les 
propriétés  auxquelles  il  doit  son  prestige,  et  non 
d'autres.y> — Cet  a.xiômc  paraît  banal;  plût  à  Dieu 
qu'il  fût  admis  par  tous  en  pratique  !  —  Les 
idées  de  l'auteur  sur  l'esthétique  du  verre  sont 
aussi  limpides  de  vérité  que  brillantes  dans  leur 


expression.  On  reprend  confiance  dans  l'avenir  de 
l'art,  quand  on  lit  de  pareilles  pages. 

Monsieur  M.  de  Champeaux,  en  nous  entrete- 
nant des  meubles  de  l'école  de  Bourgogne,  et  de 
cette  menuiserie  lourde  et  bizarre  qui  s'est  inspi- 
rée des  compositions  monumentales  du  Dijonnais 
Hugues  Sambin,  prénnunit  heureusement  le  lec- 
teur contre  les  défauts  de  goût  qui  caractérisent 
cette  école  intéressante  mais  peu  exemplaire. 
Sans  ces  réserves,  d'ailleurs  trop  timides,  l'étude 
en  question  contiendrait  en  fait  de  principes,  et 
au  point  de  vue  de  son  influence  sur  les  artistes, 
le  contrepied  des  saines  idées  de  M.  Gallé. 

Nous  avons  été  heureux  de  retrouver,  dans  un 
article  consacré  à  \a.  poterie  Lainbcth  de  Londres, 
les  mêmes  impressions  que  nous  avons  éprouvées 
nous-mêmes  en  visitant  les  ateliers  artistiques  de 
la  fameuse  maison  Doulton.  Il  y  a  là  des 
traits  saillants  dont  chacun  devrait  faire  son 
profit.  —  Puiser  les  idées  aux  sources  originales, 
dans  les  musées,  au  lieu  d'imiter  ses  concurrents  ; 
répudier  tout  élément  étranger  dans  le  personnel 
artistique,  afin  de  rester  original ;faire  d'une  bonne 
école  de  dessin  la  pépinière  de  l'atelier;  laisser  à 
chaque  artiste  son  initiative,  dans  une  limite  con- 
venable ;  bannir  toute  recherche  prétentieuse,  se 
complaire  dans  une  noblesimplicitéd'effctjdeman- 
derà  la  matière  même  l'inspiration  des  formes;  tels 
ont  été  les  principes  appliqués  chez  Doulton. — 
Partout  ailleurs  il  produirait  merveille.  —  Nous 
serions  tenté  de  reprendre  ici  la  formule  de 
M.  Gallé,  et  de  dire  :  le  décor  de  la  terre,  c'est-à- 
dire  l'enibcllisseinent  d'une  matière  commune  par  ttn 
verni  brillant,  consiste  à  mettre  en  valeur  de  faibles 
reliefs  rehaussés  par  une  coloration  peu  variée,  et 
des  dessins  très  décoratifs,  et  bien  appropriés  à  la 
forme  générale  de  l'objet. 

GAZETTE   ARCHÉOLOGIQUE. 

SoM.MAIRE    DE.S    N"^    8-9    1884. 

TEXTE.  —  L.  Munatius  Plancus  et  le  Génie  de  la 
ville  de  Lyon,  par  M.  J.  DE  WlTTE.  —  Les  trésors  de 
vaisselle  d'argent  troiivés  en  Gaule,  par  MM.  H.  Thi'.DE- 
NAT  et  A.  HEron  DE  ViLLEFOSSE  (suite).  —  Fouilles  et 
recherches  archéologiques  au  sanctuaire  des  jeu.vis th niiq lies, 
par  M.  Paul  Monceau.  —  Le  chapiteau  normand  aux 
XI'  et  XJP  sihies,  par  M.  Ruprich-Rdbert. —  Vierge 
en  ivoire  de  la  collection  Bligny,  par  M.R.  DE  LASTE^•RIE. 
—  Chronique  :  Académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres  ;  Société  nationale  des  antiquaires  de  France  ; 
nouvelles  diverses  ;  sommaire  des  recueils  périodiques  ; 
Bibliographie. 

PLANCHES.  —  xxxiv.  L.  Munatius  Plancus  et  le 
Génie  de  la  ville  de  Lyon.  —  xxxv-xxxvii.  Trésor 
d'argenterie  romaine  découvert  h  Moncornet  (Aisne).  — 
xxxviil.  Plan  archéologique  de  l'Isthme  de  Corinthe.  — 
XXXIX.  Chapiteau.\  anglo-normands  du  XIl"^  siècle. 

On  remareiuc  à  l'époque  romane,  en  Norman- 
die, deux   sortes   de   chapiteaux  :  celui  du    XP 


15  i  b  I  i  0  5  r  a  p  f)  i  c . 


115 


siècle,  qui  semble  dériver  de  l'art  antique  et  re- 
produit généralement  la  volute  classique  ;  et  le 
chapiteau  cubique,  qui  apparaît  au  XII''  siècle; 
cette  dernière  forme  est  due  vraisemblablement  à 
l'art  de  la  Scandinavie.  —  C'est  ce  qu'établit 
M.  Ruprich-Robert  dans  un  article  extrait  d'un 
ouvrage  qu'il  prépare  :  V Architecture  normande 
aux  XI'  et  XII"^  siècles,  en  Normandie  et  e)i 
A  ngleterre. 

Vers  l'an  looo,  le  christianisme  fut  introduit 
en  Scandinavie  par  le  roi  Olof  Trygrason,  et  l'on 
y  éleva  des  églises  construites  en  bois;  quelques- 
unes,  du  XII°  siècle,  subsistent  ;  on  y  remarque 
que  les  colonnes  des  nefs  sont  des  poteaux  cy- 
lindriques prolongés  au-dessusdesarches  des  bas- 
côtés  par  d'autres  poteaux,  dégrossis  et  assemblés 
bout  à  bout,  au  moyen  de  tenons  pénétrant 
dans  les  chapiteaux  des  colonnes.  —  La  forme 
de  ces  derniers  n'a  été  adoptée  que  parce  qu'il 
fallut  conserver  au  bois, à  l'extrémité  de  la  colonne 
percée  d'une  mortaise,  toute  la  force  nécessaire  ; 
cette  sorte  de  renflement  à  quatre  facettes  en 
demi  cercle  est, comme  le  fait  remarquer  l'auteur, 
la  conséquence  absolument  logique  de  l'emploi 
du  bois;  du  reste,  détail  important  et  topique,  la 
base  offre  la  même  forme,  renversée,  que  le 
chapiteau.  L'absence  du  tailloir  achève  de 
prouver  qu'il  s'agit  ici  d'un  renflement  d'assem- 
blage plutôt  qu'un  encorbellement  de  chapiteau. 

Or,  en  descendant  vers  le  centre  de  l'Europe, 
on  voit  cette  forme  se  reproduire  en  pierre,  s'accli- 
mater sur  les  bords  du  Rhin,  gagner  le  midi. 
A  Marmoutier,  on  trouve  le  chapiteau  et  la  base 
norvégiennes  dans  une  colonnette  monolithe.  — • 
Loin  de  son  berceau,  ce  membre  d'architecture 
oublie  la  raison  de  sa  première  forme,  et  à  Pavie, 
on  rencontre  ce  chapiteau  cubique  construit  en 
briques.  — -  Mais  c'est  surtout  en  Normandie  et 
en  Angleterre  qu'on  constate  au  XI I'^  siècle  l'in- 
fluence du  chapiteau  Scandinave.  Là  il  s'allie 
parfois  à  la  volute  classique,  et  toujours  il  reçoit 
le  tailloir,  auquel  il  forme  lui-même  encorbel- 
lement. L'emploi  de  la  pierre  lui  est  adapté  avec 
logique. 

Certes  les  recherches  sur  les  origines  de  l'archi- 
tecture aboutissent  rarement  à  des  conclusions 
aussi  curieuses  et  aussi  saissisantes  de  vérité,  que 
l'étude  de  M.Ruprich-  Robert  ;  nous  n'hésitons  pas 
à  croire  que  sa  théorie  du  chapiteau  cubique  de- 
viendra classique  dans  les  traités  d'archéologie. 

Nous  ne  ferons  que  signaler  pour  mémoire  la 
belle  vierge  en  ivoire  de  la  collection  Bligny, 
dont  la  Gar:ette  donne  une  jolie  estampe  avec 
une  note  de  IVI.  Lasteyrie;  nous  la  reproduisons 
nous  aussi  dans  la  présente  livraison,  en  même 
temps  qu'un  article  de  M.  L.  de  Farcy  sur  l'ex- 
position de  Rouen. 


RKVUE  CATHOLIQUE  DE   BORDEAUX. 

EN  terminant  son  cosas de  Espana,  relation  de 
voyage  pleine  de  charme,  M.  P.  G.  Deydon 
s'arrête  assez  longuement  à  la  visite  de  YEscurial. 
Rien  de  pesant,  de  morne,  de  triste,  dit-il,  comme 
cette  masse  de  granit  gris,  que  le  soleil  le  plus 
radieu.x  ne  parvient  pas  à  égayer.  Elle  produit 
l'effet  d'un  vaste  catafalque  défraîchi.  — 

Philippe  II  ayant  gagné  la  bataille  de  Saint- 
Quentin  le  jour  de  la  Saint-Laurent,  ce  monu- 
ment élevé  comme  ex  vota,  affecta  en  plan  la 
forme  de  la  grille  du  saint  martj-r;  l'église  en 
occupe  le  centre.  Le  voj'ageur  signale  les  fres- 
ques des  voûtes  par  Luca  Giordano,  les  statues 
en  bronze  doré  de  Charles-Quint  et  de  Philippe  II, 
le  lutrin  colossal,  et  les  centaines  de  livres  de 
plain-chant,  in-folios  de  parchemin,  ornés  d'en- 
luminures exquises;  à  la  sacristie,  une  galerie  de 
tableau.x  comprenant  la  Sancta  Forma,  chef- 
d'œuvre  de  Claude  Coello,  puis  le  Panthéon,  le 
Saint-Denis  des  Espagnols. —  Plus  heureux  que 
leurs  frères  de  France,  les  souverains  de  ce  pays 
n'ont  pas  vu  leur  suprême  repos  troublé  par  la 
Révolution; on  y  voit  trois  rangées  superposées  de 
sarcophages  :  Charles-Quint,  Philippe  II,  Phi- 
lippe III,  Philippe  IV,  Charles  II,  Charles  III, 
Charles  IV  et  Ferdinand  I  sont  là  vis-à-vis  des 
reines  qui  furent  mères  ;  à  côté  est  le  Panthéon 
des  Infants.  Le  cloître  contient  des  fresques  que 
malheureusement  les  étrangers  outragent  à  plai- 
sir. On  sort  du  palais  réconcilié  avec  lui,  à  cause 
de  merveilles  auxquelles  il  sert  de  prison. 

Nous  trouvons  dans  la  même  revue  la  suite  des 
Documents  historiques  sur  A  rcaclion  par  iVI .  S .  Léon 
de  Gouvéa.  L'archéologue  y  trouvera  quelque 
peu  à  glaner. 

REVUE    DE    L'ART    FRANÇAIS    ANCIEN   ET 
MODERNE. 

Sommaire  du  n"  de  septembre   1884. 

Partie  ancienne  :  Philibert  Deloine,  par  M.  .\.  de 
MONTAIGLO.N  —  Le  testament  et  les  enfants  de  Ftan<;^ois 
Cloiiet  (suite  et  fin),  par  M.  J.  J.  Guiffrkv.  —  Philippe 
de  Champagne,  par  A.  de  M.  —  Le  sculpteur  Foneon, 
communication  de  M.  J.  Guiffrey-Veniat,  par  A.  de  M.  — 
Partie  moderne  :  Montcil  et  David  d'Angers,  par  M. 
A.  Advielle.  —  Le  viiniaturiste  Aui^ustin,  par  \'.  A.  — 
NÉCROLOGIE.  :  F.  Ch.  F.  Combarceis".  —Textes.  —  Nou- 
velles diverses. 

Sommaire  du  n°  d'octobre. 

Partie  ancienne  :  Que  sont  devenus  les  Mémoires  du 
duc  dAntin?  par  M.  Henri  Jol'in.  —  Guillaume 
Veniat.  par  M.  Paul  Mantz.  —  Le  peintre  Ferdinand 
Elle  et  le  mariage  de  sa  fille  Catherine,  par  M.  J.-J. 
GuiKFREV.  — Le  graveur  Jean-Baptiste  Massard,  par  M. 
A.  DE  iMoNTAlGLON.  —  Cochin  et  FAcatlémie  de  Saint- 
Luc,  autographe  communique,  par  M.  Etienne  P.arrocei,. 
—  Actes  d'état  civil  concernant  Houdon,  communiqués. 


ii6 


iRctJUC   t)c   r^rt    cïjvcticn 


par  M.  II.  J.  —  Quelques  peinlres  oubliés  de  Pancienne 
Friuicc,  lleudon,  l.ahoi^uc.  Desfossés,  Lecaur,  Cliérel, 
Hcduni,  actes  d'état  civil  communiqués  par  M.  H.  J.  -- 
Partie  moderne  :  Epitaplies  de  peintres  français 
relevées  dans  les  cimetières  de  Paris  :  Greuse,  Vincent, 
Pithou,  Michallon,  par  M.  H.  J.  —  Les  portraits  dartistes 
français  à  la  l'il/a  A/édicis,  Appendice,  par  M.  H.  J. — 
Nécrologie:  Paul  Abadie,  Joseph  de  Nittis.  —  Nou- 
velles diverses. 

La  livraison  d'octobre  contient  des  renseigne- 
ments nouveaux  ou  peu  connus,  d'un  intérêt 
secondaire,  sur  une  série  d'artistes  des  trois 
derniers  siècles  ;  Giiilhniiiie  Veniat,  menuisier  de 
la  maison  du  roi  (►f.  1656).  —  Ferdinand  Elle, 
originaire  de  Malines,  et  les  graveurs _/.  B.  Mas- 
sard,  Cocliin,  le  statuaire,  Hoiidon,  né  en  1741,  et 
les  peintres,  Hendon,  Lalwguc,  Desfossés,  Lecœîtr, 
Chère t,  Hodiini. 


SEMAINES  RELIGIEUSES. 

M.  P.  Moreau  donne  dans  la  Semaine  religieuse 
de  Bourges  un  document  que  ne  dédaignerait  pas 
une  revue  spéciale.  C'est  un  contrat  par  lequel 
Jehan  Chasgiwn,  maître  brodeur,  (le  même  qu'a- 
vait déjà  signalé  M.  le  baron  de  Gcrardot  dans 
ses  Artistes  de  Bourges)  entreprend,  en  1577  un 
parement  d'autel  historié  très  riche.  Le  détail 
en  est  fort  intéressant. 

Un  bon  archéologue  donne  dans  la  Semaine 
religieuse  de  Bcauvais,  sous  ce  titre  :  quelques  mots 
d'archéologie,  des  notes  rédigées  avec  science, 
dans  un  bonesprit,et  sous  une  forme  attrayante. 
On  y  trouve  des  détails  inédits  ou  peu  connus, 
que  des  spécialistes  pourront  relever  avec  fruit. 
Nous  avons  sous  les  yeux  les  articles  Are  triom- 
fhal,  Pavage  et  Peinture,  qm  sont  fort  instructifs. 

L'AquitaiuedL  donné  une  série  d'articles  signés 
A.  Dupré,  sur  le  culte  de  saint  Louis  dans  l'ar- 
chidiocèse  de  Bordeaux.  Aux  différents  points 
de  vue  hi.storique,  hagiographique  et  antéologi- 
quc,  cette  élude  ne  manque  pas  d'intérêt. 


L Ècito de  Fourvières  {\>.  A,"] \),  donne  une  étude 
historique  et  archéologique  sur  la  crypte  de 
Notre-Dame  et  de  Saint-Pothin  à  Saint-Vixier, 
richement  restaurée  et  agrandie. 

La  Semaine  religieuse  de  la  Lorraine  publie  une 
intéressante  variété  sur  les  Keliqiies  de  sainte 
Pauline  à  Magiiières. 

Un  correspondant  de  la  Semaine  de  Beattvais 
a  rencontré,  en  visitant  l'intéressante  église  de 
Fresnes-Léguillon,  et  signale  avec  raison,  trois 
belles  chapes  à  orfrois  des  XVP'  et  XVIL  siècles. 
—  Il  y  a  trouvé  aussi  des  exemples  de  ces  ealices 
de  quête  dont  M.  le  chan.  J.  Corblet  a  parlé  dans 
nos  colonnes  (v.  son  article  sur  les  vases  et  usten- 
siles eucharistiques). 

Notre  collaborateur  Mgr  Barbier  de  Montault 
a  commencé  dans  la  Semaine  de  Poitiers  une 
étude  sur  le  vitrail  de  Saint-Laurent  à  la  cathé- 
drale de  Poitiers. 

Un  collaborateur  de  la  Revue  catholique  de 
Bordeaux,  M.  l'abbé  J.  Léon  de  Gouvéa,  dans  ses 
Documents  historiques  sur  Arcaehon,  nous  révèle 
des  détails  curieux  sur  un  édifice  religieux  pres- 
que totalement  oublié,  la  chapelle  de  Notre- 
Dame-dcs- Monts,  à  la  Teste,  qui  servait  à  une 
certaine  époque  d'église  paroissiale. 

La  Semaine  religieuse,  historique  et  littéraire 
de  Lorraine  commence  la  publication  d'un  travail 
ayant  pour  objet  les  origines  de  l'église  de  Toul. 

Enfin  la  Semaine  religieuse  de  Rouen  nous  tient 
au  courant  de  la  découverte  importante,  qui  vient 
d'être  faite  à  l'église  de  Saint-Ouen.  On  sait 
qu'en  exécutant  des  travaux  pour  l'établisse- 
ment d'un  calorifère,  on  a  mis  au  jour  quantité 
de  sarcophages  remontant  au  XIL'  siècle,  ou  à 
des  époques  antérieures,  des  sépultures  abba- 
tiales des  plus  remarquables.  La  place  nous 
manque  pour  donner  aujourd'hui  des  détails  sur 
CCS  trouvailles.  Nous  }•  reviendrons. 

L.  G. 


T5  i  b  U  0  g;  r  a  p  ï)  i  E . 


Il 


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S-^^-^^-^S. -^,-S..S„m-^^.^.^-^  ^   P?!.  P^.^^ 


InDe^*  biblîograpljique. 


:^rcl)éoloste  etBeau;c<:^rts^'\ 

••—-—-—---—  jTrance.  -.-.-.-c,— .^^-^-^ 

Allou  (Ms"^  A.).  —  La  cathédrale  et  le  palais 
ipiscoPAL  DE  Meaux.  —  Meaux,  Le  Blonde),  1884, 
in-i 2,  53  p.,  vignettes. 

Bérard  (l'abbé  F.).  —  Étude  historique  et  ar- 
chéologique sur  l'abbaye  du  Thoronet.  (Var.  ) — 
Avignon,  lib.  Seguin   frères.  In-8,  43  p.  et    pi.  —  3  fr. 

Bernard  (F.  C.)-  —  Notice  sur  le  château  de 
GisoRS.  —  Paris,  Chaix,  1884,  in- 8°,  6  p. 

Blancard  (L.).  —  Le  saïga  mérovingien  dérive 
DE  la  silique  byzantine.  —  Marseille,  iinp.  Barla- 
tier,  1884,  in-S",  4  p. 

Boissoudy  (A.  de).  —  La  cathédrale  de  Bour- 
ges. —  Bourges,  imp.  Sire,  1884,  in-8°,  16  p. 

Boissoudy  (A.  de).  —  La  Sainte-Chapelle  de 
Bourges.  —  Bourges,  imp.  Sire.  In-S°  195  p.  et  pi. 

Boutillier(L'abbé).(*) —  Le  mobilier  d'une  égli- 
se paroissiale  DE  LA  BANLIEUE  DE  NeVERS  EN  1638. 

—  Nevers,  imp.  Vallière,  1884,  in-8°,  7  p. 

Boutillier.  —  Rapport  sur  le  tombeau  d'Yo- 
lande DE  Bourgogne,  comtesse  de  Nevers,  récem- 
ment déposé  au  musée  lapid.\ire  de  la  Porte  du 
Croux.  — Nevers,  imp.  Vallière,  1884,  in-8°,  7  p. 

Cartier (E.)  (*)  • — Les  sculptures  de  Solesmes  et 
LES  RiCHiER.  —  ^1-8°  de  32  pp.  extrait  de  la  Revue 
du  Monde  catholique. 

Chabau  (l'abbé).  (*)  —  L'Église  d'Ydes  et  son 
SYMBOLISME.  — (1884).  —  Aurillac,  chci:  l'auteuf. 

Clermont-Ganneau  (C).  —  Mission  en  Pa- 
lestine et  en  Phénicie,  entreprise  en  1881.  — 
S''  rapport.  —  Paris,  Maisonneuve  et  C^  In-8.  146  p. 
avec  fig.  et  12  pi.  (Extrait  des  Arcliives  des  missions 
scientifiques  et  littéraires.) 

Delaforge  (E.).  —  Melun  et  environ.s,  ancien- 
nes chapelles.  —  Melun,  impr.  Drosne,  1S84,  in-12, 
26  p. 

Delisle  (Lcopold),  membre  de  l'Institut,  direc- 
teur de  la  Bibliothèque  Nationale.  -    Ivkn  taire  des 

manuscrits  de  la  BlULIOTHliQUENATIONALE. Fouds 

de  Cluni,  Paris,  Champion,  1884,  in-8,  413  pages. 

Faucon  (Maurice).  —  Les  arts  a  la  cour  d'Avi- 
gnon sous  Clément  V  et  Jean  XXII.  —  In-8°  de 
124  pp.  avec  2  pi.  —  Extrait  des  Allia n^es  d'Archéo- 
logie et  d'Histoire.  (Ecole  française  à  Rome.) 

I.  I^i-s  ûuvr.n,t;cs  marqués  d'un  asiérisc|ue  (*)  sont  ou  seront 
l'objet  d'un  article  biljliographique  dans  la  Revue. 


Fournier  (E.).  —  Histoire  des  enseignes  de 
Paris,  revue  et  publiée  par  le  bibliophile  Jacob, 
AVEC  UN  appendice  PAR  J.  CousiN.  —  Paris,  Dentu, 
1884,  in-8°,  XVI-458  p.,  dessins  et  plans. 

Germain  (L.).  Inscription  d'autll  du  XV'  siè- 
cle, A  Marville  (Meuse).  • —  Nancy,  impr.  Crépin- 
Leblond,  1884,  in-8°,  8  p.  (Extrait  du  Journal  de  la 
Société  d'archcol.  lorraine,  février  1884.) 

Germain  (L).  —  Le  camée  antique  de  la 
eibliothÎlQue  de  NA^•CY.  —  Tours,  imp.  Bousrez, 
1884,  in-8°,  II  p.  et  pi.  (Extrait  du  Bulleti?i  monumen- 
tal, 1883.) 

Glasson  (E.).  —  Les  origines  du  costume  de  la 
magistrature.  —  Paris,  Laroze,  1884,  in-8°,  33  p. 
(Extrait  delà  Nouvelle  reloue  historique  de  droit  français 
et  étranger.) 

Godard-Faultrier  (V.).  Inventaire  du  musée 
d'antiquités  Saint-Jean  et  Toussaint  de  la 
VILLE  d'Anger!5.  —  2"  édition.  Avec  le  concours  de  : 
A.  Michel,  le  lieutenant-colonel  Duburgua,  E.  Lelong, 
et  A.  Giffard.  Angers,  imp.  Lachèse  et  Dolbeau. 
In-8,  600  pp.  — '  8  fr. 

Grimouard  de  Saint-Laurent  (le  comte  de), 
commandeur  de  l'ordre  de  Pie  IX.  —  Manuel  de 
l'Art  chrétien.  —  Un  beau  volume  in-8.  Librairie 
Oudin  frères,  éditeurs,  68,  rue  Bonaparte,  Paris, —  1 5  fr. 

Gros  (Henry)  et  Henry  (Charles).  —  Histoire  de 

LA  Peinture  a  l'Encaustique  dans  l'antiquité.  — 
Un  volume  in-8°,  illustré  de  30  gravures.  Édition  sur 
papier  ordinaire,  7  fr.  50.  Quelques  exemplaires  sur 
papier  de  Hollande,  15  fr. 

Guélon  (L'abbé).  (*) —  Le  reliquaire  de  l'église 
d'Augn.-\t.  —  Clermont,  Thibaut,  1884,  in-8°,  8  p., 
2  pi. 

Rucher  (H.l.  —  Restaur.ation  des  vitraux 
de  l'église  de  Solre-le-Chateau  (Nord).  — Tours, 
Bousrez,  18S4,  in-8°,  15  p.,  fig.  (Extrait  du  Bulletin 
monumental,  1883.) 

Humbert  (Lucien).  —  L'œuvre  de  Stanislas 

DIT  LE  bienfaisant. 

Livret  illustré  du  muséeLuxemboukg, contenant 
environ  250  reproductions  d'après  les  dessins  originaux 
des  artistes,  gravures  et  divers  documents,  publié  sous 
la  direction  de  F.  G.  Dumas.  i'=  édition.  Paris,  Baschet. 
ln-8,  LXVn-256  pp.  —  3  fr  50. 

Lami  (S.).  —  Dictionnaire  des  sculpteurs  de 
l'antiquité   jusqu'au    VP  siècle    de    notre  ère. 

—  Paris,  Didier,  18S4,  in^",   VIII-149  p. 

Marionneau  (Ch.).  —  Les  Salons  bordelais, 
ou  Exi'osmoNS  des  beaux-arts  .\  Bordeal'x,  au 
xviii'  siècle  (1771-1787),  avec  des  notes  biogra- 
phiques sur  les  artistes  qui  figurent  à  ces  expositions. 
Bordeaux,  V'=  Moquet.  In-S,  XIII-213  pp.  —  10  fr. 
(Extr.  dts  publications  de  la  Société  des  bibliophiles 
de  Guyenne.  Tiré  à  175  exemplaires.) 

Mély    (M.  F.  de).  —  La  Céramique   italienne. 

—  Sigles  et  monogrammes.  Librairie  de  Firmin  Didot 
et  C"^^,  56,  rue  Jacob,  Paris,  1884,248  pp. 


ii8 


iRetiue   De  l'art   cbrcticn 


Ménard  (R.).  Prof,  à  l'École  nationale  des  Arts 
décoratifs.  —  Histoire  des  .\rts  DÉcoR.vriFS. 
La  décoration  en  Grèce.  Première  partie  :  Architec- 
ture et  Sculpture.  Paris,  Rouam.  In-i6,  84  pp.  avec 
40  fig.  —  75  c. 

Barbier  de  Montault  (X.),  prélat  de  la  maison  de 
Sa  Sainteté.  (*) — Collection  des  décrets  authenti- 
ques DE  L.\  SACRÉE  C0NGRÉG.\T10N  DES  RITES.  — ■  Huit 

volumes  de  500  pp.,  renfermant  plus  de  sept  mille 
décisions,  depuis  la  fondation  de  la  Congrégation  des 
Rites  par  le  pape  Sixte-Qnint,  en  1587,  jusqu'à  l'année 
1870.  —  Pri.\  net,  franco  24  fr. 

Muntz  (Eugène).  (*)  —  Le  triclinium  du  L.vrRAN, 
Charlemagne  et  Léon  IH.  — Paris,  Baer,  1 844  ;  in-S" 
de  15  pp.  Pri.x  1.50. 

Nageotte  (E.).  —  La  polychromie  dans  l'art 
ANTIQUE.  —  Besançon,  impr.  Dodivers,  1884,  in-S*^, 
27  p. 

Palustre  (Léon).  ■—  L'ancienne  cathIdi^ale 
DE  Rennes,  son  état  au  milieu  du  XVni<=  sii'ccle 
d'après  des  docu.ments  inédits.  —  Paris,  CKam- 
pion,  1884,  in-8°,  216  p.  (Entrait  du  BuUelin  monu- 
mental ). 

Pharond  (E.).  —  La  Topographie  historique 
et  archéologique  d'Abbeville.  — T.  HI  et  dernier. 
Paris,  Dumoulin.  In-8,  62S  pp.  —  7  fr.  50. 

Piolin  (R.  P.  Dom  Paul),  prieur  de  l'abb.iye  de 
Solesmes,  président  de  la  Société  historique  et  archéo- 
logique du  Maine.  (*)  —  Testament  du  cardinal 
Charles  d'Angennes  (1587).  —  Mamers,  Fleury, 
1884,  in-8°de  14  pages. 

Racinet  (A.).  —  Le  Costume  historique,  500 
planches,  300  en  couleurs,  or  et  argent,  203  en 
camaïeu  avec  des  notices  explicatives  et  une  étude 
historique.  —  14"=  livraison.  Paris,  Firmin-Didot  et 
C'"=.  In-fol,  92  pp.  et  24  pi.  Chaque  livraison,  12  fr.  ; 
édition  de  luxe,  —  25  fr. 

Ronchaud  (L.  de).  —  La  Tapisserie  dans  l'an- 
tiquité; le  PÉPLOS  d'AthÉNÉ;  LA  DÉCOR.'VTION  IN- 
TERIEURE DU  Parthénon,  restituée  d'après  un 
PASSAGE  d'Euripide.  — •  Paris,  Rouam.  Li-8,  164  pp. 
avec  vign.  —  10  fr. 

Taillebois    (E).    —   Quelques   mots   sur    les 

PRÉTENDUES      inscriptions    DES    ConVincli   TROUVEES 

EN  Ecosse  ;  l'inscription  tarbélienne  du  Vieux- 
PoiTiERS  (Vienne). — Dax,im,)r.  Justère,  1SS4,  in-8^, 
16  p.  pi. 


Allemagne. 

Adamy  (Doc.   Dr   Rud.).  — •  Architektonik  auf 

HISTORISCHER     U.     ASTHEÏISCHER     GrUNDLAGE.    — •  2'' 

volume:  Architektonik  Mittelalters.  1.  Abth  :  Ar- 
chitektonik der  altchristl.  Zeit.  2.  Hàlfte.  Mit  65 
Holzschn.  u.  ZinkHochatzgn.  Hannover,  Heiwing. 
Gr.  in-8,  XI  et    145-281    p.  Chaque  partie  :  —  7  fr  50. 


Boulkowski  (Alex.).  Dictionnaire  numismati- 
que pour  servir  de  guide  aux  amateurs,  experts  et 
archeteurs  des  médailles  romaines  impériales  et  grec- 
ques coloniales,  avec  indication  de  leur  degré  de  rareté 
et  de  leur  prix  actuel  au  xix''  siècle,  suivi  d'un  résumé 
des  ventes  publi(iuesde  Paris  et  de  Londres — 29"=  et  30= 
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Brugsch  (Heinr.).  —-Thésaurus  ins  riptionum 
^gvptiacarum.  —  Altàgyptische  Inschriiten,  gesam- 
melt,  verglichen,  ûbertragen,  erklàrt  u.  autographiert. 
3"=  fasc.  Leipzig,  Henrichs.  Gr.  in-8,  |)p.  531-618. 
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tischer  l^enkmaler.)  L'ouvrage  complet  coûtera  250  fr. 

Duniichen  (Johs.).  —  Der  Grabpalast  d.  Pa- 

TUAMENAP    IN    DER  THEBANISCHEN    NeKROPLIS.  ^  In 

vollstànd.  Copie  seiner  Inschriften  u.  bildl.  Darstellgn., 
u.  m.  Uebersetzg.  u.  Eriautergn.  derselben  hrsg.  i. 
Abth.  Inschriften  iib.  Titel  u.  Wiirden  d.  Verstor- 
benen  u.  Verzeichnisse  der  alljàhrl.  Todtenfesttage, 
wiederf.  dieselben  angeordneten  Opferspenden,  Nebst 
Vorder-  u.  Seitenansticht  d.  Grabgebàudes,  wie  Grun- 
driss  u.  Durchschnitte  sammtl.  Ràume.  Leipzig,  Hin- 
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KUNSTHiSTûRiscHE  ScRiFTEN.  —  4"=  volume.  Wien, 
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Die  mittelalterlichen  Kunstdenkmale  Delmatiens  in 
Arbe,  Zara,  Nona,  Sebenico,  Traù,  Spalato  u.  Ragusa. 
Mit  115  illustr.  ira  Text  u.  26Taf.  nach  den  Zeichngn. 
d.    Archit,  Winfried  Zimmermann.) 

Essenwein,  (.A..)  Seiman  (E.  A.).  —  Kultur 

HISTORISCHER     BiLDERATLAS.    Il'   BaND,    MoVEN  AgE. 

—  Leipzig,  1883,  in-fol.  oblong,  120  pi.  et  texte  ex- 
plicatif. 

Guide  pour  Heidelberg  et  ses  enviro.ns,  avec  les 
jjlans  de  la  ville,  des  ruines  du  château  et  du  jardin 
de  Schvvetzingen  et  une  carte  routière.  Wiirzburg, 
Woerl.   In- 16,   24  pp.   —  i   fr. 

Hefner-AIteneck  (J.  H.  von).  —  Trachten, 
KUNSTWERKE  UNO  Gerathschaften  vom  fruhen 
Mittelalter  bis  Ende  d.  18  Jahrhund.  —  2'^  édit. 
Francfort,  Keller,  in-4°. 

Helbig  (W.).  —  Das  ho.merische  Epos,  aus  den 
Denkmal?;rn  erlautert.  —  Archiiologische  Unter- 
suchgn.  Mit  2  Taf.  u.  120  in  den  Text  gedr.  Ab- 
bildgn.  Leipzig,  Teubner.  Gr.  in-8,  VIII-353  pp. — • 
14  fr. 

Hermann  (K.  F.).  —  Leurbuch  der  griech- 
ischen  Antiquitaten.  —  Neu  herau.sg.  von  H. 
Bliimmer  und  W.  Dittenberger,  Fribourg,  Mohr,  2  vol. 
in-8". 

Jaennicke  (F.).  —  Mettl.^ciier  Muséum  — 
!'■'■  .\bthcilung:  Deutsches  Steinzeug  bis  zum  Ende 
des  18  Jahrhunderts.  Maycnce,  Dicmer,  1884,  in-8°, 
1 1   pi. 

Jungmann  (Joseph).  (*)  Priestcr  der  Gesellschaft 
Jesu,  Doctor  der  Théologie  und  ord.  Professor 
derselben     an    der    Universitiit     zu    Innsbruck    mit 


15it)liograpbie. 


119 


Erlaubnisz  der  Obern.  —  Aesthetik.  • —  Zweite,  voll- 
stândig  umgeaibeitete  und  wezentlich  erweiterde 
Auflage  des  Bûches  «  Die  Schônheid  und  die  ?chône 
Kurst  »  mit  r.eun  Illuslratiomn.  F'reiburg  im  Brisgau 
Herder'sche  Buchhandlung,  1884.  Prix:  15  francs. 

Lehner(D''F.  A.  von)Directordes  fiirstl.Hohenzol- 
lernschen   Muséums    in  Sigmaringen.  —  Die  Marien 

VEREHRUNG  IN  DEN  ERSTEN  JaHRHUNDERTEN. 

(Le  culte  de  Marie  aux  premiers  siècles,  par  le  Z>'  F.  A. 
V.  Lehfier,  conseiller  à  la  Cour,  directeur  du  musée  du 
prince  de  Hohenzollern  à  Sigmaringen,  avec  8  planches 
doubles  en  lithographie.  Stuttgart.  J.  Cotta.) 

Levin   (Thdr.).  —  Repertor  um    der    bei   der 

KONIGL.     KUNST-ACADEMIE     ZU    DuSSELDORF     AUFBE- 

wahrten  Sammlungen.  Diisseldorf,  de  Haen.  Gr.  in-S, 
X-393  PP-  —  3  fr.  35. 

Mutcher   (Rich).   —  Die  deutsche  Bucheril- 

LUSTRAÏION  DER    GOTHIK  U.    FrUHRENNAISSANCE.  

4"=  et  5*=  livraisons.  Miinchen,  Hirth.  In-fol.,  p.  121- 
232,  avec  nombreuses  illustrations.  Chaque  livraison  : 

—  24  fr. 

Otte  (D.  Heinr.).  —  Handbuch  der  kirchlichen 
Kunst-Archaologie  d.   deutschen  Mittelalters. 

—  In  Verbindg.  m.  dem  Verf.  bearb.  v.  Oberpfr. 
Ernst  Wernicke,  2°  volume,  i'=''  livraison.  Leipzig,  T. 
O.  Weigel.  In-8,  p.   1-160  avec  figures.   La  livraison  : 

—  5fr. 

Pay  (J.  de).  —  Die  Renaissance  in  der  Kir- 
chenbaukunst.  —  Entwiirfe  zu  Kirchen,  Leipzig, 
Wasmuth.,  gr.  in-fol. 

Reinike  (Kreisbauinsp.  E.).  —  Die  klinischen 
Neueanten  der  Universitat  Bonn.  —  Mit  vielen 
in  den  Text  eingedr.  Holzschn.  (Aus  :  «  Centralbl. 
d.  Bauverwaltg.  »)  Berlin,  Ernst  et  Korn.  gr.  in-8, 
32   PP-  —  3  fr.  80. 

Springer  (Rudolf).  —  Kunsïhandbuch  fur 
Deutschland,  Œsterreich  und  die  Schweiz. 
EiNE  Zusammenstelling  der  Sammlungen,  Le- 
hranstalten  und  Vereine  fur  Kunst  und  Kunst- 
oewerbe.  —  Dritte  Vermehrte  Aufiage.  Un  volume 
in- 18,  de  601  pages.  Berlin,  \\'eidmannsch  Buch- 
handlung  1883. 

Straub  (le  chanoine  A.).  —  L'Hortus  deliciarum 
de  l'abbesse  Herrade  de  Landsperg.  —  Repro- 
duction héliographique  d'une  série  de  miniatures, 
calquées  sur  l'original  de  ce  manuscrit  du  douzième 
siècle.  Texte  explicatif.  Ed.  par  la  société  pour  la 
conservation  des  monuments  historiques  d'Alsace. 
Livr.  4.  Strasbourg,  Trùbner.  Gr.  in-fol.,  10  tableaux 
et  2    feuilles  de  texte,  —  18  fr.  75. 

Les   4  livraisons  jusqu'ici  parues:  —  70  fr. 

Rozenberg  (Adf.).  —  Geschichte  der  moder- 
nen  Kunst.  —  4"  livraison,  Leipzig,  Grunow.  In-8, 
pp.   289-384.    Chaque  livraison:  —  2  fr.  50. 

Trendelenburg  (Adf.).  —  Die  Laokoongruppe 
UND  DER  Gigantenfries  DES  Pergamenischen  Al- 
tars.  Ein  Vortrag.  Mit  2  Lichtdr.-Taf.  ■ —  Berlin, 
Gaertner.  In-8,  39  pp.  —  i  fr.  65. 


Vorlagen  f.  keramische  Arbeiten,  vorwiegend  nach 
Enlwiarfen  der  hervorragendsten  iMeister  der  Neuzeit, 
insbesondere  v.  Brausewelter,  Dollischek,  Copeland 
and  Sons  etc.  (Aus:  «  Blàtter  f.  Kunstgeweibe  »)  Wien, 
V.  Waldheim.  In  Mappe.  In-fol.  38  tableaux  et  texte 
en  regard.  —  15  fr. 

Wurzbach  (Alf.  von).  —  Rembrandt-Galerie. 
Eine  Auswahl  v.  100  Gemiilden  Rembrandts,  nach 
den  vorzùglichsten  Stichen,  Radirgn.  u.  Schwarzkunst- 
blattern  in  unverKinderl.  Lichtdr.  ausgefiiithv.  Mart. 
Rommel  &  Co.  60  Blatterin  gr.  Fol.  u.  4oText-Illustr. 
Mit  Textbd.  —  Complet  en  20  livraisons.  Stuttgart, 
Neff.  1'''=  livraison  ;  gr.  in-fol.,  3  feuilles  et  8  pages  de 
texte  avec  photogravures.  —  4  fr. 

Hunnewell  (J.  F.).  —  The  Historical  Monu- 
ments OF  France.  With  Plates.  —  Boston.  In-8,  xiv- 
336  pp.  —  23  fr. 

Jlelmken  (F.  Th.).  The  cathedral  of  Cologne, 
it.s  legends,  hi.story,  architecture,  décorations 
AND  art  treasures.  —  Translated  by  J.  ^\'.  ^\■atkins, 
2=  éd.,  Cologne,  Boisserée,  in-8'^. 

Kenyon  (R.  L.).  ■ —  The  Gold  Coins  of  Englaxd 
Arranged  and  Described:  Beiiig  a  Sequel  to  Mr. 
Hawkins'  Silver  Coins  of  England.  —  London.  Qua- 
ritch.  In-8,  290  pp.  —  30  fr. 

Lee  (V.).  —  EuPHORiox  :  Being  Studies  of 
THE  Antique  and  the  medi.ïval  in  the  Renais- 
sance. —  Londres,  Unwin.   2  vol.  in-8°. 

Perkins  (Charles  G.)- —  Historical  Handeook 
OF  Italian  Sculpture,  Illustrated.  —  Un  volume 
in-8°,de  432  pages. —  London,  Remington  et  Co.  1883. 

Stephens  (George).  —  Handbook  of  the  old- 
northern  runic  Monuments  of  Scandinavia  and 
England,  Londres,  Williams  and  Norgate.  —  1884, 
in-4°,  fig- 

Stephens  (Prof. Geo.).  —  Old  Northern  Runic 
Monuments  of  Scandinavia  and  England.  Now 
first  Collected  and  Deciphered.  Vol.  III.  With  many 
Hundreds  of  Facsimiles  and  Illusts.  —  London,  Wil- 
liams and  Norgate.  In-fol.  —  64  fr. 


'16clg;iriiic. 


Guides  belges.  (*)  —  Bruges  et  ses  environs.  Avec 
nombreuses  gravures  et  un  plan  de  la  ville.  —  Bruges, 
imp.  et  lib.  de  la  Société  Saint-Augustin,  Desclée,  De 
Brouweret  C"''.  In- 18,  281  pp.  —  4  fr. 


I20 


IRcD uc  Dc  ract  cbrétien. 


Cloquet  (L.)  (*)  Tournai  et  Tournaisis.  — •  Un 
volume  relié  de  500  pp.  in-12,  impression  de  luxe,  ac- 
compagné d'une  carte  de  la  ville  de  Tournai  et  d'une 
centaine  de  gravures.  —  18S4.  — ■  Sjc.  St-Augustin, 
Lille.  —  4  fr. 

S.uti  presse  :  —  Anvers  et  l'exposition,  par  L. 
Kintschots.  —  Malines  et  ses  environs,  par  l'abbé 
Van  Caster.  —  Gand  et  ses  environs,  par  E.  Bumers. 

—  Bru.kelles  et  ses  environs,  par  G.  Nève. 

Van  Caloen  (R.  P.  Dom  Gérard)  (*)  bénédictin  de 
l'abbaye  de  Maredsous.  —  Les  bas-reliefs  de  Mared- 
sous  provenant  ue  l'abbave  de  Florenne  et  le 
ci.MEiTi'-.RE  FRANC  DE  Maredsous.  —  (Extrait  du 
t.  X\'I  des  Annales  de  la  Société  archéologique  de  Namur. 
in-8%  22  p.  Namur,  Wesmael-Charlier,  1884  (avec  une 
planche). 

Van  Caster  (l'abbé  G.).  —  Histoire  des  rues  de 
Malines  et  de  leurs  monuments.  —  Malines,  imp. 
J.  Ryckm.<.n3-Van  Deuren.  In-8,  3S0  pp.  —  5  fr. 

Van  Robays  (Eug.)  de  la  com  p.  de  Jésus.  —  Les 
symboles  de  la  sainte  Trinité.  Étude  archéologi- 
que. (Extrait  des  Précis  historiques.)  —  In  8"  de  48  ])p. 

—  2  pi.  lith.  —  Bruxelles,  Vromant,  1876.  —  2.00  fr. 

^^^^^^^..^  Danemark.  — --^— .-.-^ 

Sick  (J.  F.).  —  Notice  sur  lesouvr.\ges  en  or 
et  en  argent  dans  le  Nord  et  sur  la  «  Solvkam- 
MER  »  DES  Rois  de  Danemark.  Suivie  d'un  tableau 
des  types  de  différents  poinçons  et  marques  de  vieille 
argenterie  européenne.  Avec  neuf  planches.  —  Copen- 
hague, Lehmann  et  Stage.  In-8,  52  pp.  —  3  fr. 


■  Cspaçjnc.^ 


Canton  Salazar  (L.).  —  Monografia  historico- 

ARQUEOLOGICA  DEL  PaLACIA  DE  LOS  CONDESTABLES  DE 
CaSTILLA,  MAS  COMUNMENTE  CONOCIDA  POR  CaSA  DEL 

Cordon.    —    Burgos,    imp.    y    libr.  de  S.  Rodriguez 
Alonso,  In-4,  82  pp.  y  3  laminas.  —  2  fr.  50. 


fôollaiioc. 


Souvenir  d'Amsterdam  et  de  l'exposition,  1883. 
—  Amsterdam,  Joh.  G.  Steniber  Cz.  Pet.  in-8,  23 
planches.  —  i  fr.  50. 


Italie. 


Bindi  (Vincenzo).  —  Artisti  abruzzesi   (pittori, 
scultori,  architetti,  maestri   di  musica,  fonditori,  cesel 
latori,  figuli,  dagli  antichi  ai  moderni):  notizie  e  docu- 
nienti.    —  Napoli,  tip.    De  Angelis.  In-8,  159  pp.    — 
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Garocci  (Guido).  —  Il  Mercato  vecchio  di  Fi- 
renzë:  rlcordi  e  curiosità  di  storia  ed  arte. —  Firenze, 
tip.  délia  Pia  Casa  di  Patronato  —  2  fr.  50. 

Gavalcaselle  (G.  B.)  e  Crowe  (J.  A.).—  Raf- 

FAELLO,    LA    SUA   VITA   E    LE    SUE  OPERE.     —    FirenZC, 

suce.  Le  Monnier.  Vol.  I.  In-8,  xi-415  pp.  —  10  fr. 

InDICAZIONE      SOMMARIA    DEI       QUADRI     ed     OPERE 

d'arte  della  R.  Pinacoteta  di  Torino.  —  Torino, 
tip.  Reale  ditta  G.  B.  Paravia  e  C.  di  I.  Vigliardi.  In- 
16,  121  pp.  —  I  fr.  25. 

Lo  Re  (l'abbé  Giacomo).   —  Il  canto  liturgico 

ILLUSTRATO   SEC0ND0  LE  AUTENTICHE    EDIZIONI  DI  Ll- 

bri  corali.  —  Palermo,  tip.  Olivieri.  In-8,  192  pp. — 

Melani  (.\.).  — .-\.RCHiTErTURAiTALiANA;parte  2. 
(Architettura  niedioevale,  del  Rinascimento,  del  cin- 
quecento,  barocca,del  settecento  e  moderna.  —  Milano, 
Hoepli,  edit.  In- 16,  x-217  pp.  —  2  fr. 

Toxiri  (avv.  Ag.).  —  Miniers,  zecche  et  .monete 
DELLA  Sardegna:  ccnni  cronologici,  con  quadri  e  li- 
togralie.  — ■  Ancona,  Morelli,  edit.  In-S,  5g  pp.  — 
3fr. 


ll^ortugal. 


Catalogo  DO  Museu  Nacional  de  Bellas-Artes, 
SECÇAO  depintur.a  (descrevendo  o  assunipto  de  cada 
quadro,  a  sua  procedencia,  os  principaes  factos  bio- 
graphicos  de  seus  auctores,  etc.)  —  Lisboa,  imp.  Na- 
cional. In-8,  97  pp.  —  2  fr. 

Vasconcellos  (Joaquim  de).  — Historia  da  arte 
EM  Portugal.  Fasciculo  2",  Documentos  ineditos  col- 
ligidos  por  Rodrigo  Vicente  d'.\lmeida. —  Lisboa,  imp. 
de  la  Novedad.  In-8,  95  pp.  —  4  fr. 


Puisse. 


Perrin  (A.).  —  C.vtalogue  du  médaillier  de 
Savoie.  Avec  des  fig.  —  Genève,  Stapelmohr.  In-8. 
—  6  fr.  50.  J.  C. 


^ 


^ 


I       iMiiiii ■iiniiiiipiiiim  II  ■■■  ■"'^'■°- iiiin  ^T'f^rfflytlV^Trf  iili^tfffTi¥Mr  iTt"rMnff  ■■■rTLTr^TifTT¥Trivr  iT""^'^*^  ir  >;!'■■'■  I  II  II     iim   u  ynr*  n^/i 


Gfjrontquc. 


SOMMAIRE,  —  ŒUVRES  nouvelles;  Pluie  de  statues;  efnoraison  d'églises 
(Oraduur-sur-Vayres,  Besançon,  Péronville,  Saint-Sernin,  Vernoux,  Oroix,  Paray,  Bordeaux, 
Hervé,  Schaerbeeck,  Equateur,  Rome)  ;  Peintures  murales  du  Panthéon  et  de  Saint-Paul  à 
Londres;  hôtel  de  ville  de  Saint-Nicolas.  —  RESTAURATIONS;  Jubé  delà  cathédrale  de 
Rouen  ;  clocher  de  Saint-Front  à  Périgueux  ;  hôtel  de  ville  de  Louvain  ;  église  de  Saint-Bavon, 
à  Gand  ;  églises  de  Bayonville,  de  Braine  le  Comte  et  de  Saint-Eustache  à  Paris  ;  tour  de  Clovis  ; 
Société  des  Amis  des  monuments  historiques  ;  la  Marienburg  ;  conservation  de  monuments  et 
Sociétés  des  Beaux-Arts  en  Allemagne  ;  travaux  à  Rome,  dôme  de  Venise.  —  TROUVAILLES: 
Fouilles  de  la  rue  de  la  Bucherie,  à  Paris  ;  trouvailles  à  Tulette,  à  Harmignées,  à  Maredsous  ; 
un  Albert  Durer  et  plusieurs  Rembrandt.  —  CONGRÈS  ET  EXCURSIONS.  —  EXPOSITIONS. 
—   MUSÉES.   —  VENTE. 


oecuurfô  nouvelles. 

N  notre  temps  si  pauvre  en 
grands  hommes,  les  illu- 
strations pullulent.  Aussi 
pleut-il  des  décorations  et 
des  statues  sur  la  France. 
Le  nombre  de  monuments 
qui  voient  le  jour  depuis 
quelque  temps,  à  la  gloire 
Uj^^là::-j,-Z<^J:^bo . ■  j, -î£ri  de  nos  concitoyens  en 
faveur  dans  l'opinion,  est  quelque  chose  de  prodi- 
gieux. Cette  épidémie  règne  du  reste  aussi  chez 
nos  voisins. 

En  ce  moment  sont  exposés  à  la  salle  Melpo- 
mène  les  projets  du  monument Gambetta  qui  ont 
été  l'objet  d'un  concours.  Récemment  on  inau- 
gurait à  Valenciennes  le  monument  deWatteau, 
et  en  même  temps  la  statue  d'Etienne  Dolet  à 
Paris.  Celle  de  Simon  Saint-  Jean  s'élevait  à 
Millery  (Rhône).  Le  monument  àes  six  bourgeois 
de  Calais  est  mis  au  concours.  On  peut  voir  au 
square  du  Temple  la  statue  de  Béranger  sur  son 
piédestal,  et  celle  de  Viollet-Le-Duc  préside  à 
l'installation  du  nouveau  musée  de  moulages. 
M.  Idrac  termine  l'effigie  en  bronze  d'Etienne 
Marcel, qui  est  destinée  au  petit  square  de  l'Hôtel 
de  Ville.  La  maquette  en  plâtre  de  la  statue 
de  Claude  Bernard  a  été  portée  sur  l'emplace- 
ment choisi  à  Paris  pour  son  érection,  au  haut 
du  grand  escalier  qui  mène  au  collège  de 
France.  On  s'occupe  activement  du  monument 
Berlioz.  Les  amis  de  Gil-Pérèsont  résolu  d'élever 
un  monument  à  la  mémoire  de  cet  artiste,  avec 
l'aide  du  ministère  des  Beaux-Arts.  Un  comité 
fonctionne  pour  l'érection  d'une  statue  à  Ledru- 
RoUin,  Boulevard-Voltaire.  Le  monument  com- 
mémoratif  de  la  Révolution  française  s'élèvera 
bientôt  sur  une  des  places  de  Paris.  Les  bourga- 
des imitent  les  grandes  villes,  et  la  commune  de 


Tantonville  (Meurthe-et-;\Ioselle)  vient  d'inau- 
gurer le  monument  de  M.  Jules  Tourtel,  tout 
récemmentdécédé.  Les  Gantois  vont  placer  Liévin 
Bauwens  sur  le  piédestal,  RI.  Chapu  met  la  main 
au  monument  de  G.  Flaubert,  etc 

L'Italie  ne  reste  pas  en  arrière.  Le  monument 
de  Cavour  vient  d'être  l'objet  d'un  concours.  Celui 
de  Victor  Emmanuel,  à  Rome,  sera  adossé  au  flanc 
septentrional  de  l'église  de  VAra-Cœli,  contre 
le  Capitole,  regardant  de  front  le  centre  du  Cor- 
so. La  statue,  véritable  apothéose  de  l'usur- 
pation sacrilège,  foulera  en  quelque  sorte  aux 
pieds  les  ruines  de  la  puissance  temporelle  du 
Saint-Siège.  Cette  orgueilleuse  figure,  hissée  sur 
un  piédestal  de  12  mètres  de  hauteur,  sera 
quatre  fois  plus  grande  que  nature.  —  Du  reste, 
il  ne  sera  bientôt  plus  possible  d'éviter  dans  la 
péninsule  une  statue  de  ce  souverain,  sans  se 
heurter  à  une  statue  de  Garibaldi.  Plusieurs 
villes  d'Italie  se  proposent  d'en  élever  de  nouvel- 
les, notamment  Palerme;  rien  ne  vaut  ce  qui 
vient  d'arriver  à  Pavie,  où  un  comité  s'était  formé 
pour  ériger  une  statue  au  «  héros  ».  Le  monu- 
ment a  été  inauguré  l'an  dernier,  mais  le  quart 
d'heure  de  Rabelais  est  arrivé,  car  la  gloire  se 
paye,  surtout  en  bronze.  Or  le  comité  avait 
dépensé  ses  ressources  en  fêtes  d'inauguration, 
et  le  pauvre  fondeur  en  appelle  aux  tribunaux. 

Un  monument  élevé  à  la  mémoire  de  Guillau- 
me II  vient  d'être  solennellement  inauguré  à 
Luxembourg.  C'est  une  statue  équestre  sculptée 
par  M.  A.  Mercié. 

Il  nous  a  toujours  paru,  que  la  statue  isolée 
comporte  en  quelque  sorte  la  glorification  de 
l'homme  tout  entier  ;  à  ce  point  de  vue  il  y  a 
véritable  scandale,  à  accorder  les  honneurs  du 
bronze  à  des  illustrations  très  réelles,  mais  fort 
peu  édifiantes  à  certains  égards. 

Les  saints  seuls  en  mériteraient,  parce  que  leur 


1885. 


i'*^  Livraison. 


122 


îRctJuc   De   rart    ct)rcticn. 


grandeur  est  surnaturelle.  Mais  ils  sont  préci- 
sément les  déshérités  des  honneurs  publics.  — 
Tandis  que  les  nations  catholiques  rougissent  de 
leurs  saints,  voici  que  l'hérétique  Angleterre  leur 
fait  la  leçon.  Lord  Grandville  élève  un  impo- 
sant monument  à  saint  Augustin,  l'apôtre  en- 
voyé par  le  Pape  pour  convertir  l'Angleterre. 
Voici  quelques  détails  à  ce  sujet.  Ce  monu- 
ment, dont  nous  avons  déjà  dit  un  mot,  mar- 
quera sur  les  rivages  de  l'Angleterre  l'endroit 
vénéré  où  saint  Augustin  eut  sa  première  entre- 
vue avec  le  roi  Ethelbert.  Ce  lieu  se  trouve  sur 
la  route  de  Ramsgate,  près  de  Ebbs-Fleet,  dans 
l'ile  de  Thanet.  Le  sol  y  est  très  fertile  et  une 
ancienne  légende  s'exprime  en  ces  termes  au 
sujet  de  cet  endroit,  qui  s'appelle  encore  Gotvians- 
field  (le  champ  de  l'homme  de  Dieu)  :  «  Félix 
telliis,  aijits  gleba  contraxisse  benedictioneni  credi- 
tiir  adventu  Bcati  Aiigiistini.  »  (Heureuse  terre, 
dont  on  croit  que  le  sol  a  été  béni  par  le  fait  de 
l'arrivée  de  saint  Augustin  !) 

Il  y  a  un  demi-siècle,  un  grand  chêne  existait 
encore  à  cet  endroit  ;  il  était  connu  sous  le  nom 
de  Chêne  de  saint  Augustin  ;  à  notre  époque 
même,  le  petit  cours  d'eau  qui  arrose  ce 
champ  et  ne  se  dessèche  jamais,  s'appelle  la 
Source  de  saint  Augustin. 

Le  monument  aura  une  hauteur  d'environ  vingt 
pieds,  et  sera  taillé  dans  la  pierre  çlite  doulling 
quarries,  dont  la  durée  est  séculaire. 

Il  sera  orné  des  emblèmes  des  quatre  Évan- 
gélistes  :  le  lion,  l'aigle,  l'homme  et  le  bœuf  ;  il 
sera  orné  de  bas-reliefs  représentant  l'Annoncia- 
tion, la  Vierge  avec  l'enfant,  le  Crucifiement,  la 
Transfiguration,  les  douze  Apôtres  avec  leurs 
emblèmes  (le  traître  Judas  étant,  conformément 
au  symbolisme  antique,  représenté  avec  une  tête 
d'animal)  etc. 

Voici  la  traduction  de  l'inscription  latine  qui 
a  été  composée  pour  orner  ce  témoignage  de 
reconnaissance  du  peuple  anglais  au  grand  saint 
qui  porta  la  lumière  de  la  foi  dans  sa  patrie  : 

«  Augustin,  arrivé  enfin  à  Ebbs-Fleet,  dans  l'île 
de  Thanet,  après  avoir  couru  de  grands  périls  sur 
terre  et  sur  mer,  rencontra  dans  ce  lieu  le  roi 
Ethelbert,  y  parla  pour  la  première  fois  chez 
nous,  et  y  jeta  heureusement  la  première  se- 
mence de  la  foi  chrétienne,  qui  se  propagea  avec 
une  admirable  rapidité  par  toute  l'Angleterre. 
Afin  de  conserver  chez  les  habitants  de  Kent 
le  souvenir  de  ce  fait,  George  Leveson-Govver, 
comte  Grandville,  a  fait  élever  ce  monument 
—  1884.» 

Il  faut  remarquer  que  Lord  Grandville 
n'est  pas  catholique,  et  que  saint  Augustin 
avait  été  envoyé  par  le  Pape  pour  convertir 
l'Angleterre. 


SEM.  le  cardinal  Guibert  vient  de  désigner 
.  pour  succéder  à  M.  Abadie,  comme  archi- 
tecte de  la  basilique  du  Sacré-Cœur,  M.  Dau- 
met,  à  qui  l'on  doit,  entre  autres  importants 
travaux,  la  restauration  du  Palais  de  Justice. 

LE  jour  de  la  Toussaint,  une  cérémonie  à  la  fois  simple 
et  grandiose  avait  lieu  dans  la  salle  synodale  de 
l'dvcché  d'Angers.  Il  s'agissait  de  remettre  à  Mgr  Freppel 
une  crosse  d'honneur  et  des  insignes  épiscopaux,  témoi- 
gnage de  l'admiration  et  de  la  reconnaissance  des  catho- 
liques, à  l'égard  du  grand  prélat.  —  Ces  objets,  d'un  carac- 
tère éminemment  artistique,  méritent  ici  une  mention 
spéciale.  Nous  comptons  en  donner  dans  la  prochaine 
livraison  une  description  détaillée,  dont  la  publication  est 
forcément  retardée  par  la  confection  des  planches  qui 
doivent  l'accompagner. 


LE  grand  nombre  d'églises  construites  ou 
restaurées  de  nos  jours  forme  une  des 
antithèses  caractéristiques  de  l'époque  contempo- 
raine. Humainement  parlant,  c'est  à  peine  croy- 
able, surtout  en  ce  qui  concerne  les  campagnes. 
Or,  ce  tour  de  force  s'est  reproduit  sur  beaucoup 
de  points  du  territoire  français  dans  ces  derniers 
temps  ;  témoins  les  nombreux  exemples  qui 
suivent: 

En  moins  de  deux  années,  a  été  rebâtie,  sur  un  beau 
plan,  l'église  d'Oradour-surA'ayres.  Le  28  avril  1S78,  avait 
lieu  la  pose  religieuse  de  la  première  pierre  ;  le  7  octobre 
1SS4,  la  consécration  épiscopale  du  monument. 

Monument  !  c'en  est  un,  au  moins  de  foi,  de  générosité, 
de  zèle  et  de  bonne  entente.  Quant  à  l'architecture,  elle  est 
du  genre  roman  ;  une  seule  nef  en  croix  latine,  voûte  un  peu 
basse,  avec  un  transept  original  et  chevet  rayonnant.  Du 
vieil  édifice,  on  a  utilisé  seulement  la  base  du  clocher, 
autrefois  au  milieu,  et  maintenant  à  l'entrée.  Vitraux  et 
grisailles  sont  de  la  facture  H.  Feur,  de  Bordeaux,  le  maî- 
tre-autel, des  ateliers  Gardien,  de  Limoges. 

LE  30  août  a  eu  lieu  à  Besançon,  la  bénédiction  solen- 
nelle de  la  première  pierre  de  l'église  dédiée  aux  pre- 
miers aputres  de  la  province,  les  saints  Ferréol  et  Ferjeux. 
Le  style  adopté  est  le  style  roman  ;  l'église  aura  une  cou- 
pole centrale,  avec  deux  tours  et  clochers  comme  les 
anciennes  basiliques.  La  crypte  ancienneoccupera  le  milieu 
de  l'église  souterraine,  et  au  lieu  d'ctre  no)ée  dans  la 
maçonnerie,  l'enceinte  des  rochers  restera  exposée  aux 
regards  des  visiteurs,  et  donnera  au  monument  le  cachet 
de  vérité  que  lui  avaient  enlevé  les  travaux  des  derniers 
siècles.  Les  fouilles  de  l'abside  sont  achevées,  les  bases  des 
chapelles  de  l'hémicycle  s'élèvent  et  donnent  une  idée 
du  plan  d'ensemble. 

LE  mercredi  10  septembre,  Mgr  l'Évêque  d'Orléans, 
répondant  à  une  gracieuse  invitation  de'son  vénéré 
collègue  de  Chartres,  Mgr  Regnault,  consacrait  sous  le 
vocable  de  saint  Pierre,  la  nouvelle  église  de  Péronville 
aux  confins  du  pays  Dunoiset  de  la  Beauce  Orléanaise,  et 
y  scellait  dans  le  sépulcre  de  l'autel  les  reliques  des 
saints  Félix,  Hilaire  et  Lyé. 

La  structure  du  nouveau  monument  a  été  conçue  et 
exécutée  dans  la  disposition  des  édifices  de  la  période  du 
XI=  au  XII"  siècle,  et  dans  le  style  roman  de  transition 
qui  les  caractérise.  Un  autel  roman  taillé  en  belle  pierre 
de  Poitiers,  dû  à  la  munificence  de  la  noble  famille  de 


Cf)toniquc. 


123 


Gaudart  d'AlIaines,  d'Orléans,  s'harmonise  ainsi  que  son 
tabernacle  avec  l'architecture  générale  de  l'église  et  en 
décore  avantageusement  le  sanctuaire,  au-dessous  duquel, 
en  forme  de  crypte,  s'ouvre  une  sacristie  commode  et 
spacieuse. 

ON  vient  de  terminer  les  nouveaux  travaux  de  dallage 
de  l'église  Saint-Sernin.  Ceux  qui  ont  vu  les  pierres 
usées  et  les  vieilles  briques  qui  formaient  le  pavé  de  la 
basilique  savent  combien  cette  restauration  était  néces- 
saire. Fatiguée  d'attendre  les  secours  de  l'État,  qui  ne 
sont  plus  aujourd'hui  pour  les  édifices  religieux,  la  Fabri- 
que s'est  décidée  à  supporter  cette  dépense  à  l'aide  de 
grands  sacrifices  et  de  quelques  souscriptions  privées. 

On  a  couvert  une  superficie  d'environ  deux  mille  mètres 
en  marbre  dit  de  Sainte-Anne,  connu  par  son  extrême 
dureté  et  provenant  des  carrières  d'Arudy,  vallée  d'Ossau 
(Basses-Pyrénées). 

Les  dessins  et  la  direction  de  l'œuvre  sont  dus  à  M. 
Courrèges,  architecte  en  même  temps  que  fabricien. 

ON  a  beaucoup  loué  les  corvées  volontaires 
faites  au  inoyen  âge  pour  la  construction 
de  nos  cathédrales.  En  voici  une  imitation  offer- 
te récemment  par  les  hommes  de  Vernoux 
(Ardèche),  en  faveur  de  leur  église  du  Sacré- 
Cœur.  On  lit  dans  la  Semaine  religieuse  de  Tou- 
louse: 

«  J'ai  voulu  voir  à  l'œuvre  ces  chrétiens  si  fervents  ;  je 
me  suis  transporté  sur  les  lieux  de  l'extraction  du  sable, 
extraction  qui  ne  se  fait  pas  sans  peine,  tant  s'en  faut. 

«  Plus  de  cent  hommes  ou  jeunes  gens  forts  et  robustes 
étaient  uniquement  occupés  à  ce  travail  ;  d'autres  plus 
âgés  ou  trop  jeunes  remplissaient  les  sacs;  de  nombreuses 
charrettes  (40  ou  50)  très  bien  attelées,  le  transportaient 
ensuite  de  la  route  à  l'église,  qui  se  trouve  à  2  kilomètres 
de  distance. 

«  Vers  les  cinq  heures  du  soir,  la  corvée  était  ter- 
minée ;  beaucoup  l'avaient  commencée  à  trois  heures  du 
matin. 

«  Tambours  et  clairons  en  tête,  nos  deux  cents  ouvriers 
du  bon  Dieu  entrent  dans  Vernoux  en  ordre  parfait,  et 
viennent  prendre  part  à  un  banquet  offert  par  les  autres 
catholiques,  qui  n'avaient  pu  les  aider  de  leurs  bras. 

<.<  \'ers  les  sept  heures  tout  le  monde  s'est  retiré,  un  peu 
fatigué  peut-être,  mais  tous  heureux  d'avoir  été  les  ou- 
vriers du  Sacré-Cœur.  » 


la  réalisation  du  vœu  le  plus  cher  des  habitants  du  quar- 
tier sud. 


M 


GR  l'évêque  de  Tarbes  a  consacré,  le  7  novembre, 
la  nouvelle  église  d'Oroix,  patrie  de  Mgr  Laurence. 

MGR  Thomas,  archevêque  de  Rouen,  vient  de  faire 
ériger  dans  la  basilique  de  Paray,  l'église  de  son 
baptême,  un  magnifique  baptistère,  cfiuvre  artistique  au 
suprême  degré,  assure-t-on,  et  vraiment  digne  du  dona- 
teur. 

LA  nouvelle  église  du  Sacré-Cœur  de  Bordeaux,  œuvre 
de  M.  Mondet,  n'est  pas  encore  terminée  à  l'exté- 
rieur. Aux  côtés  de  l'entrée  principale  on  élèvera  deux 
clochers  surmontés  de  lanternes  avec  dômes. 

L'église,  réclamée  en  1875  V^'^  ""^  pétition  et  autorisée 
en  1S76  par  un  décret  du  gouvernement,  a  été  construite 
sans  le  concours  de  la  ville.  L'initiative  et  la  générosité 
du  cardinal  Donnet,  du  clergé  et  des  fidèles,  ont  permis 

I.  C'est  au  môme  artiste  que  sont  dues  les  mosaïques  exécutées 
aux  fonts-baptismaux  de  Saint-Sernin  et  aux  chapelles  de  Sainte- 
Germaine  et  de  Notre-Dame  Bonnes  Nouvelles. 


APRÈS  bientôt  quinze  ans,  l'église  de  Val-Dieu,  près 
de  Hervé  (Belgique)  renversée  il  y  a  un  demi-siècle, 
vient  de  sortir  de  ses  ruines  et  de  recevoir  de  l'évêque 
consécrateur  le  caractère  religieux  qui  lui  permet  d'être 
livrée  au  culte. 

Il  a  fallu  quinze  années  d'un  travail  opiniâtre,  d'un 
dévouement  sans  bornes  pour  mener  à  bonne  fin  l'œuvre 
de  restauration.  Mais  maintenant  cette  œuvre  est  accom- 
plie. Sur  les  anciens  fondements,  des  murs  à  l'aspect  impo- 
sant se  sont  édifiés,  et  voici  qu'un  monument  d'un  caractère 
sévère  illustre  de  nouveau  et  pour  des  siècles,  la  solitude 
du  Val-Dieu. 

La  consécration  de  cette  basilique  a  été  faite  le  lundi  20 
octobre,  par  Mgr  l'évêque  de  Liège. 

LA  fabrique  de  l'église  paroissiale  de  Sainte-Marie,  à 
Schaerbeek  (Bruxelles),  a  procédé,  à  l'adjudication 
de  l'entreprise  des  travaux  d'achèvement  de  cet  édifice. 
Travaux  suspendus,  depuis  plus  de  vingt  ans. 

D'après  les  plans  et  devis  de  l'architecte  provincial 
Hannotte,  la  dépense  qui  reste  à  faire  monte  à 
fr.  165,254-53. 


LA  République  de  l'Equateur  vient  d'allouer 
les  fonds  nécessaires  pour  l'érection  d'un 
temple  national  au  Sacré-Cœur  de  JÉSUS.  C'est 
le  premier  décret  du  nouveau  gouvernement. 
Ce  grand  acte  inaugurera  d'une  manière  heureuse 
la  carrière  du  président  Caamano,  le  digne  suc- 
cesseur de  l'héroïque  Garcia  Moreno.  Selon  l'ex- 
pression du  député  qui  a  défendu  le  projet  au 
Parlement,  cette  basilique  sera  le  rempart  de 
l'Equateur. 

«  Messieurs,  dit-il,l'isthme  de  Panama  va  s'ouvrir  :  on  dit 
que  la  civilisation  européenne  va  déborder  chez  nous  par 
ce  canal,  et  couvrir  de  ses  trésors  tous  nos  océans.  Eh 
bien  !  voici  le  moment  d'élever  bien  haut  le  flambeau 
de  notre  foi  pour  illuminer  de  son  éclat  les  eaux  du  Paci- 
fique et  attirer  à  nos  plages  tous  ces  voyageurs  errants. 
Les  âmes  cherchent  naturellement  la  foi,  parce  que  la  foi 
est  une  lumière,  et  l'âme  cherche  la  lumière.  La  basilique 
du  Sacré-Cœur,  élevée  sur  le  sommet  du  Pichincha  comme 
le  symbole  de  la  foi  de  tout  un  peuple,  voilà  le  phare  qui 
doit  éclairer  les  flots  du  Pacifique...  > 

De  si  nobles  paroles  ne  s'entendent  guère  plus 
dans  les  Parlements  européens. 


LE  dimanche,  19  juillet  dernier,  on  a  fait,  à  Rome,  avec 
une  pompe  solennelle,  la  consécration  de  l'église  de 
Sainte-Marie-de-la-Victoire  et  de  l'autel  de  la  Sainte- 
Vierge,  don  de  Son  Excellence  le  prince  Don  Ale.xandre 
Torlonia.  C'est  Son  Éminence  le  cardinal  Jacobini,  secré- 
taire d'État  de  Sa  .Sainteté,  qui  a  accompli  les  cérémonies 
prescrites  par  le  rituel.  L'autel  est  construit  entièrement 
en  lapis-lazuli  et  autres  marbres  précieux.  .-Xu-dessus  se 
trouve  une  gloire  ou  iitonstranci  or  et  argent,  destinée  à 
entourer  le  tableau  miraculeux  de  la  Madone,  qui  y  a  été 
transporté  proccssionnellement,  après  la  consécration 
de  l'autel.  {Rosier  de  Marie.) 


124 


IRcuuc   0  e   rart    cJjvcticn. 


A  Sainte-Marie-Madeleine  des  Pères  ministres  des  in- 
firmes, la  clôture  du  triduum  a  dté  des  plus  brillantes.  Sur 
la  façade  on  lisait  l'inscription  suivante  : 

SVPPLICATIONES    IN  TRIDVVM 

OB  CENTESI.MV.M  ANNVM 

A  PVBLICO  ET  SOLEMNI  EXERCITO 

MENSI    MARIANO 

A  ce.  RR.  (■)  INFIli.MIS    MINISTRANT.  INSTITVTO 

QVOTQVOT  ESTIS  DEIPAR/E  CLIENTES 

IPSAiM    ADPRECAMINI 

VBERElM   OPEM    ALL.ATVRAM 

(Ibidem) 
Voilà  de  bonne  épigraphie  latine,  comme  on  sait  la  faire 

à  Rome. 

En  France,  il  en  va  autrement;  cju'on  en  juge  par  le 

tombeau  du  premier  archevêque  de  Rennes. 

Sur  une  plaque  de  marbre  noir,  fixée  au  piédestal,  est 

gravée  l'inscription  suivante  : 


MEMORI^ 
E.  E.  In  X°  P.\tris  D.  D.  Godfridi  Brossays 
Saint-Marc.  S.  R.  E.  Prksbyteri  Cardinaus 
Tituli  s.  Mari.e  de  Victoria 

Pruii  Redonum  Archiepiscopi 

hoc  iionumentum  clerus  populusque  mœ 

rentes  et  grati  posuere 


DANS  la  ville  de  Landshut,  M.  F.  X.  Banh,  de  Munich, 
est  occupé  à  orner  la  nouvelle  église  du  Saint-Esprit 
de  peintures  murales,  à  l'aide  d'un  nouveau  procédé  qui 
lui  est  propre.  Il  doit  retracer  les  sept  œuvres  de  miséri- 
corde et  a  eu  l'idée  de  mettre  en  scène  des  sœurs  de  cha- 
rité, exerçant  leurs  sublimes  fonctions  auprès  de  l'humanité 
souffrante. 


LES  importantes  décorations  dti  Panthéon 
touchent  à  leur  fin.  On  vient  de  découvrir 
deux  fresques  de  M.  Maillot,  peintes  dans  la 
chapelle  latérale  de  droite,  et  une  mosaïque  de 
M.  Hébert,  qui  décore  le  cul  de  four  central  placé 
au  fond  du  monument,  derrière  l'autel  de  carton 
doré,  qui,  espérons-le,  ne  tardera  pas  à  disparaî- 
tre. Voici,  d'après  la  légende  explicative,  le  sujet 
des  fresques  de  M.  Maillot  : 

<<  Sous  le  règne  de  Charles  VIII,  au  milieu  d'un 
nombreux  cortège,  où  figurent  l'évêque  de  Paris,  l'abbé 
de  Sainte-Geneviève,  le  clergé  des  paroisses  et  les 
corporations,  le  parlement  et  les  autres  cours  souveraines, 
l'an  1496,  le  12  janvier,  la  châsse  de  sainte  Geneviève, 
portée  par  des  bourgeois  de  Paris,  vêtus  de  chemises  de 
pénitents,  est  conduite  solennellement  à  l'église  Notre- 
Dame  pour  obtenir  la  cessation  des  pluies  qui,  depuis  trois 
mois,  désolent  la  ville.  >"> 

L'œuvre  manque  d'accent  et  de  mouvement  ;  tous  les 
personnages  sont  du  même  ton,  qu'ils  soutiennent  la 
châsse,  soufflent  dans  des  trompettes  ou  se  prosternent 
devant  les  restes  de  la  sainte. 

La  fresque  de  M.  Maillot  a  pourtant  une  qualité,  celle 
de  ne  pas  s'imposer.  On  peut  ne  pas  la  voir.  L'artiste  est 
resté  dans  des  tons  gris  et  mornes  qui,  joints  à  l'obscurité 
relative  du  lieu,  empêchent  ses  innocentes  compositions 
d'être  gênantes. 

I.  Clericis  regularibus. 


L'immense  mosaïque  de  l'abside  a  été  confiée  à  M.  Er- 
nest Hébert.  L'effet  en  est  éclatant  et  l'œuvre  mérite  à 
tous  les  points  de  vue  une  étude  spéciale.  C'est  par  M.  de 
Chenevière,  alors  qu'il  était  directeur  des  Beaux-Arts,  que 
ce  grand  travail  a  été  demandé  à  M.  Hébert  ;  on  lui 
laissa  le  choix  du  mode  d'exécution,  soit  en  mosaïque,soit 
par  les  procédés  de  peinture  accoutumés.  M.  Hébert  opta 
pour  la  mosaïque.  Un  atelier  de  mosaïste  était  alors  en 
voie  de  création  à  la  manufacture  de  Sèvres  sous  la  di- 
rection d'un  des  meilleurs  artistes  du  Vatican,  M.  Pogge- 
si.  C'est  cet  atelier  qui  a  exécuté  les  travaux  de  l'abside 
du  Panthéon  avec  le  concours  de  M.  Guilbert  Martin,  qui 
a  consenti  à  mettre  les  grands  feux  de  son  usine  à  la 
disposition  de  M.  Poggesi  pour  les  quantités  considérables 
d'émaux  nécessaires. 

Le  sujet  que  M.  E.  Hébert  a  dû  représenter  est  celui- 
ci:  /,<.' Christ  montrant  à  l'ange  de  la  France  /es  destinées 
de  son  peuple  dans  une  visio/i.  Une  inscription  latine,  à 
lettres  d'or  sur  fond  bleu,  due  ;\  M.  Leblant,  exprime  ainsi 
ce  programme  :  Angelum  Galliœ  custodem  Christus  pa- 
triœ  faia  docet.  Le  CHRIST,  debout  au  milieu  de  la  com- 
position, tient  de  la  main  gauche  le  livre  des  destinées  ; 
de  la  main  droite,  il  commande  aux  événements  qui  se 
déroulent  devant  lui,  représentés  par  les  peintures  de 
MM.  Cabanel,  Puvis  de  Chavannes,  Bonnat,  etc.,  qui 
résument  l'histoire  mystique  de  notre  pays.  L'ange  de  la 
France,  à  gauche  du  Christ,  l'épée  nue  à  la  main,  sem- 
ble assister  à  quelque  lamentable  désastre  du  pays  dont 
il  est  le  gardien  ;  mais  l'attitude  de  la  figure  semble  dire 
que  de  beaux  jours  peuvent  luire  encore  pour  la  patrie.  A 
gauche,  l'auteur  a  placé  sainte  Geneviève,  patronne  de 
l'Eglise  et  de  Paris,  et  à  droite  Jeanne  d'Arc  avec  son 
armure.  La  martyre  n'a  pas  d'auréole  ;  mais  la  Vierge 
est  auprès  d'elle,  lui  mettant  la  main  sur  l'épaule  et  la 
présentant  au  Sauveur. 

Il  y  a,  dans  cette  mosaïque  un  sentiment  décoratif  et 
hiératique  très  caractérisé,  dans  le  sens  de  celui  que  révè- 
lent les  mosaïques  de  San  ApoUinare  Nuovode  Ravenne. 

La  composition  est  claire,  d'une  tonalité  franche,  har- 
monieuse et  agréable.  Le  fond  d'or,  quoique  trop  éclatant, 
était  commandé  par  la  forme  même  de  l'emplacement.  On 
sait,  en  effet,  que  ces  sortes  de  fonds  seuls  réussissent 
dans  les  voûtes  demi-sphériques  où  la  lumière  ne  les  frap- 
pe jamais  directement,  et  c'est  le  cas  ;  on  sait  également 
que,  dans  ces  conditions,  ils  donnent  à  la  mosaïque  tout 
l'éclat  et  tout  le  charme  qu'elle  comporte. 

Nous  faisons  toutes  nos  réserves  quant  à  la  composi- 
tion. —  Toute  cette  décoration  du  Panthéon  n'a  rien  de 
commun,  comme  conception,  avec  les  règles  tradition- 
nelles de  l'art  chrétien,  dont  il  n'est  pas  permis  de  s'écarter 
quand  on  décore  une  église.  Nous  sommes  en  présence 
d'une  église  païenne  par  sa  forme,  dans  laquelle  l'art  mo- 
derne se  donne  carrière  avec  plus  de  talent  que  de  com- 
pétence. 

Nous  avions  écrit  ce  qui  précède,  quand  nous 
avons  reçu  d'un  de  nos  collaborateurs  une  note, 
qui  relève  avec  raison  un  grave  abus. 

On  lit  ce  passage  dans  la  description  que 
donne  le  Figaro  de  l'œuvre  de  M.  Hébert  : 

A  gauche,  l'auteur  a  placé,  suppliante,  la  bergère  sainte 
Geneviève,  patronne  de  l'église  et  de  Paris,  et  à  droite  la 
grande  Lorraine  Jeanne  d'Arc,  avec  son  arnrure,  sa  jupe 
rouge  et  son  visage  de  suppliciée.  La  martyre  n'a  pas 
d'auréole,  mais  la  vierge,  la  grande  consolatrice  est  auprès 
d'elle,  lui  mettant  la  main  sur  l'épaule  et  la  présentant  au 
Sauveur  en  signe  d'adoption. 

Ici  l'd  parole  est  à  notre  correspondant  : 

Voilà  donc  Jeanne-d'Arc  définitivement  canonisée  par 
les  artistes  laïques  en   dehors  et   sans   le   concours  de 


C  ironique. 


125 


l'Église,  qui  seule  est  compétente  sur  ce  point.  On  lui 
refuse,  il  est  vrai,  Vaiiri'ole  (lisez  nimbe),  mais  on  la  place 
néanmoins  parmi  les  saints,  en  pendant  de  sainte  Gene- 
viève. Un  vitrail  de  la  basilique  de  Saint-Epure  à  Nancy, 
la  désigne  ainsi:  Sainte  Jeanne  d'Arc.  Puisque  les 
autorités  ecclésiastiques  laissent  faire,  là  où  leur  devoir 
strict, conformément  au  concile  de  Trente,  serait  de  parler 
et  surtout  d'agir,  nous  ne  cesserons  de  protester  contre 
de  pareilles  exhibitions  qui  prouvent  plus  d'enthousiasme 
irréfléchi  que  de  science  canonique.  X.  B.  de  M. 


On  écrit  de  Saint-Nicolas  au  Fondsenblad 
de  Gand: 

«TA  décoration  de  notre  hôtel  de  ville  gothique,  bâti 
■L'  sur  les  plans  et  sous  la  direction  de  M.  Pierre  Van 
Kerckhove,  ancien  élève  de  l'école  St-Luc  de  votre  ville, 
s'achève  peu  à  peu.  Le  cabinet  du  bourgmestre  entre 
autres  est  orné  d'une  peinture  murale  qui,  sous  le  rapport 
du  goût,  du  caractère  et  de  son  harmonie  avec  le  style 
du  monument,  est  remarquable  dans  toutes  ses  parties. 
Elle  a  été  exécutée  par  M.  Rémi  Goethals,  lui  aussi  ancien 
élève  de  l'école  St-Luc. 

Sur  la  cheminée  de  la  salle  dont  je  parle,  au  milieu  de 
rinceaux  traités  à  la  manière  gothique,  on  remarque  l'écu 
de  la  ville  entouré  des  blasons  de  tous  les  chefs-lieux  de 
canton  de  l'arrondissement  de  St-Nicolas,  tandis  que,  sur 
la  partie  inférieure,  se  détachent  les  armes  du  pays  et  de 
la  province. 

De  la  partie  inférieure  des  murs  de  la  salle,  ornée  d'un 
lambris  de  bois  de  chêne,  s'élève  un  arbuste  luxuriant 
chargé  de  fruits  ;  autour  du  tronc  courent  et  s'entremêlent 
des  tiges  de  fleurs  et  dans  ses  branches  sont  posées  des 
multitudes  d'oiseaux  aux  ailes  bigarrées.  Cette  végétation 
parcourt  toute  la  chambre.  Aux  nœuds  des  branches,  rap- 
pelant les  métiers,pendent  d'élégants  écus,  conçus  d'après 
les  règles  les  plus  sévères  de  la  science  héraldique.  Tout 
chargés  d'or  et  resplendissant  des  plus  brillantes  couleurs, 
ils  donnent  à  la  salle  un  aspect  ancien  ;  on  se  croirait 
transporté  au  milieu  de  ce  moyen  âge,  où  les  Métiers,  alors 
dans  toute  leur  splendeur  et  leur  puissance,  ne  manquaient 
jamais  d'orner  leurs  lieux  de  réunion  des  emblèmes  de 
leurs  industries  florissantes. 

Sur  un  fanion  nous  lisons  la  devise  suivante  de  notre 
regretté  littérateur  Conscience  et  tirée  de  son  Lion  de 
Flandre  :  De  ambachteji  icerktcn  gezanienlijk  voor  de  alge- 
meene  welvaart.  (Les  métiers  travaillaient  de  concert  pour 
la  commune  prospérité.) 

Je  ne  puis  terminer  sans  rendre  justice  à  l'éminent  archi- 
tecte M.  Pierre  Van  Kerckhove.  Toutes  les  boiseries,  qui 
ornent  cette  salle  et  qui  sont  travaillées  sur  ses  dessins, 
excitent  l'admiration  des  nombreux  étrangers  qui  visitent 
notre  splendide  hôtel-de-villc. 

Aussi  l'académie  de  St-Luc  en  tire  une  grande  gloire  1 
Honneur  à  cette  école  qui  par  ses  maîtres  et  ses  élèves  a 
relevé  la  vieille  architecture  flamande  et  a  fait  revivre  les 
anciennes  splendeurs  de  notre  art  national.  »  X. 


BLC5tauration,s. 


'ENLÈVEMENT  du  jubé  de  la  cathé- 
drale de   Rouen   a   provoqué  quelques 
protestations    des    amis    de    l'art    du 
XVI 11^  siècle,  qui  font   observer,  que 
ce  jubé  était   un  des  rares  monuments  élevés  en 


France  sous  le  règne  de  Louis  XVL  II  fut  cons- 
truit par  le  cardinal  de  la  Rochefoucauld,  avec 
les  marbres  cipolins  de  Leptis  Magna  et  sous  la 
direction  de  Lecombe  et  Clodion,  en  remplace- 
ment du  magnifique  jubé  gothique  du  XIV'^  siè- 
cle, dont  les  travaux  d'enlèvement  accomplis,  il  y 
a  quelques  mois,  ont  révélé   d'admirables  restes. 

On  ne  saurait  nier  que  l'aspect  général  de  la 
nef  et  du  chœur  n'ait  gagné  à  la  disparition  de 
ce  monument,  dont  le  style  grec  détonnait  au 
milieu  d'un  édifice  gothique.  Mais  des  artistes, 
des  amateurs  et  la  Commission  départementale 
d'antiquités,  ont  pensé  qu'il  était  toujours  délicat 
de  porter  la  main  sur  une  œuvre  d'art. 

Nous  trouvons  à  ce  sujet,  dans  le  dernier 
numéro  du  Moniteur  des  Arcliitectes,  un  intéres- 
sant article  de  M.  Eugène  Dutuit.  M.  Dutuit 
propose  de  reeousti  uirc  le  jubé  à  ses  frais,  le  minis- 
tère des  beaux-arts  aura  à  se  prononcer  sur  cette 
proposition. 

M.  Dutuit  ne  se  dissimule  pas  qu'il  a  peu  de 
chances  de  recevoir  une  réponse  favorable.  En 
attendant,  il  fait  exécuter  trois  dessins  du  jubé, 
représenté  tant  du  côté  de  la  nef  que  du  côté  du 
chœur.  Il  en  offrira  deux  exemplaires  à  la  Com- 
mission des  antiquités  et  deux  autres  à  la  ville  de 
Rouen,  de  sorte  que  les  écrivains  qui,  plus  tard, 
s'occuperont  de  la  cathédrale,  auront  sous  les 
yeux  les  documents  nécessaires  pour  se  former 
une  opinion  motivée  sur  cette  œuvre  d'art.  —  En 
présence  d'une  initiative  si  généreuse  nous  ne 
pouvons  nous  défendre  d'un  regret.  L'honorable 
collectionneur  dont  le  nom  est  justement  estimé 
d'ailleurs  dans  le  monde  des  arts,  témoigne  pour 
une  œuvre  remarquable,  d'un  véritable  culte. 
Ce  culte  louable  ne  serait-il  pas  satisfait  par  la 
reconstruction  du  jubé  dans  tout  autre  emplace- 
ment qu'au  seuil  du  chœur  de  la  cathédrale? 

Quelle  bonne  fortune,  non  pas  seulement  pour 
l'archéologie,  mais  aussi  pour  l'art  chrétien,  si  la 
sollicitude  et  la  munificence  de  ce  grand  citoj-en  se 
proposait  un  but  plus  élevé  encore,  s'il  prenait 
à  cœur  de  parfaire  l'unité  du  monument,  de  restau- 
rer son  ordonnance  primitive,  d'après  les  don- 
nées qu'on  possède,  en  restituant  l'antique  jubé, 
en  style  ogival  !  Le  jubé  récemment  démoli  ne 
serait  pas  perdu  pour  les  archéologues,  la  clôture 
du  chœur  ne  serait  pas  supprimée  (  et  qui  ne 
sait,  que  la  liturgie,  la  majesté  du  monument  et 
les  plus  saines  traditions  s'unissent  pour  réclamer 
son  maintien?)  et  l'on  rendrait  ainsi  à  la  cathédrale 
de  Rouen  l'un  des  éléments  les  plus  importants 
de  son  ancienne  et  harmonieuse  ordonnance. 

VOICI,  d'après  M.  Dutuit  lui-même,  quel  était  le  jubé 
qu'on  avait  détruit  pour  faire  place  au  nouveau. 
C'était  un  jubé  gothique  du  .VIV'"  siècle,  ayant  de  cha- 
que côté  un  autel  dont  le  style  était  en  harmonie  avec 


120 


IRcDiic    D  c    rart    cïjrcticn. 


celui  de  l'édifice.  On  y  accc'dait  par  un  escalier  spacieux. 
Il  y  avait  au  milieu  une  porte  en  fer,  sous  une  arcade  ogi- 
vale, et  de  chaque  côté,  une  porte  en  cuivre.  Le  jubé  était 
surmonté  d'un  crucifix.  Le  3  décembre  16 17,  Louis  XIII, 
entouré  de  ses  ministres,  y  entendit  une  prédication  de 
l'archevêque  François  de  Harlay. 

L'un  des  autels  était  dédié  à  Notre-Dame  du  Vœu, 
parce  qu'en  1637,  les  échevins  de  la  ville,  oii  la  peste  sé- 
vissait depuis  vingt  ans,  vinrent  en  grande  pompe  y  sus- 
pendre une  lampe  d'argent  comme  le  symbole  du  vœu 
public.  L'autre  autel,  dédié  à  Stc  Cécile,  était  l'autel  du 
Puy  des  Palmods,  confrérie  littéraire  dont  le  but  était  de 
distribuer  des  prix  à  ceux  qui  célébraient  le  plus  conve- 
nablement dans  leurs  poésies  l'Immaculée  Conception. 

Le  cardinal  de  Bonnechose  ne  cessa  de  demander,  pen- 
dant tout  le  temps  qu'il  fut  à  la  tête  du  diocèse  de  Rouen, 
la  suppression  du  jubé  qui  entravait  les  cérémonies  du 
culte  et  n'était  pas  dans  l'esprit  du  rite  romain. 

Mgr  Thomas,  son  successeur,  a  fait  entendre  les  mêmes 
réclamations. 

Enfin,  la  décision  a  été  prise  par  le  Comité  des  monu- 
ments diocésains,  qui  compte  dans  son  sein  plusieurs 
membres  de  l'Institut. 


ON  sait  qu'il  est  depuis  longtemps  question 
de  restaurer  le  clocher  de  Saint-Front  de 
Périgueux. 

M.  Abbadie  avait  formé  le  projet  de  le  démolir 
et  de  le  reconstruire  de  fond  en  comble,  comme 
il  a  si  malheureusement  fait  de  l'église  elle-même. 
Nos  lecteurs  apprendront  sans  doute,  avec  plaisir, 
que  ce  malencontreux  projet  a  peu  de  chances 
d'être  mis  à  exécution.  Le  ministre  des  cultes, 
avant  de  permettre  que  l'on  touchât  une  seule 
pierre  de  ce  vénérable  monument,  a  voulu  pren- 
dre l'avis  d'une  commission  spéciale  d'architectes 
et  d'archéologues.  C'est  là,  dirons-nous  avec  la 
Gazette  archéologique,  un  précédent  qui  s'écarte 
trop  des  traditions  de  l'administration  des  édifi- 
ces diocésains,  pour  que  nous  ne  nous  empres- 
sions de  le  signaler  au  public  et  d'en  féliciter  le 
ministre.  Cette  commission  s'est  réunie  récem- 
ment à  Périgueux,  et  s'est  livrée  à  un  minutieux 
examen  du  monument. 

La  Gazette  croit  qu'elle  a  unanimement  recon- 
nu que  la  démolition  de  ce  curieux  clocher  serait 
un  acte  de  vandalisme  injustifiable,  et  qu'il  y 
aurait  tout  au  plus  lieu  de  démolir  la  partie  supé- 
rieure de  la  tour,  jusqu'à  l'endroit  où  du  plan 
carré  elle  passe  au  rond.  L'état  déplorable  dans 
lequel  se  trouvent  les  parties  hautes  de  l'édifice, 
pourrait  justifier  cette  solution.  Espérons  cepen- 
dant que  M.  Bruyerre,  l'habile  architecte  qui 
remplace  aujourd'hui  M.  Abbadie,  saura  restau- 
rer le  tout  sans  recourir  à  un  aussi  fâcheux 
expédient. 

LES  habitants  du  X<=  arrondissement  à  Paris, 
signent  en  ce  moment  une  pétition  tendant 
à  la  suppression   de  l'église  Saint- Laurent,  une 


des  plus  anciennes  de  Paris,  pour  construire  à 
sa  place  la  nouvelle  mairie  de  l'arrondissement 
de  l'Enclos  Saint-Laurent. 


LA  restauration  de  la  salle  gothique  de  l'hôtel 
de  ville  de  Louvain  est  l'objet  de  nom- 
breuses critiques. 

Celles  que  nous  trouvons  dans  la  Gazette  de 
Loiivaiii  nous  paraissent  fondées. 

Dès  l'entrée  de  la  salle  on  est  désagréablement  surpris 
par  la  vue  d'une  énorme  porte  en  ogive  avec  tympan 
sculpté,  dont  on  ne  trouve  guère  d'exemples  à  l'intérieur 
de  nos  anciens  hôtels  de  ville.  Il  y  a  dans  le  grand  ves- 
tibule du  rez-de-chaussée  des  types  de  portes  anciennes 
originales,  pourquoi  ne  s'en  est-on  pas  inspiré.'  On  ne  con- 
testera pas  qu'elles  aient  le  caractère  voulu. 

Les  fenêtres  n'avaient  primitivement  pas  de  châssis. 
Elles  étaient  fermées  simplement  par  des  volets.  Evidem- 
ment il  fallait  ajouter  des  châssis,  mais  pourquoi  n'a-t-on 
pas  adopté  pour  ceux-ci  les  formes  généralement  usitées 
au  quinzième  siècle?  Les  châssis  de  cette  époque  s'ou- 
vrent en  deux  parties  distinctes  dans  le  sens  de  la  hau- 
teur. Ceux  que  l'on  vient  de  faire  s'ouvrent  d'une  pièce  ; 
c'est  une  disposition  que  l'on  tâcherait  en  vain  de  justifier. 

Les  volets  nouveaux  échappent  tout  aussi  peu  à  la  cri- 
tique. Nous  ne  parlerons  pas  de  la  manière  dont  ils  sont 
accrochés  aux  anciens  gonds,  qui  existent  encore;  cela  est 
tout  à  fait  défectueux  et  n'est  pas  digne  d'un  apprenti 
forgeron  ;  mais  leur  forme  elle-même  est  une  innovation 
dont  nous  cherchons  en  vain  la  raison. 

Tous  ceux  qui  ont  visité  le  musée,  établi  précisément 
au-dessus  de  la  salle  gothique,  ont  pu  y  voir  un  des  volets 
primitifs,  et  constater  que  ceux-ci  ne  ressemblaient  en  rien 
aux  nouveaux. 

Pourquoi  l'architecte  a-t-il  ici  encore  voulu  innover? 
Trouvait-il  le  travail  de  son  devancier  trop  imparfait? 
Peut-être  l'extérieur  de  ces  volets  anciens  était-il  un  peu 
rude,  â  cette  épocjue  on  tenait  aux  clôtures  solides,  mais 
leur  face  intérieure  est  charmante  avec  ses  petits  compar- 
timents élégamment  sculptés.  Et  quand  même  ils  seraient 
aftreux  ils  sont  anciens  :  c'est  une  qualité  qui  suffit,  qui 
prime  toute  autre  lorsc|u'il  s'agit  d'une  restauration. 

11  serait  bien  difficile  aussi  d'approuver  la  ferronnerie  des 
châssis  et  de  la  grande  porte.  Elle  n'est  pas  dans  le  style 
de  l'époque,  elle  manque  d'unité,  et  telles  charnières  sont 
d'un  dessin  absolument  sans  caractère. 

La  hotte  de  la  cheminée  nouvelle,  maçonnée  cependant 
à  l'intérieur,  est  à  l'extérieur  en  bois  peint  en  pierre  blan- 
che! Nous  ne  pensons  pas  que  l'on  puisse  citer  beaucoup 
d'exemples  anciens  de  cette  espèce. 

Que  dire  des  peintures?  Nous  savons  que  l'on  a  discuté 
longtemps  sur  le  genre  qu'il  fallait  adopter.  La  solution  h. 
laquelle  on  s'est  arrêté  est  loin  d'être  la  meilleure.  11  fallait 
de  la  peinture  monumentale,  on  nous  a  donné  des  tableaux, 
dont  nous  ne  voulons  pas  discuter  l'exécution,  mais  qui 
défigurent  toute  l'ordonnance  architectonique  de  la  salle. 
Il  y  a  l.'i  des  perspectives  qui  ouvrent  de  véritables  trous 
dans  les  murs.  Or,  le  premier  principe  de  la  peinture  déco- 
rative est  de  faire  valoir  l'architecture,  bien  loin  de  la 
détruire. 

Le  plafond  est  orné  de  gracieuses  nervures  en  bois 
retombant  sur  de  charmants  culs-de-lampes.  Les  aiguilles 
des  poutres  portent  de  petits  groupes  sculptés  avec  beau- 
coup d'art.  Pourquoi  a-t-on  enduit  tout  cela  d'une  vilaine 
couleur  noire,  que  les  reflets  de  maigres  filets  d'or  ne  par- 


C&roniquc. 


127 


viennent  pas  à  éclairer,  et  qui  a  transformé  ces  parties  si 
délicates  en  masses  sombres  où  l'œil  ne  distingue  plus 
aucun  détail?  Est-ce  pour  marquer  que  c'est  du  vieux 
chêne?  Mais  les  planches  et  les  poutres  auxquelles  elles 
sont  fixées  sont  du  même  âge  et,  franchement,  nous  préfé- 
rons leur  couleur. 

Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  terminer  par  des  élo- 
ges: l'exécution  des  menuiseries  ne  laisse  rien  à  désirer, 
et  fait  honneur  à  MM.  Goyers  qui  en  ont  été  chargés. 


LA  paroisse  de  Bayonville  (diocèse  de  Renne),  perdue 
pour  ainsi  dire  au  fond  des  Ardennes,  possède  une 
église  des  plus  belles  de  la  contrée.  C'est  un  précieux  reste 
du  XV"  siècle.  Il  y  a  25  ans,  ce  n'était  qu'une  pauvre  ma- 
sure, aujourd'hui  c'est  un  vrai  monument,  entièrement 
restauré  dans  son  architecture,  ses  vitraux  et  son  mo- 
bilier. 


ON  s'occupe  de  restaurer  le  portail  de  l'église  Saint- 
Eustache  à  Paris.  Les  échafaudages  sont  posés. 
Ce  portail,  commencé  en  1754,  n'a  pu,  par  suite  de  vicis- 
situdes diverses,   être  terminé  qu'en  1 788  par  l'architecte 
Moreau. 

Ox  répare  en  ce  moment  la  tour  de  Clovis  qui  tombait 
en  ruines  et  menaçait  d'écraser  un  jour  ou  l'autre  le 
lycée  Henri  IV. 

Cette  tour  provient  de  l'ancienne  abbaye  de  Sainte-Ge- 
neviève, dont  l'origine  remonte  à  l'an  519;  l'abbaye  fut 
ruinée  par  les  Normands,  en  l'an  800,  et  reconstruite  en 
1177.     • 
Les  fondations  de  la  tour  sont  du  VP  siècle. 
La  tour  elle-même  est  du  XI P,  sauf  la  partie  supérieure. 


SUR  la  demande  de  M.  Gamier,  l'architecte  de  l'Opéra, 
une  commission  vient  d'être  nommée  par  la  Société 
des  Amis  des  monuments  historiques  dans  le  but  de  s'en- 
tendre avec  les  députés  et  les  conseillers  municipaux  de 
la  Seine  sur  les  moyens  à  employer  pour  arrêter  la  ruine 
des  sculptures  de  la  porte  Saint-Denis  qui  se  dégrade  de- 
puis quelque  temps. 

La  Société  se  propose  un  classement, non  seulement  des 
œuvres  d'art  qui  méritent  à  Paris  une  attention  spéciale, 
mais  encore  de  ces  vieux  hôtels,  de  ces  portes,  de  ces  pein- 
tures, que  peu  de  gens  connaissent  dans  les  recoins  de 
Paris  et  qui  sont  cependant  une  de  nos  richesses.  Elle 
étudie  non  seulement  les  œuvres  du  passé,  mais  les  me- 
sures propres  à  donner  dans  l'avenir  un  aspect  pittoresque 
à  la  capitale. 


PAR  suite  de  la  démolition  des  maisons  delà 
rue  Bodenbroeck  opérée  en  vue  de  dégager 
le  chevet  de  l'église  Notre-Dame  au  Sablon  à 
Bruxelles,  le  Sacrarium  adossé  à  l'un  des  côtés 
a  été  mis  à  découvert  et  M.  Schoy,  architecte,  a 
été  assez  heureux  pour  retrouver  la  date  précise 
de  son  érection  (1549).  Ce  Sacrarium  figure 
comme  ensemble  sur  une  toile,  chef-d'œuvre  de 


David  Teniers,  peinte  en  1652,  actuellement  à  la 
Galerie  du  Belvédère  à  Vienne  ('). 

Ce  chef-d'œuvre  d'architecture  et  de  sculpture 
du  style  ogival  fleuri  eut  terriblement  à  souffrir 
du  vandalisme  des  édiles  bruxellois  du  commen- 
cement du  siècle.  Ces  magistrats  peu  avisés 
vendirent  comme  terrain  à  bâtir  l'espace  com- 
pris entre  l'édifice  et  la  voie  publique.  De 
vulgaires  maisonnettes  s'adossèrent  au  chevet  et 
les  propriétaires,  pour  gagner  de  la  place,  sacri- 
fièrent sans  pitié  les  saillies  sculptées  ou  moulu- 
rées de  l'encombrant  Sacrarium  auquel  ils  confi- 
naient. 

M.  Schoy  a  dégagé  les  plâtras  et  blocailles 
qui  aveuglaient  les  niches  et  pratiqué  des  fouilles, 
au  pied  de  l'édicule;  elles  ont  fourni  des  débris 
précieux  pour  le  rétablissement  authentique  des 
détails  de  l'ordonnance  supérieure. 

Pour  justifier  la  précision  de  ses  profils  et  de 
ses  relevés,  M.  Schoy  a  fait  prendre  soixante- 
seize  moules  en  terre  glaise  qui  ont  été  ensuite 
coulés  en  plâtre.  Cette  collection  de  reliefs  archi- 
tectoniques  est  vraiment  curieuse  et  fait  voir  avec 
quel  soin  et  quelle  conscience  travaillaient  les 
artistes  aux  siècles  de  foi.  C'est  le  même  souci 
qui  a  permis  à  l'architecte  de  rétablir  avec  certi- 
tude certains  détails  d'une  délicatesse  extrême, 
totalement  perdus  au.x  faces  visibles  et  qu'il  are- 
trouvés  quasi  intacts  aux  recoins  les  plus  sacrifiés 
et  les  plus  à  l'abri  du  regard  des  passants. 

Les  épures  du  Sacrarium  de  Notre-Dame  au 
Sablon  ont  mérité  à  M.  Schoy  les  médailles  d'or 
d'architecture  à  l'exposition  universelle  d'Amster- 
dam et  au  Salon  de  Paris  de  cette  année.  La  série 
d'études  élaborées  en  vue  de  la  restitution  du 
Sacrarium,  fera  connaître,  dans  la  section  d'ar- 
chitecture à  l'exposition  universelle  d'Anvers,  une 
œuvre  assurément  très  méritoire. 


On  nous  écrit  de  Gand  : 

IL  se  fait  en  ce  moment  à  la  cathédrale  de  Gand  un 
commencement  de  restauration  exécutée  par  un  maître 
en  cet  art,  M.  A.  Van  Assche,  qui  a  fait  en  Flandre  des 
chefs-d'œuvre  du  genre. 

Le  chœur  de  cette  église  date  du  XIIP  siècle.  Sa  con- 
struction, interrompue,  n'a  été  reprise  qu'au  commence- 
ment du  XVP'  siècle.  On  éleva  alors  les  nefs  et  le  transept, 
et  les  supports  de  la  voûte  hardie  de  la  croisée,  exécutés 
en  pierre  blanche,  furent  greffes  sur  la  maçonnerie  en  cal- 
caire bleu  tournaisien  de  l'antique  chœur  gothique.  Les 
voûtes  des  collatéraux  du  chœur  furent  refaites  en  même 
temps. 

A  une  époque  plus  récente  l'architecture  des  chapelles 
rayonnantes  fut  noyée  dans  des  masses  de  plâtras  et  cachée 
sous  de  lourds  mausolées  en  marbre,  affreux  parasites 
envahissant  tous  les  murs.  Le  chœur  fut  clôturé  par  de 

I.  Salle  du  i"  étage,  n"  51,  VI.  (Elle  mesure 4'5"x  j'g").  Elle  re- 
présente l'archiduc  Léopold  Guillaume  abattant  l'oiseau  placé  sur  la 
flèche  de  l'église  de  Noire-Dame  auSablon  le  23  avril  1651. 


128 


ïRctJue  De   rart   cïj rétien. 


vastes  cloisons  en  marbre  blanc  et  noir,  dont  la  plate, 
monotone  et  glaciale  surface,  entrecoupée  de  pilastres 
corinthiens,  s'élève  presque  jusqu'à  la  pointe  de  grandes 
arches  gothiques,  les  dérobant  aux  regards,  à  l'intérieur 
comme  à  l'extérieur  du  sanctuaire. 

On  vient  de  découvrir  un  bien  curieux  fragment  d'ar- 
chitecture, dont  nous  reproduisons  un  croquis.  La  pre- 
mière chapelle  rayonnante,  que  l'on  rencontre  en  pénétrant 
dans  le  pourtour  du  chœur,  est  séparée  du  bras  du  tran- 
sept, non  par  un  mur  plein,  mais  par  une  arche  ogivale 
dans  laquelle  s'encadre  un  gros  boudin  rond,  cantonné,  à 
partir  de  la  naissance  de  l'ogive,  d'une  double  petite 
baguette.  Notre  vignette  fait  voir  cette  arche,  du  côté  de 
la  chapelle,  et  donne  la  coupe  de  la  première  travée  du 
déambulatoire  (côté  de  l'Épître).  Le  spectateur  regarde 
vers  les  nefs. 


'hisSi 


f 


Ajoutons  que  M.  A.  Van  Assche  met,  la  dernière  main  à 
la   restauration  de  l'église  de  Sainte- Elisabeth,  autrefois 


chapelle  de  l'ancien  béguinage  de  Gand.  L'intérieur  a  été 
entièrement  gratté,  et  l'on  peut  analyser  un  intéressant 
travail  de  reconstruction,  opéré  au  XVl"  siècle,  d'une 
église  du  X1I1"=  siècle,  dont  on  a  réemployé  une  partie  des 
matériaux,  notamment  les  colonnes,  les  soubassements 
et  les  beaux  chapiteaux  à  crochets. 

On  sait  que  l'intolérance  d'une  administration  hostile  a 
forcé  les  béguines  à  quitter  leur  habitation  séculaire.  Leur 
pittoresque  cité,  d'une  physionomie  si  pieuse,  est  aujour- 
d'hui sécularisée.LeursjoHes  maisonnettes  en  style  flamand, 
précédées  de  jardinets,  gardent  encore  un  certain  cachet 
claustral.  Mais  des  cabarets  sont  établis  dans  ces  asiles 
de  la  prière.  Au-dessus  du  linteau  d'une  porte  ornée  d'un 
bas-relief  représentant  JÉSUS  ait  jardin  des  Olives^  on  lit 
l'enseigne  Aie  cliatnoir.  En  face  de  l'église,  dans  les  locaux 
d'une  coininunatité,  est  installée  l'officine  du  journal  le  plus 
impie  de  Gand. 

L'EGLISE  de  Braine-le-Comte  (Belgique)  subit  une 
transformation  complète,  due  à  l'initiative  de  M. 
le  curé  Dujardin. 

De  l'ancienne  église,  de  style  ogival  primaire,  i!  ne  reste 
que  des  traces  ;  le  XV"  siècle  a  entièrement  remanié  le 
monument,  et  le  XVI"  a  achevé  de  le  transformer,  en  allon- 
geant le  chœur  et  en  élevant  une  tour  très  monumentale. 
L'église  garde  un  retable  et  un  tabernacle  en  tour,  de  la 
Renaissance,  remarquables  dans  leur  genre,  et  une  statue 
colossale  de  saint  Christophe,  du  XVI"  siècle,  sur  un  pié- 
destal superbe. 

On  a  beaucoup  embelli  le  vaisseau,  dans  ces  derniers 
temps,  en  mettant  à  nu  le  bel  appareil  de  la  maçonnerie, 
les  nervures  des  voûtes  et  leurs  tympans  en  briques. 
M.  le  curé,  aide  de  son  zélé  vicaire,  M.  J.  Croquet,  prépare 
une  intéressante  étude  sur  cette  église,  fort  curieuse  dans 
ses  détails. 


Monsieur  Von  Kirtis  écrit  au  Courrier  de  l'Art  : 

LAALarienburg,château-fort  situé  dans  la  Prusse  Orien- 
tale, sur  les  rives  de  la  Nogat,  fut  au  XIV'=  siècle  la 
résidence  favorite  du  grand-maitre  de  l'Ordre  Teutonique. 
C'est  donc  une  sorte  de  sanctuaire  national.  Composée  de 
trois  corps  de  bâtiments  distincts,  cette  construction  est 
un  curieux  spécimen  de  l'architecture  mihtaire  du  moyen 
âge.  Longtemps  abandonnée,  la  Marienburg  tombait  pres- 
que en  ruines,  lorsque  après  la  guerre  de  1870,  la  Prusse 
eut  l'idée  de  restaurer  ce  nid  sombre  et  farouche  de  l'Aigle 
noir.  C'est  depuis  cette  époque  que  les  crédits,  jadis  inscrits 
annuellement  au  budget  pour  la  cathédrale  de  Cologne, 
sont  aflectés  à  la  Marienburg.  L'Etat  doit  se  charger  de 
la  maçonnerie  et  de  toutes  les  grosses  réparations  ;  on 
compte  sur  la  libéralité  des  assemblées  municipales  et  des 
particuliers  pour  faire  exécuter  la  décoration  intérieure 
dans  le  style  du  temps.  Le  Landtag  de  la  Prusse  Occiden- 
tale vient  de  votera  cet  effet  une  somme  de  25,000 marks. 
Les  grands  seigneurs  des  deux  Prusses,  dont  plusieurs  ont 
conservé  un  véritable  culte  pour  les  souvenirs  féodaux,  ne 
manqueront  pas  d'y  apporter  leur  obole.  Sous  peu,  la  vieille 
citadelle  des  Teutons  sera  entièrement  rajeunie.  Puisse- 
t-elle  ne  pas  l'être  d'une  manière  trop  maladroite  ! 

Du  reste,  la  question  de  la  conservation  et  de  la  restau- 
ration des  monuments  historiques  est  à  l'ordre  du  jour  en 
Allemagne.  En  France,  une  commission  importante,  com- 
posée d'architectes  et  de  savants  des  plus  distingués,  est 
chargée  de  ce  soin  ;  elle  doit  avoir  à  lutter  sou\ent  contre 
bien  des  difficultés  de  clocher,  faute  d'une  législation  pré- 
cise qui  faciliterait  considérablement  sa  tâche.  L'Italie  et 
l'Autriche  sont,  si  je  ne  me  trompe,  les  seuls  pays  de 
l'Europe  cjui  possèdent  une  bonne  loi  sur  la  matière.    Le 


chronique 


129 


Landtag  prussien  va  ctie  saisi  dans  sa  prochaine  séance 
d'un  projet  de  loi  analogue,  qui  me  semble  conçu  avec  une 
grande  habileté  et  beaucoup  de  sens  pratique. Voici  quelle 
en  est  l'économie  générale:  les  différentes  sociétés  d'ar- 
chéologues, d'historiens  et  d'architectes  qui  existent  en 
Prusse,  (et  il  y  en  a  environ  150  comprenant  plus  de  vingt 
mille  membres),  seront  les  auxiliaires  directs  d'une  com- 
mission centrale  siégeant  à  Berlin  et  qui  sera  chargée  de 
veiller  à  l'entretien  de  tous  les  monuments  d'art  dignes  de 
ce  nom  et  de  prévenir  tous  les  actes  de  vandalisme.  N'est- 
ce  pas  une  idée  ingénieuse  et  pratique  à  la  fois  que  de  se 
servir  de  cette  façon  de  ces  nombreuses  sociétés,  qui  ne 
demandent  pas  mieux  que  de  se  produire  au  grand  jour 
et  d'apporter  à  une  oeuvre  d'ensemble  le  fruit  de  leur  tra- 
vail et  de  leur  expérience.' 

En  dehors  de  ces  associations  d'un  caractère  plutôt  ar- 
chéologique et  savant,  l'Allemagne  compte  plus  de  70 
sociétés  dites  des  Beaux-Arts  (Kiinsfgcsfl/sc/in/'lcii ).]q  sais 
que  vous  en  avez  aussi  un  certain  nombre  en  France  ; 
seulement  je  crois  que  celles  d'Allemagne  exercent  une 
influence  plus  utile,  plus  efficace  sur  le  mouvement  artis- 
tique que  les  vôtres.  Chez  vous,  en  effet,  ces  sociétés  se 
contentent  d'envoyer  tous  les  ans  à  la  Sorbonne  des  délé- 
gués qui  lisent  des  mémoires  pliis  ou  moins  intéressants 
sur  telle  ou  telle  question  d'art.  Évidemment  ce  n'est  pas 
assez.  Ici  elles  ne  négligent  pas  non  plus  ces  traxaux  d'éru- 
dition ;  mais  elles  s'occupent,  en  outre,  d'organiser  des 
expositions  oîi  figurent  les  œuvres  d'art  appartenant  aux 
personnes  qui  habitent  la  région.  Pendant  que  chez  vous 
on  se  propose  tout  simplement  d'inventorier  toutes  ces 
richesses  (ce  qui  est  une  besogne  de  très  longue  haleine 
et  fort  difficile;,  ici  on  les  met  sous  les  yeux  du  public. 
C'est  plus  pratique  et  plus  utile  à  la  fois.  Le  goûl  de  ces 
expositions  locales  s'est  répandu  en  Allemagne  surtout 
depuis  1S79,  époque  à  laquelle  la  ville  de  Munster  eut 
l'idée  d'en  organiser  une.  Aujourd'hui  il  n'est  pas  de  ville 
d'Allemagne  de  quelque  importance  qui  ne  tienne  à  hon- 
neur d'avoir  sa  Kiinstaustcttung  :  Berlin  a  déjà  organisé 
la  sienne,  à  l'occasion  des  noces  d'argent  du  prince  P'ritz  ; 
puis  ce  fut  le  tour  de  Dresde,  de  Cassel,  etc.  On  en  annonce 
une  pour  l'automne  prochain  à  Coblentz.  Cette  année  nous 
en  avons  une  qui  mérite  une  mention  spéciale  ;  c'est  celle 
de  Posen,  ville  de  la  grande  Pologne,  qui  était  restée  long- 
temps réfractaire  au  mouvement  artistique. 


IL  y  a  une  quinzaine  d'années.  Pie  IX  donna  l'ordre  de 
renouveler  entièrement  la  couverture  de  plomb  de  la 
coupole  de  Saint-Pierre.  Ce  travail  vraiment  gigantesque 
vient  d'être  terminé.  On  y  a  employé  354,365  kilogr.  de 
plomb;  la  surface  à  couvrir  était  de  6,102  mètres  carrés 
56  ;  la  dépense  totale  s'est  élevée  à  2co,ooo  francs,  payés 
sur  les  fonds  affectés  à  l'entretien  de  la  basilique  du 
Vatican.  Et  (chose  intéressante  à  noter)  pendant  toute  la 
durée  de  ces  travaux  dangereux,  aucun  ouvrier  n'a  été  ni 
tué  ni  même  blessé. 

On  signale  aussi  l'achèvement  des  travaux  de  restaura- 
tion de  l'église  Hanta  Marin  delta  l'itloria,  située  dans  la 
■;//((  Vinli  Settembre.  Cet  édifice,  célèbre  parle  marbre  qui 
y  abonde,  incendié  en  partie  en  1833,  vient  d'être  entière- 
ment rajeuni,  grâce  à  la  générosité  du  duc  Alessandro 
Torlonia,  qui  s'est  chargé  de  toute  la  dépense.  La  demi- 
coupole  qui  couronne  l'abside  est  toute  neuve.  \.  l'intérieur, 
les  murs  sont  couverts  d'une  grande  peinture  à  fresque  de 
Serra,  représentant  l'entrée  des  troupes  catholiques  à 
Prague,  après  la  victoire  de  la  Montagne-Blanche,  pendant 
la  guerre  de  Trente-Ans. 

En  dehors  de  Rome,  les  travaux  de  restauration  des 
monuments  artistiques  sont  également  poussés  avec  une 
grande  activité,  grâce  ;\  la  vigilance  de  la  Coinmissitni  con- 


servatrice. Ainsi  on  vient  d'enlever  l'échafaudage  qui, 
depuis  trois  ans,  cachait  les  arcades  inférieures  du  palais 
des  Doges,  à  Venise.  On  peut  déjà  se  rendre  compte  des 
travaux  de  restauration  qui  sont  réellement  très  réussis  ; 
tous  les  chapiteaux  endominagés  ont  été  fort  habilement 
réparés  avec  leur  riche  ornementation.  On  a  dû  même  en 
remplacer  un  entièrement  avec  sa  colonne,  et  l'on  s'en  est 
tiré  à  merveille,  puisque  non  seulement  le  style  a  été  scru- 
puleusement respecté,  mais  encore  on  est  parvenu  à  imiter 
la  patine  du  temps,  à  s'y  méprendre. 


Trouuailles. 


N  vient  encore,  en  faisant  des  fouilles 
dans  une  rue  de  la  Cité,  de  faire  une 
découverte  qui  prouverait,  ainsi  qu'un 
archéologue  l'a  prétendu,  que  le  sous- 
sol  de  Paris  est  plus  intéressant  à  étudier  que  le 
dessus. 

Nous  lisons  en  effet  dans  \&  Journal  des  Arts  : 

Des  tranchées  de  gaz  et  d'égoût  ayant  été  pratiquées 
dans  le  sol  de  la  rue  de  la  Bucherie  ont  mis  à 
découvert  de  nombreuses  sépultures  de  l'époque  méro- 
vingienne, seinblant  rayonner  tout  autour  de  cet  édifice. 
Des  sarcophages  de  pierre  et  de  gypse  ont  pu  être 
recueillis  et  iront  rejoindre  à  l'hôtel  Carnavalet  la 
riche  collection  funéraire  provenant  du  fief  des  tombes 
(Notre-Dame-des-Champs),  du  cimetière  de  Lourcine 
(Loctis  cineriiin)  et  de  la  nécropole  de  Saint-Marcel. 
La  rue  Galande  tirait  son  nom  du  clos  qu'elle  bordait 
et  dont  elle  formait  la  limite  au  sud  ;  clos  qu'on  a 
surnommé  aussi  de  Mauvoisin  (mauvais  voisin)  et  qui 
confinait  à  celui  de  Bruneau  et  du  Chardonnet.  La  rue 
de  la  Bucherie  était  le  centre  du  clos  Mauvoisin,  qui 
touchait  par  conséquent  à  la  rivière.  Les  sépultures  trou- 
vées entre  les  deux  clos  prouvent  qu'ils  ont  été  bâtis 
beaucoup  plus  tard  qu'on  ne  le  pense  généralement.  En 
1202,  il  n'y  avait  point  encore  de  construction,  puisque 
c'est  alors  qu'une  fille  des  seigneurs  de  Cariante,  Mahaut, 
ou  Mathilde,  qui  avait  épousé  Matthieu  delMontmorency, 
donna  à  cens  à  divers  particuliers,  à  condition  d'y  bâtir 
des  maisons,  un  clos  de  vigne  qu'elle  possédait  en  ce  lieu. 
C'est  donc  au  commencement  du  XIII"=  siècle  que  les 
deux  clos  commencèrent  à  se  peupler.  Jusque-là,  on  n'y 
voyait  que  des  vignes  et  des  champs  ;  et  cependant  là 
s'élevaient,  pendant  la  période  gallo-romaine,  de  splendi- 
des  villas,  dévastées  par  les  premiers  barbares,  puis  par 
les- Normands  et  réduites  à  l'état  de  ruines  et  de  terrains 
vagues.  Entre  ces  dévastations  et  le  mouvement  de 
reconstruction  qui  se  produisit  au  XlIP  siècle,  se  placent 
les  nombreuses  sépultures  qu'on  vient  de  découvrir.  Les 
petites  paroisses  de  la  Cité  enterraient  leurs  morts  autour 
delà  chapelle  de  Saint-julien-le-Pauvre,  et  c'est  en  vertu 
de  cette  antique  tradition  que  l'Hôtel-Dieu  5  a  longtemps 
envoyé  ses  défunts. 


On  lit  dans  le  Nouvelliste  de  Rouen  : 

DES  ouvriers  étaient  occupés  à  creuser  le  sol  de  la 
cathédrale  d'Évreux  pour  y  installer  un  calorifère.  .-Xu 
milieu  des  fouilles,  la  pioche  de  l'un  d'eux  frappa  sur  du 
bois.  L'attention  des  travailleurs  fut  alors  éveillée  et  on 
piocha  avec  mille  précautions.  Au  bout  de  quelques 
instants  on  mit  à  nu  un  cercueil  de  chêne  assez  bien  con- 


l'*^    LlVR.\lSON'. 


130 


iRctiuc   De  ratt    cbtéticn. 


serve,  dans  lequel  se  trouvaient  des  ossements  recouverts 
de  fragments  d'étoties  brodées  d'or,  une  crosse  en  cuivre 
dord  et  un  anneau  pastoral  de  toute  beauté.  La  crosse 
fort  bien  ciselée,  est  emmanchée  à  un  bâton  de  chêne, 
bien  conservé  en  apparence,  mais  auquel  on  ose  à  peine 
toucher,  car  les  vers  l'ont  creusée  à  un  tel  point  qu'il  est 
très  peu  épais.  Quant  ii  la  bague,  elle  est  en  or  finement 
filigrane,  avec  un  gros  brillant  entouré  de  pierres  précieu- 
ses. Des  premières  recherches  au.xquellcs  on  s'est  livré,  il 
semble  résulter  que  ces  restes  sont  ceu.\  d'un  évêque 
d'Evreu.x  qui  aurait  été  inhumé  là  vers  le  commencement 
du  XI  11''  siècle. 

A  l'église  de  Saint-Ouen  de  Rouen,  des  circonstances 
analogues  ont  amené  la  découverte  de  plusieurs  précieux 
sarcophages  dont  nous  parlons  plus  haut.  (V.  p.  1 16). 

UNE  découverte  intéressante  vient  d'être  faite  à 
Tulette  (Drôme).  On  a  trouvé,  à  1,500  mètres  de 
cette  commune,  en  extrayant  du  gravier  pour  les  chemins, 
une  louve  en  bronze,  ayant  dû  servir  d'enseigne  militaire 
romaine. 


LA  Epoca,  du  16  septembre,  annonce  que 
l'autorité  militaire  vient  de  mettre  à  jour 
en  Catalogne  une  petite  chapelle  abandonnée, 
d'une  haute  valeur  artistique,  qui  date  du 
X1V'=  siècle,  et  dont  tous  les  détails  architectu- 
raux sont  parfaitement  conservés.  C'est  dans  cette 
chapelle  qu'a  été  célébrée,  en  présence  du  roi 
d'Espagne,  la  messe  d'action  de  grâces  pour  la 
découverte  de  l'Amérique  par  Christophe  Co- 
lomb. 


ON  a  procédé  récemment  dans  la  propriété 
de  ]\i.  le  comte  de  Looz  de  Cors\varem,à 
Harmignies  près  de  Mons,  aux  fouilles  de  tombes 
franques.lla  été  découvert  là  sur  le  bord  du  che- 
min de  fer  un  riche  et  vaste  cimetière.  On  a 
jusqu'ici  fouillé   70  sépultures. 


PENDANT  l'hiver  de  1883-84,  des  ouvriers 
terrassiers  occupés  à  faire  des  plantations 
dans  un  terrain  voisin  de  Alaredsous  (Namur)  et 
appartenant  à  MM.  Desclée,  mirent  à  découvert 
une  tombe  contenant  un  fer  de  lance.  Cet  instru- 
ment dénotait  une  origine  franque  et  fixa  aussi- 
tôt l'attention.  Des  fouilles  amenèrent  la  mise  au 
jour  d'une  nécropole  assez  considérable.  Il  est 
rendu  compte  de  cette  découverte  dans  un  article 
bibliographique  qu'on  trouveraplushaut.(V. p.  100) 


Le    Moniteur    de    Rouie    donne    la    nouvelle 
suivante  : 

LA  découv-erte  d'un  magnifique  manuscrit  grec  sur 
parchemin  pourpre  et  écrit  en  lettres  d'argent,  trouvé 
Uaiis  les  archivcb  de  Kossano  i^Calabrej,  avait  attire  com- 
me on  sait  l'attention  des  eminents  critiques  Gellhardt  et 


Harnack,qui  en  1880  publièrent  un  remarquable  fac-similé 
de  ce  manuscrit  :  Evangclioriuit  Codex grœciis  purpureus 
Nossa/iffisis. 

On  regrettait  cependant  de  nombreuses  lacunes 
dans  le  texte  de  saint  Matthieu.  Or,  le  Kme  abbé 
Cozza-Luci,  vice-bibliothécaue  de  la  sainte  Eglise  Ro- 
maine, a  été  assez  heureux  pour  voir  ses  patientes  recher- 
ches couronnées  par  la  découverte  des  quelques  feuillets 
qui  manquaient  au  manuscrit  de  Rossano. 

Nous  espérons  que  ces  précieux  feuillets  seront  pro- 
chainement publiés  et  commentés.  On  fait  remonter  ce 
manuscrit  au  VI"  siècle. 


On  nous  écrit  de  Liège  : 

EN  faisant  quelques  réparations  à  l'une  des  chapelles 
Nord  de  la  cathédrale  Saint-Paul  à  Liège  qui  axait 
été  entièrement  modernisée  au  goût  du  siècle  dernier,  on 
a  fait  plusieurs  découvertes  qui  ne  sont  pas  sans  intérêt. 
U'abord  on  a  retrouvé,  adossé  au  mur  oriental,  la  tombe 
et  la  inensa  de  l'ancien  autel  ;  au-dessus  de  cet  autel,  un 
cordon  de  moulures  formait  une  sorte  d'encadrement  à 
des  peintures  murales,  destinées  primitivement  à  rempla- 
cer un  retable  Les  peintures  ont  été  impitoyablement 
hachées  au-dessus  de  l'autel,  afin  de  faire  tenir  les  plâtra- 
ges qui  devaient  les  remplacer,  mais  à  droite  et  à  gauche, 
on  voit  encore  deux  personnages,  moitié  grandeur  natu- 
relle, faciles  à  reconnaître.  Uu  coté  de  l'évangile,  c'est 
saint  Jean-Baptiste,  tenant  un  Agiius  Dei,  dont  la  tête  est 
entourée  d'un  nimbe  crucifère.  iJe  l'autre  coté  c'est  l'ar- 
change saint  Michel  perforant  le  dragon  de  sa  lance 
victorieuse.  Les  nimbes  de  ces  figures  sont  dorés,  les  têtes 
et  les  mains  sont  peintes  en  couleurs  naturelles,  mais  les 
vêtements  sont  en  grisaille.  Ces  figures  se  détachent  sur 
un  fond  rustique.  —  On  assure  que  les  chapelles  de  l'an- 
cienne collégiale  Saint-Paul  ont  été  construites  au  XV 
siècle,  et  cela  semble  hors  de  doute  pour  la  plupart  d'entre 
elles  ;  cependant  le  mur  sur  lequel  ces  peintures  se  trou- 
vent parait  plus  ancien,  et  les  peintures  elles-mêmes  ac- 
cusent le  XIV''-'  siècle.  La  voûte  de  la  chapelle  porte 
également  de  nombreuses  traces  de  sa  polychromie  pri- 
mitive. La  clef  de  voûte,  un  mascaron  grimaçant  éner- 
giquemcnt  taillé,  a  été  peinte  de  couleurs  vives  et  la 
chevelure  était  entièrement  dorée.  Les  champs  des  voûtes 
sont  ornés  d'énergiques  rinceaux,  dont  la  végétation  est 
en  partie  vert  clair  et  en  partie  d  un  rouge  très  foncé.  Ces 
arabesques  se  détachent  sur  un  fond  blanc  laiteux,  dé- 
coupé par  un  rusticage  rouge,  tracé  dans  le  sens  des 
assises  de  l'appareil  de  la  voûte.  Les  nervures  sont  redes- 
sinées par  de  larges  filets  accompagnes  d'un  perlé  noir. — 
Dans  son  état  primitif  cette  décoration  picturale  devait 
être  d'un  sjrand  etitét. 


OX  vient  de  retrouver  en  Autriche  un  iVlbert 
Durer  authentic|ue,  représentant  la  Alise 
du  Christ  an  tombeau.  Ce  tableau  appartenait 
depuis  longtemps  à  l'Académie  de  peinltire  vien- 
noise, mais  il  était  caché  par  une  composition 
qu'on  attribuait  à  un  élève  de  Lucas  de  Cranach. 
Le  conservateur  du  musée  de  l'Académie  eut 
l'idée  d'enlever  soigneusement  cette  composition 
de  médiocre  valeur  et  le  tableau  original  apparut 
et  fut  reconnu,  après  un  examen  attentif,  comme 
l'œuvre  certaine  de  Durer. 


Cl)ro  nique. 


131 


PARMI  les  tableaux  trouvés  lois  de  la  re- 
construction du  Palais  des  Beaux-Arts  de 
Berlin,  on  a  découvert,  parait-il,  une  Rcsurrection 
du  Christ,  de  Léonard  de  Vinci,  datée  de  14S0. 

Cette  peinture  va  être  photographiée,  et  des 
épreuves  seront  communiquées  à  certains  con- 
naisseurs. 


UNE  des  plus  belles  œuvres  de  Rembrandt, 
le  Doreur,  provenant  de  la  collection  du 
duc  de  Morny,  vient  d'être  acquise  par  un  riche 
banquier  américain,  pour  l'ornement  de  sa  gale- 
rie de  New-York,  au  prix  de  deux  cent  vingt 
mille  francs. 

Cette  admirable  toile  a  figuré,  il  y  a  dix-huit 
mois,  à  l'Exposition  des  Cent  Chefs-d'Œuvre, 
qui  eut  lieu  dans  la  galerie  Pierre  Petit.  C'est 
assurément  l'une  des  plus  merveilleuses  toiles 
de  Rembrandt. 

D'AUTRE  part  il  parait  qu'on  a  récemment 
découvert  à  Vecht,  en  Hollande,  dans  des 
circonstances  curieuses,  deux  œuvres  de  Rem- 
brandt, jusqu'ici  inconnues.  Nous  reproduisons 
cette  nouvelle  sous  toutes  réserves. 

On  procédait  au  château  de  Maurik,  à  une  vente  de  por- 
traits anciens  appartenant  à  la  famille  Beeresteyn.  Consi- 
dérés comme  œuvres  d'une  valeur  secondaire,  ces  portraits 
étaient  simplement  consignes  au  catalogue  comme  ta- 
bleaux sur  panneau  et  tableaux  sur  toile.  Dans  le  nombre 
il  y  en  avait  deu.x  de  Rembrandt,  plus  ou  moins  détériorés 
en  certaines  places  par  la  poussière,  mais  d'une  authen- 
ticité incontestable.  Pendant  l'Exposition  qui  a  précédé 
la  vente,  des  amateurs,  en  grattant  un  peu  la  poussière, 
avaient  découvert  sur  les  deux  toiles  la  signature  <,<  R.  H. 
van  Ryn  »  et  la  date  de  1632,  et  constaté  ainsi  que  ces 
portraits  appartiennent  à  la  première  période  du  maître. 
Les  amateurs  cependant  n'avaient  fait  part  à  personne  de 
leur  découverte,  espérant  sans  doute  en  bénéficier  eux- 
mêmes.  Au  moment  de  la  vente,  les  enchères  s'élevèrent 
rapidement,  pour  ces  deux  toiles,  à  40  et  à  50,000  florins. 
C'est  alors  que  la  famille  Beeresteyn,  étonnée,  apprit  l'ori- 
gine de  ces  deux  œuvres  capitales.  Elle  se  mit  aussitôt 
à  les  disputer  et  poussa  les  enchères  à  75,000  florins 
(158,000  francs),  prix  auquel  elle  est  restée  propriétaire  de 
ses  tableaux.  Si  non  i  vcro... 

CECI  nous  rappelle  l'acquisition  faite,  il  y  a 
dcu.x  ans,  à  la  vente  du  chevalier  Soenens 
de  Gand,  par  M.  R.  de  Pauw,  d'un  magnifique 
tableau  du  même  maitre.  Plus  heureux  que  les 
amateurs  hollandais,  M. de  Pauw  fut  seul  à  recon- 
naître le  faire  sans  pareil  de  Rembrandt  sous  des 
repeints  grossiers.  Nous  venons  de  revoir  cette 
œuvre  magistrale,  étincclante  de  lumière,  d'un 
coloris  si  puissant  qu'on  n'en  peut  croire  ses  yeux. 
Elle  représente  deux  enfants  faisant  des  bulles  de 
savon.  Voici  comment  \ç.  Journal  d:s  Beaux- Arts 
a,  dans  le  temps,  décrit  cette  peinture  : 

Les  deux  acteurs  de  la  scène  sont  revêtus  de  costumes 
impossibles  et  d'accoutrements  que  l'on  ne  peut  rappoiter 


ni  à  un  pays  ni  à  une  époque  déterminés.  Leurs  têtes,  dont 
l'une  est  enguirlandée  de  fleurs  des  champs,  dont  l'autre 
est  ceinte  d'un  diadème  étincelant  de  pierreries,  se  dé- 
tachent sur  les  sombres  mais  transparentes  profondeurs 
d'une  grotte.  La  lumière  se  joue  avec  une  magie  presque 
surnaturelle  dans  les  filaments  d'or  des  cheveux  et  le 
scintillement  des  pienes  précieuses.  Des  monnaies  d'or 
et  d'argent  roulent  sur  le  terrain  où  l'on  remarque  au  pre- 
mier plan  une  cassolette  allumée,  dont  la  fumée  en  s'é- 
chappant  permet  de  lire  dans  ses  spirales  les  mots  : 
VaiUtas  vanitalmn,  oninia  vanitas. 

Tous  les  admirateurs  du  peintre  de  la  ronde  de  nuit, — 
et  il  y  en  a  beaucoup  —  se  réjouiront  de  voir  son  œuvre 
augmenté  d'une  toile  restée  inconnue  de  ses  biographes, 
et  qui,  avec  la  signature  de  Rembrandt,  est  un  excellent 
spécimen  de  son  inexplicable  pinceau. 


CCongrcs  et  eCrcursions. 


l'E  Congrès  annuel  de  la  Société frmiçaise 
d'archéologie  a  eu  lieu  cette  année  dans 
l'Ariège.  L'excursion  a  commencé  par 
la  visite  de  la  cathédrale  de  Pamiers, 
dont  l'intéressante  porte  de  la  fin  du  XII<=  siècle, 
offre  des  chapiteaux  historiés  curieux.  Au-dessus 
du  porche  s'élève  un  clocher  à  fenêtres  ogivales 
construit  au  XIV*-'  siècle,  sauf  le  dernier  étage, 
qui  date  du  siècle  suivant.  C'est  un  type  intéres- 
sant d'une  soite  de  constructions  particulière  au 
Languedoc,  et  dont  le  clocher  des  Jacobins  de 
Toulouse  formait  un  des  plus  beaux  spécimens. 
Après  avoir  jeté  un  coup  d'œil  à  un  curieux 
logis  de  la  fin  du  XV<^  siècle,  le  Congrès  se  rend 
à  Notre-Dame  du  Camp.  Cette  église  à  une 
nef  fut  renou\eléc  au  XIV'^  siècle,  mais  de  cette 
reconstruction  il  ne  reste  que  la  façade,  bien 
restaurée,  entièrement  en  briques,  flanquée  de 
deux  tourelles  crénelées  reliées  par  une  courtine 
également  crénelée.  Cet  appareil  de  défense 
militaire  constitue  le  principal  intérêt  du  monu- 
ment. 

Une  partie  du  personnel  du  Congrès  fit  en 
voiture  une  excursion  à  Mirepoix.  On  passa  par 
Vais,  dont  la  curieuse  église,  adossée  à  une 
grosse  tour  militaire,  rentre  dans  la  catégorie 
des  rares  églises  à  plusieurs  étages.  Mirepoix 
est  bâti  sur  le  plan  des  villes  bastides.  En  13 18, 
le  pape  Jean  XXII  en  fit  le  siège  d'un  évêché. 
La  cathédrale  dédiée  à  saint  Maurice,  fut 
élevée  parles  soins  des  deu.x  évêques,  Guillaume 
II  (1405-1431)  et  Philippe  de  Lévis  (1449-1537). 
Elle  présente  un  des  tj'pes  les  plus  intéressants 
deces  églises  à  nef  large  et  unique,  quelontrouve 
surtout  dans  le  Midi  de  la  I-^'rancc,  au  Sud  de  la 
Garonne.  C'est,  parait-il,  la  plus  large  qui  existe 
en  France.  I--llc  ne  le  cède  pas  à  la  célèbre  nef 
de  la  cathédrale  de  Gerône,  en  Catalogne,  sa 
contcmporaine,qui  mesure  extérieurement  23'"JO. 


132 


Eeuue   oc   l'art   cbrcticn. 


La  construction  de  cette  dernière  donna  lieu  à 
la  convocation  d'une  junte  d'architectes  appelés 
d'Espagne  et  de  France,  pour  décider  si  l'édifice 
était  susceptible  d'être  recouvert  par  une  seule 
voûte;  question  résolue  par  l'affirmative.  Mire- 
poix  n'avait  pas  reçu  de  voûte  avant  la  restau- 
ration moderne.  Une  tour  carrée,  qui  flanque  le 
côté  sud, est  surmontée  d'une  flèche  à  crochets  du 
XVI*^  siècle,  d'une  remarquable  élégance. 

Après  un  coup  d'œil  sur  la  tour  du  XII"^  siècle 
située  dans  la  rue  des  Couverts,  on  se  rendit  au 
château  de  Lagarde,  où  l'on  remarque  une  porte, 
quatre  tours  d'angle  et  des  courtines  élevées  par 
François  de  Lévis  (XIV«  siècle.)  La  belle  tour 
d'escalier  à  moitié  éventrée,  et  qui  accuse  le  com- 
mencement du  XII«  siècle,  est  due  à  Jean  de 
Lévis,  sénéchal  de  Carcassonne. 

On  fait  une  halte  à  Saint-Jean  de  Verges,  dont 
l'église  romane  a  été  décrite  naguère  par  M.  de 
Lahondés  ('),  et  à  l'église  de  la  Daurade,  qui 
conserve  une  porte  du  XI  IF"  siècle. Près  de  Taras- 
con  on  trouve  l'antique  sanctuaire  de  Notre-Dame 
de  Sabart,  l'une  des  plus  importantes  églises  du 
pas^s,  but  d'un  antique  pèlerinage;  son  histoire 
a  été  racontée  par  M.  Garrignon  et  a  paru  dans  le 
Bulletin  momoiiental  (;). 

L'édifice  conserve  intact  son  plan  basilical 
primitif.  On  voit  encore  l'église  d'Unac  (3)  fort 
beau  t}-pe  d'église  romane.  Sa  belle  abside, munie 
de  contreforts,  flanquée  de  deux  absidioles, 
percée  de  belles  fenêtres  dont  l'élégante  voussure 
retombe  sur  des  colonnettes,  a  gardé  grande 
tournure.  Le  clocher,  avec  ses  deux  étages  de 
fenêtres  géminées,  couronne  dignement  la  vieille 
basilique. 

Le  congrès  en  terminant  ses  travau.x,  a  décerné 
quatre  médailles  en  vermeil  à  MM.  de  Lahondés 
pour  ses  Recherches  sur  les  momintents  de  l'Ariège 
et  pour  son  Histoire  de  Pamiers  ;  Noguier, 
fondateur  du  musée  lapidaire  de  Béziers,  pour 
son  Catalogue  cpigraphique  du  musée  ;  Pasquier, 
pour  ses  travaux  d'archéologie  et  de  paléonto- 
logie ;  et  Garrigou,  pour  l'ensemble  de  ses  travaux 
scientifiques. 


NOUS  donnons,  p.  79,  le  compte-rendu  de 
l'excursion  faite  en  Septembre  dernier  au 
pays  des  Trévircs  par  la  Gilde  de  St-  Thomas  et 
de  St-Luc. 


LA  Société  centrale  des  architectes  de  Belgique 
a  fait  en    mai   dernier    une   excursion   en 
Normandie.   Elle  a  visité  le    Mans,  Vitré,  Cou- 

1.  V.  /iull.  jnonum.  ai. née  1875. 

2.  Le  Sfiàaratès,  par  H.  Garrignon.  BttiL  moniim.  1877. 

3.  Ibid. 


tances,  Baycux,  Caen,  Lisieux,  Trouville,  le 
Havre  et  Rouen.  ]\L  Corroyer  a  fait  à  ses 
membres  les  honneurs  du  mont  St-Michcl,  et  ils 
ont    joint    à    tant    d'autres    leurs    protestations 


contre  la  fameuse  digue. 


eCrpositions. 


lIOUS  avons  parlé  dans  notre  dernière 
livraison  de  l'exposition  des  arts  déco- 
ratifs. —  Il  y  a  lieu  d'y  signaler  une 
bien  intéressante  exhibition,  celle  des 
verrières  originales.  Deux  à  trois  cents  panneaux 
anciens  du  XI 1=  au  XVI F'  siècle,  intacts  ou 
restaurés,  ont  été  fort  habilement  dressés  sur  les 
paliers  des  deux  grands  escaliers  latéraux.  C'est 
la  première  fois,  croyons-nous,  qu'une  pareille 
exposition  a  été  tentée  et  on  y  a  parfaitement 
réussi.  Des  décalques  de  vitraux  connus  ainsi  que 
de  nombreuses  photographies  jointes  aux  ver- 
rières originales,  résumaient  l'œuvre  complète  de 
nos  anciens  peintres  verriers. 

C'étaient  des  fragments  de  verrières  originales 
du  XI F  siècle  provenant  de  la  cathédrale  de 
Châlons-sur-Marne,  des  vitraux  des  cathédrales 
de  Strasbourg  et  de  Poitiers,  notamment  une 
fenêtre  absidaic  avec  la  légende  de  Saint-Lau- 
rent ;  des  envois  de  la  cathédrale  de  Bourges,  les 
figures  de  saint  Valérien,  de  sainte  Cécile,  de 
saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  une  Résurrection 
de  Lazare,  Ste  Madeleine  au.K  pieds  du  CllRlST, 
et  un  vitrail  contenant  la  corporation  des  chan- 
geurs etc.  ;  comme  complément  quelques  vitraux 
cisterciens. 

Pour  le  XIII'=  siècle,  la  cathédrale  de  Bourges 
a  fourni  plusieurs  autres  sujets  de  corporation, 
les  tisserands,  les  forgerons,  plus  une  Assomp- 
tion ;  celle  du  Mans,  divers  panneaux  de  fenêtres 
avec  deux  saints  Georges  et  autres  saints.  Citons 
encore  une  Vierge  de  Poitiers  ;  Adam  et  Eve  et 
divers  panneaux  circulaires  provenant  de  la  rose 
de  la  façade  principale  de  Notre-Dame-de- 
Paris. 

Du  XIV'=  .siècle,  on  voyait  des  débris  venant 
des  cathédrales  de  Châlonset  de  Bourg,  et,  d'une 
origine  inconnue,  la  Visitation,  l'Adoration  des 
Mages,  la  Naissance  du  CllRIST,  etc. 

Du  XV^,  des  compositions  architecturales, 
encadrant  des  personnages  et  des  sujets  de  piété, 
sorties  de  l'abbaye  d'Eymoutiers  dans  la  Haute- 
Vienne,  de  Saint-Germain-dcs-Prés,  de  Saint- 
Séverin  et  de  Saint-Gcrvais  de  Paris  ;  puis  quel- 
ques vitraux  suisses  tirés  d'édifices  civils. 

Le  XVI»^  était  représenté  par  de  nombreux 


Cbronique. 


133 


échantillons  remarquables.  Un  vitrail  célèbre  est 
celui  donné  par  Charles  de  Villiers,  comte  évêque 
de  Beauvais  à  l'église  de  Montmorency,  exécuté 
en  1524.  Les  églises  mises  à  contribution  sont 
celles  de  Montmorency,  de  Saint-Gervais  de 
Paris, de  Saint-Julien-du-Sault,  les  cathédrales  de 
Châlons  et  d'Autun. 


NOUS  ne  nous  occupons  guère  des  exposi- 
tions de  peinture  et  de  sculpture,  dans 
lesquelles  nous  voyons  l'un  des  écueils  de  l'art 
moderne.  Il  est  évident  que  nous  sommes  en 
pleine  démagogie  ;  l'artiste  ne  connaît  plus  de 
mission  ;  il  ne  marche  plus  à  la  tête  de  son  siè- 
cle, mais  à  la  remorque  du  public;  il  relève  uni- 
quement de  ses  caprices  ;  il  cherche  la  vogue  en 
flattant  les  plus  bas  instincts  du  vulgaire. 

On  pourrait  admettre  les  expositions  comme 
l'épreuve  que  peut  utilement  subir  une  œuvre, 
dont  l'objectif  est  ailleurs.  Mais  aujourd'hui 
l'exposition  et  la  vente  par  l'exposition  est  la 
fin  suprême  du  tableau.  Or  l'essence  du  grand 
art  n'est-il  pas  d'avoir  un  objet,  un  but  élevé, 
supérieur,  étranger  à  la  préoccupation  de  vente 
et  même  à  la  vogue  .''  —  Aussi  que  nos  peintres 
sont  petits,  avec  leurs  tableaux  de  genre,  à  côté 
des  maîtres  anciens  qui  peignaient  leurs  retables, 
dans  la  noble  et  sereine  pensée  de  les  voir  figurer 
sur  un  autel  et  servir  à  l'édification  du  peuple  ! 

Donc,  à  Dieu  ne  plaise  que  nous  nous  mêlions 
à  ce  peuple  de  critiques  incompétents,  qui  met 
sur  le  gril  les  pauvres  artistes  modernes!  Cela  ne 
nous  empêchera  pas  toutefois  de  signaler  à  l'oc- 
casion quelque  bonne  tendance  qui  peut  se  faire 
jour  dans  le  chaos  pictural  et  sculptural  d'une 
exposition  ;  c'est  ici  le  lieu  de  citer  quelques 
lignes  du  Journal  des  Beaux-Arts  à  propos  du 
salon  de  Bruxelles. 

<i  Voici  un  Philosophe  de  M.  Fr.  De  Pauw 
juché  un  peu  haut  et  qui  me  parait  renfermer  de 
sérieuses  qualités  d'exécution.  Il  y  a  là  une  sa- 
veur gothique  très  agréable  à  l'œil.  Remarquez- 
vous  cette  tendance  à  emboîter  le  pas  avec 
Qucntin-Metsys.'  En  voilà  plusieurs  que  je  prends 
sur  le  fait  :  Van  Hove  (Edmond),  Van  Haver- 
maet,  H.  de  Brackeleer,  Impens  de  Pauw,  quel- 
ques artistes  de  l'école  de  Dusseldorf,  et  d'autres 
dont  les  noms  m'échappent.  Nous  y  reviendrons.  » 

Nous  disons  à  notre  tour  à  ces  courageu.x 
lutteurs  :  bravo,  et  courage  !  Mais  gardez-vous  de 
faire  juges  de  vos  vaillants  efforts  ni  les  critiques, 
ni  le  public  des  salons. 


DANS  l'avenir,  il  est  aisé  de  prévoir  que  l'on 
désignera  volontiers  à  Rouen,  l'année  1884, 
sous  le  nom  d'année  des  Expositions.  On  a  rare- 


ment vu  en  province  pour  une  seule  année  une 
aussi  grande  variété  d'expositions,  organisées 
simultanément  et,  chose  plus  rare  encore,  toutes 
couronnées  de  succès  tant  au  point  de  vue  des 
recettes  que  de  leur  parfaite  installation. 

Notre  précédente  livraison  contient,  sur  l'expo- 
sition d'imagerie  organisée  par  la  comité  catho- 
lique, un  article  de  M.  Ch.  de  Linas,  qui  nous 
dispense  d'y  revenir,  et  nous  donnons  dans  ce 
fascicule  même,  une  lettre  de  M.  de  Farcy,  sur 
l'exposition  rétrospective.  —  Signalons,  outre 
l'exposition  des  Beaux-Arts,  une  exhibition  d'un 
intérêt  local  tout  particulier  que  chaque  ville 
devrait  avoir  à  cœur  d'imiter.  On  avait  réuni  au 
Musée  une  importante  série  de  Peintures,  Dessins 
et  Estampes  relatifs  à  la  topographie  ancienne  et 
moderne  et  à  l'histoire  monumentale  de  la  Ville. 
Les  Archives  municipales,  le  Musée,  la  Biblio- 
thèque, des  amateurs,  des  artistes,  des  éditeurs 
ont  concouru  à  former  un  ensemble  très  varié  qui 
raconte  au  regard  charmé  toutes  les  transforma- 
tions de  la  grande  cité  normande. 


LE  Bayrisches  Gcicerbciiuiscum,  à  Nuremberg,  orga- 
nise, pour  l'époque  du  15  juin  au  30  septembre  1885, 
une  e.\position  internationale  d'ouvrages  d'orfèvrerie, 
joaillerie,  bronzes  d'art  et  d'ameublement,  ainsi  que  de 
machines,  outils  et  métaux  bruts  nécessaires  à  leur  fabri- 
cation. Cette  exposition  sera  complétée  par  une  division 
historique. 

Cette  division  historique  aura  pour  but  de  donner  un 
aperçu  du  développement  successif  des  travaux  d'orfèvre- 
rie et  de  joaillerie,  des  bronzes  d'art  et  d'ameublement  ; 
de  montrer  les  avantages  des  travaux  anciens  au  point  de 
vue  technique  et  artistique,  et  d'éveiller,  par  suite,  l'ému- 
lation vers  des  perfectionnements  et  des  progrès  dans  le 
domaine  des  ouvrages  modernes  en  métaux. 

Elle  embrassera  les  produits  des  arts  et  métiers  prove- 
nant des  âges  les  plus  reculés  jusqu'aux  œuvres  des  temps 
modernes,  soit  jusqu'au  commencement  de  ce  siècle  ; 
ainsi  :  des  ouvrages  de  bijouterie  d'or  et  d'argent,  de 
joaillerie  ;  des  ouvrages  artistiques  en  cuivre,  y  compris 
des  émaux  ;  des  bronzes  d'art  et  des  ouvrages  en  laiton  ; 
des  produits  artistiques  des  potiers  d'étain. 

Les  articles  ressortissant  à  la  division  historique  seront 
l'objet  d'une  exposition  privilégiée  et  pourvus  du  nom  de 
leur  propriétaire  ('). 


Si  toute  l'aristocratie  ])olonaise  de  la  province  avait 
voulu  y  participer,  l'Exposition  de  Posen,  qui  n'a  duré 
d'ailleurs  qu'une  quinzaine  de  jours,  eût  été  une  des  plus 
intéressantes  et  des  plus  brillantes  qu'on  puisse  imaginer; 
car  les  chefs-d'œuvre  de  tous  les  icnips  et  de  tous  les  pays 
ne  manquent  pas  chez  M.M.  l'otocki,  Radziwill,  Chlapow- 
ski,  Cieszkowski,  etc.  Ce  dernier  est  le  seul  qui  ait  con- 
senti .^  envoyer  ici  les  perles  de  sa  riche  galerie,  et  c'était, 
on  peut  le  dire,  le  principal  attrait  de  cette  Exposition, qui 
ne  comprenait  en  tout  que  175  tableaux  et  une  dizaine  de 

I.  I-es  envois  des  objets  destinés  à  indivision    historique  seront 
reçus  jusqu'au  30  avril  1885. 


134 


IRctJue   De   rart   chrétien 


sculptuies.Au  premier  rang  figuraient  X Adoration  des  Rois 
Maires,  de  Paul  \'éronèse  ;  une  Grande  dame  milanaise, 
de  Franc^ois  Moroni;  un  superbe  van  Ostade  et  un  Albert 
Cuyp  de  grande  valeur.  Citons  encore  deux  toiles  attri- 
buées à  David  Teniers,  une  belle  marine  de  Backhuysen, 
un  van  Huysum,  un  Stev.  l'alamedes,  etc.  Parmi  les  pem- 
tures  modernes  rien  de  particulier  ;\  noter.  Mais  en  revan- 
che dans  la  sculpture  on  a  admiré  l'œuvre  d'un  artiste  qui 
est  en  même  temps  un  poète  célèbre  en  Pologne  :  c'est  une 
porte  de  bronze  commandée  à  M.  Théophile  Lenartowicz, 
par  le  comte  Cieszkowski  pour  le  tombeau  de  sa  fille.  M. 
Lenartowicz,  qui  habite  l'Italie  depuis  plus  d'un  demi- 
siècle  et  qui  est  déjà  très  connu  dans  ce  pays,  s'est  inspiré 
dans  ce  morceau  des  plus  beaux  modèles  de  la  Renais- 
sance. 


u 


NE  curieuse  salle  a  été  ouverte  tardivement 
_  au  public,  à  l'exposition  des  Arts  décoratifs,^  à 
l'e.xtrémité  du  palais  de  l'Industrie,  au  premier  étage,  côté 
de  la  place  de  la  Concorde.  Son  attrait  consiste  exclusive- 
ment en  de  superbes  boiseries  anciennes  appliquées  contre 
les  murs,  ce  qui  a  permis  de  les  rétablir  telles  qu'elles 
devaient  être  dès  leur  première  destination.  Les  plus 
remarquables  de  ces  boiseries  par  leur  ancienneté,  leur 
richesse  et  leurs  détails  d'exécution  proviennent  du  salon 
dit  «  du  cardinal  Mazarin  »,  au  château  d'Ormesson. 
Dans  un  coin  de  la  salle,  on  a  dressé  une  autre  boiserie, 
une  cheminée  au.x  proportions  monumentales,  datant  de 
Henri  IL 


--^^eCrpositions  ouuccte.s  ou  annoncccs. --- 

ANVERS.  —  Exposition  de  mai-octobre  18S5. 

GL.A.SCOW.  —  24''  Exposition  de  l'Institut  des  Beaux- 
Arts,  du  3  février  au  30  avril  1SS5. 

LYON.  —  Exposition  annuelle  de  la  Société  des  Amis 
des  Arts,  de  la  2'  quinzaine  de  janvier  à  la  fin  de  mars. 

LYON.  —  Exposition  permanente  des  Beaux-Arts  de 
Lyon,  38,  rue  de  Bourbon,  tous  les  jours  de  1 1  h.  à  4 
heures. 

NOUVELLE-ORLÉANS.  —  Exposition  universelle, 
du  16  décembre  1884  au  l"  juin  1885. 

NUREMBERG.  —  Exposition  internationale  d'orfè- 
vrerie, joaillerie,  bronzes,  du  15  juin  au  30  septembre  1885. 

PARIS.  —  Salon  de  1885  du  r'  mai  au  30  juin. 

PARIS.  —  Exposition  nationale  de  18S6,  du  i"  mai  au 
15  juin. 

PAU.  —  21"  Exposition  annuelle  de  la  Société  des 
Amis  des  Arts  de  Pau.  Ouverture  le  25  janvier,  clôture  le 
15  mars  1885. 


iHusces. 


E  conservateur  du  musée  de  Cluny  vient 
d'enrichir  ses  collections  de  huit  grands 
panneaux  de  carrelage  provenant  du  château 
de  la  Bâtie,  près  Rouen  et  exécutés  en  mars 
1548  par  <(  Mosseot  Abaqueene,  esmalier  en 

Notre-Dame    de     Sotteville-les-Rouen  ».     Un 


terre    de 

autre   carrelage  du   même  artiste  se    trouve  déjà  exposé 

à  Cluny. 

Une  acquisition  plus  importante  a  également  été  faite 


en  Hollande  par  le  même  musée;  il  s'agit  d'une  plaque 
funéraire  en  cuivre.  La  France  jusqu'à  ce  jour,  ne  possé- 
dait aucune  pièce  de  ce  genre  et  était  réduite  à  n'exposer 
dans  ces  musées  que  des  copies  prises  dans  les  Musées 
de  Bruges  et  de  Gand. 

Enfin  il  vient  d'être  fait  don  au  musée  de  Cluny,  par  le 
ministre  de  la  guerre,  de  vingt-cinq  magnifiques  plaques 
de  cheminées  datant  des  -KVL',  XVI I"  et  XVI IL  siècles, 
et  provenant  de  la  démolition  d'appartements  qui  faisaient 
partie  du  fort  de  Vincennes.  (Courrier  de  l'Ari.) 


LE  musée  des  moulages  sera  prochainement  agrandi 
par  l'installation  de  trois  nouvelles  salles.  Toute  la 
galerie  de  gauche  du  palais  du  Trocadéro  sera  transformée 
en  musée.  Comme  l'indique  son  nom,  le  musée  des  mou- 
lages est  composé  exclusivement  de  reproductions  ;  mais 
ces  reproductions  ont  été  prises  sur  les  plus  beaux  chefs- 
d'œuvre  de  sculpture  et  d'architecture  connus  en  France. 
Un  seul  ouvrage  original  s'élève  au  milieu  de  toutes  ces 
merveilles  reproduites  en  plâtre  :  c'est  le  buste  en  mar- 
bre de  feu  M.  Viollet-le-Duc.  Quant  aux  ouvrages  compo- 
sant le  musée  proprement  dit,  quoique  faits  de  la  veille,  on 
dirait  qu'ils  datent  tous  de  plusieurs  siècles,  grâce  aux  per- 
fectionnements obtenus  pour  donner  au  plâtre  les  teintes 
rigoureusement  exactes  des  monuments  dont  ils  sont  la 
reproduction  fidèle.  Voici  par  exemple,  parmi  les  ouvrages 
les  plus  importants  exposés  récemment,  le  portail  de  la 
cathédrale  de  Bordeaux.  (11  aura  pour  pendant  le  portail 
de  la  cathédrale  de  Rouen,  qu'on  est  en  train  de  cons- 
truire, et  dont  les  deux  portes  latérales  sont  déjà  mon- 
tées). Puis,  un  tombeau  provenant  de  l'église  Saint-Just, 
à  Narbonne  ;  une  stalle  du  chœur  de  la  chapelle  de  l'an- 
cien château  de  Gaillon  dans  l'Eure,  superbe  morceau  de 
sculpture,  dont  l'original  se  trouve  aujourd'hui  dans  la 
basilique  de  Saint-Denis.  Les  futures  salles  actuellement 
en  voie  d'installation  sont  remplies  de  moulages  empilés 
contre  les  murs  et  provenant  principalement  du  centre  et 
du  midi  de  la  France.  Deux  petits  monuments  seulement 
s'élèvent,  entièrement  construits,  au  milieu  d'une  des  sal- 
les ;  ce  sont  les  reproductions  de  deux  fontaines  que  l'on 
peut  voir  encore,  l'une  à  Blois  et  l'autre  sur  une  des  pla- 
ces publiques  de  Caen  (').  (Journal  des  Aris.) 


M.  Adolphe  Guillon  vient  de  faire  don  au  Musée  des 
Arts  décoratifs  d'une  remarquable  collection  de  carreaux 
émaillés  de  Bourgogne,  qui  rendra  les  plus  grands  services 
aux  faïenciers  parisiens. 

M.  Guillon,  a  découvert  les  modèles  de  ces  curieux  car- 
reaux dans  les  abbayes  de  Vézelay  et  de  Cluny  ;  dans  les 
églises  de  Cliâteau-Censoir,  de  Vincelles,  de  Cudot  ;dans 
les  châteaux  de  CourtroUcs,  de  Sacy,  de  Vontenay,  de 
Vergy,  de  Brazey,  etc. 

Cent  neuf  spécimens  ont  été  ainsi  réunis  et  disposés  en 
six  grands  panneaux,  que  l'administration  du  Musée  a 
placés  dans  la  galerie  extérieure,  au  palais  de  l'Industrie. 

(Ibidem.) 


MONT.\K(;iS    possède    un    musée    prest|ue    récent 
encore   mal   classé,   mais  assez  riche  et  contenant 
plusieurs  œuvres  provenant  de  la  région. 

I.  Par  uncdccibion  récente  du  ministère  des  beaux-arts  le  public  est 
autorisé  à  prendre,  sur  place,  des  dessins  des  ouvrages  exposés.  Tou- 
tefois, ces  dessins  doivent  ôtre  exécutés  à  la  main,  sans  aucune  instal- 
lation. 11  est  également  défendu  de  prendre  des  vues  à  l'aide  d'ajjpa- 
reils  photograpliiques,  ce  privilège  appartenant  exclusivement  à  un 
artiste  pliotograplie,  et  cela  en  venu  d'un  traité  passé  avec  l'admi- 
nistration. 


Ci) ro  nique. 


Ô3 


On  remarque  dans  l'escalier  des  pierres  tombales  pro- 
venant de  l'abbaye  de  Sainte- Rose,  près  de  Roscy-le- 
Vieil,  au  premier  étage,  une  petite  salle  consacrée  aux 
sculptures,  moulages,  esquisses  et  dessins  du  baron  Henri 
de  Triqueti.  Parmi  les  tableaux  un  certain  nombre  de 
primitifs  de  diverses  écoles. 


LA  galerie  nationale  de  Londres  vient  de  faire  l'acqui- 
sition d'une  des  plus  belles  œuvres  d'Andréa  Mante- 
gna  :  Sainson  et  Dalila.  La  note  générale  de  ce  tableau 
porte  à  croire  qu'il  faisait  pendant  ^w  Jugement  de  Salo- 
tnon,  du  même  peintre,  qui  appartient  à  la  galerie  de 
Louvre. 


LE  musée  de  Lille  vient  de  s'enrichir  de  divers  dons. 
M""  Sproit  lui  a  offert  un  petit  flamand  primitif,  pan- 
neau de  o"',28  de  haut  sur  o"',4o  de  large  qui  représente 
saint  Joseph,  la  Vierge  et  l'Enfant  Jésus  traversant  un 
village. 


SUR  l'initiative  du  duc  Torlonia,  secondé  en  cela  par 
j\I.  Fiorelli,  la  ville  de  Rome  se  propose  de  fonder 
deux  nouveaux  musées  qui  seront  du  plus  haut  intérêt  au 
point  de  vue  archéologique  ;  l'un,  le  Museo  iirbano,  renfer- 
merait les  œuvres  d'art  antiques  trouvées  dans  la  ville 
même  ;  l'autre,  le  Museo  tutino,  serait  réservé  aux  objets 
découverts  dans  la  campagne  romaine. 


LE  gouvernement  saxon  se  propose  d'installer  prochai- 
nement dans  l'ancienne  résidence  des  archevêques 
de  Magdebourg  un  muser  provincial  qui,  en  dehors  des 
objets  préhistoriques,  contiendra  des  œuvres  d'art  du 
moyen  âge  et  de  la  Renaissance.  Entre  autres  curiosités 
on  y  verra  deux  chambres,  l'une  du  XVI",  l'autre  du  XV'II<-' 
siècle,  complètement  aménagées  dans  le  style  du  temps. 

Le  musée  des  Arts  industriels  de  Berlin  va  s'enrichir 
également  d'une  acquisition  analogue,  grâce  au  fonds  dit 
de  Fréd.  Guillaume.  On  y  installera  deux  chambres 
Renaissance  allemande  de  1540:  les  plafonds,  les  portes 
et  les  fenêtres,  tout  est  de  cette  époque.  L'une  de  ces  piè- 
ces provient  du  château  Ha;nrich  de  F'ranconie,  l'autre  du 
château  de  Haldenstein,  près  Coire  ;  cette  dernière  avec 
ses  magnifiques  sculptures  est  connue  depuis  longtemps 
et  passe  pour  être  le  plus  bel  ouvrage  en  bois  suisse. 


LE  nouveau  musée  conmiunal  de  Gand  vient  de  s'ou- 
vrir dans  l'ancienne  chapelle  sécularisée  des  Frères 
du  Mont  Carmel,  à  laquelle  M.  le  baron  Bcthune  a  consa- 
cré une  étude  dont  nous  avons  entretenu  nos  lecteurs. 
(  V.  J\evue  de  l' Art  chrétien,  1S84,  p.  386J 

Il  était  temps  que  la  ville  de  Gand,  si  ijopuleuse,  si  riche 
en  monuments,  et  qui  cultive  avec  tant  de  succès  l'art  tradi- 
tionnel, eût  enfin  son  musée.  —  S'il  est  regrettable  de  voir 
les  services  civils  envahir  les  sanctuaires  de  la  piété,  du 
moins  on  a  tiré  de  celui-ci  le  parti  le  plus  digne,  parmi 
les  usages  auxquels  il  fut  successivement  affecté,  et  nous 
aimons  mieux  y  voir  exposer  des  antiquités,  que  déballer 
des  légumes  et  des  denp;es  alimentaires.  Car  tel  a  été 
le  sort  de  l'antique  chapelle,  après  bien  de  péripéties. 

Avant  d'y  installer  le  musée,  l'administration  commu- 
nale a  fait  approprier  et  restaurer  ce  monument  ;  mais 
cette  restauration  est  des  plus  malheureuses.  M.  A.  de 
Ceuleneer  a  formulé  â  ce  sujet,  dans  \c  Journal  des  lieaux- 


Arts,  des  critiques  fondées  sur  lesquelles  nous  aurons  à 
revenir. 

Le  musée  n'est  pas  riche,  mais  assez  intéressant  toute- 
fois. Il  est  installé  avec  goût,  dans  un  local  superbe.  Les 
chapelles  latérales  del'antique  oratoire  forment  des  compar- 
timents disposés  d'une  manière  particulièrement  heureuse 
pour  classer  les  objets  parépoque;  dévastes  vitrines  s'allon- 
gent dans  les  nefs  ;  de  vieux  gonfanons  de  soie  pendent 
aux  entraits  du  berceau  lambrissé,  ou  forment  de  beaux 
trophées,  accrochés  au  haut  des  murailles.  Les  objets  de 
l'époque  ogivale  ne  sont  pas  très  nombreux  ;  mais  la  partie 
la  plus  intéressante  est  celle  qui  concerne  les  anciennes 
corporations  gantoises. 

La  collection  des  torchères  est  des  plus  remarquables 
et  rarement  on  trouvera  réuni  un  aussi  grand  nombre  d'ob- 
jets ayant  appartenu  â  d'anciennes  corporations.  Une  sec- 
tion non  moins  riche  que  la  précédente  est  celle  de  la 
ferronnerie.  Il  y  a  là  des  ouvrages  de  toute  beauté  et  une 
collection  de  serrures  de  coffres-forts  peut-être  unique  en 
Belgique.  Mentionnons  aussi  quelques  jolis  grès  dont 
plusieurs  proviennent  de  la  collection  Minard. 

La  création  du  musée  est  due  en  grande  partie  à  M. 
Ferd.  Vanderhaeghen.  —  M.  H.  Van  Duyre  en  est  con- 
servateur ('). 


Signalons  la  -louable  initiative  prise  à  Courtrai  par 
quelques  archéologues  et  en  particulier  par  M.  J. 
Van  Ruymbeke.  Le  noyau  d'un  musée  y  est  formé,  et 
grâces  à  leurs  efforts,  le  reste  n'est  plus  qu'une  question 
de  temps.  Le  local  choisi  est  des  plus  heureusement  adapté 
à  pareille  destination.  11  n'est  autre  que  l'une  des  tours 
de  la  superbe  porte-d'eau  qui  excite  l'admiration  de  tous  les 
voyageurs  par  son  aspect  pittoresque  et  imposant.  — 
Il  n'y  a  pas  longtemps  que  le  musée  archéologique  de 
Bruges  ne  consistait,  comme  aujourd'hui  celui  de  Cour- 
trai, qu'en  quelques  épaves  du  passé  réunies  dans  la  tour  du 
Franc   Courage  à  nos  amis  de  Courtrai. 


UN  terrible  incendie  a  manqué  d'anéantir 
la  Galerie  des  tableaux  anciens  et  le 
Musée  Thorwaldsen  : 

«  Du  grand  et  pompeux  château  de  Christiansborg  où 
le  Roi  avait  récemment  réuni  en  un  banquet  les  membres 
du  congrès  des  sciences  médicales,  il  ne  reste  plus  qu'une 
ruine  sombre  et  fumante  dont  les  murs  épais  de  deux 
mètres  menacent  de  crouler.  Les  trois  ailes  du  palais  sont 
brûlées  de  fond  en  comble.  Les  efforts  héro'iques  des  pom- 
piers et  des  militaires  ont  réussi  seulement  à  préserver  le 
Musée  Thorwaldsen,  l'église  du  château,  la  grande  Biblio- 
thèque royale  et  l'Arsenal.  C'est  un  grand  bonheur,  car 
tous  ces  bâtiments  touchaient  au  château  et  en  partie 
faisaient  corps  avec  lui.  Les  archives  et  la  riche  Galerie  de 
peintures  des  anciens  maîtres  flamands  et  italiens  sont  de 
même  sauvés,  mais  il  y  a  naturellement  beaucoup  de 
tableaux  très  endommagés. 

<,<  La  château  de  Christiansburg  est  situé  sur  un  îlot, 
entouré  de  canaux.  Dès  les  temps  anciens  il  y  avait  là  un 
château  fort.  Le  roi  Christian  V  y  bâtit  ensuite  un  palais 
qui  devait  surpasser  en  splendeur  tous  les  châteaux  royaux 
de  ce  temps  en  Europe.  En  1794  ce  palais  fut  la  proie  des 
flammes.  Au  commencement  du  XIX'  siècle,  le  Danemark 

I.  La  fabrique  de  St-Michel  a  fait  don  -lu  musée  d'antiquités  de  la 
niaquirtte  en  l)ois  de  la  tour  carrée  de  cette  église  dont  la  construc- 
tion commencée  en  1440  ne  fut  jamais  aclievée  ;  trois  plaques  en 
cuivre  doré  repoussé  et  deux  statues  en  marbre  blanc  représentant 
l'EsiJérance  et  la  Charité,  ont  été  également  remises  au  musée 
par  la  fabrique. 


1.-^6 


iRcuuc   De   rart   cfjrcticn 


se  trouvant  en  guerre  avec  l'Angleterre,  la  reconstruction 
du  château  fut  suspendue.  Ce  ne  fut  qu'en  1S28  que  la  res- 
tauration fut  achevée.  Depuis  lors,  Christiansborg  avait 
été  habité  par  les  rois  Frédéric  VI  et  Frédéric  VII.  Mais 
Christian  IV  s'en  servait  seulement  pour  les  fêtes,  comme 
le  récent  banquet  offert  au  congrès  des  médecins. 

«  Dans  l'aile  sud  se  trouvaient  les  locau.\  de  la  repré- 
sentation (le  /litisiùti^ry^  dans  l'aile  nord  était  la  Galerie  des 
peintures.  Dans  les  autres  parties,  il  y  avait  les  archives 
secrètes  du  royaume  et  les  salles  de  la  cour  suprême.  » 


■  Ifcnrcs. 


O 


N  lit  dans  la   Chronique  des  Arts  et  de  la 
Curiosité,  du  6  décembre  1884,  p.  488: 

La  collection  Basilewiski. 


«  L'année  de  la  curiosité  vient  de  perdre  le  plus  beau 
«  fleuron  de  sa  couronne.  Vendue  hier  soir  sur  un  simple 
«  télégramme,  la  collection  Basilewiski  !  vendue  six  mil- 
<i;  lions  de  francs  au  gouvernement  russe,  qui,  depuis 
«  longtemps,  négociait  avec  le  propriétaire  par  l'entremise 
«  de  M.  le  comte  Polotzoff. 

«  Pour  tous,  c'est  le  gros  morceau  de  la  saison,  qui  s'en 
«  va.  Pour  beaucoup,  c'est  le  rêve  de  Perrette  au  pot  au 
«  lait,  qui  s'évanouit.  Une  collection  de  cette  importance, 
«  en  effet,  ne  se  disperse  pas  sans  laisser  un  million  entre 
«  les  mains  des  intermédiaires,  que  les  ventes  font  vivre. 
«  Le  catalogue  était  en  partie  préparé...  Quelle  décep- 
«  tion  pour  les  amateurs,  qui  préparaient  déjà  pour  le 
«  mois  de  mars  leurs  munitions  de  guerre!  Jamais,  depuis 
«  la  vente  Sollikoft",  qui  avait  produit  1,800,000  francs  en 
«  1860,  le  public  n'aurait  assisté  à  des  enchères  aussi 
(<  importantes.  Toute  l'Europe  intelligente,  aimant  les  arts, 
«  aurait  été  présente.  Dans  cette  galerie  de  la  rue  Blanche, 
«  où  l'on  était  admis  sur  carte  personnelle,  une  fois  par 
«  semaine,  il  y  avait,  depuis  de  longues  années,  des  mer- 
«  veilles  amassées...  Pour  les  voir,  il  faudra  désormais 
<,<  faire  le  voyage  de  St-Pétersbourget  demander  au  musée 
«  de  l'Ermitage,  la  salle  Basilewiski... 

{Figaro.)  Paul  Eudel. 

Tous  les  amis  de  l'art  ancien  et  particulièrement  de  l'art 
religieux,  si  bien  représenté  dans  cette  belle  collection, 
regretteront  sincèrement  l'enlèvement  de  ce  trésor  de 
notre  pays.  Exposées  en  1867  dans  les  salles  de  l'histoire 
du  travail  et  en  1878  au  Trocadéro,  les  principales  pièces 
sont  connues  de  bien  des  amateurs  ;  il  était  d'ailleurs  facile 
de  les  visiter  ;  une  simple  demande  de  carte  ouvrait  la  porte 
de  la  vaste  galerie,  où  les  ivoires,  les  éniau.x  et  les  pièces 
d'orfèvrerie  les  plus  étonnantes  étaient  rangées  sur  des 
dressoirs  ou  des  crédcnces  admirables. 

Quel  dommage  que  le  gouvernement  français  ait  com- 
mis la  même  faute  que  pour  la  collection  Soltykoff  (celle- 
là  dispersée  de  tous  côtés)  et  laissé  la  Russie,  la  moins 
intéressée  des  nations  européennes  dan  s  la  question,  puisque 
tous  les  objets  sont  d'origine  française,  alleinande  ou  ita- 
lienne, faire  l'acquisition  de  ces  chefs-d'œuvre  du  passe. 
La  parole  en  ce  cas,  comme  en  bien  d'autres,  est  aux  mil- 


lions. Peut-être  en  aurait-on  trouvé  s'il  avait  été  question 
d'une  autre  collection  Campana,  composée  de  vases  étrus- 
ques ou  romains  sans  nombre:  mais  ici  on  était  en  plein 
art  religieux  (catacombes,  art  byzantin,  moyen-âge  et 
renaissance),  c'était  une  bien  mauvaise  note  par  le  temps 
qui  court  et  avec  les  tendances  anti-cléricales  à  la  mode. 
Quel  excellent  fond  eût  fait  cette  collection  pour  le 
futur  palais  des  Arts  décoratifs  ;  mais  n'insistons  pas  et 
espérons,  sans  trop  y  compter,  qu'à  l'avenir  on  ne  laissera 
plus  échapper  pareille  occasion. 

Voici,  à  titre  de  renseignement,  les  divisions  du  catalo- 
gue raisonné,  édite  chez  Morel  en  1874,  sous  la  direction 
de  M.  Darcel  avec  de  fort  belles  planches  en  or  et  couleurs. 
Il  contient  561  numéros;  inais  depuis  son  impression  de 
nombreuses  acquisitions  avaient  été  faites  par  M.  Basi- 
lexviski,  entr'autres  l'admirable  croix  de  procession  en  or 
ciselé  et  repoussé  de  la  fin  du  Xlll''  siècle  ('),  exposé  au 
Trocadéro  entre  les  deux  reliquaires  émaillés  de  l'ancien 
trésor  de  Bâle.  Actuellement  la  collection  comprend  750 
numéros. 

1 .  Art  des  catacombes. 

Marbre,  numéro  i.  —  Terre  cuite  numéro  2  à  25.  — 
Ivoire  26  à  31.  —  Bronze  2,2  à  39.  —  Verre  40  à  44. 

2.  Art  Byzantin  et  époque  Carlovingienne. 
Ivoire  45  à  78.  —  Mosaïque  79  à  So.  —  Émaux  81. 

3.  Art  du  moyen  âge. 

Calcaire  82  et  83.  —  Marbre  84  et  85.  —  Ivoire  86 
1 12.  —  Bois  1 13  à  1 19.  —  Meubles  120  à  123.  —  Matières 
plastiques  124.  —  Bronse  et  dinanderie  125  à  137.  —  Or- 
fèvrerie 138  à  189.  --  Étain  190.  —  Émaux  191  à  237.  — 
Emaux  translucides  238  et  239.  —  Verre  240  et  241.  — 
Mosaïque  242.  —  Ferronnerie  243  et  244.  —  Coutellerie 
245  à  250.  —  Armes  251  à  255. 

4.  Art  de  la  Renaissance. 

Marbre  256  et  257.  — ■  Ivoire  258.  —  Bois  sculpté  25g 
à  265.  —  Meubles  266  à  274.  —  Matières  plastiques  275 
et  276.  —  Terre  cuite  277.  —  Terre  cuite  entaillée  278  à. 
282.  — •  Bronze  283  à  287.  —  Ferronnerie  288  à  292.  — 
Coutellerie  293.  —  Armes  294  à  300.  —  Émaux  Vénitiens 
301  à  304.  —  Émaux  peints  ya^  à  349.  — Faïences  peintes 
350  à  489.  —  Verrerie  490  à  543.  —  Tapisserie  544.  — 
Broderie  545  à  550. 

5.  Art  oriental  551  à  558. 

6.  -Supplément  559  à  561. 

Tels  étaient  les  titres  des  chapitres  du  catalogue  dressé 
en  1874  par  M.  Darcel  et  illustré  de  50  planches  la  plu- 
part en  chromolithographie.  Souhaitons  à  toutes  les 
grandes  collections  d'être  décrites  d'une  façon  aussi 
savante  et  avec  un  tel  luxe  de  reproductions.  Puisse  sur- 
tout le  gouvernement,  si  généreux  des  millions  de  la 
France  C|uand  il  s'agit  de  la  Tunisie  ou  du  Tonkin,  en 
réserver  quelques-uns  (ne  fût-ce  que  tous  les  vingt  ans) 
pour  l'acquisition  de  collections  telles  que  celles  du  prince 
Soltykoft  ou  de  M.  Basilewiski,  et  ne  pas  laisser  passer 
à  l'étranger  des  spécimens  de  cette  importance  pour  notre 
art  national  !  L.  F. 

I.  Voyez  dans  \'Art  ancien  à  l'exposition  de  1878  par  M.  I,. 
Gonse,  rédacteur  de  la  Gazette  des  Beaux  Arts,  p.  232,  la  reproduc- 
tion de  celle  croix  unique,  accomp.agnée  de  deux  branches,  portant 
l'une  St  Jean,  l'autre  la  Vierge. 


REPONSE. 

Plaques  de  foyer  en  fonte  de  feri'^^]. — Nous  avons 
remarqué  récemment,  au  château  de  Montbras 
(c'"^  de  Taillancourt,  Meuse)  une  très  grande 
plaque  de  foyer  qui  doit  remonter  à  la  fin  du 
XV<=  siècle  ;  beaucoup  plus  large  (2'"o8)  que 
haute,  elle  affecte  la  forme  d'un  rectangle  avec 
un  petit  fronton  triangulaire  sur  le  milieu.  Au 
centre,  une  croix  de  Jérusalem,  cantonnée  de 
quatre  croiscttes,  sur  un  cercle  ;  au-dessus,  écu 
de  France.  Sur  les  côtés:  2  écus  de  France; 
2  étoiles  à  6  rayons  rectilignes  ;  6  écus  au  lion 
rampant,  tenant  une  hallebarde  ;  enfin,  2  écus  en 
losange,  à  6  tours,  posées  3,  2  et  i. 

Dans  la  maison  de  Jeanne  d'Arc,  à  Domremy, 
existe,  nous  dit-on,  une  plaque  pentagonale,  of- 
frant les  mêmes  armoiries  inconnues  :  au  lion 
rampant  arme  d'une  hallebarde. 

Dans  la  collection,  importante  pour  les  XVI 1° 
et  XVIII^  siècles,  du  Musée  de  Bcaune,  on  re- 
marque une  plaque  de  la  fin  du  XV'=  siècle,  tou- 
jours de  forme  pentagonale.  Le  milieu  de  la 
partie  inférieure  n'offre  pas  de  décoration  ;  dans 
le  haut,  trois  croix  dites  de  Lorraine,  dont  celle 
du  milieu,  de  plus  grande  dimension,  repose  sur 
un  cercle  ;  sur  les  côtés,  deux  fleurs  de  lys.  (D'a- 
près une  comm.  de  Mgr  Barbier  de  Montault.) 
—  Ces  emblèmes  paraissent  désigner  le  roi 
René. 

Je  pourrais  signaler  de  nombreuses  plaques 
datées  de  la  seconde  partie  du  X  VI"^  siècle  :  1 570, 
la  châsse  de  Saint-Hubert;  1583,  Ecu  de  France- 
Navarre  ;  1584,  Jugement  de  Paris  ;  1590,  Noces 
de  Cana  ;  etc.,  etc.  Jamais  je  n'en  ai  vu  du  XV<= 
siècle  qui  portassent  une  date. 

L.  Germ.\ix. 


QUESTION. 

Notre-Dajne  de  Bon-Secours,  de  Nancy.  —  La 
statue  de  Notre-Dame  de  Bon-Secours,  à  Nancy, 
est,  depuis  deu.x  ou  trois  siècles,  l'objet  d'un  pèle- 
rinage très  populaire.  On  la  croit  sculptée  par  un 
artiste  de  grand  mérite,  Mansuy  Gauvain,  suivant 
le  compte  du  receveur  général  de  Lorraine  pour 
l'année  1506,  qui  porte  :  «  Payé  par  le  receveur  à 
Mansuy,  menusier,  pour  avoir  taillié  ung  ymaige 
de  nostre  Dame  affublée  d'un  manteau  ouvert, 
et  taillié  gens  de  tous  estas...  VIII  fr.  V  gros.  » 
{Btdl.  de  la  Soc.  d'Arch.  Ion:,  185 1,  p.  53.  etc.) 


I.  Voir  année  i8 


,  p.  621. 


Cette  statue  représente  en  effet  la  Vierge,  les  bras 
étendus,  écartant  un  vaste  manteau,  qui  lui  cou- 
vre la  partie  supérieure  de  la  tète,  et  sous  lequel 
sont  agenouillés,  en  dimension  beaucoup  plus 
petite,  un  grand  nombre  de  personnages  de  tou- 
tes conditions,  ecclésiastiques  d'un  côté,  laïques 
de  l'autre. 

L'origine  iconograpliique  de  cette  statue,  qui 
constitue,  dans  le  duché  de  Lorraine,  un  t}-pe 
tout  à  fait  particulier,  connu  uniquement  sous  le 
nom  de  Notre-Dame  de  Bon-Secours,  n'a  jamais, 
croyons-nous,  été  étudiée.  Nous  n'avons  pas  ren- 
contré en  l'rance  d'images  analogues  de  la  Vier- 
ge ;  mais  nous  en  avons  retrouvé  plusieurs  dans 
différentes  provinces  de  l'Espagne,  notamment 
dans  des  bas-reliefs  funéraires  à  Burgos,  qui  nous 
ont  paru  dater  du  XV<=  siècle.  Dans  son  ouvrage 
La  sainte  Vierge  (p.  493),  M.  l'abbé  Ménard  a 
donné  une  gravure  de  la  Vierge  des  Grottes  {de 
las  Cuevas)  du  Musée  de  Séville  ;  Marie  étend 
les  bras  ;  le  Saint-Esprit  plane  au-dessus  de  sa 
tête  ;  deux  anges  soutiennent  les  pans  de  son 
manteau  ;  des  Chartreux  agenouillés  implorent 
sa  protection.  On  remarque  dans  la  Vie  militaire 
et  religieuse  de  M.  P.  Lacroix  (p.  204),  une  gra- 
vure représentant  «  Notre-Dame  de  Grâce  abri- 
tant sous  les  plis  de  son  manteau  les  premiers 
grands  maîtres  de  l'ordre  militaire  de  Montessa  »  ; 
c'est  une  peinture  sur  bois  du  XV«  siècle,  vénérée 
dans  l'église  du  Temple  à  Valence  (Espagne). 
Les  ducs  de  Lorraine,  Jean  et  Nicolas  d'Anjou, 
auraient  pu  s'inspirer  de  ces  images  par  suite  de 
leurs  campagnes  dans  la  Catalogne  ;  toutefois, 
il  est  plus  probable  que  ce  type  iconographique 
a  été  rapporté  en  Lorraine  de  l'Italie,  où  les  ducs 
de  la  dynastie  angevine,  ainsi  que  René  II,  firent 
plusieurs  expéditions  militaires  et  envoyèrent 
étudier  leurs  artistes.  Pei-sonnellement,  nous  con- 
naissons peu  l'Italie  ;  nous  savons  cependant  que 
des  représentations  analogues  s')'  rencontrent 
assez  souvent,  bien  que  Rome  ait  toujoui's  préféré 
le  type  de  la  Vierge  por'tant  sur  ses  bras  l'enfant 
JÉ.SUS.  L'Atlas  Marianus  (t.  II,  p.  69)  reproduit 
Notre-Dame  de  Monte  Berico,  couvrant  des  pans 
de  son  manteau  deux  hommes  agenouillés;  la 
statue  remonterait  à  l'an  1426.  Nous  possédons 
l'empreinte  d'un  sceau  ovalaire,  dont  la  légende 
nous  parait  ètie  :  ^  SIG.  MONA.  MOMA.  S. 
MARIAE  II  DEMIS  PADOL  S  BEN  DE  OB; 
il  offre  la  même  image  de  la  Vierge,  abritant 
deu.x  petites  religieuses. 

Nous  désirerions  savoir  exactement  :  où,  à 
quelle  époque  et  dans  quelles  circonstances,  ce 
type  a  pris  naissance. 


138 


Ecuuc   Dc    rart   cïjrcticn. 


N'y  aurait-il  pas  lieu  de  rapprocher  de  cette 
représentation  de  la  Vierge  celle  de  sainte  Ursule 
écartant  son  manteau  pour  couvrir  de  ses  pans, 
soit  plusieurs  des  onze  mille  vierges,  comme  dans 
une  statuette  d'Avioth  (Meuse)  ou  dans  l'une  des 
peintures  dc  la  fameuse  châsse  de  Bruges,  par 
Memling,  soit  quelques-unes  de  ces  mêmes  com- 
pagnes précédées,  au  premier  plan,  de  £i'//s  de 
tous  états,  à  genoux,  les  mains  jointes,  comme 
dans  la  curieuse  statue  de  l'église  Saint-Michel 
de  Bordeaux  ? 

L.  Germain. 


QUESTION. 

IL  existe  encore  un  certain  nombre  de  groupes 
sculptés  représentant  la  sainte  Vierge  debout, 
tenant  l'Enfant  JÉSUS  sur  le  bras  gauche  et  lui 
présentant  de  la  main  droite  un  «encrier».  Une 
charmante  statue  de  ce  genre,  sculptée  en  bois 
de  chêne  et  polychromée,  remontant  au  milieu 
du  XV*'  siècle,  est  conservée  à  l'église  Notre- 


Dame  de  Macstricht.  — Une  autre  figure  de  même 
nature,  de  grandeur  naturelle,  mais  d'une  époque 
plus  récente,  se  trouve  dans  une  niche,  au  tympan 
de  l'ancienne  boucherie  à  Gand.  On  nous  a  assuré 
que  dans  quelques  peintures  anciennes  en  Italie, 
on  voit  des  représentations  de  la  sainte  Vierge 
avec  le  même  attribut. 

Nous  ne  connaissons  pas  d'auteur  qui,  en  s'oc- 
cupant  de  l'Iconographie  chrétienne,  donne  le 
moindre  renseignement  à  cet  égard,  et  c'est  en 
vain  que  l'on  chercherait  des  éclaircissements 
dans  les  Caractéristiques  des  Saints  Aw  P.  Cahier, 
dans  la  Christliche  Synibolik  de  Mcntzel  et  les 
auteurs  allemands,  dans  M^s  Jameson  et  les  ar- 
chéologues anglais.  Tous  les  auteurs  consultés 
sont  muets  à  cet  égard. 

Peut  on  citer  en  France  et  dans  d'autres  pays, 
des  groupes  représentant  la  sainte  Vierge  et 
l'enfant  Jésus  de  la  même  manière.' —  Est-il  pos- 
sible de  fixer  l'origine  et  de  préciser  la  signification 
de  ce  symbole  et  peut-on  l'expliquer  soit  par  des 
textes  sacrés,  soit  par  d'autres  documents  écrits? 

J.  H. 


ERRATA. 


Page 


75,  col.  2,  in  fine  au  lieu  de  Parniers  lisez  Painiers. 

»         83,  »     2,    1.      8,  »  de  Vaneille  lisez  de   Vei-neilh, 

»       103,  »    2,    1.    23,  »  Hubger  lisez  Kiigler. 

»       105,  »     2,  passim  ))  Hauslick  lisez  Hanslick. 


^?s^;irf3<M?v?d?vi^?d?v 


,'     1  r T T'i  w  1 1  r  nr  r .  1 1  w t tt ir'ï ir t rt ^  '"  w ■  ■  i iittitti f  '.  1  ■  1 1  f  Trmn' t"!   UTIJiUll  r"iTT¥ffWt  ffl^'     1 


Bel3ue  lie 


l'Hrt  chrétien 


4^ 


^  parnisfinut  taus  ïcs  trais  moie.  J 

28'"e  année.  —  A""  %tm.      4^! 

z 4<]' 

^amc  111/  (xxxve  he  ta  collEction).     4 
2™^  liuraison.  —  auril  ^885.  <^| 

HUtLlJIIX£DLA*JtlJLlllllJtAJJUJIlllirit-]JAAlMUMrTn^xinjlliiJ^li"77llir|ff*  rn'rrrTTTTTr--n 


Jlt  JSgmboItgmc  cbictten  au  ICI'  mtlt,  ti^après 

les   poèmes  t>e   ;QrUtience«    (Pcuricme   et  Pcmlcr   article.)  (V.  la 

livraison   de  janvier    1885,  p.    i.)  m^^mW^^êmm^.^m^^mi^m~ 


V. 

EUX  sacrements  ont  été  repré- 
sentés par  Prudence  sous  une 
image  symbolique. 

«  Jésus,  dit-il,  oignit  les  yeux 
«  de  l'aveugle  avec  de  la  terre  humectée  de 
«  sa  salive  et  pétrie  de  ses  mains.  Il  lui  mon- 
«  tra  ensuite  par  quelle  ablution  devaient 
«  être  guéries  ses  ténèbres.  La  piscine  de 
«  Siloé  élève  ses  eaux  de  temps  en  temps,  et 
«  ne  les  fait  pas  continuellement  bouillonner: 
«  mais,  à  des  intervalles  réguliers,  son  bassin 
«  se  remplit  d'un  large  flot.  Des  troupes  de 
«  malades  soupirent  après  le  moment  où 
«jaillira  la  source  avare,  et  où  ils  pourront 
«  nettoyer  par  un  bain  purifiant  les  souillures 
«  de  leurs  membres  :  ils  attendent  que  l'eau 
«  sonore  fasse  ruisseler  la  pierre,  et  restent 
«  suspendus  à  la  margelle  desséchée.  Le 
«  Christ  ordonne  (à  l'aveugle)  de  laver  à 


«  cette  fontaine  la  boue  étendue  sur  son 
«  visage,  afin  que  la  lumière  le  fasse  de  nou- 
«  veau  resplendir.  Car  il  savait  qu'il  avait 
«  formé  de  boue  la  figure  humaine  autrefois 
«  couverte  de  ténèbres,  et  qu'il  avait  ensuite 
«  appliqué  sur  le  nouvel  Adam  le  médicament 
«  sorti  de  sa  bouche.  Sans  le  divin  souffle  du 
«  souverain  Seigneur,  en  effet,  la  terre  est 
«  aride  et  impropre  à  guérir;  mais  après  qu'un 
«  esprit  liquide,  sorti  d'une  bouche  céleste,  a 
«  mouillé  la  terre  vierge,  celle-ci  devient  un 
«  principe  de  salut,  et,  ainsi  baptisée,  elle 
«  peut  rendre  la  lumière.  L'aveugle  se  tient 
«  debout,  les  yeux  rouverts  par  la  bouche  du 
«  Christ,  il  proclame  qu'il  a  recouvré  la 
«  lumière  grâce  à  l'application  de  la  boue  et 
«  au  contact  des  flots  brillants,  il  montre  à  la 
«  ville  étonnée  l'auteur  de  la  lumière,  le  do- 
«  nateur  des  jours,  qui  n'a  pas  dédaigné  de 
«  montrer  aux  hommes  errants  et  malades, 


REVUE  DE    l'art  CHRÉTIEN. 

1885.  —  a'"^  Livraison. 


140 


iRctiiic  De   rart    chrétien 


«  en  son  propre  corps,   la  vertu  médicinale 
«  de  l'eau  (').  » 

J'ai  dû  citer  ce  long  et  subtil  passage,  qui 
n'est  pas  sans  beauté  dans  l'original,  mais 
qu'il  est  à  peu  près  impossible  de  traduire 
d'une  façon  supportable.  Il  a  trait  manifeste- 
ment au  sacrement  de  Baptême,  et  célèbre 
«  la  vertu  médicinale  de  l'eau  »  que  Jésus 
a  montrée  par  son  propre  exemple,  corpore 
sub  proprio,  en  se  soumettant  dans  le 
Jourdain  au  baptême  de  Jean.  Tombée  sous 
forme  de  salive  de  la  bouche  du  Sauveur,  ou 
coulant  en  ondes  brillantes  dans  la  piscine 
de  Siloé,  l'eau  rend  la  lumière  aux  aveugles, 
à  la  créature  ténébreuse,  au  vieil  homme 
devenu  le  nouvel  Adam.  Elle  est  l'instru- 
ment de  «  l'illumination  »  produite  par  le 
Baptême,  autrefois  appelé  de  ce  nom.  Les 
images,  assez  fréquentes  dans  l'art  primitif, 
de  la  guérison  des  aveugles  par  le  Sauveur 
au  moyen  de  la  boue  liquide,  ou  de  la  des- 
cente dans  la  piscine,  non  de  l'aveugle,  il 
est  vrai,  mais  du  paralytique,  sont  probable- 
ment des  symboles  du  Baptême.  Dans  une 
des  chambres  du  cimetière  de  Calliste,  à 
côté  de  peintures  représentant  un  homme 
qui  tire  de  l'eau  un  poisson,  emblème  du 
Baptême,  et  un  autre  qui  administre  réelle- 
ment ce  sacrement,  on  distingue  l'image  du 
paralytique  emportant  son  lit  sur  ses  épaules 
au  sortir  de  la  piscine  miraculeuse  (').  M. 
de  Rossi  voit  dans  cette  représentation 
encore  une  allusion  au  Baptême  (■').  Ter- 
tuUien  considère  l'eau  de  la  piscine  de 
Bethesda,  miraculeusement  remuée  par 
l'ange,  comme  un  emblème  de  l'eau  purifica- 
trice du  Baptême  (■*).  Dans  le  rituel  Gothique- 
Gallican,  l'une  des  prières  de  XOrcio  Ba- 
ptismi  contient  cette  invocation  :  «  O  Dieu, 

1.  Apotheosis,  675-703. 

2.  De   Rossi,  Routa  sotlerranea,   t.  II,   pi.  XVI,  11°  6.  — 
Cf.  Rome  souterraine  française,  pi.  \'l,  n°  3. 

3.  De  Rossi,  1.  c,  p.  334. 

4.  TertuUien,  De  H-iptisiiio,  5. 


qui,  par  le  ministère  d'un  Ange,  rendez 
médicinales  les  eaux  de  Bethesda,  daignez 
ordonner  à  l'Ange  de  votre  miséricorde  de 
descendre  dans  ces  fontaines  sacrées  (').  » 
Prudence  semble  voir  dans  les  deux  périodes 
de  la  médication  de  l'aveugle-né,  consistant 
l'une  dans  l'onction  des  yeux  par  le  limon 
mêlé  de  salive,  l'autre  dans  l'ablution  faite 
à  la  piscine,  deux  symboles  représentant 
également  les  vicdica  purgamina  aquœ,  la 
vertu  purificatrice  de  l'eau  baptismale  : 
seulement  ici,  comme  dans  un  quatrain  du 
Dittochaeoii  (=),  il  étend  à  la  piscine  de  Siloé 
les  prérogatives  merveilleuses  de  celle  de 
Bethesda  (^),  et  la  montre  entourée  de 
malades,  trait  que  l'Évangile  rapporte  seu- 
lement de  la  dernière,  et  à  propos  d'un 
autre  miracle  (''). 

Prudence  a  raconté  dans  une  hymne  du 
Cathemerinon  le  passage  de  la  mer  Rouge 
par  les  Hébreux  que  conduisait  une  colonne 
lumineuse  (-).  Dans  le  dernier  chant  de  ce 
recueil  il  rappelle  le  même  épisode,  en  lui 
donnant  un  sens  symbolique  indiqué  par 
saint  Paul  et  par  les  Pères  de  l'Eglise,  et 
dont  j'ai  déjà  parlé.  «  Tous  ont  été  baptisés 
sous  la  conduite  de  Moïse  dans  la  nuée  et 
dans  la  mer,  »  écrit  l'Apôtre  faisant  par  ces  1 
paroles  du  passage  de  la  -mer  Rouge 
l'archétype  du  sacrement  de  Baptême  ('). 
«  Le  passage  à  travers  la  mer  Rouge  est 
un  Baptême,  »  dit  saint  Augustin  (').    C'est 

1.  Descendat  super  has  aquas  Angélus  benedictlonis 
tux...  qui  BethesdiB  aquas  Angelo  medicante  procuras... 
Angelum  pictatis  tuaî  his  sacris  fontibus  adesse  dignare. 

2.  Dittochaeon,  129-132. 

3.  Voir  Fouard,  Vie  de  N.-S.  Jésus-Christ,  Appendice 
vin,  t.  I,  p.  505,  509. 

4.  Cf  Brockhaus,- p.  233,  257. 

5.  Cal/ieinerinon,  V. 

6.  Omnes  in  Moyse  b^ptizati  sunt  in  nube  et  in  mari.      ; 
I  Cor.,  X,  2.  .. 

7.  Per  mare  transitus  baptismus  est.  S.  Augustin,.  Sermo 
352.  —  Cf.  TertuUien,  De Baptismo,  g;  Origcne,  Homilic^ 

I  in  fosiie.  —  Bèdc  écrivait  encore  au  VIII'-"  siècle  ;  «  La    .■ 
mer  Rouge  a  pour  sens  le  liaptcme  consacré  par  le  sang 
du  Christ.  La  verge  avec  laquelle  la  mer  fut  touchée  est 


ïLe  %gmt)Olismc  chrétien  au  iu^  siècle,  D'après  les  poèmes  De  PcuDcnce.  141 


ainsi  que  l'entend  Prudence.  «  Notre  chef 
«  a  blessé  l'ennemi  et  nous  a  délivrés  des 
«  ténèbres  de  la  mort.  Son  peuple  traversant 
«  la  mer  a  été  purifié  par  les  flots  ;  il  le  lave 
«  dans  les  douces  eaux  et  porte  devant  lui  la 
«colonne  de  lumière  (').  »  Il  est  impossible 
de  ne  pas  voir  dans  ces  paroles  une  allusion 
à  l'eau  du  Baptême,  au  sacrement  purifica- 
teur et  illuminateur,  comme  l'appelait  l'an- 
tiquité chrétienne. 

Prudence  symbolise  l'Eucharistie  par 
deux  figures  empruntées  l'une  à  l'Ancien, 
l'autre  au  Nouveau  Testament. 

La  première  est  le  miracle  de  la  manne 
rapporté  dans  X Exode  (').  «  Les  Hébreux 
«  ayant  eu  faim  dans  le  désert,  leur  camp  se 
«  trouva  rempli  d'un  mets  blanc  comme  la 
«  neige,  tombé  en  flocons  plus  épais  qu'une 
«  grêle  glacée  :  ils  dressent  des  tables  pour  y 
«  goûter  ce  festin,  s'y  nourrir  de  ce  mets  que 
«  leCuRisT  leur  envoiedu  ciel  étoile  (")... — 
<(,  Les  tentes  de  nos  pères,dit  ailleurs  le  poète, 
«  sont  toutes  blanches  du  pain  des  Anges  (^),» 
c'est-à-dire  de  la  manne  qui  les  couvre 
comme  une  neige.  Mais  cette  manne  est 
elle-même  la  figure  d'un  autre  «  pain  des 
«  Anges,»  de  Q.ç.panis  angelicus  que  la  poésie 
liturgique  des  siècles  suivants  a  chanté 
merveilleusement.  Prudence  met  ces  paroles 
éloquentes  dans  la  bouche  de  la  Sobriété, 
reprochant  leur  luxe  et  leur  mollesse  aux 

la  croix  du  Christ,  que  nous  recevons  par  le  Baptême. 
Ses  nombreux  ennemis  qui  piîrissent  avec  le  roi,  ce  sont 
les  péchés  :  le  roi  lui-même,  c'est  le  diable  qui  est  étouffé 
dans  le  Baptême  spirituel.  » 

1.  Hic  expiatam  fiuctibus 
Plebem  marino  in  transitu 
Repurgat  undis  dulcibus 
Lucis  columnam  pr;fferens. 

Catlteiiierinoii,  XH,  165-168. 

2.  Exode,  xvi,  14-36. 

3.  Implet  castra  cibus  tune  quoque  ninguidus 
Inlabens  gelida  grandine  dcnsius  : 

Hic  mensas  epulis,  hac  dape  construunt, 
Quam   dit    sidereo  CHRiSTUsab  œthere. 

Cathcnurinon,  v,    97-100. 

4.  Panibus    angelicis   albent  tentoria   patrum. 

Dittochaeon,  4 1 . 


contemporains  de  Théodose,  fils  dégénérés 
des  anachorètes  et  des  martyrs  :  «  N'est-elle 
«  plus  dans  vos  âmes,cette  soif  du  désert  ?est- 
«  elle  tarie,  cette  eau  du  rocher  qui  fut  donnée 
«  à  vos  pères  et  sous  la  verge  mystique  jaillit 
«de  la  pierre  entr'  ouverte  ?  Le  mets  des 
«Anges  n'est-il  pas  tombé  d'abord  près  des 
«tentes  de  vos  ancêtres,  ce  mets  que,  plus 
«  heureux  maintenant  en  ce  siècle  tardif,  le 
«  peuple  des  derniers  temps  mange  vraiment 
«en  se  nourrissant  de  la  chair  même  du 
«Christ  (')  .^»  Le  sens  du  symbole  est  ici 
clairement  donné  par  le  poète,  qui  semble 
se  borner  à  traduire  les  paroles  de  jÉ.sus- 
CiiRisT  lui-même  :  «  Voici  le  pain  qui  des- 
«cend  du  ciel  :  il  n'est  pas  comme  la  manne 
«  dont  ont  mangé  vos  pères  et  qui  ne  les  a 
«  pas  empêchés  de  mourir  :  celui  qui  mange 
«  ce  pain  vivra  éternellement  ('').  »  A  l'époque 
où  Prudence  rappelait  dans  ses  vers  le  sens 
mystique  de  la  manne  donnée  dans  le  désert 
au  peuple  juif  un  peintre  chrétien  dessmait 
sur  un  arcosolium  d'une  catacombe  la  repré- 
sentation du  même  miracle  avec  un  sens 
aussi  évidemment  symbolique.  Une  fresque 
de  la  fin  du  quatrième  siècle,  découverte  il 
y  a  vingt  ans  dans  la  catacombe  de  Cyria- 
que,  représente  un  nuage  d'où  s'échappent 
des  flocons  bleuâtres.  Quatre  Israélites, 
deux  hommes  et  deux  femmes,  portant  par- 
dessus leurs  tuniques  àç.'s,  peimlœ  (habits  de 
voyage)  avec  un  capuchon  rabattu,  re- 
cueillent dans  les  plis  de  ces  vêtements 
des  flocons  qui  tombent  comme  de  la  neige. 
«Il  est  vrai,  dit  M.  de  Rossi,  qu'aux  chapi- 
tres XVI  de  \ Exode  et  XI  des  Nombres, 
nous  lisons  que    la    manne    tombait   ainsi 

1.  Excidit  ergo  animis  eremi  sitis,excidit  ille 

Fons  patribus  de  rupe  datus,  quem  mystica  virga 
Elicuit  scissi  salientem  vertice  saxi.' 
Angelicusne  cibus  prima  in  tentoria  vestris 
Fluxit  avis,  quem  nunc  sero  felicior  ;ïvo 
Vespertinus  edit  populus  de  corpore    Christi  ? 
Psychomachia,  yj\-y](i. 

2.  S.  Jean,  vi,  59. 


142 


ïRetiuc  ne  l'art  cfj rétien. 


qu'une  rosée  et  que  les  Juifs  la  ramassaient 
par  terre  ;  mais  le  peintre  a  choisi  pour 
rendre  la  scène  claire  et  intelligible  le 
moment  où  la  manne  tombait  du  ciel  et  a 
cru  pouvoir  représenter  les  Juifs  la  recevant 
dans  leurs  pcmilœ  (').  ))  Au  sommet  de  l'arc, 
une  peinture.aujourd'hui  noircie,  représente 
une  couronne  de  palmes  qui  environnait 
peut-être,  comme  tant  d'autres  couronnes, 
dit  M.  de  Rossi,  le  monogramme  constan- 
tinien  du  Christ,  a  Le  miracle  de  la  manne, 
ajoute  l'archéologue,  n'a  jamais  été  vu  dans 
les  peintures  et  sculptures  primitives  ;  de 
sorte  que  les  monuments  ne  peuvent  nous 
aider  à  deviner  le  mystère.  Mais  le  Sauveur 
lui-même  le  révèle  au  chapitre  VI  de 
l'Évangile  de  S.  Jean  :  c'est  lui  qui  est 
la  V7'aie  viaiine,  Xapaiit  vivant  descendit  du 
ciel.  Et  l'artiste  a  peut-être  exprimé  ce 
mystère  en  inscrivant  le  monogramme  du 
Christ  dans  une  couronne,  d'oui  jaillissent 
les  rayons  qui  illuminent  le  nuage  chargé 
de  manne  (').  » 

Une  autre  figure  de  l'Eucharistie,  em- 
pruntée par  Prudence  au  Nouveau  Testa- 
ment, est  le  miracle  des  pains  et  des  pois- 
sons deux  fois  multipliés  par  Jésus  dans  le 
désert  et  mangés  par  la  foule  de  ceux  qui 
l'avaient  suivi  pour  écouter  sa  parole.  De 
l'aveu  de  tous  les  commentateurs  de  l'Evan- 
gile, ce  prodige  est  un  des  plus  beaux  et 
des  plus  clairs  symboles  de  ce  pain  eucha- 
ristique dans  lequel  Jésus  se  donne  lui- 
même  à  la  pieuse  faim  de  ses  fidèles  sans 
que  l'aliment  divin  s'épuise  jamais,  «  tant 
est  grande  l'opulence  de  la  table  éter- 
nelle (^).  »  — -  «  Des  milliers  de  personnes 
assises  ont  été,  dit  Prudence,  nourries  de 
cinq   pains   et  de   deux   poissons   et   douze 

1.  RhU.  di  archeol.  crist.,  i863,p.  76  et  78. 

2.  Ibid.,  p.  So. 

3.  yEteniio  tanta  est  opulentiamensae. 

Dittochaeon,  148. 


corbeilles  de  restes  ont  été  recueillis.  Vous 
êtes,  ô  Jésus,  notre  nourriture,  notre  pain, 
d'une  éternelle  suavité  ;  il  n'a  plus  jamais 
faim,  celui  qui  mange  le  mets  préparé  par 
vous  :  ce  n'est  pas  une  faim  vulgaire  qu'il 
satisfait,  mais  il  nourrit  en  lui-même  le  prin- 
cipe de  la  vie  (').  » 

En  un  autre  passage,  après  avoir  ra- 
conté d'une  façon  pittoresque  le  même 
miracle  et  s'en  être  servi  pour  prouver  con- 
tre les  Ebionites  la  divinité  du  Christ,  qui 
a  pu  de  rien  créer  le  monde  comme  il  a  fait 
croître  entre  ses  mains  quelques  aliments 
devenus  la  nourriture  d'une  foule  immen- 
se ('),  le  poète,  dans  un  langage  plein  de 
respect  et  de  mystère,  fait  allusion  aux  cor- 
beilles dans  lesquelles  les  apôtres  recueilli- 
rent et  mirent  en  réserve  les  fragments  des 
pains  multipliés.  «  Afin  que  ce  qui  fut  la 
«  nourriture  des  hommes  ne  périsse  pas  foulé 
«  aux  pieds,  ne  soit  pas  abandonné  sans  gar- 
«  diens  aux  loups,  aux  vautours  ou  aux  souris, 
«douze  hommes  ont  été  placés  pour  conserver 
«les  biens  du  Christ  et  les  montrer  de  loin 
«  entassés  dans  des  corbeilles  d'osier  (3).  »  Ces 
corbeilles  sont  fréquemment  représentées 
sur  les  fresques  des  catacombes  ou  les  bas- 
reliefs  des  sarcophages  soit  aux  pieds  du 
Christ  dans  la  scène  de  la  multiplication 
des  pains,  soit  devant  la  table  où  les  sept 
disciples  prennent  le  repas  mystérieux  que 
Jésus  leur  offrit  sur  les  bords  du  lac  de  Ti- 

1.  Quinque    panibiis   peresis  et  gemellis   piscibus 
Adiatim  refecta  jam  sunt  accubantium  millia, 
Fertque  quai  us  ter  quaternus  feiculoium  fragmina. 

Tu    cibus   panisque  noster,  tu  percnnis  suavitas, 
Nescit  esurirc  in  ;evum  qui  tuam  sumit  dapeni, 
Nec  lacunam  vtntiis  iuiplct,  sed  fovet  vitalia. 

Ciit/uiiwrinon,  IX,  58  63. 

2.  ApoUieosis,  706-735. 

3.  ...Nepost  hominum  pastus  calcata  périrent, 
Ncve  relicta  lupis,  aut  vulpibus  exiguisve 
Muribus  in  priudam  nullo  custode  jacercnt. 
Bis  sex  adpositi,  cumulatim  qui  bona  Christi 
Servarent  gravidis  procul  ostentata  canistris. 

Apolheosis,  736-740. 


Le  ^pmbolisme  chrétien  au  iti'  siècle.  D'après  les  poèmes  De  IpruDence.  143 


bériade  après  sa  résurrection,  soit  près  du 
trépied  sur  lequel  reposent  le   pain   et  le 
poisson  eucharistiques.   Leur  nombre  varie 
selon  le  caprice  de  l'artiste  ou  les  nécessités 
de  la  symétrie,  car  le  caractère  emblématique 
de  telles  peintures  l'emporte  sur  l'exactitude 
littérale    de  la    représentation.   On   y   voit 
tantôt  sept  corbeilles  comme  dans  l'un  des 
miracles  de  la  multiplication  des  pains  ('), 
tantôt  douze  comme  dans  l'autre  (')  ;  quel- 
quefois on  en  compte  cinq,  six  ou  huit.  Dans 
les  représentations  du  miracle  lui-même  les 
corbeilles   placées   aux   pieds   du    Sauveur 
sont  le  plus  souvent  au  nombre  de  sept  ;  il 
en  est  ainsi  sur  beaucoup  de  sarcophages  et 
dans  trois  peintures  des  catacombes  d'Her- 
mès, de  Calliste  et  de  Domitille   (').  Mais 
Martigny  se  trompe  en  disant  que  le  second 
des  miracles  de  la  multiplication  des  pains, 
à  propos  duquel  l'évangéliste  raconte  que 
sept   corbeilles  de   restes  furent  recueillis, 
est  seul  ordinairement  représenté  par  les 
artistes  anciens,  parce  que  les  pains  qui  fu- 
rent alors  multipliés  étant  des  pains  de  fro- 
ment, et  non,  comme  dans  le  second  miracle, 
des  pains  d'orge  (•"),  seul  il  offre  un  symbole 
des  espèces  eucharistiques  {^).  Les  peintres 
primitifs  représentent    tantôt    le    premier, 
tantôt  le  second   des   miracles  opérés  par 
Notre-Seigneur  en    faveur  des  foules  qui 
l'avaient  suivi    dans  le   désert,  et  prennent 
comme  symbole  de  l'Eucharistie  celui  dans 
lequel  les  pains  d'orge  multipliés  produisi- 
rent  douze  corbeilles  de  restes  aussi  bien 
que  celui  où  sept  corbeilles  seulement  furent 
remplies  après   la    multiplication  des  pains 
de  froment.    Dans  les  fresques  de  la  cata- 
combe  d'Alexandrie   où   le    miracle   de  la 

1.  s.  Matthieu,  xv,  37;  S.  Marc,  vill,  8. 

2.  S.  Matthieu,  xiv,  20;  S.  Marc,  vi,  43  ;  S.Jean,  vi,  13. 

3.  Garrucci,  Siorin  delF  arte  crist.,  pi.  xxni,  i.xxxiv; 
De  Rossi,  Roma  sol/crraiiea,  t.  1 1,  pi.  A  et  B  ;  t.  1 1 1,  pi.  IX. 

4.  "Aprous  Kpi9£vovS.  Panes  liordcaccos.  S.  Jean,  VI,  9. 

5.  Martigny,  art.  Eucliaristic,  p.  290. 


multiplication  des  pains  et  des  poissons  est 
représenté  d'une  manière  si  curieuse  et  si 
évidemment  eucharistique,  douze  corbeilles 
sont  déposées  aux  pieds  du  Sauveur  (').  Il 
semble  que  le  nombre  des  corbeilles  et 
même  la  distinction  entre  l'un  et  l'autre 
miracle,  tous  deux  symboles  du  même  sa- 
crement, soient  indifférents  aux  yeux  des 
peintres  des  premiers  siècles:  dans  une  fres- 
que du  quatrième,  de  la  catacombe  de  Cal- 
liste,  deux  corbeilles  de  pain  seulement 
sont  placées  près  du  Christ  opérant  le  mi- 
racle (''),  et  sur  la  frise  si  intéressante  du 
sarcophage  de  Junius  Bassus,  qui  remonte 
à  l'an  359,  l'agneau,  symbole  du  Christ, 
étend  la  verge  miraculeuse  au-dessus  de 
trois  corbeilles  remplies  de  pains  (^). 

Dans  les  trois  passages  (^)  où  il  raconte 
le  miracle  de  la  multiplication  des  pains. 
Prudence  prend  pour  symbole  de  l'Eucha- 
ristie celle  des  pains  d'orge,  et  parle  des 
douze  corbeilles  qui  furent  remplies  ensuite; 
puis,  comme  pour  montrer  quels  saints  et 
redoutables  mystères  avaient  été  cachés  par 
le  Christ  dans  ce  prodige,  type  et  prophétie 
d'un  prodige  plus  grand  et  plus  durable,  il 
s'écrie:  «  Mais  pourquoi  ai-j'e  l'audace  de 
«  dévoiler  ces  vérités  d'une  voix  tremblante, 
«  indigne  que  Je  suis  de  chanter  les  choses 
«  saintes  {^)  ?»  et,  se  tournant,  pour  ainsi  dire, 
vers  une  autre  image  représentée  souvent 
dans  les  catacombes  ou  sur  les  sarcophages 
à  côté  de  celle  des  corbeilles  des  pains  eu- 
charistiques: «  Sors  du  tombeau,  Lazare  (')  !  » 
dit-il,  comme  pour  cacher  son  trouble 
et   passer  brusquement  à  un    autre  sujet. 

1.  Bull,  di  ardieol.  crist.,  1865,  p.   73   et  planche.  — 
Cf.  ma  Rome  souterraine,  fig.  22,  p.  319. 

2.  De  Kossx,  Roina  sotterranea,  t.  III,  pi.  vin,  l. 

3.  Route  souterraine,  fig.  47,  p.  449. 

4.  Cathemerinon,  IX,  5S-63  ;  Apotheosis,  706-740  ;  Ditto- 
chaeon,  145-148. 

5.  Secl  quid  h;ïc  titubanti  voce  rete.\o, 
Indignus  qui  sancta  canam  .-■... 

6.  Ihid.,  742,  743- 


144 


IRcuuc  oc  ract   cfjrcticn. 


Il  semble  que  le  souvenir  de  la  disciplina 
arcani  ('),  encore  en  vigueur  au  quatrième 
siècle,  se  présente  soudain  à  sa  pensée  et 
qu'il  s'effraie  d'en  avoir  trop  dit.  «  Les  caté- 
chumènes ne  savent,  dit  saint  Augustin,  ce 
que  reçoivent  les  chrétiens  (^),  »  et  saint 
Jean  Chrysostome  ajoute:  «  Les  initiés  seuls 
connaissent  le  mystère  de  l'Eucharistie  (f).  » 
Après  s'être  exprimé  en  termes  assez  clairs 
pour  être  compris  des  initiés,  Prudence  a 
craint  que  les  catéchumènes,  et  surtout  les 
profanes,  pénétrassent  le  sens  ineffable  du 
symbole,  et  il  a  coupé  court  à  ses  révéla- 
tions (■•). 

VL 

LES  premiers  chrétiens  avaient  une 
grande  dévotion  pour  la  croix,  dont  ils 
aimaient  à  tracer  le  signe  sur  leur  front  et 
leur  poitrine.  Pendant  longtemps  ils  évitè- 
rent de  dessiner  ouvertement  la  croix  sur 
leurs  monuments,  redoutant  les  railleries  des 
païens  qui  s'étaient  traduites  un  jour  par  une 
caricature  célèbre  ('),  craignant  plus  encore 
peut-être  de  scandaliser  les  catéchumènes 
et  les  nouveaux  baptisés  par  l'image  d'un 
instrument  de  supplice  réputé  déshonorant 
et  servile  ;  mais  en  même  temps  ils  recher- 
chaient toutes  les  occasions  de  figurer  la 
croix  sous  une  forme  dissimulée  que  les 
seuls  initiés  devaient  comprendre  :  ils  cou- 
paient par  une  barre  transversale  la  hampe 
de  l'ancre,  ils  donnaient  une  apparence  de 
croix  aux   mâts  des  navires,  aux  jougs   des 

1.  Martigny,  art.  Secret,  p.  725-728  ;  Haddan,  art.  Di- 
sciplina arcani^  dans  Smith,  p.  564-566  ;  Peters,  art.  Ar- 
camiiscrplin.,  dans  Kraus,  p.  74-76  ;  Roller,  les  Catacombes 
de  Rome,  t.  I,  p.  156-160. 

2.  S.  Augustin,  Tract.  XXVI  injoatin. 

3.  S.  Jean  Chrysostome,  Homilia  I.XXII  in  Matth. 

4.  Cf.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  p.  344  ;  et 
Rome  souterraine,  p.  398. 

5.  Garrucci,  //  croce/isso  graffito  in  casa  dei  Cesan, 
Rome,  1857  ;  Kraus,  Le  crucifix  blasphématoire  du  Pala- 
tin, trad.  par  Ch.  de  Linas  ;  Rome  souterraine,  fig.  27, 
P-  334- 


voitures,  au.x  marteaux,  aux  divers  sym- 
boles ou  instruments  peints  sur  les  murail- 
les des  catacombes  ou  gravés  sur  les  pierres 
sépulcrales  ('). 

Parmi  les  images  dissimulées  de  la  croix, 
une  des  plus  anciennes  est  le  T  latin,  le 
tau  grec.  «  Le  tati  des  Grecs,  dit  Tertullien,le 
T  des  latins,  sont  une  image  de  la  croix  (').  » 
C'est  en  effet  la  forme  d'un  patibitluvi  an- 
tique, du  gibet  où  étaient  crucifiés  les  mal- 
faiteurs et  les  esclaves.  La  croix  en  forme 
de  T,  la  crux  coiniuissa  ou  patibiilata,  est 
assez  fréquemment  gravée  sur  les  marbres 
des  catacombes,  soit  seule  (f),  soit  dominant 
dans  un  mot  ou  une  combinaison  de  let- 
tres (^).  Comme  la  lettre  tau  exprimait  en 
grec  le  nombre  300,  celui-ci  fut  aussitôt 
regardé  dès  les  temps  apostoliques  comme 
symbolisant  la  croix  (^).  On  poussa  plus 
loin  encore  ce  raffinement  de  symbolisme: 
le  nombre  31S  devint  une  allégorie  de  la 
croix  et  de  Jésus-Chkist  tout  ensemble,  la 
croix  étant  représentée  par  T  ou  300  et 
Jésu.s-Christ  par  les  deux  premières  lettres 
de  'r/;îroj;,  I  signifiant  en  grec  10  et  H  cor- 
respondant à  8  ;  et  l'on  en  vint  à  citer  comme 
une  sorte  de  tessera  devant  suggérer  aux 
initiés  la  pensée  de  Jésus  sur  la  croix  le 
verset  de  la  Genèse  où  il  est  question  des 
3 1 8  vernœ  envoyés  par  Abraham  au  secours 
de  Lot  prisonnier  (°).  Après  avoir  reproduit 
le  récit  du  vieux  livre  inspiré  et  montré 
Abraham    armant   ses  serviteurs    pour    la 

1.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  pi.  xiv,  xv,  XLIX; 
Bull,  di  arch.  crist.,  p.  50-70,  et  planche  iv  ;  Martigny, 
art.  Instruments,  p.  380  ;  Rome  souterraine,  p.  332. 

2.  Tertullien,  Contra  Marcioncm,  III,  22,  citant  Ezé- 
chiel,  l.\,  4. 

3.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  II,  pi.  XXIX,  28,  XLin, 
14  ;  Bull,  di  archeol.  crist.,  1S63,  p.  82.  —  Rome  sou- 
terraine, p.  336. 

4.  De  Rossi,  Roma  sotterranea,  t.  I,  pi.  xxni,  5  ; 
Bull,  di  archeol.  crist.,  1863,  p.  35.  —  Rome  souterraine, 

P-  337,  433,  fig-  43- 

5.  S.  Barnabe,  Ep.,  9,  dans  Dressai,  Patres  apostolici, 
p.  20  ;  Clément  d'Alexandrie,  Stromata,  VI,  11. 

6.  Genkse,  xi\",  14. 


le  ^î^mboUsmc  chrétien  au  iM'  siècle,  D'après  les  poèmes  De  PruDence.  145 


délivrance  de  son  neveu,  l'arrachant,  lui,  sa 
femme,  ses  enfants,  ses  trésors,  des  mains 
des  rois  vainqueurs,  Prudence  ajoute  :  «  Ce- 
«ci  est  une  figure  de  notre  vie.  Il  nous  faut 
«veiller  en  armes,  et,  au  moyen  de  forces 
«  réunies  dans  notre  maison,  délivrer  toute 
«portion  de  nous-mêmes  qui  serait  captive  de 
«la  volupté.  Nous  aussi,  nous  possédons  un 
«  grand  nombre  de  servheurs(verm{/^,esc\a.- 
€  ves  nés  dans  la  maison), si  nous  comprenons 
«quelle  est  la  puissance  de  300  additionné 
«de  deux  fois  9  (').»  Par  ce  langage  bizarre- 
ment énigmatique  Prudence  fait  une  incon- 
testable allusion  au  symbolisme  compliqué 
dont  on  vient  de  voir  l'origine  et  le  sens  (^): 
nous  sommes  forts,  veut-il  dire,  si  nous 
connaissons  la  puissance  de  Jésus  crucifié. 

J'ai  hâte  de  sortir  de  toute  cette  gema- 
^ria{^)et  de  demander  à  notre  poète  des  sym- 
boles plus  simples  et  plus  clairs  de  la  croix. 

L'un  nous  est  donné  dans  ces  vers  de 
Prudence  :  «  Le  peuple  hébreu  avait  soif 
«dans  le  désert,  et  un  étang  amer  au  goût 
«ne  lui  offrait  que  des  eaux  stagnantes  et 
«enfiellées.  Le  saint  Moïse  dit  :  Prenez  du 
«  bois, jetez-le  dans  le  gouffre,  ce  qui  est  amer 
«acquerra  une  douce  saveur  (■♦).  »  C'est  le 
fait  rapporté  dans  \Exode,  XV,  23-25.  Ce 
bois  qui  adoucit  toutes  les  amertumes  est 
une  image  de  la  croix.  «  L'eau  du  triste 
«lac,  dit  Prudence,  de  fiel  devient,  grâce  au 

1.  H;i;c  ad  figuram  prasnotata  est  linea, 
Quam  nostra  recto  vita  resculpat  pede  : 

Nos  esse  large  vernularum   divites 
Si,  quid  trecenti  bis  novenis  additis 
Possint,   figura  noverimus  niystica. 

Psychoinacliia,  Prœfatio,  50-5S. 

2.  Cf.  Brockhaus,  p.  229. 

3.  Sur  Xn/abbala  en  général  et  la  gematria  en  parti- 
culier, voir  les  Màlaiiges  if archéologie  des  PP.  Martin  et 
Cahier,  t.  I,  p.  igo  et  suiv. 

4.  Aspera  gustatu    populo   sitiente  lacuna 
Tristificos  latices   stagnanti     felle    tenebat. 
Moyses  sanctusait  :  Lignum  date,  gurgitcni  in  istum 
Conjicite,  in  dulcem  vertentur  amara  soporem. 

Diitochaeoii,  49-52. 


«bois,  un  doux  miel  attique  :  c'est  le  bois 
«qui  donne  une  saveur  douce  aux  choses 
«les  plus  âpres,  car  l'espérance  des  hommes 
«vit  attachée  à  la  croix  (').  » 

La  croix  est  encore  symbolisée  par  le  ser- 
pent d'airain  que  Moïse  éleva  dans  le  désert 
et  dont  la  vue  guérissait  les  Israélites  {'). 
«  Comme  Moïse  éleva  le  serpent  dans  le 
désert,  ainsi  faut-il  que  le  Fils  de  l'homme 
soit  élevé,  »  a  dit  Jésus-Christ  annonçant 
son  crucifiement  (3).  Les  premiers  chrétiens 
voyaient  dans  le  fait  biblique  ce  que  le 
Sauveur  lui-même  leur  avait  appris  à  y  voir, 
un  type  du  crucifix.  Ils  se  plaisaient  à  le 
regarder  se  dressant  ainsi  dans  le  lointain 
des  âges  :  «  La  croix,  dit  Prudence,  a  été 
«annoncée  d'avance,  la  croix  a  été  d'abord 
«ébauchée,  les  siècles  antiques  se  sont  im- 
«  prégnés  de  la  croix  (■*).  »  Aussi  saint  Am- 
broise  est-il  l'écho  de  la  tradition  quand  il 
écrit  :  «  L'image  de  la  croix,  c'est  le 
serpent  d'airain.  Il  était  le  propre  type  du 
corps  du  Christ,  de  sorte  que  quiconque  le 
regardait  ne  devait  pas  périr  (f).  »  Prudence 
a  chanté  le  serpent  d'airain  :  «  La  route 
«desséchée  du  désert  était  brûlante  de  noirs 
«  serpents,  et  des  morsures  empoisonnées 
«saisissaient  le  peuple,  couvert  de  livides 
«  blessures.  Le  prudent  chef  suspendit  à  une 
«croix  un  serpent  d'airain  qui  guérissait  le 
«venin  (*).  »  Le  livre  des  N'onibirs  n'a  pas 

1.  Instar  fellis  aqua   tristifico  in  lacu 

Fit,  ligni  venia,  mel  velut  Atticum  ; 
Lignum  est,  quo  sapiunt  aspera  dulcius  ; 
Nam  prasfixa  cruci  spes  hominum  viget. 

Callieiiierinoii,  \',93-96. 

2.  Nombres,  xxi,  S,  g. 

3.  S.  Jean,  ni,  14. 

4.  Crux  pra-notata,  crux   adumbrata. 
Crucem  vetustacombiberunt  sjecula. 

Pcri  Stcphaiion,  X,629,  630. 

5.  S.  Ambroise,  De  Spiritu  saiicto,   III,  9;   De    Salo- 
mone,  12  ;  sermo  55  De  cntcc  Christ i. 

6.  Fervebat  via  sicca   eremi  serpcntibus  atris, 
Jamque  venenati  per  vulnera  lixida  niorsus 
Carpebant  populum  ;  scd  prudcns  a;re  politum 
Dux  cruce  suspendit,  qui  virus  tempcret,  anguem. 

Dittochaeon,  45-48. 


146 


IRctiue  De    rart    chrétien. 


dit  que  le  serpent  d'airain  ait  eu  pour  sup- 
port une  croix.  L'imagination  chrétienne 
ajoute  ce  détail  afin  de  montrer  clairement 
de  qui  il  était  le  type  et  le  symbole. 

Une  autre  circonstance  de  l'e.xode  du 
peuple  juif  offre  une  image  naturelle  de  la 
croix.  Quand  les  Hébreux  combattirent  au 
sortir  du  désert  contre  les  Amalécites, 
Moïse  monta  avec  Aaron  et  Ur  au  sommet 
d'une  colline  et  jusqu'à  la  fin  de  la  bataille 
demeura  les  bras  en  l'air,  priant  (').  «  Pen- 
«  dant  que  l'armée  combattait,  dit  Prudence, 
«  le  prophète,  les  bras  levés  et  étendus,  acca- 
«  blait  d'en  haut  Amalec,  car  il  offrait  alors 
«  une  image  de  la  croix  (-).  »  Cette  attitude 
était  celle  de  la  prière  chez  les  premiers 
chrétiens,  et  quand  ils  invoquaient  Dieu  les 
mains  étendues,  pareils  à  ces  Orants  dont 
l'art  chrétien  a  multiplié  les  images  sur  les 
murailles  des  catacombes  et  sur  le  flanc 
des  sarcophages,  ils  se  plaisaient  à  se  consi- 
dérer comme  des  crucifix  vivants.  «  Quand 
un  homme,  étendant  les  mains,  vénère  Dieu 
avec  un  cœur  pur,  il  est  un  symbole  de  la 
croix,  »  écrit  Minucius  Félix  {'=).  Au  mo- 
ment de  leur  supplice  les  martyrs  priaient 
quelquefois  les  mains  étendues  en  forme  de 
croix  :  manibus  in  modum  crucis  expansis 
crantes,  disent  les  Actes  des  saints  Fruc- 
tueux, Augure  et  Euloge  ('').  Prudence  a 
chanté  le  supplice  et  le  triomphe  de  ces 
saints  :  il  les  montre  de  même,  sur  le  bûcher 
qui  les  consume,  étendant  les  mains  pour 
prier.  «  Les  nœuds  dont  on  avait  attaché 
«  leurs  mains  tombèrent  brûlés  sans  que  leur 

1.  Exode,  xvn,  9-12. 

2.  Hic,  pr;eliante  exercitu, 
Pansis  in  altum  brachiis, 
Sublimis  Amalec  premit, 
Crucis  quod  instar  tune  fuit. 

Ca/Jieinerinon,  XII,  169-172. 

3.  Minucius  Félix,  Octavius,  39. 

4.  Martyrol.  Usiiardi,  xil  Kal.  Febr.  —  Le  texte  publié 
par  Ruinart  dit  seulement  :  In  sipio  iropcei  Domini consti- 
tutif ce  qui  a  le  même  sens. 


«  peau  fût  atteinte.  Le  supplice  n'osa  pas 
«  garder  emprisonnées  des  mains  qui  de- 
«  valent  se  lever  en  forme  de  croix  vers  le 
«  Père,  et  les  bras  qui  devaient  prier  Dieu 
«  devinrent  libres  (').  »  Le  poète  compare 
les  trois  martyrs  aux  enfants  Hébreux  dans 
la  fournaise  :  «  Vous  croiriez  voir  l'image  de 
«  ces  trois  héros  qui,  à  Babylone,  chantaient 
«  dans  le  feu  à  la  grande  stupéfaction  du 
«  tyran  (').  »  Les  peintres  et  les  sculpteurs 
des  premiers  siècles  avaient  coutume  de  re- 
présenter les  trois  Hébreux  debout  au  mi- 
lieu des  flammes,  les  bras  en  croix. 

VIL 

L'ART  chrétien  présente  des  apôtres 
divers  symboles  :  les  plus  fréquents 
sont  les  brebis  et  les  colombes.  Quelques 
mosaïques  des  basiliques  romaines  montrent 
les  apôtres  en  personne  :  à  côté  de  chacun 
d'eux  est  un  palmier  {f).  Prudence  a  parlé 
symboliquement  des  douze  membres  du  col- 
lège apostolique.  Par  exception  les  symboles 
qu'il  emploie  ne  correspondent  pas  à  ceux 
dont  se  servait  habituellement  l'art  chrétien. 
Tantôt  il  les  compare  aux  douze  pierres  que 
Josué  fit  placer  dans  le  lit  du  Jourdain  en 
souvenir  du  passage  miraculeux  du  fleuve 
par  le  peuple  Israélite  (■*).  «  C'est  là,  dit  le 
poète,  un  emblème  des  apôtres  (');  »  et  ail- 

1.  Nexus  denique,  qui  manus  retrorsus 
In  tergum  revocaverant  devictas, 
Intacta  cute  decidunt  adusti. 

Non  ausa  est  cohibere  pœna  palmas 
In  niorem  crucis  ad  Patrem  levandas, 
Solvit  brachia  quie  Deum  precentur. 

Péri  Stcplianon,  vi,  103-108. 

2.  Priscorum  spécimen  trium  putares, 
Quos  olim  Babylonicum  per  ignem 
Gantantes  stupuit  tremens  tyrannus. 

Ibid.,  109-111. —  Les  Actes  font  la  même  comparaison; 
Ruinart,  Acta  martyriim  se/ecta,  p.  222. 

3.  Ciampini,  Vet.  Mon.,  t.  II,  pi.  xxill. 

4.  JObUlO,  IV,  9. 

5.  Qui  ter  quatcrnas  denique 
Refluentis  amnis  alveo 
Fundavit  et  fixit  pctras, 
Apostolorum  stemniata. 

Catlicmerinon,  XII,  177-180. 


le  ^î^mboUsme  cfjrcticn  au  it)^  siècle,  D'après  les  poèmes  oe  IpruDcnce.  147 


leurs  :  «  Ces  douze  pierres  furent  placées 
par  nos  ancêtres  dans  le  fleuve  comme  une 
figure  des  disciples  (')  :  »  disciples,  ici,  a 
évidemment  la  signification  d'apôtres.  Tan- 
tôt il  les  compare  aux  douze  fontaines  qui 
coulaient  dans  l'oasis  d'Elim  où  se  reposè- 
rent quelque  temps  les  Hébreux  en  marche 
dans  le  désert  ('),  et  il  fait  en  même  temps 
des  soixante  -  dix  palmiers  qui  ,  d'après 
XExode,  croissaient  en  ce  lieu,  l'emblème 
des  soixante-dix  disciples  que  Jésus  envoya 
prêcher  en  Galilée  (^).  «  Le  peuple,  dit-il, 
vint  sous  la  conduite  de  Moïse  là  où  six 
et  six  fontaines  arrosaient  de  leur  eau 
transparente  soixante-douze  palmiers  :  ce 
bois  mystique  d'Elim  nous  offre  dans  les 
livres  le  nombre  des  apôtres  (*).  »  Ici  au 
moins  le  symbolisme,  bien  que  fort  subtil, 
rappelle  par  certains  traits  ceUii  qui  était 
en  usaee  dans  l'art  du  IV^  siècle.  Pru- 
dence  compare  les  apôtres  aux  douze 
fontaines  comme  les  peintres  et  les  mosaïstes 
symbolisaient  les  évangélistes  par  l'image 
des  quatre  fleuves  du  paradis  terrestre,  et 
il  prend  pour  emblème  des  disciples  les 
palmiers  dont  les  mosaïstes  firent  quelque- 
fois un  symbole  des  apôtres. 

Les  branches  détachées  de  cet  arbre,  les 
palmes,  avaient  également  dans  l'antiquité 
chrétienne  une  valeur  symbolique.  Elles 
étaient,  ainsi  que  les  couronnes,  considérées 
comme  des  emblèmes  de  victoire.  On  les 
gravait  sur  les  tombeaux  de  simples  chré- 

1.  Testes  bis  senes  lapides,  quos  flumine  in  ipso 
Constituere  patres  in  forniam  discipulnriim. 

J'>i//oi/iaeo}i,  57-60. 

2.  Exode,  xv,  25. 

3.  S.  Luc,  x,  I.  'Ep8o(i.T|KovTa,  dit  le  texte  grec  ;  scplua- 
ginta  duos,  selon  la  Vulgate.  Prudence  adopte  tantôt  l'une, 
tantôt  l'autre  leçon  :  dans  \' Apotheosis,  1005,  1006,  il  parle 
comme  la  Vulgate. 

4.  Devenere  viri  Moyse  duce,  sex  ubi  fontes 
Et  sex  forte  alii  vitreo  de  rore  rigabant 
Septenas  decies  palmas,  qui  mysticus  Elim 
Lucus  apostolicum  nunierum  libris  quoque  pinxit. 

Dittochaeon,  53-56. 


tiens  qui  avaient  pieusement  «  achevé  leur 
course,  »  selon  le  mot  de  saint  Paul  ('),  et 
paraissaient  aux  survivants  mériter  la  ré- 
compense céleste.  Mais  on  les  considérait 
surtout  comme  le  symbole  de  la  victoire 
par  excellence,  celle  que  remportaient  les 
martyrs.  Prudence  intitule  :  Sur  les  cotiron- 
nes,  Tzioi  l-i'Tjiy.vilyj,  le  poème  composé  en  leur 
honneur.  «  La  palme  du  martyre  »  était 
devenue  dès  les  premiers  temps  chrétiens 
une  expression  classique  :  elle  se  lit  dans 
toute  espèce  de  documents  et  est  représen- 
tée, ainsi  que  la  couronne,  sur  une  multitude 
de  monuments.  Prudence  a  souvent  rappelé 
ces  beaux  symboles.  «  Les  fleurs  des  mar- 
«  tyrs,  »  les  Innocents  massacrés  à  Bethléem 
par  l'ordre  d'Hérode,  «  se  jouent,  dit-il,  au 
«  pied  de  l'autel  avec  les  palmes  et  les  cou- 
«  ronnes  (')  ».  11  parle  des  dix-huit  palmes 
remportées  par  les  dix-huit  martyrs  de 
Saragosse(3).  Il  montre  le  martyr  de  Siscia, 
saint  Ouirinus, aspirant  après  «la  palme  de  la 
«  mort  ('')  ».  «  L'Esprit-Saint,  dit-il,  a  donné 
une  palme  aux  martyrs  de  Calahorra  (^).  »  11 
célèbre  en  termes  remarquables  la  victoire 
de  sainte  Agnès,  «  à  qui  est  offerte  une 
«  double  couronne  :  la  virginité,  préservée  de 
«  toute  souillure,  et  la  gloire  d'une  libre 
«  mort  (*).  »  On  croirait  voir  une  traduction 
de  ces  beaux  vers  sur  un  fond  de  coupe  où 
est  représentée  sainte  Agnès  debout  entre 
deux  colombes  dont  chacune  lui  offre  une 
couronne,    sans   doute  les   deux  couronnes 

1.  S.  Paul,  II  TiM.,  IV,  7. 

2.  Aram  ante  ipsam  simplices 
Palmis  et  coronis  luditis. 

Catheinerinon,  XII,  131,  132. 

3.  Octies  parlas  deciesque  palmeas. 

Péri  Siephanân,  IV,  106. 

4.  Palmam  mortis. 

Ibid.,  VII,  53. 

5.  Ibid.,  VIII,  12. 

6.  Duplex  corona  est  prœstita  martyri, 
Intactum  ab  omni  crimine  virginal, 
Mortis  deinde  gloria  libene. 

Ibid.,  XIV,  7-9. 


REVUE   DE  l'art   CHRÉTIEN. 
1885.    —  2"*'^   LIVRAISON. 


148 


lacijuc   De   rsrt   cijrétien. 


dont  parle  le   poète,  celle  de  la  virginité  et 
celle  du  martyre  ('). 

VIII. 

LES  chrétiens  ont  exprimé  avec  une 
force  inconnue  de  la  plupart  des 
païens  la  distinction  essentielle  de  l'âme  et 
du  corps.  «  lia  rendu  à  la  nature  son  esprit 
qui  en  faisait  partie  et  restitué  son  corps  à 
son  origine  (^),  »  tel  est  le  langage  vague 
d'une  épitaphe  païenne,  indice  d'idées  plus 
vagues  encore.  «  Il  a  rendu  à  Dieu  son  âme, 
à  la  terre  son  corps  {'),  »  tel  est  le  langage 
ferme  et  précis  des  épitaphes  chrétiennes. 
Le  symbolisme  artistique  et  littéraire  en 
usage  chez  les  premiers  fidèles  exprime  avec 
une  force  singulière  cette  distinction  des 
deux  éléments  qui  composent  la  personne 
humaine. 

L'âme,  chose  ailée,  pure,  immatérielle, 
s'élevant  d'un  vol  naturel  vers  les  hauteurs, 
et  qui  planerait  toujours  si  elle  n'était  em- 
prisonnée dans  le  corps,  c'est  la  douce  et 
chaste  colombe.  Elle  est  peinte,  dans  les 
catacombes,  au-dessus  des  tombeaux,  se 
jouant  dans  les  bocages  et  parmi  les  fleurs 
du  paradis,  becquetant  les  grappes  de  la 
vigne  mystique,  buvant  dans  des  vases 
pleins  d'une  eau  qui  ne  tarira  plus  ;  on  la 
voit  gravée  sur  les  pierres  sépulcrales,  avec 
un  rameau  d'olivier  dans  le  bec,  et  auprès 
d'elle  se  lit  une  de  ces  légendes  qui  tradui- 
sent l'image  symbolique  :  spiritvs  sanctvs 

ANIMA    INNOCENS  ANIMA    INNOCENTIS- 

SIMA   PALVMBA    SINE    FELLE   SPIRITVS 

Tvvs     IN     FACE    ('').     Le    symbole    de    la 
colombe  était  surtout  appliqué  à  l'âme  des 

1.  Ce  verre   est    reproduit    en    couleurs    dans    J?ome 
souterraine^  pi.  IX,  n"  2. 

2.  NATVRAE   SOCIALEM  SPIRITUM  CORPVSQVE    ORIGINI 

REDDIDIT.  V>Q>\%h\&VL,  Inscriptions  antiques  de  Lyon,  p.  477. 

3.  DEO    ANIMAM  REDDIDIT,  TERR/E   CORPVS.    Bjlll.     di 

archeol.  crist.,  1873,  p.  148. 

4.  Rome  souterraine,  p.  298  ;  Northcote,  Epitaphs  oftiic 
cataconibs,  p.  160-162. 


martyrs.  Les  Actes  de  saint  Polycarpe 
racontent  qu'au  moment  où  le  sang  coulait 
sous  le  glaive  une  colombe  s'élança  de  son 
corps  (').  Après  le  supplice  de  saint  Bénigne, 
disent  ses  Actes,  «  les  chrétiens  virent 
s'envoler  de  la  prison  à  travers  les  airs 
une  colombe  plus  blanche  que  la  neige, 
qui  indiquait  par  son  vol  que  la  sainte 
âme  du  martyr  montait  au  ciel.  Cette 
colombe  laissa  une  odeur  si  suave,  que 
tous  se  figuraient  jouir  des  délices  du 
paradis  (^)  ».  On  multiplierait  aisément  les 
exemples  semblables.  Je  me  bornerai  à  un 
seul,  emprunté  à  Prudence.  Le  poète  chante 
le  martyre  de  sainte  Eulalie  :  il  la  montre 
buvant  avidement  la  flamme  du  bûcher. 
«  Aussitôt  resplendit  une  colombe,  qui  sem- 
«  ble,  plus  blanche  que  la  neige,  s'échapper 
«  de  la  bouche  de  la  martyre  et  monter 
«  jusqu'aux  astres  :  c'était  l'esprit  d'Eulalie, 
«  pur  comme  le  lait,  rapide,  innocent  (3).  » 
Une  lampe  de  terre  cuite  ayant  fait  par- 
tie de  la  collection  Martigny  porte  moulée 
sur  son  disque  l'image  d'une  colombe  sor- 
tant d'un  vase.  C'est  l'âme  qui  se  dégage 
du  corps  (+).  Un  vase  de  terre,  fragile  et 
grossier,  est  un  symbole  adopté  à  la  fois  par 
l'antiquité  profane  et  l'antiquité  chrétienne 
pour  signifier  la  partie  matérielle  de  notre 
être.  «  Le  corps  est,  pour  ainsi  dire,  le  vase 
de  l'âme,  —  le  corps  n'est  qu'un  vase,  un 
réceptacle  de  l'âme,  —  Dieu  voit  les  âmes 

1 .  Epistola  Ecdesiœ  Smyrnensis  de  mariyrio  S.  Poly 
carpi,  dans  Ruinart,  p.  33.  Cependant  le  texte  relatif  à  la 
colombe  n'est  pas  sûrement  établi  ;  voir  la  correction  de 
Funk.  Cf.  mon  Histoire  des  persécutions  pendant  tes  deux 
premiers  sihles  d'après  les  documents  arc/u'oiogigues,. 
Paris,  1885,  p.  321,  note  i. 

2.  Acta  S.  Benigni,  dans  Surius,  t.  XI,  p.  i. 

3.  Emicat  inde  columlja  repens, 
Martyris  os  nive  candidior 
Visa  relinquere  et  astra  sequi  ; 
Spiritus  hic  erat  Eulalia; 
Lacteolus,  celer,  innocens. 

Péri  Stephanôn,  m,  161- 165. 

4.  Martigny,  art.  Vase,  p.  771. 


te  %^mboli5nu  chrétien  au  iM'  siècle,  D'après  tes  poèmes  De  IpcuDence.  149 


nues,  sans  s'arrêter  aux  vases  matériels,  — 
si  tu   es   privé   de  sentiment,    tu  cesseras 
d'être  sous  le  joug  des  douleurs  et  des  vo- 
luptés et  de  servir  à  un  vase  si  fort  au-des- 
sous de   toi,    »   —  ainsi   parlent   Lucrèce, 
Cicéron    et   Marc-Aurèle   {').    «  Quand   tu 
meurs  tu  n'es  pas  mort,   ton  âme  a  aban- 
donné un  vase  fétide,  >>  dit  une  inscription 
grecque  de  la  fin  du  deuxième  siècle  restituée 
et  commentée  par  M.  Miller  et  dans  laquelle 
est  sensible  l'influence  du  néo-platonisme  (''). 
Tel  est  le  langage  des  penseurs  appartenant 
à  l'élite  intellectuelle  du  monde  païen.  Les 
chrétiens  ne  pouvaient  manquer  de  s'appro- 
prier une  comparaison  si  noble  et  si  vraie. 
Saint  Paul  avait  dit  dans  le  même  sens  et 
avec   un  accent  plus   haut  encore  :  «  Que 
chacun  de  vous  sache   posséder  son   vase 
honorablement  et   saintement  {').  »   Après 
lui  Tertullien  répète  :  «  Nous  sommes  des 
outres,  des  vases  de  terre  (^),  :>>  et  Lactance 
s'écrie  :  «  Le  corps  est  comme  le  vase  qui 
sert  de  domicile  à  l'esprit  céleste  (=).  »  Le 
symbole  du  vase,  fréquemment  gravé   sur 
les  marbres  des    catacombes  (^),  a  le  plus 
ordinairement    cette    signification.     Il    est 
l'emblème  du  corps  gisant  dans  le  tombeau. 
Quelquefois  une  colombe  est  dessinée  près 
du  vase  pour  compléter  l'idée  par  une  anti- 
thèse éloquente,  et  montrer  d'un  côté  l'en- 
veloppe d'argile,  de  l'autre   l'âme  qui  vient 
de  s'en  dégager,  ce  qui  est  mort   et  ce  qui 
ne  peut  mourir.  C'est  l'idée  même  exprimée 
par  la    lampe  de  la  collection   Martigny  : 
seulement  cette  dernière  ne  représente  pas 
le    corps  et  l'âme  séparés   après  la   mort, 
mais  fait  plutôt  allusion  au  moment  où  l'âme 

1.  Lucrèce,  De  natiira  reruiii,  III,  441;  Cicéron,  7//jt«/. 
qitœst.,  I,  22  ;  Marc-Aurèle,  Penst'es. 

2.  Revue  archéologique^  t.  X.W'I  (1S73),  P-  S4-94. 

3.  I  Thess.,  IV,  4. 

4.  Tertullien,  De patientia^  10. 

5.  Lactance,  Div.  Iitsf.,  u,  12. 

6.  Voir  Rotne  souterraine,  p.  329-331. 


se  détache  du  corps,  où  elle  tremble,  pour 
ainsi  dire,  sur  les  lèvres  des  mourants  com- 
me un  oiseau  dont  les  ailes  palpitent,  s'en- 
tr'ouvrent  et  qui  va  prendre  son  essor. 

Prudence  emploie  éloquemment  dans  ses 
vers  le  symbole  du  vase,  avec  le  sens  qui 
vient  d'être  expliqué.  «  Ce  que  tu  t'efforces 
«  de  détruire, — fait-ildire  au  persécuteur  par 
«  saint  Vincent,  —  c'est  un  vase  fragile,  un 
«  vase  de  terre,  qui  de  toute  manière  doit  un 
«  jour  se  briser  ("),  »  et  un  ange  exhortant  le 
martyr,  quand  le  dernier  soupir  est  près  de 
s'exhaler  de  ses  lèvres,  lui  adresse  ces  pa- 
roles :  «  Dépose  maintenant  ce  pauvre  vase 
«  caduc  fait  de  terre,  qui  va  se  briser  et  se 
«  dissoudre,  et  vole  libre  vers  le  ciel  {^).  »  Ce 
symbole  put  être  d'autant  plus  fam.ilier  à 
Prudence  que  l'Espagne,  sa  patrie,  est,  de 
toutes  les  parties  du  monde  romain,  celle 
qui  a  produit  le  plus  de  potiers  chrétiens  et 
d'où  proviennent  le  plus  d'amphores  mar- 
quées du  monogramme  constantinien,  de 
croix,  de  pieuses  acclamations  (^j. 

Pour  représenter  la  distinction  ou  plutôt 
la  trop  fréquente  opposition  de  l'âme  et  du 
corps,  Prudence  se  sert  d'un  autre  symbole, 
dont  je  ne  retrouve  pas  l'équivalent  dans 
l'ancien  art  chrétien.  <i  Dieu  reçut  avec  un 
«  geste  différent  les  offrandes  des  deux  frères, 
<i  acceptant  celles  qui  étaient  offertes  avec 
«  un  cœur  vivant,  rejetant  celles  qui  procé- 
«  daient  d'un  sentiment  terrestre.  Le  labou- 
«  reur  jaloux  tua  le  pasteur.  Abel  est  le  type 
«  de  l'âme,  notre  chair  est  représentée  par 

1.  Hoc  quod  laboras  perdere 
Tantis  furoris  viribus. 
Vas  est  solutum  ac  fictile, 
Quocumque  frangendum  modo. 

Péri  Step/tanôn,  v,  160-164. 

2.  Pone  hoc  caducum  vasculuin, 
Compage  textum  terrea, 
Quod  dissipatiun  solvitur. 

Et  liber  ad  cctluni  veni. 

Ibid.,  301-304. 

3.  Hull.  di  archeol.  cris/.,  1880,  p.  92. 


I50 


Ecuuc   De   rart    cbcétien. 


Caïn(').»  Abelet  Caïn  sont  sculptés  sur  quel- 
ques bas-reliefs  de  sarcophages,  dans  l'acte 
d'apporter  chacun  leur  offrande  à  Dieu  :  l'un 
tient  en  main  des  épis,  l'autre  un  agneau  ('). 
Mais  aucun  écrivain  des  premiers  siècles,  à 
l'exception  de  Prudence,  n'a  songé  à  voir 
soit  dans  les  sentiments  différents  des  deux 
frères,  soit  dans  la  violence  exercée  par  l'un 
contre  l'autre,  l'image  de  l'opposition  exis- 
tant depuis  le  péché  originel  entre  les  ten- 
dances de  l'âme  et  du  corps  et  le  symbole 
de  l'oppression  que  celui-ci  fait  trop  souvent 
peser  sur  celle-là.  Pour  eux  Cam  et  Abel 
sont  une  figure  de  la  Synagogue  et  de 
l'Église,  ou  plus  souvent  du  Christ  immolé 
et  des  Juifs  déicides.  Abel,  dont  l'offrande 
est  acceptée  de  Dieu  et  dont  la  mort  suit 
cette  offrande,  est  particulièrement  le  type 
du  Sauveur,  à  la  fois  prêtre  et  victime  {=). 
Prudence  lui-même  a  dans  un  autre  poème 
rapproché  la  mort  d'Abel  de  celle  du 
Christ  (■•). 

IX. 

ON  retrouve  dans  les  poésies  de  Pru- 
dence un  certain  nombre  d'autres 
symboles  dont  la  représentation  nous  est 
offerte  par  les  monuments  de  l'art  religieux. 
Ainsi  Daniel  exposé  dans  la  fosse  aux  lions 
et  miraculeusement  nourri  par  Habacuc,  — 
Jonas  précipité  du  vaisseau,  recueilli  et 
rejeté  par  le  poisson  monstrueux,  —  Élie 
enlevé  au  ciel  dans  un  char  de  feu,  —  font 
partie  du  cycle  artistique  des  premiers  siè- 
cles chrétiens  et  n'ont  pas  été  oubliés  par 
le  poète. 

Daniel  entre  les  lions  est  un  des  sujets 

1.  Fratrum  sacra  Deus  nutu  distante  duorum 
Aestimat  accipiens  viva  et  terrena  refutans. 
Rusticus  invidia  pastorem  sternit  :  in  Abel 
Forma  anim;e  exprimitur,caro  nostra  in  munereCaïn. 

Dittochacon,  5-8. 

2.  Martigny,  art.   Abel  et  Cciï/i,  p.  2,  3  ;  Heuser,  ^lùel 
tind  Kiiiit,  dans  Kraus,  p.  2,  3. 

3.  Voir  les  textes  dans  Kraus,  1.  c. 

4.  Haiiuirtigenùi,  l'riLfatio,  20-26. 


les  plus  fréquemment  représentés  dans  les 
œuvres  de  l'art  chrétien,  depuis  les  peintu- 
res tout  à  fait  primitives  des  catacombes  (') 
jusqu'aux  boucles  de  ceinturon  de  l'époque 
mérovingienne  (').  Sur  les  sarcophages 
Habacuc  est  souvent  représenté  apportant 
à  Daniel  la  nourriture  que  Dieu  lui  envoie. 
Les  Pères  de  l'Église  voient  dans  cette 
représentation  soit  un  symbole  de  la  résur- 
rection des  corps,  soit  une  image  des  mar- 
tyrs chrétiens,  soit  l'emblème  de  l'eucharis- 
tie que  les  prêtres  et  les  diacres  distribuaient 
aux  confesseurs  de  la  foi  renfermés  dans  les 
prisons  [').  Sur  un  sarcophage  de  Brescia, 
le  poisson,  symbole  ordinairement  eucharis- 
tique, est  présenté  à  Daniel  par  Habacuc 
en  même  temps  que  le  pain  (^).  Prudence 
raconte  l'histoire  de  Daniel  miraculeuse- 
ment nourri  dans  la  fosse  aux  lions  comme 
un  exemple  du  soin  avec  lequel  la  Provi- 
dence veille  aux  besoins  de  ses  serviteurs 
et  les  défend  contre  les  supplices,  les  juges 
injustes,  la  rage  des  tyrans.  «  O  sécurité 
«  toujours  accordée  à  la  piété  et  à  la  foi!  les 
«  lions  indomptés  lèchent  le  prophète  et 
«  tremblent  devant  l'enfant  de  Dieu.  Ils  se 
«  tiennent  près  de  lui  et  ferment  leurs  mâ- 
«  choires  :  leur  rage  s'adoucit,  leur  faim  de- 
«  vient  miséricordieuse,  leur  gueule  tourne 
«  autour  de  leur  proie  et  ne  s'abreuve  pas 
«  de  son  sang.  Mais  alors  qu'il  étendait  ses 
«  mains  vers  le  ciel  et,  captif,  privé  d'ali- 


1.  llull.  di  archeol.  crist.  1865,  p.  42  ;  Rome  souterraine, 
lig.  10,  p.  109. 

2.  Edmond  Le  V<\ax\\., Inscriptions  c/irc'tiennesdeiu Gante, 
planches  XLU  et  LXXXVII. 

3.  Voir  les  textes  dans  Kraus,  art.  Daniel,  p.  344,  345. 
—  Aringhi,  Roina  stibterranea,  t.  Il,  p.  504,  et  Martigny, 
art.  Daniel,  p.  238,  ajoutent  qu'Habacuc  apportant  des  ali- 
ments à  Daniel  enfermé  dans  la  fosse  aux  lions  est  aussi 
une  figure  du  soulagement  que  les  prières  des  vivants 
apportent  aux  âmes  du  purgatoire;  c'est,  disent-ils,  l'opi- 
nion d'un  grand  nombre  de  Pères.  Kraus  fait  observer  que 
les  deux  écrivains  ne  citent  aucun  texte  à  l'appui  de  cette 
assertion. 

4.  Oderici,  Moniinienti  eristiani  di  Jirescia,  pi.  XII,  3. 


le  ^gmfaoUsme  cfjréticn  au  iu^  siècle,  D'après  les  poèmes  oe  Ipriioencc.  151 


«  ments,  invoquait  Dieu  dont  il  avait  déjà 
«  éprouvé  le  secours,  un  ange  reçut  l'ordre 
«  de  voler  vers  la  terre  pour  donner  au  ser- 
«  viteur  de  Dieu  sa  nourriture  :  le  messager 
«  franchit  l'air  docile,  aperçoit  de  loin  les 
«  mets  rustiques  que  le  prophète  Habacuc 
«  distribuait  à  ses  moissonneurs,  saisit  par 
«  les  cheveux  celui-ci  chargé  de  paniers  et 
«  le  porte  suspendu  à  travers  les  airs.  Bientôt 
«  Habacuc  et  la  nourriture  sont  déposés  dans 
«  la  fosse  aux  lions;  il  offre  les  aliments  qu'il 
«  portait  :  «  Prends  joyeux,  dit-il,  et  mange 
«  avec  plaisir  le  repas  que  t'envoient  dans  ce 
«  péril  le  Père  céleste  et  l'ange  du  Christ.  » 
«  Daniel  les  prend,  lève  les  yeux  au  ciel,  et, 
«  fortifié  par  la  nourriture,  répond  :  Amen, 
«  —  s'écrie:  Allehiia  (')  !  » 

Il  est  intéressant  de  rapprocher  ce  récit 
des  œuvres  de  l'art  chrétien  représentant  le 
même  sujet.  Prudence  ne  dit  pas  combien 
d'animau.x  étaient  renfermés  avec  Daniel 
in  lacu  leoniun:  le  texte  biblique  nous 
apprend  que  la  fosse  renfermait  sept  lions  (-). 
Les  artistes  chrétiens  n'en  représentent 
jamais  que  deux,  un  de  chaque  côté  du  pro- 
phète, traitant  la  lettre  de  la  Bible  avec  une 
liberté  dont  les  monuments  nous  donnent 
de  nombreux  exemples,  et  faisant  passer  la 
symétrie  avant  l'exactitude  littérale.  C'est 
ainsi  qu'ils  représentent  les  mages  tantôt  au 
nombre  de  deux,  tantôt  au  nombre  de 
douze,  et  qu'ils  augmentent  ou  diminuent 
arbitrairement  le  nombre  des  corbeilles  dans 
les  peintures  faisant  allusion  au  miracle  de 
la  multiplication  des  pains  :  la  pondération 
du  tableau,  le  groupement  harmonieux  des 
personnages  ou  des  accessoires,  l'emportent 
à  leurs  yeux  sur  toute  autre  considération. 
La  tradition  artistique  était  si  bien  établie 
en  ce  qui  concerne  le  nombre  des  lions 
qu'elle  finit  par  être  acceptée  non  seulement 

1.  Cathemerinon,  iv,  46-72. 

2.  Daniel,  xiv,  31. 


des  peintres  ou  des  sculpteurs,  mais  même 
des  poètes;  un  écrivain  espagnol  du  cin- 
quième siècle,  Dracontius,  s'exprime  ainsi: 
ii  La  fureur  des  lions  n'atteignit  pas  le  pieux 
Daniel,  à  qui  la  grande  bonté  de  Dieu  des- 
tine un  aliment,  laissant  à  jeun  l'un  et  l'autre 
lion  (').  »  Dracontius  avait  probablement 
sous  les  yeux  en  écrivant  ces  vers  une  pein- 
ture, un  bas-relief  ou  même  quelqu'un  des 
nombreux  ustensiles,  coupes,  lampes,  fibu- 
les sur  lesquelsce  sujetétait  ainsi  représenté. 
Par  d'autres  détails.  Prudence  sembleencore 
s'inspirer  des  monuments  artistiques.  Ainsi, 
il  montre  l'ange  saisissant  Habacuc  parles 
cheveux  pour  le  transporter  à  Babylone  :  le 
texte  sacré  le  raconte,  et  les  sculpteurs  chré- 
tiens ont  osé  représenter  sur  quelques  sar- 
cophages ce  sujet  difficile:  sur  un  sarcophage 
de  Brescia  la  main  de  l'ange  ou  peut-être 
la  main  divine,  sortant  du  ciel  figuré  par 
sept  étoiles,  tient  le  prophète  par  les  che- 
veux et  le  transporte  dans  les  airs  (")  ;  sur 
un  sarcophage  du  musée  de  Latran,  Daniel 
reçoit  une  corbeille  de  pains  des  mains 
d'Habacuc  qu'un  homme  barbu  tient  par  les 
cheveu.x  (').  Ce  personnage,  dit  M.  de  Rossi, 
ne  peut  être  un  ange,  car  jamais  l'art  chré- 
tien n'a  représenté  les  anges  avec  de  la 
barbe  ;  la  comparaison  avec  d'autres  figures 
du  même   bas-relief  permet  à  l'archéologue 

1.  Sceva  Danielem  rabies  atque  ira  leonum 
Non  tetigisse  pium,  cui  destinât  insuper  escam 
Magna  Uei  pietas,  jejuno  iitroque  teone. 

Dracontius,  De  Dco,  111,  123.  —  De  même,  dans  la  Vie 
de  saint  Simcon  Stylite,  9;  Domine,  (\\x\duos  leones\\\xm\- 
liasti,  suscipe  aniniam  ejus  in  pace.  (Rosweide,  Vitcc 
Patruin,  p.  172.)  —  Un  autre  exemple  de  la  liberté  avec 
laquelle  les  artistes  primitifs  traitaient  ce  sujet, est  la  pein- 
ture du  1"  siècle,  dans  la  catacombe  de  Domitille,  où 
Daniel  est  représenté,  non  dans  la  fosse,  mais  au  contraire 
sur  une  sorte  de  tertre  ou  d'estrade  qu'escaladent  les  lions, 
selon  l'usage  romain  pour  les  condamnés  a</ &\r//rtjy  voir 
Rome  souterraine,  fig.  10,  p.  109,  et  Hisl.  des  persécutions 
peiuiant  les  Jeux  premiers  siècles  d'après  les  documents 
archéologiques,  p.  403,  note  2. 

2.  Oderici,  /.  c. 

3.  Bull,  di  archeol.  crist.  1S65,  p.  69. 


152 


lacuuc   Dc   l'art   cbcctien. 


romain  d'y  reconnaître  la  seconde  personne 
de  la  sainte  Trinité,  le  Verbe  (").  Nous 
avons  déjà  vu  que  pour  Prudence  les  anges 
qui  apparurent  à  Abraham,  luttèrent  avec 
Jacob,  descendirent  dans  la  fournaise  de 
Babylone,  n'étaient  autres  que  le  Verbe 
divin  caché  sous  une  apparence  angélique. 
Le  poète  a  peut-être  une  pensée  semblable 
quand  il  met  dans  la  bouche  d'Habacuc 
ces  mots  adressés  à  Daniel:  «  Prends  ce 
«  que  t'envoient  le  Père  souverain  et  l'ange 
«  du  Christ  {-),  »  ajigelus  CJwisti.  Par  cette 
expression,  assez  étrange  à  propos  d'un  fait 
de  l'Ancien  Testament,  et  qui  semble  met- 
tre sur  la  même  ligne  l'Ange  et  Dieu  le 
Père,  Prudence  paraît  vouloir  désigner  le 
Christ  lui-même:  il  interpréterait  dans  ce 
cas  le  récit  biblique  comme  le  sculpteur  du 
sarcophage  de  Latran.  Ajoutons  que  les  bas- 
reliefs  représentent  souvent  Habacuc  offrant 
à  Daniel  la  nourriture  dans  une  corbeille  ;  une 
fibule  mérovingienne  le  montre  même  por- 
tant un  panier  attaché  sous  chaque  bras  (3). 
Prudence  est  tout  à  fait  d'accord  avec  la 
tradition  artistique  quand  il  peint  Habacuc 
«pliant  sous  le  poids  des  paniers  », //(?;^z> 
graveiu  canistris  (+).  Enfin  les  peintures  et 
les  bas-reliefs  montrent  toujours  Daniel 
priant  les  bras  étendus,  dans  l'attitude  dont 
nous  avons  déjà  parlé,  et  qui  aux  yeux  des 
premiers  chrétiens  était  un  symbole  de  la 
croix:  Prudence  le  représente  de  même 
«  étendant  vers  le  ciel  ses  deux  mains  », 
cum  tendcret  ad  siiperna  palmas  (').  Ses  vers 
sont  le  commentaire  le  plus  exact  et  le  plus 
circonstancié  des  innombrables  monuments 
de  l'art  chrétien  consacrés  à  la  représenta- 


1.  Ibid.,  p.  71. 

2.  Cathcinerinon,  IV,  68. 

3.  Edmond   Le    Blant,   Inscriptions  chrt'ticnnes  de  lu 
Gaule,  pi.  Lxxxvn. 

4.  Cathcinerinon,  iv,  62. 

5.  Ibid.,  52. 


tion   du  martyre   de  Daniel  et  de  ses  mer- 
veilleux épisodes. 

Les  peintures  des  catacombes,  et  surtout 
les  bas-reliefs  des  sarcophages,  reproduisent 
l'enlèvement  d'Élie  au  ciel  sur  un  char  de 
feu  (').  Le  prophète  est  quelquefois  repré- 
senté seul,  quelquefois  donnant  son  manteau 
à  Elisée  {^).  Les  artistes  n'ont  pas  cherché  à 
exprimer  la  nature  miraculeuse  du  véhicule 
qui  l'emporte  à  travers  les  airs  :  ils  se  sont 
toujours  bornés  à  copier  un  quadrige  an- 
tique (^)  :  sur  un  sarcophage  d'Arles  le  Jour- 
dain, couché  à  la  manière  des  fleuves  que 
personnifie  l'art  classique,  assiste,  presque 
sous  les  pieds  des  chevaux,  à  l'enlèvement 
du  prophète  (•').  Les  premiers  chrétiens  ont 
vu  dans  cette  histoire  biblique  une  figure 
soit  de  la  Résurrection,  soit  de  l'Ascension 
du  Sauveur  {•');  ils  l'ont  prise  aussi  comme 
un  symbole  de  la  délivrance  de  l'âme  fidèle, 
symbole  répété  dans  les  touchantes  invoca- 
tions des  liturgies  funéraires  (").  Prudence 
se  borne  à  raconter  l'histoire  d'Élie  comme 
un  exemple  et  une  figure  des  récompenses 
promises  au  chrétien  purifié  par  le  jeûne. 
«  Cette  observance  a  fait  la  grandeur  d'Elie, 
«  le  vieux  prêtre,  l'hôte  de  la  campagne 
«  aride.  On  raconte  qu'il  s'était  séparé  du 
«  tumulte  des  hommes  et  avait  méprisé  la 
«  société  de  leurs  crimes  pour  jouir  du  chaste 
«  silence  des  déserts.  Mais  bientôt  sur  un 
«  char  ailé  que  traînaient  des  coursiers  de 
«  feu,  il  fut  enlevé  dans  les  airs,  afin  que  la 
«  contagion  des  souillures  d'un  monde  cruel 

1.  Rois,  ii,  11-13. 

2.  \'oir  Rome  souterraine,  fig.  46,  p.  446. 

3.  Peut-être  le  quadrige  qui  emporte  dans  les  airs  le 
char  du  soleil;  cf.  Sedulius,  Carmen  Paschate,  I,  1S4,  et 
Piper,  Mvtkoloi^^ie  itnd  Symbolik  des  Christenthums,  t.  I, 

P-  75- 

4.  JCdmond  Le  Blant,  Etudes  sur  les  sarcophat^es  clin'- 
tiens  antiques  de  la  ville  d Arles,  pi.  xviii. 

5.  Martigny,  art.  Élic,  p.  273. 

6.  Edmond  Le  Blant,  Les  bas-reliefs  des  sarcophages 
chrétiens  et  les  liturgies  funéraires,  dans  la  Revue  archéo- 
logique, t.  XXXVI II,  (1S79),  p.  237. 


iLe  ^gmboligmc  chrétien  au  itie  siècle,  D'après  les  poèmes  De  IpruDcnce.  153 


«  n'atteignît  pas  l'homme  qu'avaient  illustré 
«  de  longs  jeûnes  (').  » 

«  Il  n'est  pas,  dit  avec  raison  Martigny, 
une  classe  de  monuments  dans  l'antiquité 
chrétienne  où  Jonas  ne  soit  reproduit  (').  » 
On  le  retrouve  sur  les  fresques  des  cata- 
combes, les  bas-reliefs  des  sarcophages,  les 
pierres  sépulcrales,  les  lampes,  les  médailles, 
les  pierres  gravées.  Trois  épisodes  de  l'his- 
toire du  prophète  sont  ordinairement  repré- 
sentés :  Jonas  jeté  à  la  mer  par  ses  compa- 
gnons de  navigation  et  recueilli  par  un  im- 
mense poisson,  —  Jonas  rejeté  sur  le 
rivage,  — ■  Jonas  assis  près  de  Ninive  sous 
l'arbrisseau  miraculeux  qui  protège  sa  tête 
contre  les  rayons  du  soleil.  Ces  trois  épi- 
sodes ont  été  racontés  par  Prudence. 

Jonas,  envoyé  de  Dieu  pour  aller  prêcher 
la  pénitence  aux  Ninivites,  veut  se  sous- 
traire à  sa  mission  et  s'embarque  sur  un 
vaisseau  qui  faisait  voile  vers  Tharse.  «  Il 
«  escalade  le  haut  navire,  on  détache  le 
«  câble  humide  qui  retenait  la  proue,  on 
«  prend  le  large,  la  mer  devient  orageuse. 
«  Alors  on  recherche  qui  est  cause  du  péril, 
«  et  le  sort  désigne  le  prophète  fugitif.  Le 
«  coupable,  dont  le  crime  avait  été  révélé 
«  par  les  dés  remués  dans  l'urne,  est  con- 
«  damné  à  périr  seul  au  lieu  de  tous  :  on  le 
«  lance  du  haut  du  navire,  il  est  englouti 
«  dans  la  mer  :  reçu  dans  la  gorge  d'une  bête, 
«  il  est  plongé  vivant  dans  le  gouffre  d'un 


1.  Elia  tali  crevit  observiintia, 
Vêtus  sacerdos,  ruris  hospes  aridi; 
Fragore  ab  omni  quem  remotiim  et  segregem 
Sprevisse  tradunt  criminiim  frequentiam, 
Casto  fruentem  syrtiiim  silentio. 

Sed  mox  in  auras  igneis  jugalibus 
Curruque  raptus  evolavit  pr,i,'pete, 
Ne  de  propinquosordium  contagio 
Dirus  quietum  mundus  adflaret  virum 
Olim  probatis  inclytum  jejuniis. 

Cat/tcmcrinon,  VU,  26-35 

2.  Martigny,  An.yo/ms,  p.  397. 


«  immense  ventre  (').  »  Les  artistes  chré- 
tiens ont  donné  à  l'animal  mystérieux  les 
formes  les  plus  fantastiques,  ils  en  ont  fait 
une  sorte  de  dragon  des  mers,  de  capricorne, 
d'hippocampe  aux  proportions  démesuré- 
ment agrandies,  se  préoccupant  sans  doute 
d'empêcher  toute  confusion  entre  ce  monstre 
marin  et  le  poisson  symbolique  si  souvent 
représenté  dans  les  monuments  des  trois 
premiers  siècles.  Prudence  s'amuse  à  racon- 
ter avec  plus  d'imagination  que  de  bon  goût 
le  séjour  de  Jonas  dans  les  entrailles  du 
monstre,  indiqué  d'un  mot  rapide  par  la 
Bible.  «  La  proie  rapidement  avalée  échappe 
«  à  l'atteinte  des  dents,  franchit  la  langue 
«  sans  la  rougir  de  son  sang,  et  de  peur  d'être 
«  broyée  par  les  humides  molaires  traversa 
«  toute  la  bouche,  passa  à  travers  le  palais  ; 
«  pendant  trois  jours  et  trois  nuits  elle  de- 
«  meura  dans  le  gosier  du  monstre,  errant 
«  à  travers  les  cavernes  des  viscères,  se 
«  promenant  dans  les  tortueux  détours  du 
«  ventre,  pouvant  à  peine  respirer  à  cause 
«  de  la  chaleur  que  dégageaient  intérieure- 
«  ment  les  entrailles  (^).  » 

Prudence  a  raison  d'arrêter  là  sa  descrip- 

1.  Celsam  paratis  pontibus  scandit  ratem, 
Udo  revincta  fune  puppis  solvitur, 
Itur  per  altum,  fit  procellosum  mare  : 
Tum  causa  tanti  quaîritur  pericli, 
Sors  in  fugacem  missa  vatem  decidit. 

Jussus  perirc  solus  e  cunctis  reus, 
Cujus  voluta  crimen  urna  expresserat, 
Prasceps  rotatur  acprofundo  immergilur  : 
Exceptus  inde  belluinis  faucibus 
Alvi  capacis  vivus  hauritur  specu. 

Cathemt'7-ino)i,  vu,  106- 115. 

2.  Transmissa  raptim  pra;da  cassos  dentium 
Eludit  ictus  incrucntam  transvolans 
Inipune  linguam,  ne  retentam  mordicus 
Ofiam  molares  dissecarent  uvidi. 

Os  omne  transit  et  palatum  pnuterit. 

Ternis  dierum  ac  noctium  processibus 
Mansit  fermo  de\oratus  gutture, 
Errabat  ille  per  latebras  viscerum, 
Ventris  recessus  circumibat  tortiles 
Anhelis  extis  intus  ;ïsiuantibus. 

Cathetneniwn,  vu,  1 16-125. 


154 


ÏRctiuc   Oc    I'3rt    cfjrcticn. 


tion  et  de  passer  à  un  autre  épisode.  Il  ra- 
conte ainsi  la  délivrance  du  prophète:  «  De- 
«  meure  intact  après  un  séjour  de  trois  nuits, 
«  il  est  vomi  avec  effort  par  le  monstre  sur 
«  le  rivage  murmurant  où  se  brise  le  flot,  où 
«  la  blanche  écume  bat  les  rochers  salés,  il 
«  tombe,  poussé  par  un  hoquet,  et  s'étonne 
«  d'être  encore  en  vie  (').  »  Le  poète  le 
montre  ensuite  se  rendant  chez  les  Ninivites 
et  leur  annonçant  la  colère  de  Dieu  qui  va 
consumer  leur  cité,  puis  «  montant  sur  le 
«  sommet  d'une  haute  montagne  d'où  il 
«  pourra  voir  l'embrasement  et  la  ruine  de  la 
«  ville,  et  là  abrité  par  les  rameaux  noueux 
«  d'une  plante  qui  naît  soudain  et  le  couvre 
«  de  son  ombre  (')  ».  La  Bible  ajoute  que 
le  Seigneur,  pour  donner  une  leçon  à  Jonas 
mécontent  de  voir  la  vengeance  divine 
arrêtée  par  la  pénitence  des  Ninivites,  fît 
au  lever  du  jour  piquer  par  un  ver  l'arbris- 
seau, qui  se  dessécha  subitement.  Prudence 
ne  mentionne  pas  cette  circonstance,  repro- 
duite sur  un  seul  monument  de  l'art  des 
premiers  siècles,  une  lampe  ayant  fait  par- 
tie de  la  collection  Martigny  ('),  et  s'abstient 
de  donner  un  nom  à  l'arbrisseau  miraculeux, 
courge  (nicnrbita),  selon  l'ancienne  version 
italique,  lierre  (hedera),  selon  la  traduction 
de  saint  Jérôme  :  la  plupart  des  monuments 
artistiques  suivent  l'ancienne  version  et 
montrent  Jonas  étendu  sous  une  cucurbita 
qui  s'arrondit  en  berceau  sur  sa  tête,  lais- 
sant pendre  ses  fruits  allongés. 

1.  Intactus  exin  tertise  noctis  vice 
Monstri  vomentis  pellitur  singiiltibus, 
yua  murmuranti  fine  fiuctus  frangitur, 
Salsosquecandens  spuma  tundit  pumices, 
Ructatus  exit  seque  servatum  slupet. 

Cathcmcrinon,  vu,  126-130. 

2.  Apicem  deinceps  ardui  niontis  petit 
V'isurus  uiide  conglobatum  turbidœ 
Fumum  ruinœ  cladis  et  dir:c  strucm, 
Tcxtus  flagcllis  multinodis  geiminis, 
Nato  et  repente  pcrfruens  umbraculo. 

Ihid.,  136-140. 

3.  Martigny,  Lettre  à  M.  Edmond  Le  Hlant  sur  une 
lampe  chri'tienne  inédite,  p.  8  et  planche  (Belley,   1872) 


Prudence  trace  ensuite  un  tableau  fort 
animé  de  la  pénitence  des  Ninivites  effrayés 
des  prédictions  de  Jonas.  Au  risque  de  m'é- 
carter  pendant  quelques  instants  du  sujet 
de  cette  étude,  je  demande  la  permission  de 
faire  une  courte  digression  sur  ce  curieux 
passage.  Par  une  coïncidence  assez  singu- 
lière, le  tableau  que  trace  ici  Prudence  n'est 
pas  absolument  dénué  de  couleur  locale  et 
paraît  à  peu  près  conforme  aux  renseigne- 
ments que  fournissent  les  découvertes  mo- 
dernes. Les  femmes,  dit-il,  arrachent  leurs 
colliers  et  remplacent  par  la  cendre  et  la 
pénitence  les  gemmes  et  les  tissus  de  soie('). 
L'orfèvrerie  était  en  Assyrie,  à  l'époque 
même  du  premier  empire,  parvenue  à  un 
degré  très  élevé  de  perfection  :  les  nom- 
breux bijoux  trouvés  dans  les  ruines  de 
Khorsabad  en  sont  la  preuve  (-).  On  y  a 
rencontré  beaucoup  de  pierres  fines,  corna- 
lines, agates,  primes  d'améthyste,  jaspes, 
lapis-lazuli,  qui  sont  percées  et  sans  doute 
étaient  destinées  à  être  assemblées  en  col- 
liers et  en  bracelets.  Quant  au.x  riches  étof- 
fes, la  textrine  assyrienne  est  célèbre  dans 
toute  l'antiquité  :  les  robes  de  soie  de  l'As- 
syrie étaient  encore  recherchées  à  l'époque 
romaine.  Prudence  montre  les  patriciens 
décorés  de  bulles,  htillati paires,  qui  déchi- 
rent leurs  vêtements  en  signe  de  deuil  ('). 
Bullati  patres  paraît  une  expression  assez 
étrange.  Ce  ne  peut  être  une  imitation  des 
mœurs  romaines,  car  à  Rome  la  bulle  était 
précisément  réservée  aux  jeunes  garçons, 
qui  la  déposaient  avec  la  robe  prétexte.  Si 
Prudence  avait  pu  avoir  quelque  connais- 
sance   de   l'art    assyrien,    on  s'expliquerait 

1.  Glaucos  amiclus  induit  monilibus 
Matrona  dcmptis,  proquc  gemma  et  serico 
Crincm  fliientem  sordidus  spargit  cinis. 

Ccithi-merinon,  vu,  148-150. 

2.  Victor  Place,  Ninive  et  P Assyrie,  t.  1 1,  p.  191  (Paris, 
1867). 

3.  Squallent  recincta  veste  bullati  patres. 

Ciithcmerinon,  vu,  151. 


ïLc  Symbolisme  c&tcticn  au  iu^  siècle,  D'après  les  poèmes  De  IpciiDcnce.  155 


facilement  ce  mot  :  les  fouilles  modernes  ont 
fait  découvrir  de  nombreux  bijoux  en  or,  de 
forme  ronde,  et  les  bas-reliefs  nous  ap- 
prennent que  ces  bijoux  étaient  portés  par 
des  hommes,  qui  se  paraient  de  bracelets 
et  de  massives  boucles  d'oreilles.  L'anneau 
de  celles-ci  était  garni  d'ornements  tantôt 
formant  des  pendeloques,  tantôt  imitant  de 
grosses  têtes  de  clous  (')  :  il  semble  que  le 
nombre  de  ces  clous  marquait  le  rang  plus 
ou  moins  élevé  des  personnages  qui  entou- 
raient le  roi.  La  qualification  de  bullati 
patres  "^ourx-aJiX.  s'appliquer  aux  grands  d'As- 
syrie ainsi  parés.  Le  roi  lui-même,  dit 
Prudence,  s'associa  au  deuil  universel  en 
dépouillant  ses  vêtements  teints  de  la  pour- 
pre de  Cos  et  en  déposant  son  diadème 
d'émeraudes  et  de  perles  enfilées  (-).  Ceci 
est  encore  d'une  couleur  exacte  :  le  com- 
merce des  Phéniciens  importait  en  Assyrie 
des  étoffes  teintes  en  pourpre  :  on  s'étonne 
seulement  d'entendre  parler  de  la  pourpre 
de  Cos,  Coas  iiinrices.  Cos  était  célèbre  dans 
l'antiquité  par  ses  tissus  diaphanes,  si  sou- 
vent chantés  par  les  poètes  et  réprouvés 
par  les  moralistes  ;  mais  la  pourpre  venait 
de  Tyr(3).  Prudence  est  le  premier  qui 
parle  du  murex  de  Cos.  Quant  aux  éme- 
raudes  du  diadème,  gemmas  virentes,  elles 
sont  parfaitement  à  leur  place  :  les  émerau- 
des  étaient  au  nombre  des  pierres  les  plus 
estimées  des  anciens  et  ils  en  possédaient, 
dit-on,  qui  atteignaient  des  dimensions  énor- 
mes. Il  existait  en  Egypte  des  gisements 
d'émeraudes  dans  le  voisinage  de  la  mer 


1.  Botta,  Monuincnt  de  Ninive,  pi.  CLXI. 

2.  Rex  ipse  Coas  œstuantem  murices 
Laenam  révulsa  dissipabat  fibiila, 
Gemmas  virentes  et  lapillos  sutiles. 
Insigne  frontis  exuebat  vinculum 
Tarpi  capillos  impeditus  pulvcre. 

Cathcmerinon,  vu,  156-160. 

3.  Tyrisque  ardebat  murice  lana. 

Virgile,  Enéide,  iv,  212. 


Rouge  (')  ;  l'une  de  ces  carrières  a  été  dé- 
couverte de  nos  jours  (^).  Il  y  en  avait 
également  en  Chaldée,  ou  du  moins  le  com- 
merce  en  apportait  dans  ce  pays  :  Théo- 
phraste  parled'une  émeraude  d'une  grosseur 
extraordinaire  qu'un  roi  de  Babylone  avait 
envoyée  en  présent  à  un  roi  d'Egypte  (3). 
Quant  aux  lapilli  sutiles  qui  ornaient  le 
front  du  roi,  selon  Prudence,  j'y  vois  un 
cordon  de  gemmes  enfilées  plutôt  que  des 
pierres  enchâssées  dans  un  diadème  de  mé- 
tal, comme  le  veulent  tous  les  traducteurs 
du  poète  (■+)  :  les  Assyriens,  conduits  par 
un  très  fin  sentiment  de  l'art,  n'aimaient 
pas  ces  incrustations,  qui  rompent  les  belles 
surfaces  unies  du  métal  (^)  :  ils  portaient  de 
préférence  des  gemmes  sans  monture,  enfi- 
lées. Lapilli  sutiles  serait  donc  ici  une 
expression  d'une  grande  justesse  archéolo- 
gique. Je  ne  prétends  point,  assurément, 
que  Prudence  ait  connu  la  civilisation  assy- 
rienne comme  on  la  peut  connaître  de  nos 
jours,  mais  il  m'a  paru  curieux  de  faire  voir 
qu'en  puisant  probablement  dans  sa  seule 
imagination  les  couleurs  du  tableau,  il  n'a 
point  commis  de  trop  grossières  erreurs,  et 
que  le  hasard  l'a  servi  avec  un  bonheur  ex- 
traordinaire. N'est-il  pas  permis  de  croire 
un  peu  à  l'intuition  des  poètes  ? 

J'ai  hâte  de  clore  cette  dissertation,  et  de 
rentrer  dans  les  limites  de  cette  étude.  L'his- 
toire de  Jonas  a  été  prise  dans  les  premiers 
siècles  chrétiens  comme   un  symbole  de   la 

1.  Du  Mesnil-Marigny,  Histoire  de  Véconomie politique 
des  aneiens  peuples  de  l'Inde,  de  VE^'pte,  de  ta  Judée  et  de 
la  Grhe,  t.  I,  p.  280.  (Paris,  1878.) 

2.  Mémoires  de  la  société  des  antiquaires  de  France,  t. 
xxxvm  (1877),  p.  2ig. 

3.  Thdophraste,  De  lapidibus. 

4.  Certains  lexiques  (par  exemple  le  Dictionnaire  clas- 
sique de  Quicherat  et  Daveluy)  s'appuient  de  l'autorité  de 
Prudence  pour  traduire  lapilli  sutiles  par  v<  pierres  en- 
châssées ».  Forcellini,  Totius  latiuitatis  Lexicon  (Schnee- 
bergae,  1829-1S31)  est  plus  prudent  ;  au  mot  sutilis,  rap- 
portant l'expression  lapilli  sutiles,  il  l'interprète  ainsi  : 
consuti  in  coronam  vel  adsuti  diadeinati. 

5.  Beulé,  Fouilles  et  découvertes,  t.  II,  p.  223.  (Paris,  1873.) 


REVUE  DE   l'art  CHRÉTIEN. 
1885.  —  2""^  LIVRAISON. 


156 


Ecuiic   Oc    rartcbrctien. 


Résurrection.  Jésus-Christ  lui-même  l'avait 
interprétée  ainsi  :  «  Cette  génération  mau- 
vaise et  adultère  demande  un  signe,  et  il  ne 
lui  en  sera  point  donné  d'autre  que  le  signe 
de  Jonas  le  prophète  ;  car,  comme  Jonas 
fut  dans  le  ventre  de  la  baleine  trois 
jours  et  trois  nuits,  ainsi  sera  le  Fils  de 
l'homme  dans  les  entrailles  de  la  terre 
trois  jours  et  trois  nuits  (').  »  Symbole  par 
excellence  de  la  Résurrection  du  Sauveur, 
l'histoire  de  Jonas  est  en  même  temps  un 
symbole  de  celle  qui  est  promise  aux  chré- 
tiens :  elle  figure  à  ce  titre  dans  les  prières 
liturgiques  et  a  probablement  cette  signifi- 
cation sur  les  sarcophages.  Prudence  la 
raconte  dans  une  pensée  moins  haute  et 
moins  dogmatique  :  il  ne  décrit  les  trois 
épisodes  ordinairement  représentés  sur  les 
monuments  —  le  prophète  précipité  du  ba- 
teau et  recueilli  par  le  monstre,  —  rejeté 
sur  le  rivage,  — •  abrité  sous  l'arbrisseau, — 
que  pour  arriver  à  la  longue  et  minutieuse 
description  de  la  pénitence  des  Ninivites 
et  lui  demander  cette  leçon  pratique  :  «  Dieu, 
«  ému  par  un  tel  repentir,  met  un  frein  à 
«  sa  colère,  adoucit  son  oracle  sinistre,  car 
«  sa  clémence  est  toujours  prête,  elle  absout 
«  facilement  les  péchés  de  ceux  qui  se 
«  repentent  et  se  laisse  toucher  par  les 
«  larmes  (=).  » 

Il  arrive  quelquefois  ainsi  à  Prudence  de 
tirer  un  simple  enseignement  moral  d'épi- 
sodes bibliques  ayant  aux  yeux  de  ses  con- 
temporains une  valeur  typique  beaucoup 
plus  haute.  Le  sacrifice  d'Abraham,  dans 
lequel  les  Pères  de  l'Église  et  les  artistes 
des  premiers  siècles  voient  tous  un  symbole 

1.  s.  Matthieu,  xn,  39,  40. 

2.  Mollitus  his  et  talibus  brevem  Deus 
Iram  refrénât  temperans  oraculum 
Prosper  sinistrum,  prona  nam  clementia 
Haud  difficulter  supplicein  mortalium 
Solvit  reatum  fitque  fautrix  flcntiuin. 

Cat/iciin-rhwn,  vil,  171-175. 


du  sacrifice  du  Christ  et  qui  apparaît  avec 
cette  signification  évidente  dans  une  des 
Chambres  des  Sacrements  au  cimetière  de 
Calliste  ('),  n'est  de  même  à  ses  yeux  qu'un 
bel  exemple  d'obéissance  à  Dieu  (-)  ;  ainsi 
encore  Job,  représenté  sur  quelques  sarco- 
phages comme  symbole  de  la  Résurrection 
de  la  chair,  à  cause  de  l'admirable  profes- 
sion de  foi  mise  dans  sa  bouche  par  la 
Bible  (3),  n'est  pour  Prudence  qu'un  type 
de  la  patience  du  juste  parmi  les  épreuves 
delà  vie  (■+). 

IE  terminerai  ce  rapide  aperçu  du  sym- 
bolisme de  Prudence  par  l'étude  de  trois 
~  autres  symboles,  dont  l'un  est  emprun- 
té à  l'Ancien  Testament  et  deux  au  Nouveau. 
Il  est  douteux  que  Samson  ait  jamais 
été  représenté  sur  les  monuments  de  l'ancien 
art  chrétien.  Martigny  fait  observer  que  la 
plupart  des  figures  où  l'on  a  cru  le  recon- 
naître, emportant  sur  son  dos  les  portes  de 
Gaza,  sont  des  images  plus  ou  moins  dé- 
fectueuses du  paralytique  de  l'Évangile  qui, 
guéri,  emporte  son  grabat  (').  Le  savant 
archéologue  cite  cependant  une  fresque  de 
la  catacombe  de  Saint-Hermès  dans  laquelle, 
dit-il,  ce  sujet  peut  être  reconnu  avec  quel- 
que vraisemblance.  Garrucci,  qui  publie 
cette  peinture,  y  voit  avec  plus  de  raison 
selon  moi  la  représentation  ordinaire  du 
paralytique  C^).  Samson  me  paraît  avoir  pris 

1.  De  Rossi,  Ruina  sotterranea,\.  II,  pi.  xvi,  6.  — Rome 
soiiterniiiu',  pi.  V,  1. 

2.  Psyclwinacliia,  Prœfatio,  1-8. 

3.  Job,  xix,  25-27. —  Ce  célèbre  passage  est  loin  d'être 
aussi  clair  dans  l'original  hébreu  que  dans  la  Vulgate: 
Girodon,  Exposé  de  la  Doctrine  catholiqut-,  t.  II,  p.  229, 
note  4.  Voir  sur  ce  sujet  une  très  curieuse  dissertation  de 
M.  Edmond  Le    Blant,    D'une   teprésciitation    ini'dite  de 

Joh  sur  un  sarcophage  d'Arles  (extrait  de  \a.Ke7iue  arché- 
logique,  1860.) 

4.  Psyc/ioinac/iia,  et  suiv. 

5.  Martigny,  art.  Samson,  p.  710. 

6.  Garrucci,  Sloria  delParle  cristiana,  pi.  i.xxxui,  2. 


le  ^pmtjolismc  chrétien  au  iM'  sicclc.  D'aptes  les  poèmes  De  IpruDcnce.  157 


place  pour  la  première  fois  dans  l'art  chré- 
tien par  deux  des  peintures  en  mosaïque 
dont  Prudence  a  composé  les  légendes. 
Deux  tétrastiques  du  Dittochœon  les  décri- 
vent. L'une  était  relative  au  lion  tué  par 
Samson,  et  représentait  probablement  le 
héros  déchirant  de  ses  bras  puissants  la 
bête  fauve.  «  Du  miel,  dit  le  poète,  est  sorti 
«  de  la  bouche  du  lion,  tandis  que  la  mâchoire 
«  de  l'âne  a  laissé  couler  de  l'eau,  »  ■ —  allu- 
sion aux  deux  faits  racontés  dans  le  livre 
des  Juges,  XIV,  8,  XV,  19.  «  C'est  ainsi, 
«  continue-t-il,  que  la  folie  nous  inonde  d'eaux 
«  insipides  et  que  la  force  produit  la  dou- 
«  ceur  (').  »  Le  second  tableau  représentait 
Samson  lâchant  dans  les  champs  des  Phi- 
listins trois  cents  renards  à  la  queue  desquels 
il  avait  attaché  des  torches  allumées.  «  Ainsi, 
«  dit  Prudence,  le  perfide  renard,  c'est-à-dire 
«  aujourd'hui  l'hérésie,  répand  dans  nos 
«  champs  la  Hamme  du  vice  (-).  »  Le  renard 
était  déjà  dès  le  temps  de  Prudence  ce 
qu'il  est  devenu  dans  la  littérature  du  moyen 
âge, le  type  de  ruse  et  perfidie.  Jésus-Christ 
a  comparé  Hérode  à  un  renard  (^\  Il  exis- 
tait probablement,  à  l'époque  où  vivait  notre 
poète,  de  ces  écrits  sur  la  signification 
symbolique  des  animaux,  Philologus,  Bestia- 
riutn,  dont  le  P.  Cahier  croit  pouvoir  faire 
remonter  l'original  jusqu'à  Tatien  {^)  et 
dont  on  trouve  une  mention  dans  le  décret 
Gélasien  sur  les  livres  condamnés  (5).  Vulpes 

1.  Invictum  virtute  comas  leo  frangere  Samson 

Agreditur  :  necat  ille  feram,  sed  ab  ore  leonis 
Mella  fluunt,  maxilla  asini  fontem  vomit  ultro  : 
Stultitia  exundat  lymphis,   dulcedine  virtus. 

Dittûchœon,  65-67. 

2.  Ter  centum  vulpes  Samson  capit,  ignibus  armât, 
Pone  fauces  caudis  circumligat,  in  sata  mittit 
AUophylum  segetesque  cremat  :  sic  callida  vulpes 
Nunc  heresis  flammas  vitiorum  spargit  in  agros. 

Ibid.,  69-72. 

3.  S.  Luc,  XiII,  32. 

4.  MiHanges  d\irchéologic,  t.  II,  p.  88. 

5.  Liber  Physiologus,  qui  ab  h.treticis  conscriptus  est, 
et  B.  .^mbrosii  nomine  signatus,  apocryphus.  M  igné,  Pa- 
irol.  lot.,  t.  LIX,  col.  163. 


esi  animal  dolosiiiii,  et  ttiinis  fraudu/e)iiii>n, 
ci  argiiinentosum,  dit  un  Bestiaire  latin  pu- 
blié par  le  P.  Cahier  (•)  :  cette  dernière 
épithète  s'applique  bien  à  l'hérésie.  Le 
Bestiaire  ajoute  :  Vulpes  igitur  figuram 
habet  diaboli  (-).  Il  n'est  pas  impossible  que 
Prudence  en  écrivant  les  vers  cités  plus 
haut  se  soit  fait  l'écho  du  Physiologus,  au- 
quel il  a  peut-être  emprunté  aussi  les  détails 
fabuleux  sur  les  amours  et  la  mort  de  la 
vipère  donnés  par  lui  dans  un  long  passage 
de  X Hamartigenia  (3),  symbole,  dit-il,  de 
l'union  de  l'âme  avec  le  démon,  d'où  naissent 
le  péché  et  la  mort  (''). 

Un  symbole  plus  intéressant,  et  dont  l'ori- 
gine se  trouvée  en  de  nombreu.x  passages  de 
l'Ancien  etdu  Nouveau Testament,est  donné 
par  un  autre  quatrain  du  Dittochœon.  Sous 
un  tableau  représentant  la  construction  du 
temple  de  Jérusalem  par  Salomon,  le  poète 
avait  écrit  :  «  Le  temps  vient,  où  le  Christ 
«  construit  dans  le  cœur  de  l'homme  son  vrai 
«  temple, dans  lequel  les  Grecs  apportent  leurs 
«adorationsetîesBarbaresleursprésents(5).)> 
Lidée  du  temple  spirituel  construit  par  le 
Christ  et  ouvert  par  lui  à  tous  les  hommes 
de  bonne  volonté.  Grecs  et  Barbares,  est  au 
fond  de  la  littérature  prophétique,  et  se  re- 
trouve sans  cesse  dans  l'Évangile  et  dans  les 
écrits  des  apôtres. La  littérature  du  deuxième 
siècle  l'a  plusieurs  fois  reproduite.  Dans 
une  vision  du  livre  d'Hermas  les  anges  cons- 
truisent de  pierres  vivantes  une  tour  qui  est 
l'Église  (*).  Un    autre  passage  montre  non 

1.  Mélanges  d'archéologie,  t.  II,  p.  20S. 

2.  Ihid.,  p.  209. 

3.  Hamartigenia,  5S1-607.  Cf.  Bestiaire  latin,  dans  les 
Mélanges  d'archéologie,  t.  II,  p.  134.  Mais  Prudence  a 
peut-être  tiré  plutôt  ces  détails  d'Elien,  de  Pline,  ou 
d'un  auteur  môdical,  comme  semblent  l'indiquer  les  vers 
582-583. 

4.  Hamartigenia,  608-624. 

5.Tempus  adest,quoteniplum  honiinis  sub  pectoreChristus 
jCdificet,  quod  Graia  colant,  quod  Barbara  ditent. 

Diltochceon,  83,  84. 
6.  Pasteur,  \'ision  III,  S. 


158 


Ectiuc   De  rart  cbrcticn. 


plus  les  anges,  mais  douze  belles  vierges, 
puissances  et  vertus  du  ciel,  travaillant  à 
l'édification  de  la  tour  (').  L'art  chrétien  a 
reproduit  sous  des  formes  diverses  cette  gra- 
cieuse allégorie,  et  on  peut  en  citer  plus  d'un 
exemple,  depuis  une  fresque  des  catacombes 
de  Naples  représentant  des  jeunes  filles  qui 
construisent  une  tour  {-)  jusqu'à  la  Dispute 
dic  Saint  Sacrement  où  Raphaël  a  dessiné, 
dans  un  coin  de  son  admirable  composition, 
derrière  le  groupe  de  droite,  un  édifice  gran- 
diose et  inachevé,  temple  spirituel  qui  croît 
toujours  et  ne  sera  couronné  qu'à  la  fin  des 
temps. 

Ainsi  l'Église  est  symbolisée  par  un 
temple  dont  les  élus  sont  les  pierres  vivan- 
tes, les  anges  ou  les  vertus  les  constructeurs, 
et  le  Christ  l'architecte.  Prudence  a  pris 
encore  le  temple  dans  un  autre  sens  symbo- 
lique. «  Détruisez  ce  temple,  avait  dit  le 
Sauveur  aux  Juifs,  et  je  le  rebâtirai  en  trois 
jours  (3).  »  Il  parlait  de  son  corps  destiné  à 
ressusciter  après  trois  jours.  Prudence,  dans 
un  beau  passage  de  XApotheosis,  oppose  de 
même  au  temple  juif  «  dont  les  holocaustes 
«  gisent  enterrés  sous  un  amas  de  ruines(+)  >> 
le  temple  chrétien  «  que  nul  ouvrier  n'a 
construit,  qui  n'est  fait  ni  de  bois  ni  de 
marbre,  qui  n'a  ni  voûtes  ni  colonnes,  mais 
a  été  formé  par  la  parole  éternelle  de  Dieu, 

1.  Ibid.^  Similitudes  ix,  x. 

2.  Bellennann,  Ueber  die  altcstcn  diristlichen  Begriib- 
nistâltcn,  planche  V  ;  Guéranger,  Suinte  Cécile,  fig.  13, 
p.  197.  (Paris,  1874.) 

3.  S.  Jean,  11,  19.  Cf.  S.  Matthieu,  XXVI,  61  ;  xxvn, 
40  ;  S.  Marc.  XIV,  58  ;  XV,  29. 

4.  At  tua  congestœ  tumulant  holocausta  ruinae. 

Apotheosis,  537. 


et  n'est  autre  que  le  Verbe  fait  chair.  C'est  là 
le  temple  éternel  que  les  Juifs  ont  essayé  de 
renverser  par  les  fouets,  la  croix,  le  fiel, 
qu'ils  ont  abattu  en  effet,  car  il  avait  pris 
dans  le  sein  de  sa  mère  les  éléments  mortels, 
mais  que  la  majesté  du  Père  a  rétabli  vivant 
après  trois  jours  (").  » 

Si  le  temple  a  été  pris  dès  l'antiquité  la 
plus  reculée,  et  sur  la  parole  de  Jésus- 
Christ  et  des  apôtres,  comme  le  symbole 
soit  du  corps  même  du  Sauveur,  soit  de  son 
Église,  cette  dernière  s'est  présentée  tout 
naturellement  à  l'esprit  des  chrétiens  sous 
une  autre  image  appartenant  au  même 
ordre  d'idées  et  indiquée  dans  \' Apocalypse 
de  saint  Jean.  L'Église  triomphante  est 
comparée  par  lui  à  une  Jérusalem  nouvelle, 
construite  de  métaux  éclatants  et  de  pierres 
précieuses,  éclairée  par  la  lumière  de  Dieu 
même,  illuminée  par  l'Agneau  (-).  Prudence 
s'est  inspiré  de  cette  brillante  et  suave 
peinture  quand  il  a  tracé,  à  la  fin  de  la 
Psychoniachia,  le  tableau  de  l'édifice  mer- 
veilleux du  temple  nouveau,  où  réside  la 
Sagesse,  assise  sur  un  trône  :  temple  cons- 
truit, comme  la  Jérusalem  nouvelle,  d'or, 
de  saphir,  de  jaspe,  d'améthyste,  ayant 
comme  elle  douze  portes,  symboles  des 
douze  apôtres,  et  dont  la  description  est 
calquée  sur  celle  de  la  cité  sainte  que  l'exilé 
de  Patmos  vit  descendre  du  ciel,  portant 
en  elle  la  clarté  de  Dieu  ('). 

Paul  Allakd. 

1 .  Apotheosis,  518-531. 

2.  Apocalypse,  xxi,  10-27. 

3.  Psyc/wiitaehia,  823-8S7. 


i   A^^  \'*y.  a'^-A  X^-*  a''^  a''»U  a'^-A  A^^  a'^  A^^  a'^VJ^  a"^-*  a'^  a'^-X  k^xU  a'^  [[^ 


&S5aa?^5?^ 


^^lie  beau  cst!)ctiqutet  FiDcal  cbrétiem^^ 


H  *AÔ^  *AiI^  ^^^  *AiI^  ^Atl^  ^;Al'f  ^A^"^  ^Aa'f  ^Atl'f  ^Ail'f  ''S.''  ''Si''  ^AÔ'f  ^Ail'f  ^;>1^  *Ail^ 

iTrS  lettres  îl''un   SOlitflitC  ■■^^--^■^^^-""^  Pour  être  proclamée ///^^^r^/^,  l'éducation 

^.  par    ^1.  €C.  €Cartier.  rvi,-^v.^7v^.-w.       artistique  ne  prétend  pas  moins  s'émanciper 
=;^^^=:^=:^==^=z====       de  tout  fondement  métaphysique:  comment 

l'art  pourrait-il  s'élever  au-dessus  du  vul- 
gaire terre-à-terre,  lors  même  qu'il  ne  se 
complaît  pas  dans  les  fanges  les  plus  ab- 
jectes? Puisque  le  plus  noble  apanage  de 
l'humaine  nature  n'est  que  «  la  sécrétion  de 
la  matière  grise  du  centre  cérébro-spinal  » 
l'artiste  n'a  guère  à  prendre  souci  de  préparer 
son  œuvre  par  la  méditation  du  sujet,  —  il 
ne  faut  plus  parler  des  sentiments  surna- 
turels, —  ni  par  l'étude  des  caractères  et  la 
composition  des  personnages.  L'audace 
remplace  le  travail  et  la  chance  tient  lieu 
de  talent.  Avides  de  lucre  et  gonflés  de 
gloriole,  les  Apelles  et  les  Phidias  de  l'ave- 
nir ne  s'imaginent  pas  qu'avant  de  four- 
nir.la  course,  il  faut  du  moins  apprendre  à 
marcher.  Comment  se  préoccuperaient-ils 
de  mûrir  dans  les  enseignements  du  maître 
et  la  méditation  des  œuvres  du  génie,  ces 
sublimes  problèmes  de  l'esthétique  qui,  en 
élevant  la  pensée  au  delà  des  horizons  sen- 
sibles, commande  à  l'inspiration  et  imprime 
aux  créations  de  l'art  un  reflet  de  la  beauté 
idéale  dont  la  splendeur  est  l'émanation  de 
la  Vérité  incréée  ? 


U    milieu   du    tourbillon 

S  des  événements  et  des 

a  .  , , 

^  idées  qui  emporte  notre 

époque,  parmi  les  ruines 
des  institutions  sociales 
et  les  audacieuses  néga- 
tions de  tout  principe 
basé  sur  la  vérité  révélée,  il  semble  oiseux 
et  téméraire  à  la  fois,  de  s'appliquer  à 
reconnaître  et  à  définir  les  éléments  syn- 
thétiques et  les  règles  fondamentales  de 
l'idéal  chrétien  dans  le  domaine  des  arts. 
Notre  siècle  a  vu  l'homme  assouplir  à  sa 
volonté  deux  puissants  éléments  et  faire 
de  la  conjonction  de  leurs  forces  opposées, 
les  collaborateurs  de  son  travail  et  les  véhi- 
cules de  son  existence  :  dès  lors  le  cours  de 
sa  vie  entière  semble  réglé  à  la  vapeur.  Plus 
n'est  besoin  d'apprendre  à  penser  avant 
d'oser  écrire, de  s'initier  aux  leçons  de  l'école 
avant  d'affronter  le  jugement  du  public. 
L'art,  soumis  au  scepticisme  positiviste  con- 
temporain, a  subi  les  funestes  effets  de  cette 
impulsion  fébrile  sur  la  formation  intel- 
lectuelle des  jeunes  générations.  Que  nous 
sommes  loin  des  laborieux  exercices  du 
trivium  et  du  qnadriviitni,  des  longues 
épreuves  de  l'apprentissage  pour  arriver  à 
la  maîtrise  !  Le  progrès  moderne  a  bien 
nivelé  ce  fatras!  Les  salons &\.\^s  expositions 
des  beaux-arts  sont  encombrés  de  ces  essais, 
de  ces  ébauches  hâtives  qui,  sous  l'étiquette 
menteuse  d'imprcssionnisiiie  ou  d\Hudcs, 
déguisent  mal  les  tâtonnements  d'artistes 
novices,  trop  tôt  émancipés  de  l'atelier,  voire 
de  l'école  de  dessin. 


IL 

LES  hautes  écoles  du  moyen  âge  s'é- 
taient appliquées,  on  sait  avec  quelle 
ardeur,  à  l'étude  de  ces  questions  spéculati- 
ves, pour  la  solution  desquelles  la  doctrine 
des  sages  de  l'antiquité  trouve  dans  la 
Révélation  évangélique  son  complément 
et  son  correctif  Le  nom  du  docteur  aneéli- 
que  se  présente  ici  sous  la  plume,  car  sa 
théorie  aristotélicienne  du   Beau,  illuminée 


REVUE   DE    l'art   CHKÉTIKN, 
1885.    —    2*"^    LIVRAISON. 


i6o 


Ectiuc    De    l'art    chrétien. 


par  la    Foi,  résume  dans  sa  plus  haute  for- 
mule l'enseignement  esthétique  des  siècles 
chrétiens.  Après  saint  Thomas  d'Aquin,  la 
notion  doctrinale  de  l'idéal  artistique   reli- 
gieux s'obscurcit  au  milieu  des  épreuves  de 
l'Église.    La    Renaissance    prit    garde    de 
relever  ces  études  qui  eussent  logiquement 
amené  la    condamnation  des  principes  mis 
en  vogue  par  le  néo-paganisme  et  le  discré- 
dit  des  œuvres   artistiques  conformes  à   la 
mode    du  jour.    Les  ténèbres    accumulées 
pendant  près  de  quatre  siècles,  avaient  si 
complètement  dérobé  à  la  vue  des  artistes 
et  de  leur  public  les  rayons  du  soleil  de  l'art 
chrétien,    qu'il  eût  semblé  chimérique,  au 
début  de  notre  siècle,  d'en   vouloir  réveiller 
la  notion.  L'art  religieux  était  si  bien  caché 
sous  le  travestissement  du  péplum  et  de  la 
toge,  si  bien  dissimulé  derrière  le  masque 
au   type  athénien,  si  bien  enserré  par  les 
bandelettes  du  culte  de  la  «  belle  antiquité  », 
qu'il  paraissait  frappé  de  la  rigidité  cada- 
vérique ;  mais  comme  Lazare,  il  n'était  pas 
mort,  il  dormait.Ce  ne  sera  pas   aux   yeux 
des   historiens  futurs  un  des  caractères  les 
moins  bizarres  du  XIX™^  siècle  que  cette 
rénovation   du  goût  du  moyen  âge  dans  le 
domaine  du  beau:  ou  plutôt,   ne  craignons 
pas  de  le  proclamer,  c'est  par  un  dessein 
manifeste  de  la  Providence  que  le  souftle  de 
l'esprit  chrétien  s'est  ranimé  dans  la  sphère 
des  œuvres   artistiques,   tandis    que  notre 
civilisation  et  l'art  qui  la  reflète,  s'abîment 
dans  les   négations   de   l'éclectisme   et  les 
prostitutions  des  sensualités  réalistes.  Sans 
doute,  des  éléments  hétéroclites  ont   con- 
couru  à  cette  étonnante   résurrection   des 
formes  plastiques  chrétiennes  :  aussi  les  uns 
se  sont  arrêtés  en  chemin,  parce  qu'ils  n'ont 
point  compris  le  but  de  leur  noble  mission  ; 
les   autres  se    sont  subitement    détournés, 
brûlant  ce  qu'ils  avaient  adoré  afin  de  con- 
quérir   une    popularité    frelatée.    Mais    la 


cause    de     l'art     religieux    est    immortelle 
comme    la  Foi  qui  l'inspire  :  elle  a  vu  de 
toutes    parts  s'élever  des    champions   con- 
vaincus et  dévoués  :    à    côté    de    ceux    qui 
aidés    du    crayon,    du    pinceau,    de  l'ébau- 
choir  ou  du  marteau,  travaillent  à  rendre  à 
l'idée  chrétienne,   dans  l'ordre  des  faits  et 
dans    le    domaine    des    formes,    l'influence 
dont  l'engouement  païen  l'avait  dépossédée, 
d'autres  vaillants  ont  pris  la    plume  pour 
défendre  la  cause  sainte  contre  l'ignorance 
de  la  foule  et  les    railleries  des  hommes  de 
métier.   Est-il   besoin  de  rappeler  —  pour 
ne  citer  que  ceux  dont  l'àme  est  retournée 
vers  la  source  de  toute  Beauté  —  Monta- 
lembert  et  Rio,  Boisserée  et  Gôrres,  Pugin, 
à  la  fois  apologiste  et  artiste  ?  Leur  œuvre 
n'a  pas  été  stérile  ni  leur  apostolat  infécond. 
Dans  la  o^rande  armée  de  la  Dresse,  les  rangs 
des  volontaires  de  l'art  chrétien  ne  sont  pas 
affaiblis,  l'existence   même  de  cette  Revue 
le  démontre;  nous  y  demandons  aujourd'hui 
une  mention  à  l'ordre  du  jour  pour  l'un   de 
nos  vétérans,  M.  E'tienne  Cartier,  l'éminent 
et    sympathique    auteur    des    Lettres  cPnn 
solitaire.    Quelque  faible  et  incomplet   que 
soit  le  résumé  de  ces  magistrales  études  d'es- 
thétique chrétienne,  auquel  la   Reinie  veut 
bien  ouvrir  ses  colonnes,    il  vaudra,    nous 
l'espérons,  aux  doctrines  si  bien   exposées 
par   l'érudit  écrivain,  la   cordiale   adhésion 
des  amis  de  l'art  chrétien. 

IIL 

«^  I  TRAVAILLERAI  faire  connaître  aux 
X  artistes  le  beau  véritable  »  tel  est  le 
but  (pie  s'est  proposé  l'auteur  ;  ses  lettres, 
écrites  au  lendemain  de  l'incendie  de  la 
«  grande  I^abylone  moderne  »,  reflètent 
cependant  \-a paix  des  cloîtres  bénédictins  ; 
à  Solesmes,  en  effet  «  le  beau  naturel  n'est 
que   l'encadrement  du    beau  véritable,    du 


ïLe   ûeau   esthétique   et   l'iDéal   cîjrctien. 


i6i 


beau  surnaturel  où  Dieu  lui-même  se  ma- 
nifeste dans  les  magnificences  de  la  liturgie, 
qui  est  l'art  chrétien  par  excellence.  » 

«  Le  beau,  comme  le  vrai,  a  sa  source  en 
Dieu,  qu'il  apprend  à  connaître  et  à  glori- 
fier. »  Il  faut  donc  avant  toute  chose  que 
l'artiste  chrétien  s'instruise  de  la  vérité  ré- 
vélée, puisque  «  ses  œuvres  doivent  être 
l'expression  des  croyances  de  tous  ».  Cette 
étude  est  d'autant  plus  nécessaire  à  notre 
époque  que  «  le  matérialisme  et  l'athéisme 
existent  depuis  longtemps  dans  les  ateliers 
de  nos  peintres  et  de  nos  sculpteurs  »  et 
qu'en  admettant  les  jugements  de  l'opinion 
sur  les  grands  peintres  de  la  Renaissance, 
«  on  s'expose  à  adhérer  ainsi  à  des  principes 
qui  sont  ceux  du  protestantisme  et  de  la 
Révolution  et  qui  conduisent  nécessaire- 
ment au  sensualisme  et  à  la  décadence.  » 

C'est  en  s'initiant  tout  à  la  fois  aux 
mystères  du  symbolisme,  aux  leçons  de 
l'archéologie  et  aux  règles  de  l'esthétique, 
que  l'artiste  chrétien  se  formera  à  l'accom- 
plissement de  sa  noble  mission. 

Le  symbolisme  «  est  l'expression  visible 
des  choses  invisibles»  ;  il  a  sa  source  et  sa 
raison  d'être  dans  les  perfections  inappré- 
ciables de  Dieu,  révélées  aux  hommes  par  le 
double  mystère  de  la  création  et  de  l'Incar- 
nation du  Verbe  ;  aussi  se  manifeste-t-il 
dans  les  choses  de  la  nature  comme  dans  les 
actes  de  la  liturgie,  «  qui  en  est  la  forme  la 
plus  élevée»,  depuis  les  sacrifices  d'Adam 
jusqu'aux  solennités  du  culte  catholique. 
Le  symbolisme  est  une  science  nettement 
définie  par  saint  Paul  (Rom.  I,  20)  ;  dès  les 
premiers  âges,  il  a  trouvé  d'admirables  inter- 
prètes dans  saint  Denys  l' Aréopagite  et  dans 
saint  Méliton  de  Sardes,  dont  la  Clavis,  si 
heureusement  retrouvée  par  le  cardinal  Pitra, 
«  est  le  manuel  le  plus  complet  du  symbo- 
lisme chrétien,  le  dictionnaire  indispensable 
de  ceux  qui  étudient  les  textes  sacrés  ». 


L'archéologie  qui,  comme  le  prophète 
Ézéchiel,  ressuscite  les  peuples  dont  elle 
relève  les  vestiges,  est  une  science  moderne; 
née  au  lendemain  de  la  découverte  de 
Pompéi  et  d'Herculanum,  elle  étend 
chaque  jour  son  empire  et  apporte  à  la 
vérité  de  nos  Livres  Saints  des  témoins 
providentiels  et  irréfragables.  Bien  que 
jusqu'ici  cette  science  «  ne  soit  pas  encore 
complète  parce  qu'elle  a  fait  plus  d'analyse 
que  de  synthèse  »,  elle  est  un  puissant  auxi- 
liaire pour  l'artiste  ;  mais  elle  ne  doit  pas 
être  plus,  car  «  l'essence  de  l'art  n'est  pas 
l'imitation,  pas  plus  l'imitation  d'une  époque 
que  l'imitation  de  la  nature  ». 

Qu'on  n'oublie  pas  cependant  que  «  l'art 
comme  la  société  a  deux  forces  dont  l'union 
constitue  sa  vitalité  ».  Ces  forces  sont  l'auto- 
rité et  la  liberté.  La  tradition  —  c'est-à-dire 
«  le  droit  de  rechercher  dans  le  passé  les 
formes  qui  ont  le  mieux  exprimé  l'idée  que 
l'artiste  veut  rendre  »  —  la  tradition  repré- 
sente l'autorité  ;  la  grande  hérésie  de  la 
Renaissance  est  de  s'en  être  séparée.  En 
effet,  «  il  n'y  a  pas  de  grand  art,  sans  art 
traditionnel,  »  puisque,  pour  être  compris 
et  justifié,  «  il  faut  que  l'art  reçoive  de  la 
religion  et  de  la  patrie,  l'idée  qu'il  doit 
exprimer  ».  L'étude  des  monuments  chré- 
tiens dans  le  passé  peut  seule  fournir  à 
l'artiste  cet  élément  indispensable  de  son 
programme. 

IV. 

Au  delà  des  horizonssensibles  des  choses 
contingentes,  l'artiste  doit  tendre  par 
les  élévations  de  l'àme  jusqu'à  la  contem- 
plation de  l'idéal,  du  beau  parfait  et  immua- 
ble. Le  beau,  que  tous  comprennent  par  un 
sentiment  d'attraction  intime  et  inné,  — 
d'où  son  nom  grec  za/,o;,  qui  attire  —  semble 
pouvoir  difficilement  être  défini  par  une 
formule  acceptée  de  tous.  Sans  s'arrêter  aux 


102 


IRetiuc   oc   rart   cijïcticu. 


théories  esthétiques  de  la  Grèce,  qui  cepen- 
dant eut  parfois  sur  ce  sujet,  <?:  des  accents 
vraiment  chrétiens  »,  M.  Cartier  demande 
à  saint  Denys  l'Aréopagite  de  «  résumer  la 
sagesse  antique  en  l'éclairant  des  lumières 
de  la  foi  »  :  son  Traitd  des  N'oins  divins, 
développé  par  saint  Thomas  d'Aquin  dans 
un  commentaire  récemment  retrouvé,  nous 
découvre,  en  effet,  les  vrais  principes  de 
l'esthétique  chrétienne. 

Le  beau,  se  manifeste  à  l'homme  par  le 
sens  de  la  beauté,  qui  en  est  l'effet  et  le  reflet, 
et,  de  même  que  le  bon,  lui  apparaît  dans 
l'identité  d'une  insondable  perfection  comme 
une  émanation  de  l'Infini  imprimant  la 
marque  de  ses  attributs  à  toute  créature. 
C'est  donc  Dieu  —  Platon  le  pressentait 
déjà,  —  qui  est  le  beati.  par  essence,  comme 
il  est  le  bon  par  excellence,  unissant  et 
maintenant  tous  les  êtres  par  le  lien  d'un 
amour  infini,  semblable  au  soleil  dans  une 
splendeur  sans  décadence  comme  sans 
accroissement.  «  Le  beau  est  une  ressem- 
blance divine  )>  :  d'une  part,  l'harmonie  de 
la  substance  avec  les  proportions  et  les 
ornements,  ramène  à  Vanité  par  la  conve- 
nance du  sujet  avec  la  pensée  créatrice  et 
par  son  rapport  avec  la  forme  parfaite  ; 
d'autre  part,  il  trouve  sa  manifestation  dans 
cette  trinité  des  sphères  où  le  beau  se 
révèle  parmi  tous  les  ordres  des  êtres,  le 
beau  sensible,  le  beau  intellectuel  et  le  beau 
moral.  C'est  ainsi  que,  grâce  aux  mystères 
de  la  création,  de  la  nature  divine  et  de 
l'Incarnation,  «  Jésus-Christ  est  le  beau 
suprême,  le  principe,  la  source  du  beau 
surnaturel  dans  le  monde  ;  c'est  lui  qui  le 
communique  à  tous  les  êtres  et  qui  nous  le 
dispense  par  sa  grâce  et  par  ses  sacrements  ; 
puisqu'il  s'est  fait  semblable  à  nous  pour  nous 
rendre  semblables  à  Dieu  en  nous  unissant  à 
Lui.JÉsus-CiiRisT  est  le  grand  maître  de  l'es- 
thétique, la  doctrine  et  le  modèle  du  beau ...» 


V. 


CONSIDÉRÉE  dans  son  rapport  avec 
l'homme,  l'esthétique  «  doit  recher- 
cher le  beau  absolu  et  l'unir  au  vrai  et  au 
bon  dans  la  lumière  de  l'intelligence  et 
l'amour  de  la  volonté  ».  Mais,  tandis  que 
«  en  Dieu,  le  beau  est  parfait  »,chez  l'homme, 
«  l'esthétique  varie  selon  les  rapports  qu'il 
établit  entre  le  vrai,  le  beau  et  le  bon  ». 

L'œuvre  tout  entière  de  la  création  —  que 
Dieu,  à  divers  périodes  de  cet  acte  tout- 
puissant,  déclara  bonne,  —  nous  montre  que 
«  le  beau  est  encore  plus  la  perfection  du 
bon  que  la  splendeur  du  vrai  »  ;  aussi  «  le 
beau  affirme  le  vrai,  mais  il  prouve  surtout 
le  bon  ».  N'est-ce  pas  ce  que  le  Créateur 
a  voulu  marquer  en  daignant  donner  à 
notre  nature  <lson  image  et  sa  resse7nblance?Jf 
Mais  l'éternel  ennemi  du  Bon  et  du  Beau 
a  réussi  à  faire  déchoir  l'homme  de  ce 
privilège  :  la  divine  ressemblance  est  altérée 
par  la  concupiscence,  qui  est  la  manifes- 
tation du  mal  vis-à-vis  de  la  beauté.  C'est 
ainsi  que  «  depuis  le  paradis  terrestre,  le 
beau  est  toujours  le  motif  et  la  récompense 
dans  la  lutte  du  bien  et  du  mal  ».  Le  motif: 
nous  voyons  à  chaque  page  des  annales 
de  l'humanité,  l'auteur  du  mal  «  employant 
les  trois  concupiscences  et  abusant  du  beau 
sensible  pour  détruire  le  beau  moral  », 
comme  les  monuments  de  toute  l'antiquité 
en  témoignent.  La  récompense  :  car  l'hom- 
me racheté,  en  usant  de  sa  liberté  pour  la 
soumettre  à  la  volonté  divine,  rétablit  par 
cet  effort  l'harmonie,  c'est-à-dire  la  beauté, 
dans  les  actes  de  son  intelligence  et  de  sa 
volonté  vis-à-vis  des  choses  sensibles,  et 
par  cette  triple  victoire  se  rend  digne  de  la 
communication  des  ineffables  beautés  que 
Jèsus-Ciirist,  le  prototype  du  beau,  nous 
a  méritées  par  la  Rédemption  victorieuse 
de  la  mort,  du  péché  et  de  l'enfer. 


le  beau  esthétique  et  TiDéal  cDrctien. 


163 


VI. 

TROIS  éléments  doivent  concourir  à  la 
formation  du  talent  de  l'artiste;  trois 
éléments  aussi  doivent  se  traduire  dans  ses 
œuvres  ;  il  faut  qu'elles  reflètent  le  caractère 
religieux,  social  et  individuel  du  milieu 
dans  lequel  elles  se  produisent.  «  Ces 
éléments  existent  avec  des  formes  variées 
et  à  des  degrés  différents.  Leur  puissance, 
leurs  rapports,  leurs  proportions  expliquent 
toutes  les  phases  de  l'art  chez  un  peuple, 
son  origine,  ses  développements,  ses  gran- 
deurs et  ses  décadences.  » 

Il  en  est  ainsi  particulièrement  dans  le 
domaine  des  idées  religieuses,  qui  forment 
la  véritable  pierre  de  touche  du  progrès 
artistique  à  tous  les  âges  de  l'humanité. 
Nous  ne  pouvons  suivre  ici  dans  ses  inté- 
ressants développements,  la  lumineuse  dé- 
monstration de  cette  thèse  que  M.  Cartier 
emprunte  aux  monuments  et  aux  théories 
de  toutes  les  civilisations.  Soit  que  la  vérité 
demeure  intacte  parmi  les  patriarches  et 
chez  les  Hébreux,  soit  qu'obscurcie  par  les 
erreurs  et  les  fictions  imposées  à  la  crédu- 
lité populaire,  elle  reste  à  peine  reconnais- 
sable  entre  les  billevesées  et  les  débauches 
du  paganisme,  toujours  la  religion  préside 
au  mouvement  artistique  et  littéraire  des 
peuples  antiques.  L'auteur  peut  donc  con- 
clure, en  s'autorisant  de  cet  examen  et  des 
témoignages  des  premiers  apologistes  de  la 
foi  chrétienne,  que  les  religions  païennes 
avaient  conservé  de  nombreuses  parcelles 
de  la  vérité  et  que  c'est  à  celles-ci  qu'il  faut 
attribuer  le  mérite  incontestable  de  leurs 
monuments  et  de  leurs  œuvres  artistiques. 

L'histoire  des  siècles  modernes  confirme, 
à  son  tour,  ce  témoignage  :  «  Le  Christ  est 
le  seul  élément  religieux  qui  puisse  main- 
tenant vivifier  l'art  et  produire  des  chefs- 
d'œuvre.»  Le  spectacle  des  œuvres  inspirées 


par  les  négations  hérétiques  ou  le  scepti- 
cisme protestant  et  rationaliste,  n'est  point 
fait  pour  infirmer  cette  vérité. 

«  L'art  chrétien  est  un  par  son  élément 
religieux,  mais  il  est  varié  par  son  élément 
social.  »  L'art,  en  effet,  s'épanouit  au  sein 
de  la  société  humaine  et  il  reflète  nécessai- 
rement les  conditions  variées  du  milieuioù 
il  se  produit.  C'est  ainsi  que,  suivant  les 
progrès  des  sciences,  —  sciences  spécula- 
tives comme  la  théologie  et  la  philosophie, 
et  sciences  positives  comme  les  mathémati- 
ques, l'histoire,  les  connaissances  naturelles, 
—  ainsi  que  le  développement  de  la  civili- 
sation et  des  mœurs,  l'art  s'élève  ou  s'abaisse 
avec  le  niveau  intellectuel  et  moral  du 
siècle.  De  même  que  la  connaissance  et 
l'amour  de  Dieu  sont  les  éléments  essentiels 
de  toute  prospérité  sociale,  ainsi  le  génie 
artistique  décroît  —  nous  en  sommes  les 
témoins  attristés,  —  sous  l'influence  du  scep- 
ticisme et  du  matérialisme  insurgés  contre 
l'Auteur  de  tout  bien  et  de  toute  beauté. 

Diverses  causes  individuelles  agissent 
également  sur  l'inspiration  de  l'artiste  dans 
la  composition  de  son  œuvre.  Les  races 
humaines  ont  produit  des  types  nettement 
caractérisés  et  sensiblement  marqués  dans 
les  monuments  de  l'Orient  et  de  l'Occident: 
il  semble  que  la  prophétie  de  Noë  à  l'égard 
de  ses  descendants  soit  traduite  jusque  dans 
les  travaux  des  fils  de  Sem  et  de  Japhet. 
Chaque  peuple  a  son  type,  chaque  contrée 
ses  aspects,  chaque  nation  son  caractère 
moral  ;  on  les  retrouve  dans  leurs  créations 
artistiques,  car  «  les  sens  de  l'artiste  se 
développent  dans  ses  rapports  avec  tout  ce 
qui  l'entoure  »  et  ses  œuvres  en  porteront 
nécessairement  le  reflet.  Ainsi  se  formèrent, 
malgré  les  divergences  du  caractère  dans 
chaque  individu  et  les  conditions  spéciales 
de  son  existence,  ces  écoles  et  ces  corpora- 
tions d'artistes,  dont  les  fortes  traditions  se 


164 


IRetiuc   De    ratt    chrétien. 


perpétuèrent.sous  l'égide  d'une  foi  commune 
pendant  tout  le  moyen  âge;  bien  qu'affaiblies 
par  la  corruption  de  la  Renaissance,  elles 
demeurèrent  debout  jusqu'au  fatal  boulever- 
sement révolutionnaire. 

VIL 

SI  l'analyse  nous  montre  qu'un  triple  élé- 
ment concourt  à  la  formation  intellec- 
tuelle de  l'artiste  et  à  la  création  de  ses  œu- 
vres, la  synthèse  nous  fait  bientôt  découvrir 
que  «l'art  est  un,  dans  son  principe,  dans  son 
but  et  dans  ses  moyens  ».  Le  principe  de 
l'art,  c'est  Dieu  ;  il  s'est  révélé  à  nous  dans 
l'ordre  de  la  nature,  par  la  création  de  la 
lumière, par  le  mystère  de  l'Incarnation  dans 
l'ordre  des  choses  surnaturelles.  Le  but  de 
l'art,  c'est  de  glorifier  Dieu  ;  telle  est  la 
fin  que  Dieu  s'est  proposée  en  faisant 
l'homme  et  en  le  rétablissant  plus  tard  dans 
la  grâce,  et  toutes  choses  lui  ont  été  données 
comme  des  moyens  pour  parvenir  à  ce  but. 
L'homme  est  doué  de  la  pensée  ;  il  la 
communique  par  la  parole,  base  de  la  litté- 
rature et  de  la  musique  ;  il  s'empare  de  la 
matière  pour  traduire  et  perpétuer  son  idée 
dans  les  monuments  de  l'architecture  et  de 
la  sculpture  ;  il  combine  les  éléments  de  la 
lumière  pour  revêtir  ses  œuvres  de  la  cou- 
leur et  les  animer  par  les  jeux  du  clair- 
obscur.  «  Ainsi  l'art,  expression  du  beau, 
de  l'invisible, est  un  par  ses  moyens  comme 
par  son  principe  et  sa  fin.  L'architecture,  la 
sculpture,  la  peinture  ne  doivent  pas  s'isoler. 
Elles  se  pénètrent,  elles  agissent  ensemble 
et  forment  une  unité,  comme  les  membres 
d'une  famille  ;  de  même  que  l'union  d'une 
famille  en  fait  la  Hoire  et  la  fortune,  cettt; 
alliance  des  branches  de  l'art  en  assure  la 
puissance  et  la  grandeur.  »  L'art  chrétien 
obéit  aux  mêmes  lois  que  l'Eglise  catholique, 
sa  mère:  «c'est  surtout  par  l'unité  cju'il  sur- 


passe l'art  païen.  »  Ici  encore  il  faut  cons- 
tater que  la  Renaissance,  qui  a  tout  divisé, 
tout  spécialisé,  a  fait  fausse  route  ;  en  retour- 
nant au  paganisme,  elle  n'a  plus  compris 
l'unité  et  la  fraternité  de  l'art. 

Vin, 

TELLE  est,  dans  un  résumé  bien 
incomplet  et,  nous  le  craignons,  bien 
peu  fidèle,  la  notion  de  l'art  chrétien  ainsi 
qu'elle  est  apparue  à  l'éminent  écrivain  de 
Solesmes  comme  le  couronnement  et  la 
synthèse  de  ses  incessantes  méditations  dans 
les  sphères  de  l'esthétique  éclairée  par  la 
foi.  Pour  «  formuler  sur  l'art  une  doctrine 
chrétienne,  bien  différente  de  celle  que  nous 
a  laissée  la  Renaissance  et  que  professe 
notre  matérialisme  moderne  »,  M.  Cartier 
ne  s'est  pas  borné  à  puiser  aux  sources 
pures  mais  profondes  de  la  théologie  et  de 
la  raison.  L'histoire  tout  entière  de  l'art, 
depuis  ses  origines  préhistoriques  jusqu'à 
ses  débordements  actuels,  est  là  pour  con- 
firmer les  enseignements  de  la  théorie 
spéculative.  C'est  en  parcourant  successi- 
vement les  principaux  monuments  de  la 
civilisation  antique  chez  les  Egyptiens,  les 
peuples  de  l'Orient,  les  Grecs,  les  Étrusques 
et  les  Romains,  puis  en  relevant  soit  dans 
les  catacombes,  soit  dans  les  écrits  des 
apologistes  et  des  Pères  de  l'Eglise,  les 
premiers  éléments  de  l'art  chrétien,  que 
l'auteur  nous  amène  à  l'étude  des  grandes 
œuvres  où  se  traduisent,  dans  l'ordre  des 
faits,  les  conceptions  artistiques  du  génie 
inspiré  par  la  foi  catholique.  Voici  l'architec- 
ture byzantine,  représentée  par  Sainte- 
Sophie  de  Constantinople,  dont  on  a 
manifestement  exagéré  rinfiuence  sur  l'art 
occidental:  puis  vient  l'architecture  romane, 
dans  ses  deu.x  aspects  créés  par  les  écoles 
du  Rhin  et  du   Midi  ;  le  style  ogival  parait 


le   beau   cstbétique   et  riDcal   chrétien. 


165 


enfin,  au  X 1 1 P  siècle  :  c'est  alors  que  «  l'ar- 
chitecture chrétienne  semble  avoir  atteint 
sa  perfection,  car  jamais  l'élément  religieux 
n'a  été  plus  heureusement  uni  à  l'élément 
social.»  Les  autres  branches  des  arts  suivent 
une  marche  parallèle  :  la  sculpture,  avec 
ses  filles,  la  glyptique  et  la  numismatique, 
apporte  son  témoignage  ;  il  en  est  de  même 
pour  la  peinture,  soit  qu'elle  s'applique  aux 
monuments  mêmes,  aux  manuscrits,  aux 
verrières,  aux  tapisseries,  aux  tableaux 
proprement  dits  ou  à  leurs  reproductions 
gravées. 

Nous  aimerions  à  pouvoir  reproduire, 
même  dans  un  cadre  restreint,  ce  magnifique 
tableau  de  l'histoire  du  génie  artistique  à 
travers  les  âges  ;  mais  le  lecteur  nous  per- 
mettra de  lui  laisser  le  plaisir  d'étudier  ces 
pages  si  instructives  dans  l'œuvre  de  M. 
Cartier.  Il  serait  impossible,  en  effet,  de 
donner  ici,  ne  fût-ce  qu'un  aperçu  de  tant 
d'observations  érudites,  de  judicieuses  cri- 
tiques, de  considérations  aussi  fermes 
qu'élevées  sur  les  caractéristiques  de  chaque 
époque,  dans  la  voie  du  progrès  artistique. 
Sans  doute,  quelques-unes  des  idées  émises 
sur  la  genèse  des  styles,  certains  faits 
invoqués  à  leur  appui,  donneraient  occasion 
de  formuler  des  réserves  ou  des  critiques  : 
c'est  ainsi  que  la  part  faite  aux  monuments 
et  aux  joyaux  artistiques  de  l'Allemagne 
est  bien  réduite,  alors  que  M.  Cartier  prend 
à  cœur  de  faire  attribuer  à  ses  compatriotes 
la  palme  dans  toutes  les  branches  de  l'art. 
De  telles  questions  peuvent  être  envisagées 
sous  trop  d'aspects  divers  pour  ne  pas 
demeurer  livrées  aux  disputes  des  savants  : 
mais  où  le  lecteur  n'hésitera  pas  à  donner 
gain  de  cause  à  l'érudit  écrivain,  c'est  dans 
la  réfutation  de  cette  thèse,  chère  à  nos 
modernes  rationalistes,  qui  voudrait  \-()ir 
dans  l'invasion  de  l'esprit  laïc  la  cause  de 
l'admirable  floraison  des  arts  au  XII  l'^siècle. 


Viollet-Leduc  n'a  pas  craint,  on  le  sait,  de 
donner  à  ce  système  l'appui  de  son  nom  et 
l'autorité  de  sa  science  archéologique  :  celle- 
ci  ne  gagnera  certes  pas  à  la  discussion  dont 
elle  est  l'objet  dans  les  Lettres  d'îin  solitaire. 

IX. 

IL  est  une  autre  thèse,  constamment  affir- 
mée et  universellement  admise  depuis 
trois  siècles,  contre  laquelle  M.  Cartier 
n'hésite  pas  à  s'inscrire  courageusement  en 
faux.  «  L'opinion  est  généralement  favorable 
à  la  Renaissance;  beaucoup  de  catholiques 
même  en  font  une  gloire  de  l'Église,  parce 
que  Rome  paraît  en  avoir  été  le  centre.  i> 
A  rencontre  de  ce  préjugé,  le  solitaire  de 
Solesmes  estime  «qu'il  y  a  là  une  erreur 
déplorable,  propre  à  arrêter  tout  retour  vers 
l'art  chrétien»  ;  il  s'appuie  pour  la  réfuter 
non  seulement  sur  les  principes  de  l'esthé- 
tique chrétienne  mais  encore  sur  l'étude  des 
chefs-d'œuvre  de  la  Renaissance  et  la 
biographie  de  leurs  auteurs.  Laissons-lui  la 
parole  : 

«  La  Renaissance,  —  dont  le  nom  même 
est  un  mensonge  esthétique  et  une  injure 
au  christianisme,  car  que  pouvait-il  re- 
naître de  vrai,  de  beau  et  de  bien  après  la 
naissance  du  Christ.-'  —  la  Renaissance 
fut  une  grande  victoire  du  tentateur,  une 
révolte  sociale  contre  Dieu  et  son  Lglise, 
un  triomphe  des  trois  concupiscences  sur  la 
chrétienté.  » 

«  La  Renaissance  altéra  le  beau;  la  Réforme 
nia  le  vrai;  la  Révolution  attaqua  le  bien;... 
elles  composent  une  trinité  infernale  et  ne 
sont  qu'un  même  acte  d'indépendance  de 
l'homme,  un  outrage  à  la  souveraineté  divine; 
si  on  étudie  bien  la  Renaissance,  on  verra 
qu'elle  a  été  le  principe  de  la  Réforme,  dont 
la  Révolution  fut  le  couronnement  et  la 
perfection.  La  Renaissance  a  été  une  pre- 


i66 


îRctiue  De   rart  cfjrctien. 


mière  séduction.qui  entraîna  les  deux  autres. 
Elle  profana  le  beau  sensible  en  le  détour- 
nant de   son   but  ;  le  beau    intellectuel  fut 
alors    obscurci  et  le   beau    moral  disparut 
dans  l'orgueil    de   l'esprit   et  l'ivresse    des 
sens...    La  grande  erreur  esthétique  de  la 
Renaissance  est  d'avoir  séparé  le  beau  du 
vrai  et  du  bien  et   de  l'avoir  placé  dans  ce 
qui  plaît   aux  sens.    Les  artistes  n'ont  plus 
cherché  le  beau  en  Dieu,  qui  en  est  le  prin- 
cipe et  la    fin  ;  ils  poursuivent  uniquement 
le  beau  sensible,  et  comme  ce  beau  a  besoin 
aussi  de  vrai  et  de  bon,  ils  cherchent  ce  vrai 
et  ce  bon  dans  les  choses  secondaires,  dans 
l'imitation  de  la  nature  et  dans  la  science  des 
moyens.  C'est  ainsi  que  la  Renaissance  se 
trouva  entraînée  à  l'étude  du  nu,  qui  devint 
pour  elle  une  passion  qu'elle  poussa  jusqu'à 
la  folie.   Le  nu  est  la  forme  de  la  concupis- 
cence ;  l'artiste  de  la  Renaissance  en  fit  son 
idéal  et  le  glorifia  dans  ses  œuvres  contraire- 
ment à  toutes  les  lois  des  convenances  et  de 
la  civilisation.  Il  n'en  rougitpas,comme  Adam 
devant  son  Créateur,  et  ne  craignit  pas  d'en 
offenser  les  regards  de  sa  mère  et  de  sa  fille; 
il  en  souilla  même  le  sanctuaire,  et  la  chapelle 
Sixtine  est  là  pour  montrer  à  quel  excès  fut 
poussée  cette  profanation,  témoin  ce  fameux 
ftigement   dernier,    où   Charles    Blanc    lui- 
même,  ne  peut  voir  c^xinne  grande  planche 
d'anaioinie.  » 


jS— 


MICHEL-ANGE  et  Raphaël  sont  les 
deux  coryphées  del'école  Renaissante. 
M.  Cartier  s'applique,  en  étudiant  leurs 
œuvres,  à  reconnaître  les  déplorables  consé- 
quences de  l'intluence  du  néo-paganisme  sur 
ces  puissants  génies. 

Raphaël,  on  le  sait,  a  compté  de  nos  jours 
des  admirateurs  fanatiques,  qui  malgré  leur 
ardente  orthodoxie,  «lui  rendaient  une  sorte 


de  culte  et  auraient  volontiers  demandé  sa 
canonisation  ».  C'est  ainsi  que  l'abbé  Darras 
déclare  la  Ti'ansfignration  «  le  chef-d'œuvre 
de  toutes  les  écoles,  le  dernier  terme  de  la 
puissance  humaine  en  peinture,  la  limite  qui 
dans  l'art  sépare  l'homme  de  l'ange  »,  tandis 
que   M.   le  marquis   de   Ségur  estime  que 
pour  dessiner  \2. Dispute  du  Sainf-Sacrcme^it, 
le  génie  de  Raphaël,  aussi  immatériel  que 
son  nom,  «  a  été  prendre  au  ciel  ses  couleurs, 
ses  expressions  et  ses  lignes  ».  Ces  éloges, 
même  en  faisant  la  part  d'un  enthousiasme 
hyperbolique,  sont-ils  justifiés.''  \.^  solitaire 
de    Solesmes,    tout  en    reconnaissant    que 
«  Raphaël  est  certainement  la  plus  pure,  la 
plus    belle,  la   plus    séduisante    personnifi- 
cation de  la  Renaissance  »,  n'a  pas  voulu 
s'en   tenir  au  sentiment   général,    dont  le 
comte  de   Maistre  déjà  faisait  la  critique; 
il  étudie  donc  le  peintre  d'Urbin  à  la  fois 
dans  les  actes  de  sa  vie  et  dans  les  œuvres 
de  son  pinceau.   On  aurait  mauvaise  grâce, 
après  avoir  lu  ces  pages,  empreintes  d'une 
admiration  profonde  pour  le  talent  incompa- 
rable de  Raphaël  en  même  temps  que  d'un 
inébranlable  attachement  aux  règles  de  l'es- 
thétique chrétienne,   à  ne   pas  souscrire  au 
jugement  formulé  au   terme    de  cette  con- 
sciencieuse étude:  «  Raphaël  est  le  peintre 
le  plus    admirable,  le  plus   parfait,   le  plus 
heureusement  doué  que  je  connaisse. . .  mais 
Raphaël  n'a  été  chrétien   ni  dans  sa  vie,  ni 
dans  ses  œuvres...   il  a  fait  d'une  manière 
admirable  de  l'art  pour  lart;  il  a  aimé  et 
glorifié  la  chair;  il  n'a  pas  cherché  le  beau 
surnaturel;  il  n'a  pas  vécu  avec  le  CiiuiST 
comme  Fra  Angelico,  et  il  n'a  pu  faire  les 
choses  du  Christ:  Chifa  case  di  Cristo,  con 
Cristo  debe  star  sevipre.  » 

Cette  devise  favorite  du  peintre  angélique 
résume  la  doctrine  catholique  tout  entière 
sur  le  beau.  Le  Christ  est  l'idéal,  car, 
comme   l'a  dit  Lamennais  :  «  Il  est  le  beau 


île   beau   cstîjctiquc   et   l'iDcal    cbrcticn 


167 


complet,  le  beau  dans  ses  rapports  avec  le 
vrai  et  le  bien!  »  Il  faut  donc  que  l'artiste 
s'applique  à  réaliser  dans  ses  œuvres  la 
devise  de  l'Apôtre  :  Iiistaurarc  omnia  in 
Christo.  Dans  la  sphère  artistique  comme 
dans  tous  les  autres  domaines  de  l'activité 
humaine,  le  Christ  est  la  voie,  la  vérité  et 
la  vie.  L'art  trouve  en  Lui  \  alpha  et  F  oméga, 
le  coiuinenceiiicnt  et  la  fin,  il  en  est  la  source^ 
car  rien  de  ce  qni  a  été  fait  na  été  fait  sans 
Lui  ;  il  en  est  le  couronnement,  car  il  est 
la  lumière  qui  a  hii parmi  les  ténèbres  du 
paganisme  et  du  sensualisme  et  qni  éclaire 
tout  Iiomme  venant  en  ce  monde.  Toute  œuvre 
de  l'artiste  doit  être  un  snrsnm  corda;  il  est 
vraiment  juste  et  raisonnable  qu'elle  redise, 
en  tout  temps  et  en  tout  lieu,  la  gloire  de 


Celui  qui  est  la  splendeur  éternelle  de 
l'Auteur  de  toutes  choses.  Heureux  sont 
ceux  à  qui  il  a  été  donné  de  comprendre 
les  grandes  vérités  de  l'esthétique  chrétienne 
et  qui  peuvent  dire,  comme  le  solitaire  de 
Solesmes  au  terme  de  son  œuvre  :  «  O 
Christ!  idéal  de  l'art  chrétien,  idéal  que 
l'œil  ne  peut  voir,  l'oreille  entendre  et  le 
cœur  de  l'homme  concevoir;  idéal  du  vrai, 
du  beau  et  du  bien,  idéal  de  Dieu,  idéal  de 
l'homme,  idéal  du  ciel  et  de  la  terre,  idéal 
du  temps  et  de  l'éternité,  idéal  qu'il  faut 
posséder  dans  son  âme  pour  bien  l'exprimer, 
éclairez-moi;  venez  en  moi,  pour  que  je  vous 
connaisse,  que  je  vous  adore  et  vous  aime  : 
venez  Seigneur  Jésus  !  Vejii,  Domine  fesu  !  » 
B'J"  Jean  Bethune  de  Villers. 


KEVUE  UE   LAKT  CHRETIEN. 
1885.  —  :""  LIVKAISON. 


ï±±^  kkk^AAÈ.  kà.±±^  ^k±±AÈ.^ÂAÈ., 


L^  ^  X  ^  ^^ 


Bvotjcrirs  et  tissus,  conservés  autrefois  à  la 


catj)éï)rale  ïi^Hugers»  (-'"•^-  article).  (voIi-t.  h,  (1884),  p.  270) 


1"^^^^^^^^  ;^  ^  ^  ^^^^  ^^T^'^  ^  ^TfT¥¥¥¥TfT¥¥¥^  ^ 


C&apitrc  i). 


Les  Vestimenta. 


\'ANT  de  commencer  ce  long 
chapitre,  il  ne  sera  pas  inutile 
de  parler  de  quelques  pièces, 
antérieures  à  1297. 

La  chasuble  de  saint  René,  dont  on  n'a 
malheureusement  aucune  description,  fut 
longtemps  conservée  à  la  cathédrale  avec 
son  calice.  Elle  était  sans  doute  fort  usée 
en  1297,  car  elle  figure  au  rang  des  chasubles 
communes  :  //rw  ochy  a/ias  çuofic/iatias, 
computata  illa  sancti  Rexati. 

A  l'église  collégiale  de  Saint-Julien  ap- 
partinrent jusqu'à  la  Révolution  les  vête- 
ments de  saint  Lezin,  évêque  d'Angers  et 
son  fondateur.  C'étaient  juie  aitbe,  une  chape 
(chasuble),  une  étole  et  un  manipule  cC étoffe 
de  soie  rouge  sans  s^alon  :  tous  ces  objets  restè- 
rent dans  le  trésor  jusqu'à  la  translation 
qui  en  fut  ordonnée  par  Mgr  l' évêque  datis  son 
église  (0.  L'étole  était  remarquable:  «  On 
voit  sur  l'un  des  bouts  la  figure  d  Eve  séduite 
par  le  serpent  avec  ces  mots  :  Per  Evam 
PF.RniTio,  et,  sur  r autre  bo2it,  l'AnJtonciation 
avec  ces  mots:  Per  Mariam  recuperatio  [-). 

Enfin  la  collégiale  de  Saint-Martin 
possédait  la  chasuble,  l'étole  et  le  manipule 
de  saint  Loup,  évêque  d'Angers  (3). 

Ces  précieuses  reliques  périrent  en  1793: 
il  n'en  reste  plus  que  le  souvenir. 

D'un  autre  côté  l'ouverture  des  tombeaux 

1.  Aich.  Dcpaitciiic'iitates,  c.  42. 

2.  B.  M.,  ms.  621,  p.  3. 

3.  Arch.  DJp.,  c.  42.  Nous  verrons  plus  loin  cLins  la 
lettre  de  Pocquet  de  Livonnière  au  P.  Montfaucon,  qu'il 
lui  annonçait  le  dessin  de  la  chasuble  de  saint  Loup:  il  a 
été  perdu  sans  doute,  s'il  ajamais  été  fait. 


de  quelques  évêques  d'Angers  aurait  [)u 
nous  donner  de  curieux  spécimens  d'anciens 
ornements  ;  malheureusement,  on  a  presque 
toujours  négligé  de  prendre  note  de  ce  qui 
fut  trouvé.  Voici  cependant  ce  qu'on  sait  des 
tombeaux  d'Ulger,  de  Raoul  de  Beaimiont 
et  de  Nicolas  Geslant. 

Un  chanoine  fit  briser, en  1757,1e  couver- 
cle de  pierre  du  mausolée  d'Ulger,  mort 
en  1 149  :  «  On  le  trotiva  couvert  de  ses  or- 
nements pontificaux.  Ses  souliers  étaient 
quarrés  par  les  extrémités  et  sans  talon,  le 
dessus  était  décoiipé  à  la  façon  de  la  chaus- 
'sure  des  anciens.  Son  suaire  s'était  conservé 
encore  entier  et  presque  dans  sa  première 
blancheur.  Comme  je  n'ai  vu  aucun  des 
restes  de  sa  soutane,  j' ignore  s'il  en.  avait  tine. 
Son  rocket  était  d'une  toile  assez  fine,  sa 
chasuble  d'une  étoffe  de  soie  a  fleurs 
rouges  sur  fond  violet.  Sa  crosse  de  bois 
était  dans  toute  sa  longuettr.  La  populace, 
informée  de  cette  découverte  et  poussée  par 
une  curiosité  funeste  accourut  en  foule  à  ce 
tombeau.  On  l'ouvrit  par  l'endroit  qu'on  avait 
i]iutilement  refermé  dès  le  matin.  Chacun 
s'empressa  d  enlever  quelque  partie  des  vête- 
ments, qui  couvraient  les  ossements  de  ce 
grand  évêque  :  rien  n'  ei'it  échappé  à  ce  pillage, 
si  on  ne  se  fût  empressé  de  cacher  ce  précieux 
ornement  à  ses  regards...  (').  >>  Le  couvercle 
ayant  été  brisé  du  côté  des  pieds,  il  est  fort 
possible  que  la  mitre,  dont  ne  parle  point  le 
chanoine,  auteur  involontaire  de  cette  pro- 
fanation, e.xiste  encore  dans  le  tombeau. 

Le  29  octobre    1846    furent    découverts 

I.  B.  M.  ms.  628,  p.  142. 


T5roDfric.s  et  tissus,  conserves  autrefois  à  la  catècoralc  D'ang;cr.s.       169 


quelques  débris  de  la  chasuble  de  Raoul  de 
Beaumont.enterré  dans  la  nef  en  r  197, vis-à- 
vis  d'Ulofer.  La  fosse  avait  été  bouleversée 
en  I  793.  Il  y  restait  cependant  les  fragments 
d'une  lampe  de  verre,  une  crosse  en  bronze 
et  des    lambeaux     d'étoffe,     conservés    au 


musée  de  l'Évêché.  Le  temps  a  si  profondé- 
ment altéré  les  couleurs,  qu'il  est  impossible 
de  s'en  faire  une  idée  exacte.  Voici  un  dessin 
de  ""/,  ofrandeur  naturelle  d'une  oartie  de 
cette  chasuble,  couverte  de  médaillons  ronds, 
remplis  de  lions,  chimères  ou  fleurs  de  lis  ('). 


Une  petite  rosace  à  quatre  lobes,  brodée 
en  soie  avec  un  pois  d'or  au  centre,  réunis- 
sait  les   médaillons,    dont   l'intervalle  était 


rempli  par  une  lleur  de  lis.   Le   fond  devait 

i.J'en  ai  donné  un  dessin  réduit  dans  l'Albiini,qui  accom- 
pagne ma  notice  sur  les  tombeaux  des  évcciues  d'Angers 


lyo 


ïRcDue   oc    rart   cfjccticn 


être  brun  ou  jaune  foncé,  les  encadrements 
des  médaillons,  les  animaux  et  les  fleurs  de 
lis  sont  brodés  en  or.  Les  feuilles  entre  les 
branches  des  fleurs  de  lis  sont  brodées  en 


soie  rouge  ou  verte. 


Le  12  janvier  1699  fut  ouverte  la  tombe 
de  Nicolas  Geslant,  mort  en  1290.  On  y 
trouva  la  mitre  blanche,  avec  laquelle  il 
avait  été  consacré,  une  crosse  de  cuivre, 
une  croix  de  cire  et  douze  petits  pots  de 
terre,  en  partie  remplis  de  charbon  ('  ). 

La  déclaration,  faite  le  11  juillet  1533 
par  le  chapitre  contre  François  de  Rohan, 
évêque  d'Angers  de  1499  à  1532  pour  le 
contraindre  à  contribuer  aux  réparations  de 
l'évêché,  de  l'église  et  de  son  mobilier 
nous  fait  connaître,  en  8 1  articles,  les  griefs 
des  chanoines,  relatifs  aux  ornements  :  j'en 
donne  de  courts  extraits.  Le  ton  emphati- 
que et  solennel  du  début  est  assez  curieux: 
on  y  verra  en  même  temps  combien  grand 
était  le  nombre  des  ornements. 

^  n Église  (T Angiers  est  tine  belle,grande 
«  et  notable  église  de  fondation  royalcct  église 
«  cathedra  lie  du  diocèse  d  Angiers,  laquelle 
«  est  composée  de  hnyt  dignitéz,  trente  cha- 
«  noynes,  deux  soitbs-chantres,  Jniyt  niaistres 
«  chappelains  et  corbelliers,  huit  à  nenf 
«  vingt  chappelains,  douze  serviteurs,  vingt 
«  drappeliers  et  six  enffans  de  ctieur,  les- 
«  quels  actuellement  jour  et  nuict  font 
((  oraison  et  prières  et  servyce  divin  au  de- 
«  dans  de  la  dite  Église. 

«  2^2.  ffcin pour  servir  lequel servicchono- 
«  rablement  et  dévotement  les  dits  sieurs  et 
«  chapitre  ont  plusieurs  chappes  de  dj'ap 
<<  d'or,  velours,  satin,  damas  et  autre  soyes 
«  et  autres  chappes  et  ornemens  à  grant 
(<■  quantité. 

((  2.:fj.  Item  des  quelles  chappes  et  orne- 
«  mens  précieux  par  quarante  cinq  jours  en 
«  lan  les  dits  doyen,   dignitéz,  chanoynes  et 
I.  B.  E.,  Ct'rémonial  de  Lehoreau,  1.  V,  p.  il. 


«  chappelains  sont    revêtus,  lorsqu'on  fait  le 
«  service  en  icelle  église. 

«  .?//.  Item  des  qîielles  chappes  et  orne- 
«  mens  précieux,  le  dit  évesqiie  d  Angiers  est 
«  tenic  à  tentretenement,  tant  par  coutume, 
«  ancienne  et  immémoriale,  que  aussy  par 
«  disposition  de  droict. 

«  2^^.  Item  et  la  raison  est  bonne,  car 
«  anciennement  toutes  les  églises  cathédral- 
«  les  estaient  églises  régulières  ut  probat 
«  ...  et  lors  les prélatz  estaient  temiz  J'ournir 
«  leu-rs  églises  des  ornemens  comme  estant  le 
«  chef  et  après  le  bien  et  revenu  principal  de 
«  r église  et  les  moyncs  loco  quorum  hodie 
«  successerunt  canonici  habebant  victum  et 
«  vestitum,  comme  aujourd luii  les  clianoynes. 

«  2-f6.  Item  car  leurs  prébendes,  qui  ne 
«  sont  de  vallcur  que  de  2  ou  joo  livres  ne 
«  sont  pour  satisfaire  ad  victum  et  vestitum 
«  duntaxat,  et  par  ce,  ne  sont  tenus  aux 
«  charges,  que  est  tenu,  lévesque,  qui  a  le 
<(  gros  bien  et  revenu  et  est  le  chef  de  l'église, 
«  et  les  chanoynes  sont  seulement  ses  membres 
«  et  ses  ministres... 

«  2^J.  Item  ce  néanmoings  durant  le 
«  temps,  que  le  dit  de  Rohan  a  esté  évesque 
«  d  Angiers,  qui  a  été  le  temps  de  trente  trois 
«  ans,  il  n'a  donné  aucuns  ornemens  en  la 
«  dite  église  ne  soubzveiiu  à  la  réparation  et 
«  entretencment  d'iceulx  ornemens,  pourquoy 
«  sont  tombés  en  grosses  ruynes  et  les  fault 
{(  nécessairement  réparer  et  pour  ce  couste- 
«  rait grands  deniers.... 

« J22.  Item  y  a  en  la  dite  église  cent 

<(  chappes  communes  et  plus  que  les  chappe- 
«  lains  de  la  dite  église  aux  festes  prennent 
«  et  depuis  le  temps  de  jj  ans  que  le  dit  de 
«  Rohan  a  été  évesqtie,  ont  pu  s'endommaiger 
«  de  la  somme  de  200  escuz  et  plus  (').  » 

Le  chapitre  II,  les  VESTIMENTA, 
comprendra,  suivant  l'ordre  des  inventaires: 

I".  Les  chapelles  coMi'LkTES,  Cappella 

I.  Arch.  Dép.  série  G.  N°  264,  passim. 


TBroîJCVics  et  tissus,  conscctics  autrefois  à  la  catbéQralc  D'Angers.      ryi 


INTEGR/1Î,  (chasuble,  tunique,  dalmatique, 
une  ou  plusieurs  chapes,  souvent  deux 
parements  d'autel,  quelquefois  même  des 
courtines  et  des  coussins). 

2"^.  Les  pièces  séparées:  Inful.e,dalma- 
tic.lî  particulares,  capp.e,  stoll.e  et 
manipulli,  burs.e  et  corporalia,  coli.eria, 
poignalia  et  paramenta  altarum,  alb^ 
serice.e,     map/e    serice.e    et    paramenta 

MAPARUM. 

3°.  Les  vêtements  spéciaux  :  vestimenta 
pro  episcopo,  pro  pueris  et  bidellis, 
bireti  et  cirotiiec.e  pro  capsis  portandis. 

4°.  Les  paramenta  altaris,  qu'on  peut 
considérer  comme  les  vêtements  de  l'autel, 
mais  seulement  ceux  qui  ne  figurent  pas 
dans  les  chapelles  complètes. 

5°.  Je  rattache  à  ce  chapitre  les  banniè- 
res, VEXiLLA.et  les  hais,  PALLIA,  pour  porter 
le  Saint  Sacrement  à  la  procession  de  la 
Fête-Dieu  ou  aux  malades. 

I.   CAPPELL.4:   INTEGREE. 

Bien  que  les  inventaires  de  1299  et  de 
1391  n'aient  pas  de  chapitre  sous  ce  titre, 
on  reconnaît  facilement  parmi  les  chasubles, 
destinées  au  maître-autel  et  les  dalmatiques 
certaines  pièces  assorties  et  rentrant  dans 
cette  catégorie. 

1391.  L'évèque  Nicolas  Geslant  (mort  en 
1289)  avait  laissé  par  testament  une  cha- 
pelle verte  :  Décima  (infula),  de  sainicto 
viridi,  ciiiii  aîwtfrasiis  aiireis  ni  statu  suf- 
ficienti.  —  Dalinatica  et  tiuiica,  de  sainicto 
viridi  ejusdem  coloris  cum  infula  superius 
notata.  (De  panno  sericeo  viridi,  cum 
aurifragiis  veteribus  deauratis,  quce  servit 
in  festis  confessorum  et  caret  propriis  stollis 
et  manipulis  1467.)  (Figurata  avibus  et 
variis  bestiis,  rubei  coloris,  habentibus 
capita  et  pedes  aurea    1561,  1606.) 

Des  six  autres  dalmatiques  pour  les  fêtes, 
quatre  de  sainicto  /-///reformaient  deux  cha- 


pelles avec  les  chasubles  tertia  et  quarla,  de 
sainicto  rubei  coloris,  in  competenti  statu  ;  de 
même  les  deux  dernières,  allice  bonce  et 
pulchrce,  quas  dédit  Guillelnms  Major,  quou- 
dam  episcopus  [1JI4),  avec  undecima  (ca- 
sula)  de  panno  albo  serico,  dyaprato,  duppli- 
cata  de  sainicto  croceo  in  bono  statu  ("). 

— •  Item  îina  infula,  cum  dalmatica  et 
tunica,  borne  et  pretiosœ  rubei  coloris,  quas 
dédit  bonœ  memorice  Briencius  deMacJiecolio, 
quondam  [i'jjç)  canonicus  andegavensis.  — 
L'évèque  Foulques  de  Mathefelon,  mort  en 
1355,  légua  «  duas  cappellas,  intégras  et 
fournitas  de  cappis,  pulcherrimas » 

—  Una  cappella  intégra,  rubea,  quam  dédit 
bonce  memorice  deffunctus  Fulco,  quondam 
andegavensis  episcopus,  continens  cappam, 
capsulam,  dalmaficam  et  tunicam,  zonam, 
manipuluin,  stolam,  sandalia,  unum  colerium, 
duo  poignalia,  albam  paratam  et  amictum, 
cui  cappellœ  stola  et  manipnlum  indigent 
duplicatnra.  (Seminata  avibus  peditatis  et 
capitatis  auro  ac  rondellis  etiam  aureis 
1595,  1606.) 

—  Una  alla  cappella  viridis,  fourrata  de 
syndone  rubeo,  continens  cappam,  capsulam, 
dalmaticam,  tunicam,  stolam,  zonani,  mani- 
puluiii,  colerium  et  unum  marchipedem, 
quam  dédit  ecclesice  dictus  dominus  fulco. 
(Panni  damasci  viridi  coloris, cum  aurifragiis 
rubeisad  parvas  stellas,  trifoliisque  nigris... 
infula  deest  1539.)  (Dalmatien  serviunt 
portoribus  reIi(iuiarLiin  in  festis  pr.ecipuis 
1561).  A  cette  chapelle,  on  ajouta:  Item 
una   stola  pulchra  et    nova   et   manipulum 

I.  Guill.uime  le  Maire  fit  un  voyage  à  Paris  et  aux 
environs  avant  sa  consécration  :  il  y  acheta  des  ornements 
et  autres  objets  ;  il  est  fort  probable  que  la  chapelle  en 
question  était  du  nombre.  «  Postmodum,  staliin  /'ans/as 
in  noinine  Domini  revertenles  et  ibidem  tribus  dicbiis 
iiiiinenles,  einimus  initi-am  pulchrain  et  giiamdam  paivi 
prelii,  pannos  sericos  duos  vel  très,  quadam  neccssitiûi 
pro  capclla,  ornainenta  episcopalia  et  alios  paniios  pro 
nobis....  >>  lômai  1291.  Livre  de  Guillaume  le  Maire,  publié 
par  M.  Port,  p.  58. 


172 


Ectiue   oe   l'3rt    cfjtcticn. 


ijgi.  (Deaurata,  qiue  proveniunt  de  abbatte 
sancti  Nicolay,  cuni  ymaginibus  141 8.) 

—  Ite»i  2ina  alia  cappella,  intégra,  de 
paniio  aiiri  rubei  coloris,  cuin  avions  aureis 
et  lozengiis,  quant  dédit  dejfimctus  Michacl 
Régis,  quondaii!  archidiaconus  transiiicdua- 
nensis  et  canonictts  andcgaveiisis  (ijôj), 
continens  capsiilaiii,  dalinaticain,  imiicaiii 
cîim  stolis  et  inaniptilis  et  paraiiientis  amic- 
titiiDi  et  albis.  (Figurata  avibus  cum  capiti- 
bus,  pedibus  atque  quadratis  seu  carellis 
aureis  cum  pulchris  aurifrasiis  1467.)  (Elle 
ne  sert  plus  1561.) 

—  Item  7ina  alia  cappella,  qutc  fuit  doniiiii 
Gerardi judicis  [rj^j],  continens  capsulain, 
dalmaticain  et  tunica/n,  eu  m  uua.  stola  et 
dîtobus  nianipulis,  qnce  cappella  non  est 
dupplicata,  quod  est  magnum  dapnum.  (Vio- 
letti  coloris  1421)  (quee  est  multum  exami- 
nata  et  potest  reparari  de  una  parva  cappa 
panni  consimilis,  quaï  est  etiam  dilacerata  et 
fuit  posita  dicta  cappa  cum  dicta  cappella 
1467). 

—  Itcn/  una  cappella  alba,  qnce  fuit  domini 
Radulphi  (de  Machecoul,  mort  évèque  en 
1358)  episcopi andegavensis,  pulckraet  nova, 
continens  duas  cappas,  capsula  m, daim  atica  m, 
tunicam,  dzias  stolas,  très  manipulas,  tria 
coleria,  quatuor  poignalia,  très  albas  para  tas, 
très  aniictos  et  unam  mapam  paratam. 
(Seminata  avabus  cum  pedibus  et  avibus 
aureis  et  cum  pulchris  aurifrasiis....  et  est 
satis  honesta  1561)  (avec  les  orfrois  à 
pigeons  d'or  1596)  (nommée  les  oyscaulx 
1646)0. 

—  Iton  una  alia  cappella,  pro  mortuis, 
Jatn  diu  empta  per  /.  Beguti  {13 5 5)  de  pe- 
cunia  capparum  {'),  continens  quatuor  cappas, 

1.  B.,  ms.  656,  t.  i,  p.  281 .  —  26  niay  1359.  Arrêté  entre 
les  exécuteurs  testamentaires  de  Raoul  de  Machecoul  et 
le  chapitre,  que  le  dit  chapitre  se  contentera  de  la 
chapelle  blanche  dudit  évoque,  pour  ce  qu'il  pouvait 
devoir  au  dit  chapitre,  durant  sa  vie. 

2.  Ceci  vient  h  l'appui  de  ce  ([ue  je  disais  pkis  haut  re- 
lativement à  l'argent  des  chapes. 


capsulant,  dalinaticain  et  tunicam  cum  dtta- 
biis  stolis  et  tribus  manipulis  et  paraiitcntis 
pro  albis  et  amictis  de  samicto  nigro,  ctvn 
orfrasiis  dupplicibus  et  four  rat  is  de  sandalis 
aduratis  et  poniis  ereis  tenentibus  ad  dictas 
cappas  in  pectore  et  scaptilis. 

—  Item  vestimenta  nigra  pro  def/îinctis, 
videlicet  infula,  dalniatica  et  tunica  ctitn, 
quatuor  cappis  et  multum  devastata. 

—  Item  una  alia  cappella  nova  cotidiana, 
pro  mortuis,  intégra,  de  similibus  peciis  de 
boucacino  nigro,  fourrata  de  boucacino  adu- 
rato  cum  orfrasiis  dtpplicatis  et  cunt  poniis 
ut  supra,  in  alia  cappella. 

Quatre  chapelles  complètes  furent 
données  par  Pierre  d'Avoir,  seigneur  de 
Châteaufremond  ;  voici  ce  qu'on  en  sait 
par  lalettre  de  fondation  de  son  anniversaire 
en  1390  et  par  les  inventaires  : 

—  ...  Duas  capellas  intégras,  de  dyapris 
albis,  galice  de  diaprés  iîlaxs,  quœ  duce 
capcllcr  sunt  munitcc  de  capsulis,  tunicis  et 
dalmaticis  et  paramcntis  altaris  a  parte 
superiori  et  inferiori,  pro  iina  dictaruin 
capellarum  ijço...  (Item  una  alia  capella 
alba  intégra  seminata  de  rosis  ad  arma 
dicti  domini  de  Castrofromundi,  cum  para- 
mcntis altaris  1391),  (la  chapelle  de  damas 
blanc,  nommée  les  Rouscttes.  Reparata  fuit. 
Nota  quod  dalmaticce  sunt  satini  aibi  de 
Burges  per  dominum  Bohic  fabricium  1595) 
(1646).  (Item  duae  peciae  panni  serici  albi 
seminati  de  rosetis  et  in  medio  cujuslibet 
rosetEe  sunt  arma  de  Castrofromundi  1467), 
(positct  fuerunt  rosetre  dalmaticis  per  domi- 
num Bohic  1595). 

Je  reprends  le  te.xte  de  1390,  relatif  à  la 
seconde  chapelle  blanche...  et  de  tribus 
capis  ejusdem  panni  et  coloris  cum  auri- 
fn'oiatis  pulchris  et  décent  i  bus  et  cum  une 
parainento pro  lectrino  seu  pulpito,et  est  dicta 
capella  muni  ta  de  albis,  stollis  et  fenionibiis 


TPioDccics  et  tis5U5,  consctDcs  autrefois  à  la  catbcDralc  D'Angers.       173 


ds  consimili panno  et  collerns  propresbytero, 
dyacoiio  et  subdyacono  et  de  niia  viappa  al- 
taris,  parata  de  itno  paraniento  auri  frigiato 
13ÇO  ;  (couverte  par  endroits  de  rondeaulx, 
où  il  apparaît  quelques  fils  d'or,  nommée  la 
chapelle  des  leçons  des  Vierges  et  du  temps 
paschal  1595)  (1643).  De  cette  chapelle 
faisait  partie  un  antiquum  paramentum 
album  in  duobus  peciis,  fere  consumptum, 
ad  arma  de  Castrofromondi  (1467). 

—  Item  unam  aliam  capellam  de  dyapris 
rubeis,  galice,  dvapres  vermeil,  muiutam 
de  capsula,  tunica  et  d'il  mat  ica,  et  de  para- 
mentis  altaris  firo  alto  et  basso,  et  de  tribus 
capis  cuin  auri/rigiatis  ejusdem  paiini  et 
coloris  ijço.  (Una  rubea  de  panno  serico 
1391)  (duplicata  de  sandalo  adureo  1418) 
(très  cappœ  rubei  coloris  figurata;  avibus  et 
parvis  rosis  aureis,  quas  dédit  deffunctus 
condam  de  Castrofromondi,  cum  bestiis  et 
floribus  ad  arma  de  Castrofromondi  i467)('). 
(la  chapelle  des  neuf  leçons  des  martyrs 
1606). 

—  Item  îinam  aliam  capellam  nigram, 
brodatam  et  ornatam  ad  lacrimas  albas  et 
AD  TALENTA  AURI,  muuitam  de  capsula, 
tunica  et  dalmatica  et  de  paramentis  pro 
alto  et  basso  et  tribics  capis  ejusdem  panni  et 
coleriis  cum  suis  atirifrigiatis  et  albis,  ami- 
clis,  stolis  et  fenionibus  consimilibus  et  cum 
tmo paramento pro  lectrino  ijço  (seminata 
de  lacrymis  argenteis  et  oculis  aureis, 
1467). 

—  Item  una  infula,  cum  dalmatica  et 
tunica  dupplicata  violeti  croceique  coloris, 
quœ  satis  indiget  reparatione  ijçi  (sint  po- 
sita;  in  reparatione  aliorum  vestimentorum, 
1421). 

—  L'inventaire  de  1391  comprend  dans 
rénumération   des   12    chasubles   réservées 


I.  Arch.  dép.,  série  G.  264.,  art.  308.  Item  une  chapelle 
de  damas  rouge,  semée  à  bestes  d'or  fin,  qui  sert  aux  festcs 
des  martyrs,  qui  est  quasi  consommée,  en  faut  avoir  d'au- 
tres, qui  coûteront  la  somme  de  60  1.  et  plus. 


au  grand  autel,  une  chasuble  jaune,  qui 
avec  deux  dalmatiques  de  même  travail 
formèrent  une  chapelle  complète  :  Octava 
(casula)  de  samicto  crocci  coloris,  operata 
diversis  operibus  et  cum  duabus  ymaginibus 
capitum  rétro,  quce  indiget  omnino  diippli- 
catione  et  est  formosissima  —  dalmatica  et 
tunica,  crocei  coloris,  operata  ad  modum 
tnfulœ  ejusdem  coloris  (figurata  de  serico 
croceo,  figurata  pluribus  rondellis  et  barris 
et  in  partibus  posterioribus  sunt  diversa 
capita,  qua;  servit  in  anniversario  circuli 
puerorum  psallette  et  in  festo  Sancti  Mi- 
chaelis  in  Muntetumba  1467).  (La  chapelle 
des  choreaux  1596.)  (Item  une  chapelle  de 
soie  jaulne  brodée  sur  le  champ  de  soie 
tannée  et  bleue,  nommée  la  chapelle  des 
Carreaux,  qui  sert  seulement  à  la  fête  de 
St  Michel  in  INIunte  tomba,  1643). —  Cette 
chapelle  existait  encore  au  XVII Je  siècle. 
Lehoreau  dit  en  effet  que  le  16  oct.  on 
se  servait  à  la  fête  de  St  Michel  in  Munte 
tumba  d'une  chasuble  jaulne  à  l'ancienne 
mode,  sur  laquelle  étaient  brodées  quelques 
petites  figures  de  chérubins,  et  de  dalma- 
tiques de  pareille  couleur  à  l'ancienne  mode, 
les  manches  cousues,  presque  comme  une 
aube,  excepté  la  longueur. 

En  i725,Pocquet  de  Livonnière  la  men- 
tionne en  ces  termes  ://_;•  a  aussi  un  ornement 
complet  d'une  espèce  de  satin  jatine  brodé 
de  soye  noire,  et  dans  le  bas  la  chasuble  est 
toute  fermée  et  les  dalmatiques  à  manches 
fermées  sont  cousues  jusques  à  la  ceinture, 
on  se  sert  de  cet  ornement  à  F  autel  le  jour  de 
St  Michel  {'). 

Cet  ornement  existait  encore  en  1757 
d'après  le  règlement  de  la  sacristie  ;  peut- 
être  môme  ne  fut-il  détruit  qu'à  la  Révolu- 
tion ;  on  en  voit  un  dessin  grossier  dans 
le  Cérémonial  de   Lehoreau,  L.  iv,  p.   203. 

—  1406.  Item    Oliz'crius   Maligneri,  ati- 
1.  Bib.  Nat.  ms  10,912,  fol.  159. 


^74 


iReuiie   De    lart   c&réticn. 


ditoi'  sacri palatii  apostolici  et  cantor  eccle- 
siariun  Andegavcnsis  et  Nannetensis  con- 
cessit,  tradïdit  et  assigiiavit  ad  honore  m 
Dei  et  Virginis  gloriosœ  et  omnium  sancto- 
riim  et  sanctarwn  et  in  remissionem  pecca- 
torum  sui  et  alioriim  quorum  in  aliqno 
potuit  aut  potest  et  in  futtirum  tcneri  très 
casullas,  stollas  et  maiiipulos  ac  paramenta 
albaruvi  et  amictutim  et  duos  patntos  pro 
altari  cuni  ymaginibus  sanctorum  evange- 
listarîim  et  docforuvi  quatuor. 

Quœ  omnia  duplicata  sunt  de  persico 
viridato,  de  bougrano,  de  panno  videlicet 
TiERCELiN  J)E  GENO,  stib  colore  crocco,  pro 
temporibîis  videlicet  adventus  Doiiiini,scptua- 
gesimœ  et  quadragesimce  îisque  ad  pasclia 
exclusive  et  ni/iil  ultra  iisque  ad  tempus  alius 
anni  revolutum  tempore  predicto.  Anno 
Doiiiini  niillcsiino  fi;YY""^  sexto. 

En  Carême  et  pendant  l'Avent  le  diacre 
et  le  sous-diacre  ne  portaient  pas  de  dal- 
matiques,  mais  des  chasubles.  (Très  infulre 
pro  presbytero,  dyacono  et  subdyacono  de 
serico  croceo...  item  unum  paramentum 
majoris  altaris  pro  tempore  adventus  Do- 
mini  in  duabus  peciis...  in  superiori  parte 
est  ymago  Trinitatis,  cum  quatuor  evange- 
listis  et  in  inleriori  sunt  quatuor  Doctores 
ecclesisecum  Virgine  Maria  in  medio  1467.) 
(Quasi  consumpti  1525.)  En  1467  cette 
chapelle  fut  affectée  au  temps  de  l'Avent  ; 
il  y  en  avait  une  autre  en  tiercelin  blanc 
pour  le  Carême. 

1421  —  Huit  panni  particulares  de  l'in- 
ventaire de  1391  sont  transformés  en  une 
chapelle  complète.  —  Item  unus  pannus 
aureus  crocei  coloris  continens  septem  pan- 
nos  cum  bordura  de  armis  Siciliae  et  An- 
degavi...  (seminattis  foliis  aiireis).  —  Item 
unus  alius  pannus  similis  coloris,  emptus  de 
pecunia  ecclesix,  continens  quatuor  alnas. 
(De  istis  octo  parmis facta  fîiit  cappella  ctini 
tribus  cappis.) 


—  Item  alla  cappella,  pnlchra  rubei  coloris 
deaurata,  melior  istitcs  ecclesice  p7'o  majori- 
bus  festis  deservieits,  quœ  etiam  ex  parte 
ipsius  (Ludovici  secundi,  régis  Siciliae) 
data  fuit,  continens  unam  cappam  tantum, 
infulain,  dalmaticam  et  tunicam  cum  stollis 
et  manipulis,  dtcppiicata  (de  satino  figurato, 
seminata  foliis  aureis  et  foliis  ad  instar  folii 
quercus,  ad  armadomini  régis  Sicilice  1532). 
(La  chapelle  des  Petites  Bretaignes,  de 
satin  broché,  1561,  1643.) 

—  Item  alla  capclla  pulchra,  pro  majori- 
bus  conpcssorum,  qiiœ  fuit  facta  expensis 
capittdi  panno  magna persei  coloris,  continens 
infulam,  dalmaticam-  et  tunicam,  cîim  stollis 
et  manipulis,  cum  tribus  cappis,  quarum 
umim  aurifrazium  dédit  dominus  F.  Doni- 
kojninis  ( IJ62)  et  in  eadem  capella  sunt  très 
albce  paratœ  et  très  amictus  ejjtsdem  panni. 
(de  serico  perseo,  seminato  Moribus  aureis 
et  cum  aurifragiis  ad  flores  liliorum  et  ayes, 
et  una  pars  non  habet  flores  1532.)  (de 
panno  dato  per  deffunctœ,  bonse  memoriœ, 
dominam  Margaretam  Andia;,  régis  Renati 
filiam,  qu:e  fuit  Angliee  regina  1539.)  {la 
chapelle  des  Bureaulx  1561.)  (de  l'une  des- 
quelles chapes,  les  orfrois  sont  à  ymages 
1595,  1643)  ('). 

—  Item  una  infula  et  dalmatica  et  tiinica, 
de  panno  nigro  lucaxo,  seminato  avibiis 
aureis  et  très  cappcc,  ducs  stollœ  et  maniputi 
de  eodcm,  pro  iirissis  dcffmictorjim  cum  para- 
nientis  loco  panni,  data  per  regem  Ludovi- 
r//;;i.(figurata  avibus  cum  capitibus,  pedibus 
et  parte  allarum  aureis,  1467.) 

—  Item  per  dictum  rcgcm  et  Yolandam 
ejus  uxorem,  in  ipsius  obscquio,  data  fuit 
juia  infula  cum  dalmatica  et  tunica  et  qtiinqtie 
cappce  et  paramenta   altaris,    cum   duabtts 

I.  Arch.  dép..  Série  G.  264.,  art.  248.  Item  et  mesme- 
mcnt  trois  cliappes,  qui  sont  de  drap  d'or,  appelées  les 
Burcau.r,  dont  les  orfrois  sont  de  fin  or,  où  il  est  besoin 
de  refaire  les  orfrois  de  l'une  des  dites  chappcs  et  réparer 
les  autres,  pourra  coûter  30'. 


T5roDcriC5  et  tissus,  conscrucs  autrefois  à  la  catfjcorale  D'Angers. 


ID 


stollis  et  tribus  vianipiilis  cnm  paramentis 
triiun  albariini  et  Irinm  amittorjtin  et  2ino 
paraniento,  iina  viappa  altaris,  tota  depanno 
(iainaseeiio  nigro,  figurât o  e2tin  mwifragiis 
mircis  cuin  scutis  ad  arma  régis  et  reginœ 
preedictœ.  (Unum  paramentuni  altaris,  con- 
tinens  duas  pecias  de  panno  damasceno 
nigro  :  et  in  superiori  pecia  est  ymago 
Crucifix!,  cuni  ymaginibus  beatœ  Mariœ  et 
bcati  Johannis  Evangelistce  et  in  inferiori 
pecia  est  ymago  beatie  Maria;.  In  qualibet 
quarum  dictaruni  peciarum  sunt  arma  do- 
mini  Régis  Siciliœ,  1467,  1643). 

—  Item  una  capella  rubea,  de  veluto 
figurato  ad fiores  aureas,  continens  easulam, 
dalinaticam  et  tunicam  cum  duabus  stollis, 
tribus  manipulis,  71110  parainento  uniiis  albce 
et  duobus  paramentis  altaris,  dupplicata 
totaliter  bougrano perseo  et  uno  ...  dupplieato 
iierceliiio  perseo  ad  X  V palmas  aureas  eum 
armis  dicti  domini  Lndovici  secundi,  régis 
Siciiice,  dupplicata  tiereelino  rubeo  cum 
orfrasiis  ad  ymagines...  (de  panno  sericeo 
rubeo,  cum  coronis  et  foliis  aureis  floribus- 
que  persei  coloris  ...  1467)  (la  chapelle  de 
vieux  drap  d'or  rouge,  qui  sert  aux  octaves 
du  Sacre  et  de  saint  Maurice  1595)  (et  y  a 
en  quelques  endroits  de  petits  rondeaux  de 
fil  d'or  1606). 

L'évoque  Hardouin  de  Bueil  (1387-1439) 
donna  les  trois  chapelles  suivantes,  inscrites 
à  la  suite  de  l'inventaire  de  142  i  : 

—  Una  (capella)  rubca,  de  panno  veluto, 
ad  cestercia  argentea  stellasque,  coronas 
aiircas,  ornata,  in  gjia  capella  sunt  infula, 
tunica,  dalmatica  eum  stollis  et  nmnipulis. 
Item  très  albce  et  amit i eodeni panno parati. — 
Item  très  capcc  seu plttvinalia  ejiisdein  paiini 
cum  ornatu,  cn?n  aurifrasiis  ad  ymagines  et 
arma  de  Castro  Fromondi.  Item  phiviale  seu 
eapa  depanno  et  veluto  ditiore,  ornatjc parato, 
cum  aurifrasiis  similibus  piyediclis  et  in 
dorso    ipsius    est    Assuuiptio    seu    coronatio 


beatcc  Maria,  ditissime  composita  et  ornata. 
(Cum  coronatione  beatce  Mariae,  angelis  et 
Agnis  Dei,  cum  pluribus  stellis  de  broderia, 
cum  armis  de  Castro  Fromondi  in  aurifrasiis 
1467.)  (La  chapelle  des  Croissants  1561, 
1643).  Cette  chapelle  était  munie  de  deux 
parements  d'autel/^^;^;^^^y//;/^'//i■.  (De  velosio 
rubeo,  senimato  de  croissants  gallice,  stellis 
et  coronis  1467.)  (...  quasi  consumpti  1595.) 
Elle  fut  prêtée  au  roi  de  Sicile,  pour  sa 
chapelle  du  château  d'Angers,  pour  la  fête  de 
Noël  (1443),  qui  fut  célébrée  coram  rege  ('). 
■ —  Item  alla  capella,  in  qua  sunt  infula, 
tunica  et  dalmatica  cum  stollis  et  manipulis, 
de  panno  albo  damasceno.  Item  très  cappce  de 
eodem  panno,  eum  aurifrasiis  perseis  consi- 
milibus.  Item  duo  paramenti  albi  pro  para- 
mento  altaris.  (Ad  arma  de  Castro- Fro- 
mondi 1467.) 

—  Item  alla  capella,  alba  panni  de  satino, 
in  qua  sunt  infula,  tunica  et  dalmatica  sine 
capis.  Item  7inum  corporale  cum  corpora- 
libus.  Item  duo  panni  albi  pro  paramento 
altaris  quic  quidem  capella  deputata  est  ad 
missam  beatce  JMarice  dicbjcs  sabbatinis. 
(Parvum  paramentum  de  satino,  album  in 
duabus  peciis,  qui  servit  altari  beatse  Maria; 
in   navi  ecclesiœ   subtus  Crucifixum,   1467). 

Plusieurs  ornements  furent  remis  à 
l'église,  après  la  mort  d'Hardouin  de  Bueil, 
entre  autres  les  deux  chapelles  suivantes  : 

—  Una  infula,  eum  stolla  et  manipula  et 
paramento  altaris,  de  quo  paramento  factie 
fuerunt  duce  dalmaticce  rubei  coloris  et  albi 
ad  modum  scangrii,  galicc  dcscequier  (échi- 
quier). 

— •  Item  una  alia  infula,  citni  paramento 
altaris  in  duabus  peciis,  viridis  coloris, 
figuratis.     De    predicto    paramciito    factcc 

I.  Conclusions  du  chapitre,  23  octobre  1443.  On  prête 
au  clerc  de  la  chapelle  du  Roy,  pour  la  fête  de  Xocl,  trois 
chappes  aux  croissants,  les  parements  d'autel  semblables 
et  les  ornements  de  drap  de  panne  donnes  par  la  feue  reine 
Yolande. 


KliVLÎE   DE  l'art   CHRÉTIEN. 
1S85.   —   s"'°   LIVK.MSOS. 


lyô 


IReuuc    î)C    r^rt    cfjrcticn 


fuerunt  dnœ  dalmaticcc.  Item  duo  paranicufa 
altaris,  viridis  coloris  ad  barras  aiiri,  quorum 
unu?n  posititm  fuit  in  paramcnto  dictarnm 
daimaticaritm. 

Viennent  ici,  suivant  l'ordre  chronolo- 
gique, les  riches  chapelles,  données  par 
René  d'Anjou. 

Ce  prince,  ami  des  arts  et  très  généreux, 
fit  présent,  le  4  mars  1462,  d'une  magnifique 
chapelle,  connue  jusqu'à  la  Révolution  sous 
le  nom  de  la  grande  Broderie.  Le  roi  et  la 
reine  de  Sicile  assistèrent  à  une  messe  du 
Saint-Esprit,  chantée  parle  chapitre,  pour  la 
réception  de  ce  chef-d'œuvre.  Voici  la  lettre 
de  René,  concernant  ce  don  royal  ('). 

«  Nous,  René  par  la  grâce  de  Dieu,  Roy 
de  Ihûlm  et  de  Sicile,  duc  d'Anjou  et  per 
de  France  et  duc  de  Bar,  comte  de  Provence, 
de  Forcalquier  pour  la  singulière  et  cordialle 
affection  que  avons  et  portons  à  la  dicte 
éo-lise    en    Révérence   et    honneur    du    dit 

es 

monsieur  saint  Maurice  et  de  ses  benoistes 
compaignons  soubs  la  protection  duquel 
avons  fondé  lordre  du  Croissant.  Nous  a 
icelle  église  pour  icelle  décorer  avons  donné 
et  octroie,  donnons  et  octroions  par  ces  pré- 
sentes les  aournements  d'unechappelle  toute 
batue  à  broderie  d'or  contenant  cinq  pièces, 
c'est  assavoir  chasuble,  tunicque,  dalma- 
ticque,  chappe  et  ung  parement  dautel  hy- 
storiés  de  la  Passion  Notre  Seigneur.  Et 
avons  voulu  et  voulons  que  des  à  présent 
comme  pour  lors  notre deces  advenu  ladite 
église  et  les  supposés  d'icelle  puissent  joir  et 
user  de  notre  présent  don  et  octroie  et  eulx 
servir  d'iceulx  aournements  aux  jours  et 
festes  convenables  et  requis   sans  ce   que 

après  notre  deces  il  leur  avoir  autres 

lettres  de  don  des  dicts  aournemens  que  ces 
présentes  et  sans  que  nos  successeurs  ou 
aiant  cause  leur  en  puissent  faire  demande 

I.  Registres  delà  Fabrique,  t.  I,  p.  72.   Littera  dona- 
cionis  pulcherrimx  capelliu  per  Renatum   regem  SiciliK. 


en  question  aucune  le  temps  aucun.  En  re- 
servant touttefois  avons  que  tant  que  vi- 
vrons nous  nous  en  pourrons  servir  en  notre 
chappelle  aux  jours  et  festes  que  bon  nous 
semblera.  En  tesmoing  de  ce  nous  avons 
signé  et  desputé  et  fait  signer  de  lun  de 
nos  secrétaires  et  apposer  et  placquer  notre 
scel  de  scrict.  Donné  en  nostre  chastel 
d'Angiers  le  iiij  jour  de  mars  lan  de  grâce 
mil  rccc  soixante  et  deux. 

Tj,      ,    Par  le  roy  nions  le  marquis  Dupont  aisn(5,  fils  de 

'  monseigneur  le  duc  de  Calabre  et  de  Loraine  aisné 

filz  du  dit  S'  Roy.  Les  comtes  deWaudemont  et  de 

Troye Jehan  s'' de  Beauveau, sen"'  daniou  Sallahdin 

dangleure  s'  de  Nogent  le  s'  de  Natelieure  et  plu- 

[sieurs  autres  presens. 

Nardiîau. 

1467.  —  Pulckerrima  cappella,  data 
ecclesiœ  per  serenissimiim  doinimim  nostrtim, 
domiiium  Renatum  regem  Iherusalem,  Sici- 
liœ  et  Ar agonis  ducemque  Andegaviœ,  mira- 
BiLi  ARTiFicio  contcxta,  brodât  a  ad  historiam 
de  vita  Christi  ab  annonciatione  dominica 
risque  ad  resurrectionem  Christi  inclusive, 
contincns  cappain,  iufulam,  duas  dalinaticas 
et  ununi parante ntum  altaris  de  resnrrectione 
Domini.  {\^Vi grant  chappelle, (\\i\  sert  à  Noël 
—  le  grand  parement,  qui  sert  à  Pâques 
1561)  [\?i  grande  chapelle,  faite  de  broderie 
à  ymages  fort  précieuses  et  riches  ....  1643.) 
(Un  autre  parement,  fait  en  Provence, 
comme  le  reste  de  la  chapelle,  fut  donné 
quelques  années  après.  Item  unum  aliud 
paramentum  de  passione  Domini  1505.) 
(Le  grand  parement  du  devant  d'autel,  qui 
sert  à  Noël,  1561.)  (Deux  beaux  et  riches 
parements,  faits  de  broderie  à  ymages,  fort 
précieuses  et  d'une  même  façon,  1643.) 

Item  une  estole  et  un  fanon  de  drap  d'or 
changeant,  cjui  ne  sont  apariés,  faits  à 
broderie  et  personnages  et  servent  à  la  grant 
chapelle,  1595. 

Pierre  du  I  '/liant,  peintre  du  roi  de 
Sicile,  broda  ces  belles  pièces;  son  héritière 


ISroDcrics  et  tissus,  conserves  autccfois  à  la  catbcDrale  D'3ngcrs. 


// 


reçut  en  1478  à  titre  de  reliquat  de  compte 
la  somme  de  4782  florins,  8  gros  ('). 

René  écrivit  au  chapitre  le  15  nov.  1479 
pour  le  prier  d'envoyer  chercher  un  second 
parement  d'autel,  du  même  travail...  «... 
Avons  fait  continuer  depuis  notre  partcmcnt 
de  notre  ville  d'Angers  le  parement  d'autel, 
selon  l'ouvrage  des  orfrois  des  chappcs, 
chasubles  et  autres  ornements  que  pieçà 
donnâmes  en  la  dite  église,  tellement  que  de 
présent  est  du  tout  parfait  et  achevé.  Veuillez 
envoyer  aticuns  de  vos  confrères  et  concha- 
noines pour  recevoir  le  dit  parement,  que  leur 
ferons  bailler.  —  Arles,  /j  nov,  I4jg  »  (^). 

Cette  chapelle  était  fort  estimée  en  1533. 
—  Art.  276.  Item  la  grant  chapelle,  qui  est 
une  chappc,  chasuble,  pour  diacre  et  sous- 
diacre,  toute  d'or  fn  nué  tant  du  long,  qtie 
du  travers,  que  l'on  estime  lx  mil  escus, 
pourra  cotister  à  réparer  jj  escus  if). 

La  grande  broderie  dont  Lehoreau  parle 
avec  admiration  dans  son  Cérémonial,  était 
estimée  de  son  temps  40,000  escus  (■*)  ;  elle 
ne  servait  que  le  jour  de  Noël,  de  Pâques 
et  de  la  Fête-Dieu.  Le  rèoflement  de  la 
sacristie  de  1757  dit  qu'on  ne  la  prenait 
plus  le  jour  du  Sacre,  crainte  de  la  poussière, 
dont  l'ég^lise  était  remplie.  Les  parements 
d'autel  ornaient  le  reposoirdu  Jeudi  Saint  : 
l'un  d'eux  fut  restauré  et  monté  sur  une 
carrée  de  tringles  en  i  764  (-).  La  chasuble 
fut  raccourcie  en  1763  (°). 

A  la  fin  du  règlement  de  1  757  on  lit  parmi 
les  observations  faites  aux  sacristains  celle- 

1.  Revue  des  questions  historiques,  1874,  p.  164.  Extrait 
des  Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B.  273,  f"  igo. 

2.  Buil.  inonum.  de  P Anjou,  ii>57,  p.  88. 

3.  Arch.  di'p.,  sdrie  G.  264, art.  276. 

4.  B.  E.  C('réinonial  As  Lehoreau,  t.  V,  p.  14. 
•i.ArLh.dc'p.,icnc  G.  83  5,  comptes  de  Fabrique  1764a  1765. 

Alademoiselle  Lochard,  tapissière  pour  avoir  raccommodé 
le  devant  d'autel,  pareil  au  magnifique  ornement  de  la 
grande  broderie,  lequel  sert  présentement  au  reposoir  du 
jeudi  saint ...  48  livres. 

6.  .4>xh.di'p.,iûv\c  G. 835., comptes  de  Fabrique  de  1762 
à  1763.  Pour  avoir  fait  raccourcir  la  cliasuble  de  la  grande 
broderie,  relever  et  appliquer  le  galon  en  broderie,  qui  en 
fait  la  bordure,  6  livres. 


ci  :  «  On  ne  peut  trop  engager  les  sacristains 
d'avoir  un  soin  partictilier  des  ornements, 
surtout  de  L.\  gr.\nde  broderie,  qïd  est  le 
plus  bel  ornement  de  France,  de  le  couvrir 
toujours  avec  des  chappes  doublées  de  soie  et 
jamais  autrement  ...»  ('). 

L'unanimité  des  éloges,  donnés  par  tant 
de  témoins  vivant  à  une  époque  où  le  style 
gothique  était  pourtant  bien  dédaigné,  est 
curieuse  à  constater.Ce  magnifique  ornement 
fut  dépecé  et  brûlé  à  la  Révolution  (■). 

—  Sccunda  pulchra  cappella  panni  atiri 
preciosissimi  figurati,  continens  cappam,  in- 
fulam,  duas  dalmaticas  cum  aurifragiis  ad 
historiam  de passione  Domini  fesu-Christi 
beatique  Maitricii  et  sociorum  ejus,  data  per 
dictum  regem.  —  Très  pecice  panni  auri 
cramoisy, gai  lice,  semmatœfloi-ibus  cardonum 
et  cum  scuczonibus  ad  arma  domini  Renati, 
régis  Siciliœ  ad parandum  majus  altare  de 
longitudine  dicti  al  taris  et  latent  m,  datœ 
per  dictum  Regem  et  sunt  de panno  ditissimo 
et  sei'viunt  in  majoribus  festis.  Item  duce 
pecice  paramentoru7n  panni  aitrei  seminati 
foliis  aureis,  co7iti/ientes  qucelibet  pecia  très 
alnas  vel  circa  et  pomtntur  de  longitudine 
dicti  alla  ris.  Item  unum  paramentum  altaris 
m  iina  pecia  de  velosio  rttbeo,  in  quo  est 
coronatio  beatœ  Marice,  continens  tredecini 
ymagincs  de  broderia.  (Le  grand  parement 
de  drap  d'or  rouge,  qui  sert  aux  festes 
solennelles  comme  Noël,  la  Saint- Maurice 
1Ô43).  Quatuor  auricularia  panni  aurei 
cramoisy,  seminati  foliis  cardonum,  cum 
quatuor   houpis   de   simili   paramento.   (La 

CH.VPELLE  JOYEUSE    I  56  I -I  643.)  (5). 

1.  Musée  de  l'Évêché. 

2.  Arch.  dép. 

3.  Arch. déplient  G.,  N. 267, art. 267  et  27S.—  Item  une 
chappe  d'or  frisé,  qu'on  appelle  la  Joyeuse,  à  orfroi,  qui 
fort  endommagée,  pourra  coûter  à  réparer  la  somme  de 
50  escus.  Item  la  chasuble  et  deux  dalmoircs  de  la  dite 
chapelle,  tant  pour  les  orfrois,  que  drap  d'or  fin,  pourra 
coûter  à  réparer  la  somme  de  60  escus. 

B.  M.,  ms.  658,  p.  28S.  Entrée  de  M«''  Henri  Arnaud.  On 
lui  présente  sous  le  porche  une  chape,  appelée  lay<»)v«Jt'. 


178 


iR  c  U  u  c  D  c   r  3  r  t   c  I)  v  c  t  i  c  n . 


—  Tcrtia  pulchra  capclla  panni  aiiiri 
de  velosio  nigro  super  velosiiini,  ciun  foliis 
cardomim  et  arboribits,  dcserviens  m  com- 
vicmorationc  viorluoj-uin,  coutinens  cappani, 
infulam,  duas  dalmaticas    anii   mirifragiis 

ad  hisioriat}! If  cm  qiiinque  peciœ  paniît 

aurei  de    velosio  iiigro  super  velosiuiu,    sc- 
minatœ  foliis  cardonum,   quartirn  ducv  su7it 
pro    tabula    altaris,    tam    snperiori  quam 
inferiori,    et    7ina     illaniui,     qucc   est    bor- 
data  continet    très    alnas   cuni    tcrtia  parte 
alnce.  Altéra,   qua  non  est  bordât  a,  continet 
très  alnas   cuvi   diviidio  quartcrio.    Tertia 
magna  petia,  quœ  ponitur  super  altarc  juxta 
capsani,  continet  quinque  alnas  citni  uno  tertio 
et  est  bordata   de   velosio  in  parte  snperiori 
duntaxat.    Dtiœ    aller  peciœ  pro    latcribus 
altaris,  continentes  qucrlibet  très  alnas  cuvi 
diniidio  quarterio  et  snnt  bordatcc  de  velosio 
ab  utraque parte,  fiicrnntquc  dater pcr  dictitni 
doniinmn  Renatuni,  regeni  Siciliœ  cuni  cap- 
pella similis  panni.  Item  quatuor  carelli  de 
panno  aurco  nigro  valde  pretioso  super  velo- 
siuin  et  serviuntin  crastinoomniitm  sanctornni 
et  snnt  vacua.  —  L'inventaire  de  1 505  dit,  en 
parlant  de  cette  chapelle  :  ad  historiam  de 
passione  Domini  ;  d'autre    part,   d'après  un 
compte    de    fabrique    de    1464    à    1465    il 
paraît  évident  que  les  orfrois  de  la  chapelle 
rouge  furent  placés  sur  celle  de  velours  noir. 
(La  grant    chapelle    des    trépassés    1561.) 
(Une  belle  chapelle  de  drap  d'or  sur  velours 
noir  frisé  1643.) 

—  Item  alla  capclla  panni  aurei,  miinita 
aurifragiis,  ad  arma  ducis  Britannice,  conti- 
jiens  duas  c  appas,  consimiles,  infulam,  duas 
dalmaticas  cum  stollis  et  manipulis.  (La 
chapelle  des  Grandes-Bretaignes  et  les  deux 
chappes  de  mesme,  1561-1643.)  ('). 

—  Item  altéra  cappella  de  panno  série eo, 

1.  Ibid.,  art.  283.  Item  la  chasuble  et  deux  dalmoires 
de  drap  d'or  fin  frizé  sur  velours  cramoisy  et  orfrois  d'or  tin, 
aux  armoiries  de  Bretagne,  pourront  coijter  à  réparer  la 
somme  de  60  escus. 


seminato  foliis  aitrcis,  coutinens  infulam, 
dalmaticas  cum  unastola  et  uno  manipulo,  et 
in  infula  sola  snnt  arma  deffunctcc  RIaricc 
regincc  Sicilicc.  (...  de  purpura  seu  velosio 
rubeo,  seminata  foliis  quercuum  aureis  ... 
1539.)  {^La  chappelle  des  feilles  de  chcsne 
I  561- 1643.) 

—  Item  una  altéra  cappella  de  velosio 
violeto,  qucc  fuit  facta  de  tunicâ  defnnctce 

Ysabcllis,  regincc  Siciliœ,  cum  aurifragiis, 
sine  cat>pa.  (Capella  purpura  velousio  rubeo 
sive  violeto  figurato...  la  chappelle  qui  sert 
aux    festes    des    Appostres    et  dymanches 

1561)  (de  velours  rouge,  tirant  sur  couleur 
de  pourpre  1643). 

— ■  Capellœ  communes.  —  Item  tma  alla 
cappella  antiqua,  de  panno  serico  albo  figurato 
avibus  cum  capitibus  aureis  et  oculis  7iigris 
et  in  ejus  aurifragiis  suiit  duo  scuzoni pluries 
facti  :  continet  très  cappas  vctustate  consump- 
tas  cum  infula,  dalmaticis,  una  stolla  et  uno 
manipulo.  (La  chapelle  blanche,  nommée 
les  yeux  noirs  1595.) 

—  Item  una  alla  cappella  cum  infula 
panni  serici  et  dalmaticis  de  bombace,  gallice 
fustaine,    multum   consumpta  cum  stollis  et 

manipulis,  dcserviens  die  lunœ  et  die  mercurii 
in  missis  beatœ  Mariée.  (1505.) 

—  Item  una  cappella  de  satino  rubeo 
piano,  quœ  servit  quotidie  in  diebus  feriatis 
et  caret  stollis  et  manipulis.  (1595.) 

—  Item  una  alla  cappella  de  damasto 
viridi  per  dominum  Fournicr,  canonicum 
ad  missas  bcatoritm  Sebastiani  et  Serenedi 
duntaxat,  deserviendum,  ad  dicti  Fournicr 
arma,  Icgata.  ([643.) 

—  Cappellce  pro  mortuis.  —  Item  una 
cappella  nigra  de  ostade gallice,  qucc  deservit 
quotidie  in  missa  anniversariorum. 

—  Item  très  aliœ  infulce,  quarum  duœ 
sunt  de  tiercelino  albo  figurato  ad ymagincs 
et  angelos  cum  duobus  stollis  et  duobus 
manipulis  de  pari  panno  :  altéra  pro  subdya- 


15voDei'ics  et  tissus,  conserves  autrefois  à  la  catfjciiralc  D'Angers.      179 


cono  de panno  damasceno  albo,  sine  maniptdo 
et  serviiint  die  un  s  doniinicis  Kadragesiiiue. 
(1505.)  Item  zimun  parameuttini  majoris 
altaris  iii  ditabns  peciis  de  tiercelino,  depicto 
ymaginibiis     pro     teinpore     Kadragesinicc. 

—  /te/u  uiia  cappella,  ex  panno  albo 
deaiirato  cuiu  dalniaticis,  stollis  et  manipnlis 
data  per  depfnnctnni  doniinnin  de  Rely,  cpi- 
scopnin  Andegavenseni.  (1498.)  —  Item  tria 
paramenta  ad  deserviendnin  majori  altai'i, 
munita  circnniqnaque  velosio  violato,  data 
ecclesiœ  per  bonœ  meviorice  dcfnnctjini  doini- 
nnm  de  Rely.  (Le  grant  parement  de  drap 
d'or  blanc,  pour  les  festes  de  Notre-Dame, 
my-août  et  autres,  1643.) 

1505.  —  Item  una  capella  alba,  ex  satino 
albo,  einn  anrifragiis  veluti  violet i,  continens 
infulam  et  dalmatieas.  (1539.) 

—  Item  capella  cnm  dalmaticis  de  velnto 
nigro.  (1525.) 

1525.  —  Item  nna  capella  panui  dama- 
sceni  cendrati  continens  in/nlam,  dnas  dal- 
viaticas  cnm  anrifragiis  de  tajjetazio  rîtbeo 
cnm  Jloribns  albis  et  viridibns.  Capella  pro 
mortnis.  (La  chapelle  Cendrée,  1561.) 

1539.  —  Item  iina  alla  capella  pan  ni 
aurei  rasi  viridis  coloris,  continens  in/nlam, 
duas  dalmatieas,  dnas  stolas  et  très  manip7ilos, 
data  per  de/jnnctnm  boiuc  memorice  Reve- 
rendissimnm  in  Ckristo  patrem  et  domintim, 
domimim  Franciscnm  de  Rohan,  qnondam 
ai'c/iiepiscopnm  et  comitem  Lugdîinenseni 
et  episcopnm  Andegavensem,  Andegavinm 
filium  domini  Pétri  de  Rohan  Francicr 
marescali,  cnm  viveret,  ad  eornm  arma 
insignita.  (La  chapelle,  qui  sert  à  la  Saint- 
Martin  et  à  Saint-Jean-Baptiste,  1561.) 
(La  chapelle  de  Monseigneur  de Lyon,évesqne 
d'Angers,  lô-fji) 

—  Item  nna  capella  de  velozio  violeto, 
qnam  Jecit  eomponere  dominas  Fahic  (/jjy), 
expensis  Jabriccc.  Est  intégra.  (La  chapelle 


de  velours  violet,  qui  sert  aux  festes  des 
confesseurs  a  trois  chapes  doubles  1561.) 

— •  Loco  triiini  veternm  caparnm  pamii 
OSTADI-;  nigri,  pro  dejfunctis,  fnernnt  factce 
très  alice  capce  cnm  casnlâ  et  ditobas  dalmati- 
cis, munîtes  aurifragiis  futani  violet  i.  (ijôi.) 
Similiter  fnerjint  loco  veternm  casulce  et 
dalmaticarnm  damasci  nigri  confectee  aliœ  et 
positce  aurifragiœ  veternm,  qnia  consumptœ. 

1595.  —  Item  nna-  capella  de  velozio 
viollato,  nova,  fulcita  casula,  dnabus  dalma- 
ticis, capa  duabns  stollis  et  tribus  manipnlis 
eju,sdem  panni  {^16^/). 

ISQ*^'  —  Item  une  chapelle  de  velours 
ronge  incarnat,  garnie  d'une  chasuble,  deux 
dalmatiques,  une  estolle  et  deux  fanons,  nom- 
mée la  chapelle  ad  Arma  Sancti  illauritii. 
(On  y  ajoute  deux  chapes  de  velours  rouge, 
dont  les  orfrois  sont  faits  à  figures,  de  fil 
d'or  1606)  (et  au  chapperon  y  a  un  nom  de 
Jiisus  et  des  fleurs  de  lis,  1643).  {-^  cette 
chapelle  on  joint  encore  deux  autres  chapes 
de  v^elours  rouge,  dont  l'une  est  brodée  de 
jaune  en  bas  et  deux  escuçons  aux  chappe- 
rons,  1643.) 

—  Item  une  autre  chapelle  de  velours  noir, 
garnie  d'une  chasuble,  de  deux  dalmatiques, 
dont  les  orfrois  sont  de  toille  d'aigetit  rayée 
de  noir,  deux  belles  étoiles  et  trois  fanons 
de  mes  me  velours,  garny  de  franges  au  bout 
et  y  a  ti'ois  croix  de  passement  d'or.  — ■  Item 
deux  chappes  de  vellours  noir,garnyes  de  taille 
d'or  rayées  de  noir,  comme  la  chapelle  précé- 
dente. — Item  une  belle  et  oie  de  vellours  noir, 
bordée  aux  deux  côtés  de  passement  d'or  et 
garnie  de  trois  croix  de  mesme  passement 
dor,  scavoir  au  milieu  et  aux:  deux  bouts. 
—  Item  trois  pièces  de  parement,  dont  y  a 
une  de  satin  et  les  deux  aultres  de  taffetas,  le 
tout  orange,  qui  servent  à  parer  le  dit  autel 
au  temps  des  advents  avec  trois  chasubles  et 
une  chape,  pour  servir  aux  prêtre, soiibs  chan- 
tre, diacre  et  sous  diacre. 


i8o 


IRcuuc    De    l'art   cïjtcticn. 


1599-  — •  Jtcui  une  chapelle  de  drap  d'or 
blanc,  garnie  d'une  chappe,  d'tme  chasuble, 
deux  dalinatiqncs,  deux  étoiles,  trois  fanons, 
donnée  par  monsieiir  de  Beaulieu  Ruzé 
(évêque  d'Angers,  i^'èy),  secrétaire  d État 
et  y  sont  les  armes  de  roy  Henri  quatriesnie 
(trois)  et  celles  du  dit  sieur  de  Beaulieu 
(garnie  de  trois  chappes,  faites  du  parement 
d'autel  de  toille  d'argent  battue  d'or,  es 
quels  sont  les  armes  de  France  et  de  Po- 
loigne  et  du  dit  deffunt  sieur  Ruzé  évesque 
et  de  deux  carreaux  de  toille  d'argent  battue 
d'or,  donnéspar  ledit  sieur  Beaulieu  Ruzé). 
(Nommées  les  Rîcsées,  1643.) 

1 643.  Une  chapelle  de  velours  violet,  garnie 
de  leurs  étoiles  et  fanons  avec  l'écharpe, garnie 
de  clinquant  d' argent,  qui  sert  aux  diman- 
ches de  r Avcnt  et  du  Caresme  avec  une 
chappe  de  velours  tanné  brun,  aussi  garnie 
de  clinquant  d'argent. 

—  Item  une  chapelle  de  satin  violet,  conte- 
nant une  chasuble,  deux  dalmatiques,  deux 
étoiles  et  trois  fanons,  oîi  sont  les  armes  de 

feu  M.  Fouquet,  vivant  évêque  [1616-1621) 
garnie  de  clinquant  d'argent,  qui  sert  les  jours 
de  Pâques  fleuries,  vendredy  et  saniedy  saint. 

—  Item  une  chapelle  de  damas  rouge,  où 
sont  aussi  les  armes  dîidit  seigneur  évêque, 
garnie  de  deux  dalmatiques,  étoiles  et  fanons. 

—  Item  tine  chapelle  de  tabis  violet  à  fleurs, 
oii  sont  pareillement  les  armes  dudit  seigneur, 
garnie  de  deux  dalmatiques,  étoiles  et  fanons, 
qui  sert  aux  vigiles. 

—  Item  une  chapelle  de  damas  vert,  oii 
sont  aicssi  les  armes  du  dit  seignejw,  garnie 
comme  dessus,  qui  sert  aux  dimanches  pcr 
annum. 

—  Itein  une  vieille  chapelle  de  damas 
violet  contenant  la  chasuble,  deux  dalmatiqties 
(mises  pour  chasubles)  coupées  par  le  devant 
avec  es  toiles  et  fanons  avec  le  parement  du 
grand  autel  de  même,  qtci  sert  à  lavetit  et 
au  caresme. 


ii.  les  pièces  séparées  :  inful.^,  dal- 
matic^  particulares,  capp^,  stoll^ 
et  manipulli,  burs^  et  corporalia, 
colleria,  poignalia  et  paramenta 
albarum,  alb.<e  serice^e,  map^c  serl- 
ce^e,  et  paramenta  maparum. 

Inful.ï;. 

1297.  —  Item  quatuor  dcccm  in  fui  as  bonas 
et  pulc  liras  pro  festivitatibus. 

On  en  retrouve  douze  dans  l'inventaire 
de  1391  : 

Duœ  sunt  antiquse  et  multum  devastatse. 

Tertia,  quarta  de  samicto  rubei  coloris  in 
competenti  statu. 

Ouinta  de  samicto  rubei  coloris  in  com- 
petenti statu. 

Sexta  de  panno  mixto  auri  cum  orfrasiis 
aureis  satis  antiquis  et  indiget  reparatione. 

Septima  de  samicto  adurato  cum  leopar- 
dibus  aureis,  dupplicata  de  rubeo  in  bono 
statu.  (...  persei  obscuri  de  satino  cum 
leopardibus,  croissans  et  soleils  gallice,  ad 
legendum  lectiones  in  vigiliis  PaschEC  et 
Penthecostes  1539).  (Item  six  chasubles 
anciennes  à  dire  les  prophéties la  cin- 
quième de  taffetas  renforcé  avec  orfroys  à 
personnaiges,  semée  de  lyons,  de  croissans 
et  soleils,  doublée  de  taffetas  rouge,  1643.) 

Le  dessin  de  cette  chasuble  fut  fait  en 
1725  par  les  soins  de  Pocquet  de  Livon- 
nière  pour  dom   Montfaucon   (').   Il  existe 

I.  Bibl.  Nat.,  ms.  11,  918,  f'  156. 
Mon  très  reucrend  l'ère. 

Je  vous  ay  fait  long-tems  attendre  peu  de  choses,  cest 
plus  la  faute  des  dessinateurs  que  la  mienne  il  y  a  deux 
mois  qu'un  sculpteur  me  fait  espérer  un  beau  dessein  de 
la  Chasuble  non  acheuee  de  saint  Loup  notre  trentqua- 
triù'me.  Eueque  que  le  chapitre  de  saint  Martin  conserue 
aussi  preticusement  que  ses  reliques  ; 

Voicy  celles  de  la  Cathédrale,  M.  l'abbd  de  la  Chali- 
niere,  chanoine  et  professeur  de  Thie  a  pris  les  mesures 
au  juste  en  ma  présence  ayant  tout  fait  transporter  chez 
luy.  L'échelle  est  la  réduction  ordinaire  des  pieds  en 
pouces  et  des  pouces  en  lignes.  Il  a  tracé  la  Chasube  . 
(sic)  violette  le  reste  et  l'aube  pour  la  rouge  et  celle  de 
Damas  cest  on  orfeure  qu'il  y  a  employé  trois  jours,  il  y  a 
dans  les  pièces  du   bas  de  laube  des  choses  qui   ne  sont 


T5roDcric,3  et  tissus,  conscrucs  autrefois  à  la  cathcûrale  O'angccs.      18 1 


encore  avec  quelques  autres  que  je  donnerai 
plus  loin,  à  la  Bibliothèque  Nationale,  où  je 
l'ai  fait  copier,  d'après  l'indication  de  Mon- 
sieur de  Linas. 

Si  on  compare   cette   esquisse,   quelque 


grossièrement   tracée  qu'elle  soit,  avec   le 
manteau  d'Othon  1\",  donné  (pi.  X,  fig.  13) 

pas  acheuées,  votregraueur  les  suppleraet  rectifira  le  tout. 

Le  jeudy  saint  les  fêtes  de  saint  .Marie,  saint  Maurille 

et  saint  André  les  ciirds  de  la  ville  qu'on  apelle  Cardi- 


dans  le  magnifique  ouvrage  de  l'abbé  Bock 
intitulé:  Kleinodicn  des  heil.  Roiiiischen... 
on  est  frappé  de  la  ressemblance  de  ces 
deux  pièces.  On  les  dirait  sorties  du  même 
atelier.  La  couleur,  la  disposition  du  semé 
de  léopards,  de  croissants  et 
de  soleils,  les  rinceaux,  tous 
les  détails  offrent  une  analogie 
frappante. 

Octava  de  samicto  crocci 
coloris...  Voir  aux  chapelles 
complètes. 

Nona    operata    de    Horibtis 
iliorum     et    avium    in     statu 
competenti. 

Décima  de  samicto  viridi  ... 
Voir  aux  chapelles  complètes. 

Undecima  de  panno  albo 
serico  dyaprato  ...  idem. 

Duodecima  de  samicto  albo 
satis  antiqua,  in  pluribus  locis 
perforata,  cujus  dupplicatura 
est  totaliter  inutilis. 

—  Itou  ocio  a  lias  qiiotidia- 
nas,  coniputata  illa  sancti 
Rexati.  (Alia;  vero  septem 
sunt  antiqua;  minoris  valoris 
Ï391O  (Quinque  fuerunt  po- 
sitae  in  reparatione  alioruni 
vestimentorum,  duai  rémanent 
nullius  valoris  1418.) 

1 39 1 .  Item  octo  alice  iiifulce, 
qiiarnin  uiia  est  nova,  de  panno 
serico  diversonun  colormn  et 
diipplicata  de  serico  viridi. 

1 42 1 .  Après  la  mort  de  1  evê- 
que  Hardouin  de  Bueil,  on 
remit  plusieurs  chasubles  au 
chapitre  : 

—  Item  uiia  infiila  siiiiplex  coloris  aiirei 
figurata. 

naux  ainsi  qu'a  Sens   et  autres  anciennes    Cathédrales 
asistent  en  Chasuble  rouge  l'officiant. 

Il  y  a  beaucop  d'autres  particularités  dans  notre  Église 


l82 


iRcuiic  Dc  rart  cJjrctien. 


—  Item  7ina  alia  iiifula  picta  albi  coloris 
cum  stolla  et  alba. 

1467.  Itou  est  de  panno  aureo  legato 
ecclesùc  per  defiinctnm  inagistrum  fohannein 
de  la  Jumelière  ad  faciendani  unani  infulani 
et  est  valde  preciosa.  Modo  facta  est  dicta 
iiifula  ciuit  pulchris  aiirifragiis  ad  arvia 
dicti  de  la  Jiimelicre.  (Item  una  infula  de 
panno  aureo  violato  precioso...  1505.) 
(CommoJata  fuit  domino  du  Mas  decano 
(1535)  per  capitulum  ;  loco  illius  dédit  aliam 
capam  panni  velosii  aurei,  1539.) 

— Item  una  iiifitla  sola,  qiice  servit  in  capel- 
la  crnciata  de  parte  palacii,  Jibi  est  sepultnra 
defuncti  fohannis  Michaelis.(\  nfula  delaniata 
et  in  reparatione  aliarum  commissa,  1595.) 

que  je  ne  vous  détaille  pas  parce  quelles  regardent  plus 
les  ritualistes  que  les  antiquaires,  si  cependent  vous  le 
desirez,  je  vous  le  marquerez  en  vous  enuoyant  la  Chasu- 
ble de  saint  Loup.  Nous  auons  aussi  celle  de  saint  Lezin 
quinzième  Eueque  d'Anger  dans  l'Eglise  collégiale  de 
Saint-Jean-Baptiste  quil  a  bâtie;  elle  ne  diffère  gueres  de 
celle  de  saint  Loup. 

Je  n'ay  pu  mettre  la  main  sur  la  dissertation  sur  le 
canon de  nostre  concile  de  Tours. 

Jay  été  tenté  de  vous  enuoyer  le  dessin  de  plusieurs 
Tombeaux  dune  seule  Pierre  qui  sont  dans  deu.\  criptes 
sousterraines  de  la  collégiale  de  saint  Maurille  où  l'on 
voit  àcs  prochrisio,  mais  on  ignore  qui  sont  ceu.x  qui  y 
sont  inhumés,  cela  donneroit  peu  de  lumières. 

Je  vous  enuoye  l'Estampe  du  fameux  Ulger  notre 
45'=  Eueque,  à  cause  de  la  singularité  de  sa  mitre.  Depuis 
je  la  viens  de.xaminer  je  l'ay  trouuee  mal  faitte,  je  la  feray 
tirer  dapres  son  portrait  en  email  qui  est  dans  la  Cathé- 
drale. 

Je  souhailterois  mon  reuerend  Père  vous  fournir  quelque 
chose  de  plus.  Je  croy  que  c'est  une  des  loix  de  la  rep. 
des  lettres  daider  les  citoyens.  Si  on  l'obseruoit  exacte- 
ment les  ouurages  des  scauans  seroient  dans  leur  perfec- 
tion du  moins  a  la  IP"  édition  pour  moy  qui  ne  mérite  pas 
detre  architecte  je  veux  du  moins  être  manoeuure  et  fournir 
des  matériaux  a  ceux  qui  les  scauent  si  bien  mettre  en 
œuure.  Jay  Ihonneur  detre  auec  toutte  sorte  de  respect 

Mon  Très  reuerend  Pcre 

\'otre  très  humble  et  très  obéissant  seruitcur 
C.  G.  POCQUET,  p.  fr.  de  d.  f 
A  Angers,  ce  gnouembre  1725, 

La  suscription  a  été  collée  au  fol.  162. 
Au  très  Révérend  Père 

15 
Le  Révérend    Père   Uom   Bernard   de  Montfaucon  de 
l'Acad.  des  belles  lettres  à  Saint  (Germain 

A  Paris. 


—  Itci/i  nna  infula  mediocris  z<  a  loris,  quœ 
servit  ad  altare  beati  Rcnati. 

—  Item  una  alia  infida  cum  campoperseo, 
tota  seminata  parvis  pomis  de  pini  et  est 
duplicata  de  serico  croceo.  [i^ç^.) 

—  Item  una  alia  infula  de  serico  rubeo  et 
est  tota  rubea.  (/jpj.) 

—  Item  îina  alia  infula  viridis  coloris  de 
OSTAUE galice.  {iS95-) 

1505.  —  Item  nna  infula  c.s.meloti 
pcrsci,  seminata  floribus  lilii,  in  qua  sunt 
arma  ducis  Sabaudiœ. 

—  Item  duo  infulœ  de  satina  rubco, 
quarum  nna  deservire  solebat  ad  altare 
sancti  JMauritii,  alia  ad  altare  beati  Andrece, 
nna  sumptibus  capituli,  alia  sumptibus  régis 
Sicilia. 

Alia  infula,  data  per  dominant  de  la 
Tremoulle  ex  satino  rubeo,  cum  satis  pul- 
chris aurifragiis.  {i^SJÇ-) 

—  Item  una  alia  infula  de  satino  cramoisy, 
cum  manipullo  et  stollâ,  quam  dédit  deffunctus 
Jo.  de  la  Barre,  thesaurarius  hujus  ecclesicc 
(en  1490).  (...  furto  .sublata  per  hugonistas, 
sive  hugunes,  hugnes,  huguenots,  1561.) 

— ■  Item  una  alia  infula  de  cameloto perseo, 
cnm  duabus  stollis  et  duobus  maniptilis  ac 
duobus  7crceolis  stanni,  data  per  deffunctum 
Bcrtrandnin  Noury,  nunc  deserviens  altari 
sancti  Rcnati. 

1599.  Iton  une  chasuble  des  T repasses 
d'ostade  noire,  à  orfroys  de  satin  de  burge 
bleu  sans  estollc  ni  fanon.  [i6^j.) 

—  Item  deux  chasubles  neuves  de  came- 
lot de  laine  violet,  garni  de  leuis  cstolles  et 
fanons  de  mesme  étoffe. 

—  Item  deux  chasubles,  lune  de  serge  de 
soie  rouge   et  l'autre  de  camelot  rouge  avec 

fanons  et  es  toile  s.  {iâ./j.) 

1643.  Item  une  chasuble  de  damas  rotige, 
dont  la  croix  est  de  toille  d'or,  avec  son  cstolle 
et  fanon,  des  meubles  de  feu  M.  Bcaufils, 
vivant  chanoine.  (/6jo.) 


TBroDcrics  et  tissus,  conserves  autrefois  à  la  catfjérjralc  D'angcrs.      183 


—  Item  nne  autre  chasuble  de  camelot  rouge 
à  orfrois  de  masse  avec  son  estollc  et  fanon. 

On  ne  s'expliquerait  pas  le  petit  nombre 
des  chasubles  séparées,  inscrites  dans  les 
anciens  inventaires,    si  on  ne  se  souvenait 


qu'il  y  est  seulement  parlé  de  celles  destinées 
au  i/rand  autel  et  à  deux  ou  trois  autres 
exceptionnellement.  Des  ornements  spé- 
ciaux étaient  attachés  à  chaque  autel  et 
donnés   par  les   fondateurs  de   messes   ou 


anniversaires  ;  ce  ne  fut  qu'au  XVI 11'^  siè- 
cle, qu'on  transporta  tous  les  ornements  à 
la  sacristie,  au  grand  mécontentement  des 
chapelains  et  autres  officiers  de  l'église  ('). 
Quatre  des  chasubles  séparées  servaient 
I.  B.  E.  Cérémonial  de  Lehoreau,  t.  I,  p.  487. 


simultanément  aux  prophéties  ou  aux  le- 
çons. <*;  Tous  ces  habits  de  prophètes,  ser- 
vaient anciennement  de  chasubles,  quoiqu'il 
n')'  ait  point  de  croix  par  derrière,  comme 
sur  celles  d'à  présent.  (1699  à  1718)  ('). 
1.  Idem.,  Ibid.  t.  H,  p.  68. 


KKVUE   DE   I,'aKT  CMKÉTIBN. 
18S5.  —  î""-'   LIVRAISON. 


i84 


IRctiuc  Dc   rart  cïjtcticn. 


Pocquet  de  Livonnière  les  fit  dessiner  en 

1725  (')• 

La  première  était  violette  d'une  espèce  de 

tabis  :  j'en  ai  donné  la  reproduction  précé- 
demment. 

La  seconde  était  de  damas  rouge,  à  fleurs 
d'or,  avec  orfrois  à  personnages  :  le  dessin 
fait  voir  qu'elle  a  été  refaite,  les  orfrois  obli- 
ques présentant  sur  le  devant  des  saints  la 
tête  en  bas,  ont  été  évidemment  empruntés 
à  une  chape.  (V.  ci-contre,  fig.  i  et  2). 

La  troisième  était  d'une  espèce  de  moire 
verte,  garnie  de  galons  d'or  ;  j'en  donne 
aussi  le  dessin.  (Fig.  3  et4). 

La  quatrième  est  d'une  espèce  de  damas 
rouge,  garni  d'un  galon  de  broderie  d'or  : 
tout  le  contour  était  brodé  du  même 
galon  (=). 

L'une  d'elles,  trop  usée  sans  doute,  fut 
remplacée  en  1 760  par  une  chasuble  neuve, 

1.  Bibl.  Jiat.,  ms.  ii,  912,  fol.  161,  160,  159. 

2.  Il  y  a  encore  dans  l'cglise  d'Angers,  écrit  Pocquet  de 
Livonnière,  sur  les  marges  des  deux  planches  précédentes, 
deux  chasubles  de  la  mcme  façon,  à  la  réserve  des  deux 
bras  de  croix,  qui  ne  s'y  trouvent  point.  L'une  est  d'un 
tissu  d'or  et  l'autre  est  d'une  espèce  de  damas  rouge, 
garni  d'un  galon  de  broderie  d'or,  comme  celle-ci  à  la 
réserve  des  deux  bras  de  croix,  qui  ne  s'y  trouvent  pas. 
Tout  le  contour  du  bas  est  brodé  du  même  galon.  On  se 
sert  de  toutes  ces  chasubles  le  Samedi  Saint  pour  les 
prophéties. 


faite  à  l'antique  de  moire  violette,  ornée 
d'une  broderie  en  argent  pour  le  Vendredi 
saint,  payée  119  livres  ('). 

A  St-Maurice,  les  chasubles  étaient  si 
amples,  qu'elles  avaient  bien  cinq  pieds  de 
large  et  autant  de  long,  n  étant  qtiuii  peu 
échaticrécs  sitr  les  bras  (■).  La  croi.x  ne  com- 
mença à  y  figurer  qu'au  XVI 11^  siècle  ou  à 
la  fin  du  XVI  Je.  Auparavant  les  orfrois 
étaient  disposés,  comme  sur  les  anciennes, 
que  je  reproduis  ici. 

D.\LM.\TIC.E    PARTICULARES. 

1297.  Item  viginti  qniiiquc,  ta»i  daliiia- 
ticas  quam  titnicas,  coiinimiies.  (...  quarum 
nonnulla;  sunt  delaniatae  et  quasi  inutiles 
1391.)  Elles  servaient  au.\  diacres  et  aux 
sous-diacres,  portant  les  reliques  ou  les 
te.xtes  au.x  stations  et  au.x  processions. 
(Item  quindecim  dalmaticai  diversorum 
colorum,  pro  dyaconis  et  subdyaconis  reves- 
titis  in  festis  solemnibus  ad  ferendum  reli- 
quias  et  libros  in  processionibus  (1467.) 
(Inutiles,  ideo  non  articulentur.  1539.) 

L.  DE  Farcv. 
(A  suivre.) 

1.  Arc/i.  lù'p.,  série  G,  S35,  comptes  de  Fabrique  de  1759 
à  1760. 

2.  Voyage  liturgique  en   France  du  sieur  de  Matiléon. 
Paris,  1718,  p.  79. 


Httîue  ht  rHrt  cDrtttcn. 


Planche  V. 


Crucifix  de  la  Cathédrale  de  Léon  (face). 
(Musée  de  Madrid). 


/^^ i^i^^  j;i^i^iv^:^iih.i^^i^. i^^j^^  'V^.  -'Av -'A'^  J'Ni iA^ ^^/Al/Ai/Al /v^i^jv^i^  .^a.  ^.  i^  '^^  ^  ^^,  /t^  p^.  p^  p^j.  ^  ^^  ^^ 


^t7*^/'iti^it7^'itiyi»^':it,^t/'^.-'iti*,t.'.t.-:,t.tiu''^^ 


^Si'^s^  Hnciens  iboires  jsrulptcs.  im^^m^im 


it7^t7^i7^t7*\t7^ti*^t?^7^^',i7S7^t7^;r^t7^*?^;7^*; 


■>1   "  '■  *^  *     *P  '  t^'  *  ■  ♦  ■  ''  ■■  ♦.-^■t.'  '  It/l*^'  *•♦■■*  '^tj  _  'iti'  *  ';J^  ",  V» 


^^^^^'^^^YWWWWWWWWWWWWWWWWWWWWW^WW^  ^  T¥  ^ 


Ue  criicifir  De  la  catfjcDralc  De  Xlcow, 
au  musée  De  iliaDriD.  -^----w— ^-------w. 

I£  remarquable  morceau,  qui  fait  le 
sujet  du  présent  travail,  est  allé 
du  trésor  de  la  cathédrale  de  Léon 
dans  les  vitrines  du  musée  de  Ma- 
drid, oii  il  repose  à  côté  de  trois  autres  objets 
ayant  la  même  provenance.  J'ignore  la  date 
et  les  circonstances  d'une  aliénation,  soit 
volontaire,  soit  forcée,  dont  nous  avons  au- 
jourd'hui tant  d'exemples. 

Près  de  quinze  ans  se  sont  écoulés  depuis 
la  publication  de  notre  antique  sculpture 
espagnole  dans  les  colonnes  du  Magasin 
pittoresque.  En  novembre  1870,  on  ne  son- 
geait guère  à  l'archéologie,  aussi  n'accor- 
da-t-on  alors  que  peu  d'attention  à  un  monu- 
ment qui  en  méritait  davantage.  L'exposer  en 
pleine  lumière,  le  décrire  avec  les  dévelop- 
pements que  n'admettait  pas  le  Périodique 
où  il  fut  d'abord  accueilli  ;  telle  est  la  tâche 
à  remplir  maintenant.  Cette  tâche,  je  n'au- 
rais pu  m'en  acquitter  à  souhait  sans  l'obli- 
geance de  MM.  les  administrateurs  du  re- 
cueil demi-séculaire  qui  m'en  a  fourni  l'idée; 
avec  la  meilleure  grâce  possible,  ils  ont  mis 
à  ma  disposition  les  deux  magnifiques  cli- 
chés ci-joints,  reproduction  assurément  très 
fidèle  de  l'original,  et  qui,  peut-être,  auront 
encore  l'attrait  d'une  nouveauté  pour  beau- 
coup de  monde. 

L'historien  de  Léon,  Manuel  Risco,  men- 
tionne des  croix  et  des  crucifix  sur  lesquels 
j'aurai  l'occasion  de  revenir,  mais  il  n'en  cite 
aucun  d'ivoire.  A  la  fin  du  XYIII*^  siècle, 
un  voyageur  anglais,  Townsend,  nous 
apprend  qu'il  vit  au  trésor  de  la  cathédrale, 


où  affluaient  les  pèlerins,  plusieurs  crucifix 
célèbres  par  leur  valeur  métallique  ou  leur 
caractère  légendaire.  L'éclat  de  l'orfèvrerie 
frappa  spécialement  Townsend;  les  matières 
moins  brillantes  l'arrêtèrent  peu  ou  point  ('). 
En  l'absence  de  sources  écrites,  il  faut  bien 
chercher  ailleurs  ;  je  demanderai  donc  à 
l'objet  lui-même  les  renseignements  néces- 
saires pour  établir   son  origine. 

Ouvrage  à  la  fois  de  tabletterie  et  de 
glyptique,  notre  crucifix  se  compose  de  trin- 
gles assemblées  au  moyen  de  chevilles  :  la 
figure  du  Christ  est  indépendante. 

Essentiellement  de  type  latin,  la  croix 
n'offre  aux  extrémités  que  des  appendices 
rectilisfnes  à  chanfrein  léofèrement  accusé. 
Le  décor  de  la  face  est  très  complexe.  Au 
sommet,  la  colombe,  image  du  Saint-Esprit, 
flanquée  de  deux  anges  — •  il  en  manque 
un  —  descend  sur  une  représentation  du 
Sauveur  ressuscité.  L'Homme-Dieu,  im- 
berbe, la  tête  ceinte  du  nimbe  crucifère, 
montre  le  ciel  de  la  main  gauche;  sa  droite 
tient  la  férule  sommée  d'une  croix  pattée  ; 
un  ample  manteau  flotte  autour  de  son  corps 
nu.  Immédiatement  après,  viennent  trois 
lignes  d'inscription  en  manière  de  titu/its  ; 
IHC  NAZA 
RENVS  REX 
IVDEORU(m). 

Des  feuillages  et  des  animaux  occupent  le 
champ  des  branches  horizontales  et  de  la 
hampe.  Au  bas  de  cette  dernière,  un  hom- 
me, entièrement  nu  et  à  l'attitude  bizarre, 
fait  un  violent  effort  pour  regarder  en  haut. 

I.  Voyage  en  Esptuf/te,  fait  dans  les  années  1786  et  1787, 
pur  Jos.  Townsend  ;  trad.  de  Fictet-Mallet,  t.  I,  p.  314, 
Paris,  1809.  C\\.é,  Magasin  pittor.,  t.  .\.\.\V1  II,  p.  379. 


HEVUE  DE  l'art  CHRÉTIEN. 

1885.    —   2""^    LIVRAISON. 


i86 


Betjue   De   l'3rt   cbréticn. 


Sous  l'homme  apparaît  une  légende  votive  : 

FREDINANDVS  REX 

SANCIA  REGINA. 

Les  bordures  comportent  une  série  de  per- 
sonnages et  de  monstres  enchevêtrés,  dont 
l'explication  sera  tentée  plus  loin  ;  on  y  voit 
aussi  des  tourteaux,  des  losanges,  des  écail- 
les et  des  nattes  tressées. Hormis  les  champs, 
gravés  en  réserve  sur  fond  guilloché,  toute 
l'ornementation  est  sculptée  en  bas-relief. 

Le  Christ  en  ronde-bosse,  fixé  à  la  croix 
par  quatre  clous,  est  raide  et  lourd  :  bras  à 
peine  relevés;  pieds  verticaux  reposant  sur 
un  sîippedaneum  carré.  La  tête,  inclinée  à 
droite,  manque  absolument  de  distinction  : 
gros  yeux  à  prunelles  de  verre  (');  barbe  et 
cheveux  divisés  en  mèches  parallèles,  d'effet 
singulièrement  dur.  Les  moustaches  retrous- 
sées en  croc  rappellent  un  morceau  d'or- 
fèvrerie du  XI'5  siècle,  le  buste  de  saint 
Candide,  à  l'abbaye  d'Agaune  (').  Les  détails 
anatomiques  du  torse  sont  grossièrement 
indiqués.  I^ç.  perizoniiim  va  de  la  taille  aux 
genoux;  nœud  élégant,  plissage  symétrique, 
galon  strié.  Les  mains  et  les  pieds  offrent 
une  velléité  de  recherche  qui  ne  compense 
pas  la  pauvreté  des  bras  et  des  jambes.  On 
a  rapporté,  sur  l'intersection  des  branches, 
un  cartouche  cruciforme  servant  de  nimbe 
au  Christ.  Ce  cartouche,  guilloché  et  en- 
cadré de  moulures,  s'accorde  mal  avec  ses 
voisins  ;  j'y  soupçonnerais  volontiers  une 
restauration  déjà  ancienne,  qui  le  substitua  au 
nimbe  circulaire  primitif  brisé  par  accident. 

Plus  riche  encore  que  la  face,  mais  moins 
curieux  au  point  de  vue  iconographique,  le 
revers  est  intégralement  sculpté  en  bas-re- 

1.  On  voit,  au  Musée  de  la  Porte  de  Hal,  à  Bruxelles, 
deux  panneaux  d'ivoire  sculpté,  provenant  du  Limbourg. 
L'un  représente  le  Christ  foulant  aux  pieds  l'aspic,  le 
basilic,  le  lion  et  le  dragon  ;  l'autre,  l'Annonciation  et  la 
Visitation.  Les  yeux  de  toutes  les  figures  sont  en  verre 
bleu.  Voy.  Edm.  Marchai,  Mémoire  sur  la  sculpture  aux 
Pays-Bas,  p.  xil. 

2.  Voy.  Aubert,  Trésor  de  Saint-Maurice  d'Agaune, 
pi.  XXIII. 


lief  Au  centre,  l'Agneau  divin,  très  mutilé; 
en  haut,  l'aigle  de  saint  Jean  ;  à  droite,  le 
lion  de  saint  Marc  ;  à  gauche,  le  bœuf  de 
saint  Luc;  au  bas,  l'homme  ailé  de  saint 
Matthieu.  Bordures  et  baguettes  d'encadre- 
ment :  des  demi-oves;  une  tresse  ;  un  motif 
courant,  qui  simule  des  feuilles  indécises  ou 
une  espèce  de  grecque  rompue.  Le  décor  des 
champs,  dont  le  thème  général  consiste  en 
rinceaux  fleuronnés  et  animés,  offre  de  ca- 
pricieuses variantes.  Tête  :  deux  quadru- 
pèdes fantastiques  adossés  ;  entre  eux  un 
mascaron  tout  classique.  Croisillons  :  per- 
sonnages dévorés  par  des  monstres  ;  cen- 
taure poursuivant  deux  hommes  nus. 
Hampe  :  un  dragon,  un  hippocampe,  un 
griffon,  un  lion,  accompagnés  d'oiseaux,  de 
grappes  de  raisin  et  d'épis  de  maïs.  Sans 
être  précisément  créateur,  l'ornemaniste 
avait  une  imagination  vive  et  une  souplesse 
de  talent  qui  lui  permirent  d'enfanter  un 
petit  chef-d'œuvre.  La  statuette  du  Christ 
amputée  de  la  main  droite,  des  angles  écor- 
nés, des  cassures,  des  parties  frustes,  une 
énorme  lézarde,  prouvent  que  l'on  respecta 
fort  peu  ce  chef-d'œuvre  ;  et  pourtant,  à 
défaut  d'autres  raisons,  l'illustration  de  ses 
donateurs  aurait  dû  le  sauvegarder. 

Ferdinand  de  Navarre,  fils  de  Sanche  le 
Grand,  épousa  en  1032  Sancha,  sœur  et  hé- 
ritière présomptive  de  Bermudo  III,  roi  de 
Léon.  Bermudo,  ayant  été  tué  à  la  bataille  de 
Tamaron,  en  1037,  Ferdinand,  déjà  investi 
du  comté  de  Castille,prit,  non  sans  quelques 
difficultés,  possession  des  états  de  son  beau- 
frère,  et  il  fut,  avec  Sancha,  couronné  par 
l'évêque  .Servando,  le  22  juin  de  la  même  an- 
née. Devenu  ainsi  roi  de  Castille  et  de  Léon, 
Ferdinand,  d'abord  antipathique  à  ses  nou- 
veaux sujets,  s'attira  bientôt  leur  affection  ; 
il  mourut  le  27  décembre  1065  à  Léon; 
sa  femme  le  suivit  dans  la  tombe  en  1067  ('). 

I.  Manuel  Risco,  lUstoria  de  Léon,  p.   25,  28,  30,277. 


Hetjue  De  l'Hrt  ct)retun. 


Planche  VI. 


Crucifix  de  la  Cathédrale  de  Léon  (revers). 
(Musée  de  Madrid). 


anciens   itioires   sculptés. 


187 


La  date  de  notre  ex-voto  flotte  donc  entre 
1037  et  1065.  On  sait  que  Ferdinand  et 
Sancha  reconstruisirent  en  1060  l'église  du 
monastère  de  Saint-Jean-Baptiste,  qui  prit 
alors  le  nom  de  Saint-Isidore.  La  dépouille 
mortelle  du  grand  docteur  espagnol  y  fut 
apportée  de  Séville  en  décembre  1063, et  des 
fêtes  solennelles  signalèrent  cette  translation. 
Au  même  temps  que  le  corps  saint  arrivait 
à  Léon,  le  roi  maure  de  Séville,  Ben  Hamet, 
adressait  à  Ferdinand  et  à  Sancha  une 
foule  de  riches  présents  qu'ils  appliquèrent 
à  la  décoration  des  nombreuses  reliques  et 
du  mobilier  du  nouveau  sanctuaire.  Risco 
cite  un  précieux  coffret  d'ivoire  garni  d'or, 
destiné  à  un  fragment  de  la  mâchoire  du 
Précurseur  ;  Yepes  énumère  les  retables, 
couronnes,  calices,  croix,  etc.,  d'or  constellé 
de  pierreries,  témoignages  éclatants  de  la 
piété  des  souverains  léonais  envers  l'illustre 
patron  donné  à  leur  capitale.  Vers  1073,  la 
cathédrale  reçut  de  l'évêque  Pelage  une 
croix  magnifique,  crnz  admirable,  obtenue 
grâce  au  généreux  concours  de  la  dame  de 
Zamora,  Urraca,  fille  de  Ferdinand  et  sœur 
d'Alphonse  VI;  le  détail  suivant  est  plus  pré- 
cis. «  Dans  le  sacrarimn  particulier  (caina- 
riii)  du  maître-autel  de  Saint- Isidore,  écrit 
Manuel  Risco,  se  trouvent  encore  beaucoup 
de  choses  très  remarquables.  On  distingue 
parmi    elles    une  grande   image  du   Christ 

crucifié,   don   de  l'infante   Urraca J'ai 

examiné  cette  image  avec  beaucoup  de  soin, 
et  j'en  possède  une  copie  conforme  à  l'ori- 
ginal     Le   Christ   a,   comme   ceux    de 

Lucques,  de  Charlemagne  et  autres  de 
grande  antiquité,  les  genoux   tendus  et  les 

pieds  séparés sous  les  pieds  on  lit  le  mot 

MISERICORDIA,  puis  :  VRRACA 
FREDINANUI  REGIS  ET  SANCIE 
REGINE  FI  LIA.  Au  bas  de  la  croix, 
l'infante  est  représentée  à  genoux,  les  mains 
jointes,  élevées  et  tendues  ;  elle  est  désignée 


par  son  nom  tracé  au-dessus  de   la  tête  du 
personnage  (').  » 

L'heure  du  couronnement  eût  été  certes 
bien  choisie  pour  des  offrandes  à  la  cathé- 
drale, mais  les  circonstances  d'alors  ne  se 
prêtaient  pas  beaucoup  aux  largesses  ;  à 
peine  sortis  d'une  véritable  guerre  civile, 
Ferdinand  et  Sancha  manquaient  à  coup 
sûr  d'argent.  Le  moment  devint  plus  favo- 
rable en  1063,  quand  les  deux  souverains, 
solidement  affermis  sur  leur  trône,  impo- 
saient des  tributs  aux  princes  musulmans 
de  l'Andalousie.  Parmi  les  dons  de  Ben 
Hamet,  l'ivoire  africain  tenait  sa  place  ;  en 
outre,  sous  le  laconisme  de  Manuel  Risco, 
perce  une  frappante  analogie  entre  le  crucifix 
d' Urraca  et  celui  dont  nous  nous  occupons: 
quoique  faits  de  matières  différentes,  ils 
procèdent  évidemment  d'un  même  modèle. 
Or,les  anciens  types  artistiques,  en  Espagne, 
varient  selon  les  provinces,  où  leur  durée 
est  souvent  éphémère  ;  modifiés  qu'ils  sont 
bientôt,  soit  par  une  influence  extérieure, 
soit  par  les  formules  neuves  d'un  génie 
local.  Ces  considérations  réunies  m'engagent 
à  attribuer  notre  monument  aux  dernières 
années  du  règne  de  Ferdinand  plutôt  qu'aux 
premières.  En  dotant  Saint-Isidore,  où  il  de- 
vait être  inhumé,  le  couple  royal  ne  pouvait 
oublier  la  cathédrale  où  on  l'avait  couronné; 
refuser  à  celle-ci  une  part  quelconque  des 
trésors  de  Ben  Hamet,  eût  été  un  déni  de 
justice  incompatible  avec  le  noble  caractère 
des  personnages.  Le  cas  échéant,  une  créa- 
tion récente  aurait  inspiré  le  sculpteur 
d'Urraca,  à  moins,  ce  qui  ne  serait  pas  trop 
invraisemblable,  que  les  maquettes  des  deux 
crucifix  ne  fussent  sorties  de  la  même  main. 

Après     avoir     résumé    dans     une    page 

éloquente  la  part  que  les  maîtres  byzantins 

I.  IgUsia  de  Léon,  p.  146  et  147.  Pour  les  détails  qui 
précèdent,  Voy.  Hisl.  de  Léon,  p.  32  et  33;  Fi^lesiii  de  Léon, 
p.  53  et  1 46;  Yepes,  Cronica  de  la  Orden  de  Sun  Beni/o,t.  VI, 
Appeiid.,  fol. 40 1,  Ch.  Je  L'ma.s, Orfùvrerie  méroving.,^.(i<). 


i88 


îRctiue   tJC   r^rt   chrétien 


prirent  à  l'éclosion  de  l'art  arabe  en  Syrie,    1 
M.  Ch.  Bayet  continue   ainsi  :    «  A  l'autre 
extrémité  du  monde  musulman,  en  Espagne, 
il    en    est   de    même.    Ceux   qui   ont    écrit 
l'histoire  de  l'art  arabe  dans  ces  contrées,  y 
distinguent    une    première    période    qu'ils 
appellent  byzantine  et   qui  s'étend  jusque 
vers  la  fin  du  X^  siècle.  Entre  les  califes  de 
Cordoue  et  les  empereurs  deConstantinople, 
les  relations  sont  continues  :  les  savants,  les 
artistes  grecs  accourent  en  Espagne  (').  » 
De  son  côté,    Don  José  Amador  de  Los 
Rios,  a   exposé,   dans   un  savant  mémoire, 
l'action  d'un  double  courant  latin  et  grec 
sur     l'art    espagnol    pendant     la    période 
wisigothe  (').    Mais  le   conflit  de  ces  élé- 
ments étrangers  amena  la  formation  d'écoles 
nationales,  où  on  trouve  vers  le  XI«  siècle, 
les  noms  des  statuaires  castillans,  Aparicio 
et  Rodolfo  (j);  ni  latin,  ni  wisigoth,  ni  byzan- 
tin, ni  moresque,  bien  qu'il  emprunte  à  tous 
quelque  chose,  le  crucifix  de  Léon  est  pure- 
ment espagnol:  nous  allons  nous  en  assurer. 
En  éliminant  les  bordures  des  croisillons, 
historiées  de  fantaisies    qui  complètent  le 
décor  sans    rien   ajouter    au  thème,    et  en 
raccordant  les  encadrements  verticaux  inter- 
rompus,   on    apercevra    que    ces    derniers 
renferment  une  scène  continue,  développée 
sur  les  deux  montants.  A    droite  du  Christ 
ressuscité,  l'ange,  voisin  de  la  colombe,  est 
penché  vers    la    terre   et   tend   une    main 
secourable  à  un  personnage   nu   qui  atteint 
le  ciel  ;    immédiatement    après,    une    lutte 
d'hommes  et    d'animaux,   brisée   en  partie 
mais  laissant  voir  un  bras  levé  en  l'air.  Plus 
loin,  sur  la  hampe  :   deux  figures  humaines 
au    mouvement     ascensionnel    ;     un    ange 
debout,  armé  de  la  férule  crucifère,  accueil- 
lant   deux    suppliants  ;     enfin     un    couple 

1.  L'iiri  byzantin,  p.  288  et  2S9. 

2.  El  arte  la/ino-byzan/ino  en  Espanu,   in-4",  Madrid, 
1861. 

3.  Mag.pittor.,  loc.  cit. 


d'esprits  célestes,  au  vol,  repoussant  des 
groupes  précipités  la  tête  en  bas  (").  L'ange 
du  sommet,  à  gauche,  hélas  !  disparu,  était-il 
symétrique  à  son  correspondant?  Cela  n'est 
pas  impossible,  quoique  le  sujet  y  prête 
moins.  D'abord  un  mélange  de  douleur  et 
d'espérance  avec  intervention  de  monstres, 
puis  une  énergique  tentative  d'escalade. 
Là  grouillent  des  êtres  nus  dont  Michel- 
Ange  n'eût  pas  désavoué  les  hardiesses  ;  ils 
s'enchevêtrent,  grimpant  les  uns  sur  les 
autres,  ou  même  recourant  aux  échelles. 

Quelle  scène  religieuse  voulut  repré- 
senter l'artiste  }  Le  Jugement  dernier  ? 
Mais  ici  le  Christ  n'a  pas  l'attitude  sévère 
du  juge  qui  absout  et  condamne  sans  appel  ; 
il  intercède  en  faveur  du  genre  humain 
racheté  sur  la  croix.  A  mon  avis,  cette  com- 
position étrange  figurerait  le  Purgatoire, 
d'où,  le  premier,  sort  Adam, l'homme  courbé, 
à  sa  place  traditionnelle,  aux  pieds  du  cru- 
cifix. Les  ministres  du  Très-Haut  délivrent 
les  âmes  qui  ont  fini  leur  temps  d'expiation, 
et  ils  rejettent  dans  l'abîme  celles  qui  ont 
encore  à  y  endurer  des  souffrances  provi- 
soires avant  d'obtenir  le  bonheur  éternel. 
Les  démons,  sous  une  forme  monstrueuse, 
s'opposent  de  tout  leur  pouvoir  aux  efforts 
des  âmes  en  peine,  et  le  poste  assigné  aux 
esprits  du  mal  indique  qu'ils  veulent  barrer 
l'entrée  du  ciel.  La  croyance  au  Purgatoire 
est  aussi  vieille  que  l'Eglise,  puisque  le 
Canon  de  la  Messe  contient  une  prière  spé- 
ciale pour  les  fidèles  défunts  ;  mais  l'anti- 
quité ne  nous  révèle  cette  croyance  que  par 
les  textes  et  les  inscriptions.  Aucune  trace 
directe  n'en  existe  sur  les  monuments 
fio-urés  primitifs,  à  moins  qu'on  ne  la  trouve 
dans  l'Habacuc  apportant  des  aliments  à 
Daniel  prisonnier  au  milieu  des  lions,  allé- 
gorie fréquente  aux  Catacombes  et  inter- 

I.  Les   ailes   sont  mal  indiquées  sur   la  gravure,   mais 
on  les  devine  sans  peine. 


anciens  iuoircs  sculptes. 


189 


prêtée  de  plusieurs  manières.  On  pourra  con- 
tester mon  explication,  voir  des  emblèmes  là 
où  je  découvre  une  scène  réaliste  ;  un  fait 
que  l'on  ne  contestera  pas,  c'est  la  puissante 
originalité  du  maître  :  n'importe  le  but  qu'il 
a  visé,  il  la  atteint  en  restant  lui-même,  et 
sans,  que  je  sache,  avoir  imité  personne. 

Les  champs  des  croisillons  donnent  une 
autre  note;  leurs  gravures  copient  vraisem- 
blablement une  étoffe  musulmane,  peut-être 
un  tissu  moresque  d'Almeria  ou  de  Malaga. 

J'ai  signalé  le  dessin  incorrect  du  grand 
Christ  en  ronde-bosse  ;  on  n'y  trouve  rien 
de  la  perfection  anatomique  des  crucifix 
byzantins  et  carolingiens,  ni  de  l'expression 
religieuse  de  leurs  têtes.  Byzantins  comme 
Carolingiens  poursuivaient  un  type  idéal 
dont  les  écoles  de  l'Occident  s'écartèrent 
plus  tard.  Résolument  entré  dans  la  voie 
naturaliste,  l'art  chrétien  français,  au 
XII'  siècle,  s'inspira  du  modèle  vivant. 
Exemples  :  un  Christ  bourguignon,  à  M. 
Courajod  ;  un  Christ  manceau,  à  M.  L.  de 
Farcy  ;  une  Vierge,  à  Beaulieu  (Corrèze)  ; 
une  Vierge  normande,  à  M.  l'abbé  Porée  ('). 
Les  physionomies  de  ces  quatre  sculptures 
sont  empreintes  chacune  du  caractère  indi- 
gène,bourguignon,  manceau,  auvergnat, nor- 
mand. Les  maîtres  léonais  ou  castillans 
n'auraient-ils  pas  devancé  leurs  confrères 
transpyrénéens,  et  dès  le  Xl"=  siècle,  cédé 
aux  entraînements  du  réalisme  ?  Vetton, 
cantabre,  wisigoth,  notre  Christ  doit  repro- 
duire, sous  une  forme  individuelle  ou  collec- 
tive les  principaux  traits  d'une  race  locale  : 

I.  Le  Christ  de  M.  Courajod  a  été  publié  dans  la 
Gazette  archéoL;  la  Vierge  de  Beaulieu,  par  M.  Ernest 
Rupin,  dans  le  Bulletin  du  comité  des  travaux  Instar. 
Les  deux  autres  figures  auront  leur  tour.  Les  tendances 
naturalistes  du  XII'  siècle  se  font  sentir  ailleurs  qu'en 
France.  A  Innichen  (Tyrol),  existe  un  Christ  en  bois 
sculpté,  analogue  à  notre  figure  espagnole  ;  mais  les  têtes 
diftôrcnt  complètement.  Avec  son  visage  allongé,  sa  lèvre 
inférieure  saillante,  son  manque  de  moustaches,  son  collier 
de  barbe,  le  Christ  d'innichen  représente  au  vif  un 
habitant  du  pays.  \ aytiMitthcilun^^en  derK.K.  Central- 
Coiiiiiiissioii,  t.  XXIV,  pi.  à  la  p.  LXXIX  ;  Vienne,  1S79. 


un  fait  significatif  vient  appuyer  mon  asser- 
tion. Le  Sacranientairc  de  Roda,  manuscrit 
catalan  exécuté  au  dernier  quart  duXI'siècle, 
renferme  un  crucifix  où  personnage  et 
accessoires  offrent  l'imitation,  grossière  il  est 
vrai,  mais  précise,  des  belles  miniatures 
franco-irlandaises  du  IX°  (').  Donc,   quand 


Crucifix  peint  dans  le  Sacraiitcntaîrc  de  Roda. 
(D'après   \ Espaiïa  sagrada.) 

l'art,  en  Catalogne,  était  encore  soumis  aux 
influences  venues  de  par  delà  les  monts,  la 
plastique  castillano-léonaise,  au  rebours, 
manifestait  déjà  certaines  allures  indépen- 
dantes; au  lieu  de  s'incruster  dans  le  poncif 
hiératique,  elle  préférait  chercher  la  nature. 
Nous  nous  arrêterons  peu  à  l'Agneau  et 
aux  symboles  évangélistiques  du  revers. 
Obliofé  de  se  conformer  à  une  règle  absolue  le 
sculpteur  a  copié  de  pauvres  modèles  :  l'ange 

I.    Voy.  Espaùa    sai^ru'/a,  t.  .\L\'II,   pi.  à    la  p.  32S  ; 
Les  arts  sompi.,  pi.  XIV.  Les  deu.x  figures  sont  imberbes. 


190 


laetjuc   De   rart  chrétien. 


et  l'aigle  sont  médiocres  ;  le  reste,  l'Agneau 
surtout,  parait  singulièrement  maladroit. 
Quel  contraste  entre  ces  figures  traditionnel- 
les et  le  style  magistral  du  décor  fantaisiste! 

L'enroulement  végétal  historié  d'animaux 
est  d'origine  asiatique  ;  on  le  rencontre  à 
Rome  au  IV^  siècle  (');  les  Byzantins  et  les 
Barbares  septentrionaux  l'appliquèrent  avec 
un  égal  succès  à  l'ornementation  de  leurs 
œuvres  d'art.  A  la  rigueur,  l'ivoire  espagnol 
pourrait  réclamer  une  parenté  indirecte  avec 
quelques  peintures  grecques  cluXIssiècle(^); 
mais  le  motif  byzantin  est  plus  lâche,  les 
formes  de  ses  animaux  sont  plus  rondes. 

En   revanche,  si   l'on  compare  notre  ob- 
jectif  aux    sculptures    hindoues   et  à  une 
coupe  d'or  ciselé,  trouvée  à  Gross-Sz.  Miklos 
(Banat),  où  un  Barbare  de  race  gothique 
l'apporta  sans  nul  doute,  on  apercevra  entre 
eux  de  sérieuses  analogies:  même  dessin  ser- 
ré, même  faune  monstrueuse  (').  Selon  toute 
probabilité,    la  coupe  de   Gross-Sz.  Miklos 
est  de  fabrication   iranienne;  les  Barbares 
ont   laiss